UDK 81 '255.4:821.133.1-1 Vian B. L'(IN)TRADUISIBILITE DU LANGAGE POETIQUE DE BORIS VIAN Smiljan Kundert Abrege Dans le cadre de cette etude !'auteur suit comme ligne de conduite l'idee que seule une theorie de reunion du langage et de la litterature peut etablir le propre du traduire, son im-ma- nence". Avec la traduction du poeme ,,Chanson" de Boris Vian, offerte pour la premiere fois en Slovene, !'auteur tente de voir si, en effet, Jes ennuis de la traduction peuvent etre eclaircis davantage. La constatation que Jes traductions ainsi que Jes oeuvres litteraires existent bien au sein de !'"institution" litteraire oblige !'auteur a se poser la question de l'(in)traduisibilite du poelll(:,,Chanson" de Boris _Yian. Apres un bref aper9u historique et thforiq11e sur_la traducticm cette etude procedant par induction relie Jes particularites poetiques de ,,Chanson", qui se mettent a jour au cours du proccessus de la traduction meme, a des question theoriques fondarrientales sur la traduisibuilite. Somme toute !'auteur nous presente la fa9on propre de penser un discours poetique au cours de sa traduction. Malgre le fait que l'on traduit plus que jamais et pour des raisons peu claires, la production poetique de Boris Vian, par rapport a ses romans, est tres peu traduite en d'autres langues. On pourrait proposer plusieurs raisons de cet etat de fait: style parti- culier, reception de la litterature etrangere, obstacles culturels, commerciaux etc., qui soumettent a notre reflexion l'enigme de la traduction du texte litteraire, et de surcroit, le probleme de la traduisibilite de la poesie. Pour qui est faite une traduction? Qu' est-ce qui est essentiel dans les traductions? Peut-on dire qu'un ouvrage litteraire est intraduisible? L'idee d'(in)traduisibilite d'une oeuvre litteraire, d'une oeuvre d'art, cree la po- lemique et divise les theoriciens. Pour trouver une reponse aux questions posees plus haut, il semble utile d'eclaircir ces propos. Si on veut mieux comprendre la traduction on se posera tat ou tard des questions sur ses limites et on entre alors dans l'univers de la traduisibilite. Ces questions sont le paradoxe meme de la traduction : si la traduction existe, pourquoi veut-on savoir si elle est possible? Ne serait-il mieux de poser une autre question, celle de la place qu' occupe la traduction dans la litterature en general ? En effet, des ecarts entre la theorie et la pratique nourrissent le debat polemique de la traduction. Jakobosn l'a deja constate: ,, la traduction est peut-etre la pierre de touche de toute theorie du langage ,, (Pergnier 1993: Preface). 171 Les vraies pensees sur la traduction se sont presentees au XXeme siecle depuis que la communication a pris une place intemationalement importante. Avec la progression de la linguistique, la theorie de la traduction s, est egalement vue developper. Comme la grammaire generative, les nouveaux courants linguistiques ne voulaient plus etudier la langue en tant que systeme symbolique, mais on voulait au contraire la situer parmi les activites sociales fondamentales. Pour pouvoir !'analyser sous des an- gles differents, on l'a rattachee a d'autres disciplines. La definition de la langue evolue. Desormais, elle n'est plus uniquement consideree comme un systeme de signes, mais davantage comme un instrument de communication. (Jakobson 1963: 87-99). Par traduction en entend l 'acte de traduire. En regardant la notion de traduction de plus pres, on perc;oit que les linguistes appliquent cet acte sur la forme de la langue tandis que les sociolinguistes preferent parler d'une traduction du sens. Selon Paul Ricoeur: ,,Deux voies d'acces s'ojfrent au probleme pose par l'acte de traduire: soil prendre le tenne,, traduction "au sens strict du transfer! d'un message verbale d'une langue dans une autre, so it le prendre au sens large, comme synonyme de! 'interpretation de tout ensemble signifiant a l'interieur de la meme communaute linguistique. "(Ricoeur 2004: 21 ). En conformite avec les theories linguistiques et sociolinguistiques, on oppose done la forme au sens, la structure au contenu, la langue a la parole. Le philosophe Georges Steiner (Steiner, 1987) consacre toute une partie de son livre a un chapitre intitul6: ,, Comprendre c 'est traduire ". Pour lui, la traduction est l'interpretation du texte source. De son cote, Henry ~f et se caFactense par un elargissement du cadre de reception. POUR QUI EST FAITE ALORS UNE TRADUCTION? Un auteur peut concevoir son oeuvre en fonction d'un lecteur precis - ou d'un type de lecteur. II n'en reste pas moins vrai que l'oeuvre n'est re9ue comme litteraire que si son action s'exerce effectivement sur des publics eloignes de ceux de son enonciation", au milieu de }"'institution" litteraire. Le fait que les traductions ainsi que les oeuvres litteraires, selon notre opinion, existent au milieu de }"'institution" litteraire nous fait renoncer a se poser la question si le poeme,,Chanson" de Boris Vian est traductible ou non. Quant a sa traductibilite citons tout simplement Walter Benjamin qui . Accede: Janvier 2008. Henry, Jacqueline. La traduction des jeux de mots. Paris: Presse Sorbonne Nouvelle, 2003. 65. Jakobson, Roman. ,,Aspects linguistiques de la traduction". Essai de linguistique generate. Paris: Minuit, 1963. 78-86. Kircher, Chantal. "Les adjectifs latins en -bundus", conference faite le 15 janvier 2005 au Centre Alfred Emout de Paris en association avec le GDR 2650 de Linguistique latine. .Accede: Janvier 2008. Meschonnic, Henri. Poetique du traduire. Paris: Edition Verdier, 1999. 459. Mounin, Georges. Les belles infideles. Lille: Presse Universitaire de Lille, 1994. 50. Pergnier, Maurice. Les fondements sociolinguistiques de la traduction. Lille: Presse Universitaire de Lille, 1993. 161; 162; 258. Pestureau, Gilbert. ,,L'introduction a la poesie de Boris Vian", Oeuvres completes de Boris Vian, Volume 5. Paris: Edition Fayard, 1999. Ricoeur, Paul. Sur la traduction. Paris: Bayard, 2004. 21. Stabej, Marko. ,,Oklepaj v slovenskem pesniskemjeziku - Slovenski pesniskijezik v oklepaju". Jezik in slovstvo 40. 6 ( 1994/95): 195-204. Steiner, Georges. Apres Babel. Paris: Albin Michel, 1978. Vian, Boris. Cantilenes en ge/ees. Paris: Editions 10/18, 1972. 177