i.v*i »* à I i J V x 1 .TT1 i - j ri.u. G O L F E -D TT Carfiliaifea -m—r y* Orùttraiu J^onçtiu^ Ouest ^tr O c 1# .4 A T L A A T I Varaca Equateur ou Xiieçiio QUE Equuioctiale Quito À^amj£&f*i£\^^ S.Jean ^ J \ k » ■ (7 S.Jcathun M F "oarl^ J'ara , MÛ lia- beca "t o! 1- -j u p i^n a iu SJjOiujt, alliai nn m ' t 3fl.i j?^ tf^iW 3 rier S. JLaphael \MbtfUA I S.JfS-epA- B !b o a ie Tcua . JtLciafa . t S\IA X A Rio Tftn\\ '0C" ÏEHprAMtieuc- \ M If'A ^Salvador où 13alua *oj}« les Saint* tmxtmit , Sont. /HP ^OW«**W ti£ ^Termina Seo\iro' I -ou loue po XamucO« . ^ ; y ^ Italin Y2Ô __\_________\^m§^^aâ-^&\_____-ià^4^± Je Carrant,; ï1^^*? j^i^jpiJyiamantr '| 'pi —■—^ •«5» Juin pan TGuaj/r.x Jl (9/ r te W -ivl: Riv. la Flkta \*4r\nas çsr^a.r if 30 35 M E R I il) I 0 NI A L PorrJX-iir hX Julien r1*' Ltt: L ' A 31 E je* .A Jl A*' jK I O par Le 1^! lînlwrtlôn rjË HISTOIRE D E L'AMÉRIQUE. LIVRE TROISIEME. Tandis que Colomb étoit occupé à: as"" fon dernier voyage, Pille d'Hifpaniola fut Ljv^iii. le théâtre de plufieurs événement remar- Etat de la ' Colonie quablcs. La colonie Efpagnole, le mode- à Hispa-le & la fource de tous les établiffemens n'°J" poftéricurs que PEipagne a faits dans le nouveau monde , acquéroit par degrés la forme d'une fociécé régulière & florifTante. Les foins pleins d'humanité que prenoit Ifabelle pour garantir de l'opprcffion les malheureux Indiens, & l'ordonnance en particulier par laquelle il étoit défendu aux Efpagnols de les forcer à travailler-, retar* dereiit, il. efl: vrai , pour quelque tems. les Tome IL A II T S T O I R E mmm progrès de l'induftrie. Les naturels regar-Liv.ni. ^ant pinaftion comme la fuprôme félicité, méprifoient toutes les récompenfes & les carefles par Icfquelles on cherchoit à les en* gager au travail. Les Kfpagnols n'avoient pas allez de bras pour cultiver la terre. Plufieurs des premiers colons , accoutumés au fervicc des Indiens, abandonnèrent l'ifle lorfqu'iîs fe virent privés des in dru-mens fans lefquels ils ne favoient rien faire. Plufieurs de Ceux qui étoient arrivés avec Ovando furent attaqués des maladies particulières au climat , & dans un court intervalle il en périt plus de mille. En même tems la demande d'une moitié du produit des mines, exigée pour la part du fou-verain, parut une condition fi oncreufe que perfonne ne voulut plus s'engager à les exploiter à ce prix. Pour fauver la colonie d'une ruine qui paroifïbit inévitable, Ovan-J505. do prit fur lui de modérer la rigueur des ordonnances royales. II fit une nouvelle dillribution des Indiens entre les Efpagnols, & les força de travailler pendant un certain tems à creufer les mines ou à cultiver la terre ; mais pour empêcher qu'on ne Tac* eufât de les avoir fournis de nouveau à la de l'A m e u f (ju e« 3 fçrvitudc , il ordonna à leurs maîtres de leur payer une certaine fomme pour le fa- Liv ni* laire de leur travail. Il réduifit la part du I5°5' fouverain fur l'or qu'on tireroit des mines, de la moitié au tiers & peu de tems après au cinquième , oîi elle refta longtems fixée. Malgré la tendre folliçitude d'Ifabelle pour adoucir le fort des Indiens, & le défi r ardent de Ferdinand pour augmenter le revenu public , Ovando -perfuada à la cour d'approuver ces nouveaux réglemens (i). Les Indiens qui venoient de jouir, quoi- Guerre , . - , . , avec des que pendant, un interyalle bien court, du indiens, plaifir d'échapper à Topprefiion, trouvèrent alors (i intolérable le joug de l'efçlavage qu'ils firent plufieurs tentatives pour recoUr vrer leur liberté. Les Efpagnols traitèrent ces efforts de rébellion & prirent les armes pour les réduire à la fournifiion. Lorfqu'une guerre s'élève entre des nations qui fe trou* vent dans un état de fociété à peu près femblable , les moyens de défenfe font proportionnés à ceux d'attaque ; dans cette querelle à force égale , les efforts qui fe font de part & d'autre , les talens qui dé- ■^CO Hcrrera, tleçcu!. i, Ub. V, cap. 3. A 2 ! ploient leur activité & les pallions qui fe dé-!' veloppent, peuvent préfenter l'humanité fous un point de vue auiTi curieux qu'inté-reflbnt. C'eft une des plus nobles fondions •de l'hiftoire que d'obferver & de peindre les hommes dans les fituations oh les âmes font le plus violemment agitées & oh toutes leurs facultés font mifes eh mouvement : auffi les opérations & le conflit de la guerre entre deux nations ont-ils été regardés par les hifloriens, tant anciens que modernes , comme un objet important & capital dans les annales du genre humain. Mais dans une querelle entre des fauvages entièrement nuds & une des nations les plus bel-liqueufes de l'Europe, oh la feience, le courage & la difeipline étoient d'un côté, & la timidité, l'ignorance & le défordre de l'autre, un détail circonstancié' des événernens féroit auffi peu agréable qu'inftr'uclif. Si Ja (implicite & l'innocence des Indiens, éveillant l'humanité dans le cœur de's Efpa-gnols, etiflént tourné en un fentiment de pitié l'orgueil de la fupériofité & les eufTent engagés à inflriiire les ■ habitans du nouveau monde,au lieu-4e les opprimer, l'hiStorien pourroit raconter fans