Roxana Iordache CDU 807.33:801.56 Universite de Bucarest REMARQUES CONCERNANT L'HISTOIRE DES SUBORDONNEES D'EXCEPTION EN LATIN ET DANS LES LANGUES ROMANES La categorie des subordonnees d'exception n'est pas presentee dans la plupart des grarnrnaires de la langue latine. Les traites de grarnrnaire latine qui incluent quelques donnees sur ce sujet n'offrent aucune definition de la subordonnee d'exception. Ce qui est encore plus grave c'est que la subordonnee d'exception est d'habitude confondue avec la conditionnelle, si ce n'est, parfois, avec la proposition completive, ou la comparative. Les grarnmaires des langues romanes et des langues germaniques traitent de la sub­ordonnee d'exception de maniere incomplete et, le plus souvent, erronee. Le comple­ment d' exception est lui aussi presente de maniere insatisfaisante dans les grammaires du latin et des langues neo-latines. Nous allons cornrnencer par quidem, nisi quod eustodem habeo, liberum me esse arbitror.», Plaute, Capt., 394. -Voir egalement Terence, HT., 399-400, etc. -Voir, a l' epoque classique: «Quam ob rem, si cadit in sapientem animi dolor -qui profeeto eadit, nisi ex eius animo exstirpatam (esse) humanitatem arbitramur-quae causa est cur .... ?», Ciceron, Lael., 48. -Voir aussi Cesar, G., 1, 5, 3, etc. L'apparition, a l'epoque preclassique, d'un assez grand nombre de locutions con­jonctives fait augmenter l'emploi des subordonnees d'exception regies par des propo­sitions affirmatives. Les eauses de l'apparition des loeutions eonjonetives sont de nature differente: 1. le souci de precision semantique. Nisi exceptive pouvait etre confondue avec nisi conditionnelle. Quam se confondait avec la conjonction comparative. 2. autant nisi que quam n'etaient pas adequates pour indiquer l'exclusion de toute sorte de circonstances (de temps, d'espace, de maniere, de but, etc.). 3. l'influence des locutions des propositions principales adversatives. 4. l'influence des locutions limitatives du grec ancien (telles que: ez µf; ez, ez µf; <5rz; K/lf/V ez, e1ao; ez µf;; .iz µyt bO"OV.) Les nouvelles ligatures exceptives seront acceptees dans les principaux registres latins. Nous en mentionnons les plus frequentes al'epoque preclassique: nisi quod (Plaute, Capt., 394; ibid., 620-21; Terence, H.T., 643; ibid., 959 etc.); nisi quia (Plaute, Cist., 223-24; Truc., 786; Terence, Eun., 736, etc.); nisi ut (Plaute, Cist., 40-1; Terence, Eun., 74, etc.); nisi si (Caton, Agr., 138; Plaute, Curc., 51-2; Capt., 530; Terence, Ad., 594; Eun., 159-60, etc.); nisi qui (Plaute, Capt., 916; Trin., 439; Terence, An., 336-7, etc.). En voici des exemples: -«Quid uis, nisi uti maneat Phanium atque ex crimine hoc II Antiphonem eripiam atque in me omnem iram deriuem senis?, Terence, Ph., 322-3. -«Tama me pudica est quasi soror mea sit, nisi II siest osculando quippiam inpudicior.», Plaute, Curc., 51-2. D'autres locutions sont assez rares: nisi ubi, nisi cum 5• D'un emploi assez rare sont aussi les locutions praeter quam quod (Terence, H.T., 399-400), praeter quam qui (Caton, Hist., 24; Terence, Eun., 77-8), extra quam si (creee sur le modele de nisi si ­voir Senatus Consultum de Bacchanalibus, dans C. I. L., 1-2, no. 581, 1, 296) et les locutions comparatives-exceptives: quam ut (plusieurs occurrences chez Plaute, citees deja ), quam si (voir Plaute, Trin., 409-10; Terence, Eun., 62-3) et quam qui (Terence, Hec., 793). Mentionnons que les locutions nisi quodlquia, praeter quam quod indiquent l'ex­clusion, ou l'isolation d'un fait par rapport au fait de la regente(= «excepte que»); nisi ut est employe pour indiquer l'isolation d'un fait, mais aussi d'un but (= «excepte que»). Pour l'exclusion d'un but, voir Plaute: -« .... Neque ego hanc superbiai II Causa pepuli ad meretricium quaestum, nisi ut ne esurirem.», Cist., 40-41. Les ligatures nisi si, quam si expriment l'exclusion d'une condition (= «excepte si»); nisi cum, nisi ubi -l'exclusion d'une periode, ou d'un moment(= «excepte la periode, le moment ou» ), nisi qui, quae, quod, praeter quam qui, quae, quod -l'exclu­sion d'une personne, ou d'un objet. Les locutions nisi quodlquia, nisi si, nisi qui, praeter quam quod, praeter quam qui sont en general considerees par les specialistes comme etant des pleonasmes. Selon nous, nisi est devenue de bonne heure un adverbe a sens exceptif; praeter ( au sens: «a part», «sauf») introduisait egalement chez Plaute le complement d'exception. En voici des exemples: -«(uxor) quae nisi dotem omnia quae nolis habet.», Caecilius, Com., 144. -«nul/um praeter hunc diem.», Plaute, Merc., 585 7. Done, les locutions renfermant nisi, enumerees anterieurement, contiennent en fait un adverbe exceptif et une conjonction de subordination. En ce qui conceme les locutions formees al'aide de praeter quam et de extra quam, celles-ci contiennent des pleonasmes. Le compose praeter quam est atteste chez les au­teurs preclassiques en tant que subordonnant comparatif (voir Naevius, Colax, fr. 3, 34; Terence, H. T., 60 8). Praeter quam devient assez tard adverbe limitatif introduisant le complement d'exception (voit Cesar, G., 7, 77, 6 etc.). Certains ecrivains cultives des epoques classique, postclassique et tardive pre:ferent employer praeter quod, praeter si, extra si, et non pas praeterquam quod, praeterquam si, extra quam si. Dans certains cas, nisi si constitue egalement un pleonasme. Exempli gratia: «Tihi ego numquam quicquam credam, nisi si accepto pignore.» Plaute, Rud., 581, En comparaison des formules correctes comme: «deditionis nullam esse condicionem, nisi armis traditis.», Cesar, G., 2, 32, l. Toutes les locutions conjonctives de l'epoque preclassique sont reprises par les auteurs de l'epoque classique. Les locutions les plus frequentes sont: nisi quod, praeter quam quod et nisi qui. Pour ce qui est de nisi quod, voir Ciceron, Fin., 4, 28; Fam., 13, 1; Salluste, lug., 95, 3 etc. 9; pour praeter quam quod, voir Ciceron, H. resp., 41; Ciceron, Att., 9, 15,5; ibid., 15, 15, 2, etc.IO; pour nisi qui, voir Ciceron, Ph., 2, 81; Brut., 61; Cesar, G., 1, 30, 5; Salluste, lug., 17, 6; ibid., 75, 3, etc. Praeter quam qui est attestee surtout dans Bel/um Hispaniense -voir 22, 1; ibid., 24; ibid., 34; voir aussi Cesar, G., 1, 5, 311; Nepos, 25, 21. En ce qui conceme nisi quia, celle-ci etait consideree specifique du latin populai­re 12 et n'apparait aucunement chez les auteurs classiques. Ajoutons que Ciceron evite l'emploi de nisi quod et de praeter quam quod dans ses discours; chez Cesar, ces deux locutions sont inexistantes 13 . Nisi si est rare chez les grands ecrivains classiques (un seul exemple chez Cesar, cite anterieurement -G., 1, 31, 14). Disons aussi que Cesar pre:fere construire nisi avec l'infinitif, plutot que d'em­ployer nisi ut suivie du subjonctif (voir G., 7, 77, 15). Pour l'exclusion d'une condition, Ciceron et Salluste choisissent d'habitude nisi, nisi forte, nisi uero (voir Ciceron, Lael., 48; Verr., 2, 3, 149 etc.; Salluste, lug., 3, 3). Rarement, nisi indique chez Ciceron l'isolation d'un fait (Rose. Am., 108). Cesar emploie nisi autant pour l'exclusion d'une condition (voir G., 1, 22, 3; C., 3, 44, 1) que pour l'exclusion d'un fait (voir G., 5, 13, 4; ibid., 7, 77, 15). Nisi pour l'ex­clusion d'un fait est egalement attestee al'epoque preclassique (voir Terence, Eun., 735-6) et meme dans Bellum Africum (16, 4). Nisi si fait pourtant son apparition chez Ciceron (voir Ph., 2, 70; Fam., 14, 2, 1 et d'autres passages 14), Nepos (25, 13), meme chez Varron (L.L., 6, 29). Nisi ut est frequente chez Ciceron (voir Mil., 100; Vat., 2 15); un seul exemple chez Cesar (C., 1, 63, 2), un seul exemple dans Bel/um Africum (69, 5). 16 La locution nisi cum est beaucoup employee par les classiques, voir Varron, L.L., 5, 165; Ciceron, Ph. 11, 16, etc.; Cesar, G., 6, 18, 3; Salluste, Jug., 44, 4 17 . Les propositions comparatives-exceptives sont generalement introduites chez les auteurs classiques par quam suivie de l'indicatif, de l'»Accusativus cum Infinitivo», de l'infinitif «seul», ou du subjonctif paratactique (voir Ciceron, Verr., 2, 2, 58; Lael., 79; Brut., 219; Cesar, C., 2, 32, 4; Hirtius, G., 8, 49, 2, etc.). Parfois on emploie quam quod suivie de l'indicatif(voir Ciceron, Sest., 2; Brut., 218). Quam ut est rarement attestee chez les ecrivains classiques (Ciceron, Lig., 38; Rab. perd., 2, 4; Nepos, 6,1; Cesar, C., 2, 32, 4). On decele aussi dans les textes des auteurs classiques la locution quam si, voir Sal­luste: «neque se aliter tutum putet quam si intestabilior metu uestr fuerit.», Hist., 1, 55, l. Chez Ciceron on rencontre aussi la locution asens essentiellement exceptif extra quam si (Jnu., 2, 172; Rep., 1, 10); toujours chez Ciceron on decouvre extra quam qui (Tusc., 1, 17) 18. La locution extra quam si semble avoir ete agreee par les juristes, a cause de sa precision semantique: dans certains passages, Ciceron cite les mots du jurisconsulte Q. Mucius Scaeuola (consul en 95 av. Chr.) -voir Ciceron, lnu., 1, 56; Att.,6, 1, 15. Mentionnons aussi les Iocutions recemment apparues al'epoque classique: -nisi posteaquam, chez Ciceron, Ac. 2, 69. -praeter si, attestee chez Varron, R. r., 1, 41, 5; la locution a ete reprise par Oribase, Syn., 5, 49 et par d'autres auteurs tardifs 19. -praeter quom, voir Varron, L. L., 7, 105 20 (Varron emploie egalement nisi cum ­ voir la discussion anterieure ). -praeter qui -Ciceron, Att., 5, 3, 221. lmportante est la locution 'tantum quod ', attestee pour la premiere fois chez Ciceron: «componit edictum iis uerbis, ut quiuis intellegere possit unius hominis causa conscriptum esse, tantum quod hominem non nominat.», Verr., 2, 1, 116. Voir egalement Ciceron, Verr., 2, 3, 124. Acceptee dans le latin populaire, tantum quod reapparalt chez Tite-Live, 33, 4, 6; Petrone, 76, 11; cette locution est ensuite attestee chez Apulee, D. Socr., 8, 46, Solinus, 19, 19; Tertullien, Nat., 1, 4, (p. 64, 13) et d'autres auteurs de la basse epoque 22 . Presentant un haut degre de precision semantique, ces nouvelles ligatures excepti­ves sont entrees en concurrence avec les vieilles locutions: praeter si concurrem;:ait nisi si et extra quam si; tantum quod -nisi quod. Quoique souvent attestees dans les sie­cles suivants, nisi si et nisi quod commencerent peu apeu aetre marquees par une cer­taine ambigui"te et finirent par etre remplacees par «si -non (quod)», «excepto quod», «excepto si», de meme que par les locutions formees al'aide des adverbes 'praeter' et 'tantum' (voir la discussion infra). Notons que nisi, en tant qu'adverbe limitatif d'exclusion, est utilise apartir de l'epoque preclassique pour introduire le complement d'exception (voir l'exemple cite -Caecilius, Comm., 144). A l'epoque classique, nisi est, vraisemblablement, le plus frequent introductif du complement d'exception, souvent dans une proposition negative au point de vue du sens et de la forme, ou dans une interrogation oratoire (proposition negative au point de vue du sens ). Exempli gratia: «Quid enim unquam domus illa uiderat nisi pudicum, quid nisi ex optimo more et sanctissima disciplina?», Ciceron, Ph., 2, 69. Precisons que le complement d'exception est lui aussi doublement subordonne: par rapport au verbe de sa proposition et par rapport aun terme de reference de la meme proposition. Dans le passage de Philippicae que nous venons de citer, le complement d'exception est subordonne par rapport au verbe (uiderat), mais egalement il se rap­porte au pronom interrogatif quid. Pour ce qui est du complement d'exception introduit par nisi, voir aussi Ciceron, Lael., 18; ibid., 20; ibid., 65; Mil., 104; Att., 4, 3, 2 etc.; Cesar, G., 5, 41, 5; Salluste, Cat., 13, 1, etc. Pour introduire le complement d'exception, on emploie aussi praeter, en tant qu'adverbe et preposition, de meme que praeter quam -adverbe. Extra, en tant que preposition gouvernant l 'Accusatif, est assez rare aux epoques preclassique et clas­sique 23. Par exemple: «ceterae multitudini diem statuit, ante quam sine fraude liceret ab armis discedere, praeter rerum capitalium condemnatis.», Salluste, Cat., 36, 2. «Atque ego hanc sententiam probarem, .... , si nullam praeter quam uitae nostrae iacturamfieri uiderem.», Cesar, G., 7, 77, 6. Assez frequent est le comp/ement comparatif-limitatif introduit par quam: «cuius ex omni uita nihil est honestius quam quod cum mirna fecit diuortium.», Ciceron, Ph., 2, 69. Soulignons que l'existence du complement introduit par 'quam' est conditionnee par la presence du verbe negatif dans la meme proposition, tandis que nisi, praeter, extra, praeter quam introduisent des complements d'exception aussi bien dans des propositions negatives que dans des propositions affirmatives. L 'emploi de differents adverbes pour introduire le comp/ement d'exception nous indique une liaisonfaible entre le mot recteur et le comp/ement et, en outre, l'existence d'une relation comparative entre les deux termes. Grace al'idee de comparaison, le complement d'exception se trouve souvent au meme cas que le terme de reference, par exemple: «Est enim amicitia nihil aliud nisi omnium diuinarum humanarumque .... consensio.», Ciceron, Lael., 20. De plus on peut parler d'un processus d'unification des mots introductifs du complement d'exception et de la subordonnee correspondante, processus qui s'accentue dans le Jatin populaire de la basse epoque. Ajoutons que chez Ciceron l'idee de limitation est parfois soulignee par le fait que le grand orateur ajoute al'adverbe exceptif nisi l'Ablatif du substantif exceptio pre­cede de la preposition cum: «Homines mortales necesse est interire sine adiunctione; ut cibo utantur, non neces­se est, nisi cum illa exceptione: extra quam si nolint Jame perire.», Inu., 2, 172 24. Pour ce qui est de la formule «cum exceptione», voir aussi Ciceron, Ep. Ad Quint., 1, 1, 37. Nous devons y ajouter que cette modalite d'expression du complement d'exception reste le privilege des auteurs cultives. Exempli gratia: «suh hac exceptione», Pline, Ep., 1, 2, 5 25· En revenant ala subordonnee d'exception, nous tenons aresumer les conditions sous lesquelles celle-ci est employee: la proposition d'exception est doublement subordonnee; tout d'abord elle se trou­ ve en dependance du verbe de la regente; en second lieu, elle se rapporte aun terme de reference (mot recteur, «antecedent») de sa principale. le verbe regent est souvent accompagne de non, nec, haud, «ne -quidem». Si l'on n'emploie pas ces negations, on trouve dans la principale des pronoms, des adjec­ tifs ou des adverbes tels que: nemo, nequis, nullus, nihil, numquam, nusquam etc. l'exclusion est com;:ue le plus SOUVent par rapport ala sphere semantique du sujet, ou de l'attribut. L'isolation s'opere aussi par rapport au complement d'objet direct, ou au complement d'objet indirect, ou bien par rapport aux complements circon­ stantiels (surtout ceux indiquant la maniere, le temps et l'espace). L'exception vise aussi le complement sociatif, le complement d'accompagnement, le complement d'agent et le complement de nom. La proposition regente prend Souvent la forme: «nihil aliud est (fuit) nisi .... », ou: «nihil fecit nisi ... ». Pour ce qui est de la formule «nihil aliud agitur quam ut ... », voir Ciceron, Rab. perd., 2, 4. Souvent les propositions regentes sont des interrogations oratoires comme par exemple: «Quid mihi restat nisi ... ?». L' existence des comparatives-exceptives est conditionnee par la presence des re­gentes asens negatif. Si la proposition regente est affirmative, celle-ci renferme en qualite de termes de reference des noms communs et des noms propres, des pronoms, des adjectifs tels que: Pompeiani, uos, mu/ti, reliqui, omnes, quisquis etc. Par exemple: «Quod exspectaui, iam sum adsecutus, ut uos omnes factam esse aperte coniura­ tionem contra rem puhlicam uideretis: nisi uero si quis est qui Catilinae similes cum Catilina sentire non putet.», Ciceron, Cat., 2, 626. Voici un passage ou l'exception s'opere par rapport aun attribut: "Nam quidem, nisi quod custodem habeo, liberum me esse arbitror.», Plaute, Capt., 394. A voir egalement un passage ou le terme de reference est un complement de nom: « .... circumueniunt urbem V spen, editam loco et moenibus ac fossis munitam, nisi quod moenia non saxo, sed cratibus et uimentis ac media humo .... inualida erant. », Tacite, Ann., 12, 16, 2. 11 y a certains correlatifs dont le sens est: «encore», «en plus», «finalement», tels que: iam, nune, denique (voir la discussion supra). D'autres correlatifs sont des adverbes ayant le sens: «seulement» (par ex.: tantum). La difference conceinant l'emploi de quam et de nisi s'estompait souvent. Meme Ciceron emploie quelquefois nisi ala place de quam, en relation avec un adverbe impliquant la comparaison. Exempli gratia: «nec mihi aliter potuisse uideor ... consilia frangere, nisi ... coniunxissem.», Fam., l, 9, 21. Voir egalement Bel/um Africum, 16, 4; Quintilien, Inst., 4, 2, 66. A l'epoque tardi­ve, les occurrences de nisi au lieu de quam sont nombreuses, par exemple: Ruricius l'Eveque, Ep., 2, 17, p. 402, l. 12-13 (voir la discussion infra). Par contre, quam apparait quelquefois ala place de nisi, dans des passages qui ne contenaient pas de mots presupposant la comparaison. Exempli gratia: «Quid est dei uoluntas quam dež sapientia?», Faustinus, Trin. 1, 14 (p. 49 q21 On observe, apartir de l'epoque preclassique, que certaines locutions exceptives entrent en concurrence les unes avec les autres. C'est ainsi que nisi qui/quae/quod -tres precise -est parfois preferee ala locution nisi si, par exemple: «oleum ne tangito, nisi quod custos dederit.», Caton, Agr., 145, 2. D'autre part, nisi si remplace parfois nisi cum, cette demiere -tres concrete: «num­ quam poetor, nisi si podager (sum).», Ennius, Sat., 3, 2. Dans le passage d'Ennius, le terme de reference est numquam (= jamais). Cfr. Cesar: «In reliquis uitae institutis, hoc fere ab reliquis differunt, quod suos liberos, nisi cum adoleuerunt .... palam ad se adire (s.-en.: puerili aetate) non patiun­ tur. », G., 6, 18, 3. Cfr. aussi Tite-Live: «hic noster, hic plebis nostrae habitus /uit eritque semper, nisi si quando a uobis proque uobis arma acceperimus.», 6, 26, 5. Nisi si est parfois employee de maniere erronee ala place de nisi conditionnelle (resultat de la confusion entre les subordonnees exceptives et les conditionnelles nega­tives). En temoigne ce passage: «Edim, nisi si ille uotet .... », Plaute, Trin., 474. Le terme de reference peut manquer, voir Cesar, G., 6, 18, 3 (passage cite). Quelle est la definition de la subordonnee d 'exception? Sur le plan semantique, la subordonnee d'exception «indique une circonstance par­ ticuliere qui, ajoutee ala principale, lui en restreint la portee.» 28 la subordonnee d'exception est, en derniere analyse, une comparative d'exclusion, ou d 'isolation. Quoique empruntee ala proposition conditionnelle, nisi indique la comparaison exceptive. Pour ce qui est de quam, celle-ci est specifique de la subor­ donnee comparative. Les arguments concernant la nature comparative des proposi­ tions d'exception sont nombreux: l. la relation semantique entre la regente et la subordonnee; 2. la faible liaison entre la regente et la subordonnee; 3. la confusion permanente entre l'emploi de nisi et celui de quam. Outre cela, praeter quam est confondue avec praeter quam quod et praeter quam si; extra quam -avec extra quam si, et ainsi de suite. 4. Les subordonnees exceptives regies autant par nisi que par quam imitent sou­vent la construction des vraies comparatives. En dependance d'une regente con­struite avec l'infinitif «Seul», dans la subordonnee exceptive on emploie egale­ment l'infinitif «Seul». Par exemple: « ... neque amplius facere nisi hostium iacula uitare.», Bel/um Africum, 16, 4. Cfr. Cesar, G., 7, 1, 8. A voir egalement Commodien, Ap., 687-88. 5. formation des locutions exceptives al'aide de praeter et tantum limitatifs­ comparatifs. de l'idee d'isolation resulte l'idee d'opposition de la subordonnee et certaines similitudes avec les principales adversatives. L'opposition logique est parfois mar­quee, dans la subordonnee, par des adverbes tels que uero, tamen, forte et meme par forsitan 29, juxtaposes ala conjonction, ou ala locution limitatives. Parfois on rencontre aussi quidem -voir Plaute, Mil., 182-84. Certaines occurrences de nisi et de nisi tamen, nisi quia tamen sont meme interpre­ tees par les grammairiens comme etant «rein adversative»30. Les subordonnees d'exception renferment parfois une nuance d'addition, voir Plaute, Truc., 786, etc. Le mode couramment employe dans les subordonnees d'exception c'est l'indicatif. Precisons qu'il s'agit d'habitude de l'indicatif de la realite, parfois de l'indicatif de l'eventualite. Quelquefois, on emploie l'optatif, pour indiquer la possibilite et l'ir­realite; l'optatif apparait egalement chez les auteurs cultives dans l'oratio obliqua (le discours indirect). On rencontre aussi le subjonctif proprement est moins evidente a l'epoque postclassique (voir Tite-Live, 3, 67, 2; idem, 3, 67,5; Petrone, 140, 4). Importantes dans le processus de glissement des conditionnelles vers les subordonnees d'exception ce sont l'idee d'isolation de la condition et l'idee d'opposition entre le predicat de la subordonnee et celui de la regente ( opposition marquee par non et des adverbes tels que: tamen, quidem, tantum). Plus tard, au Ile siecle p. Chr., on y ajoute le placement de la subordonnee apres sa principale (voir Terentianus Maurus, 690 35). Nous desirons souligner que «si-nom> peut exprimer l'isolation d'une condition ou d'un fait. 'Si non' est aussi un introductifpour le complement d'exception. C. L 'apparition des hyperurbanismes: l. L'emploi de nisi quis au lieu de si quis non. A voir une citation de l'Evangile de Iohannes: «nisi quis renatus fuerit ex aqua et spiritu sancto, non potest intrare in regnum dei.», apud Faustus Reiensis, Spir. Sanct., 2, 4 (p. 144, l. 15-16). Voir egalement Faustus Reiensis, Spir. Sanct., 2, 5 (p.144, l. 23-4); ibid., 2, 5 (p. 145, l. 2-3), etc. 2. La construction de nisi et de quam avec l'»Accusatiuus cum Inf.», ala place de l'indicatif, ou du subjonctif. Exempli gratia: « ... quid aliud demonstrauit, nisi se gubernasse uiuentem quem non dereliquit exanimem?», Faustus Reiensis, Serm., 13 (p. 276, l. 5-7). Pour ce qui est de quam accompagnee de l'»Accusatiuus cum Inf.», voir en premier lieu Tite-Live, 4, 26, 12; voir ensuite Ennode, Ep., 3, 18 (p. 85, l. 14-15). Cfr. Hirtius: «Nihil enim minus uolebat quam sub decessu suo necessitatem sibi aliquam imponi belli gerendi ... «, G., 8, 49, 2. Chez Ennode on rencontre aussi la locution nisi cum suivie de l'»Accusatiuus cum lnf.» -voir Lih. pro synodo, p. 288, l. 12-15. D. Les locutions attestees al'epoque classique se retrouvent chez les auteurs post­ classiques. Nisi quod est employee par Tacite, Ann., 1, 33, 3; ibid. 6, 24, 1; ibid., 11, 24, 4, etc. Pour nisi ut, voir Quintilien, Inst., 4, 4, 4; ibid., 5, 10, 57 etc.; Tacite, Dial., 33, 5; Velleius Paterculus, 2, 17, 1; Suetone, Cal., 23, 2 36. Nisi si apparait chez Tite-Live, 6, 26, 5; Columelle, Vitruve, Tacite et d'autres. Nisi cum est atteste chez Ovide, Pont., 3, 6, 57. Pour ce qui est de la locution nisi si quan­do, voir la discussion infra sur les pleonasmes. Nisi qui est employee par Tacite, Ann., 2, 24, 2; ibid., 16, 18, 2 et d'autres ecrivains. Praeter quod se substitue ala locution praeterquam quod, voir Apulee, Met., 4, 27. Praeter quod devient ensuite frequente chez les auteurs tardifs (voir Lactance, 3, 8, 13; Opij., 19, 637; voir egalement Jordanes, Get., 106). Praeter qui remplace praeterquam qui -voir Florus, 2, 6, 24; Jordanes, Rom., 192, etc. Les locutions formees aI'aide de l'adverbe praeterquam sont rares aI'epoque post­classique. Pour ce qui est de praeterquam quod, voir Tite-Live, 1, 55, 8; idem 21, 10, l; idem, 22, 38, 12; pour praeterquam ut, voir Tite-Live, 4, 4, 12; pour praeterquam si, voir Ulpien, Dig., 21, l, 12, 3; praeterquam ubi -Pline, Nat., 5, 65; pour praeter­quam qui-Tite-Live, 23, 31, 2; Vitruve, 10, 11, 538. Les locutions formees sur extraquam sont egalement rares. Extraquam si apparait chez Tite-Live, 38, 38, 9: idem, 39, 18, 7; pour extraquam qui, voir Tite-Live, 26, 34, 639_ La locution tantum quod, attestee pour la premiere fois chez Ciceron avaleur ex­ceptive, est beaucoup employee, autant chez les ecrivains cultives (Tite-Live, 33, 4, 6; Apulee, D. Socr., 8, 46), que chez les auteurs qui reproduisaient le langage populaire (voir Petrone, 76, 11 -le discours de Trimalchion). Cette locution reapparait chez les auteurs tardifs40. Quam ut est attestee chez Suetone, Aug., 83; Tib., 24; ibid., 32, etc.; quam si appa­rait chez Columelle, R. r., 4, 2, etc. E. Les ecrivains cultives de l'epoque postclassique forment de nouvelles locutions limitatives. Ces locutions, fondees sur l'idee de comparaison, sont >, «nisi», ou de «faras de», «excepto», «exceptat», «levat» 72 , «tantum», «minus»). Sans doute, une certaine confusion s'est-elle passee egalement dans les langues ro­manes entre les ligatures comparatives et celles exceptives proprement dites. C'est ainsi qu'on decele souvent dans les textes romanes de toutes les epoques l'emploi de "si non" a la place de que comparative, ou a la place de "que -non" ayant la meme valeur (que comparative provenue de quam et de quod/quia comparatives du latin populaire tardif). Voici un passage de Foral da Guarda, texte juridique du Xlle siecle (en portugais): « .... e no seruia outro home seno a seus senhores ....» 73. Voir, en roumain, le phenomene contraire: l'extension de l'emploi de la conjonc­tion «decat>> initialement a fonction comparative. «Decat» sert ensuite en roumain a introduire la subordonnee exceptive et le complement d'exception proprement dits. Ajoutons que les langues romanes connaissent une evolution similaire par rapport au latin pour ce qui est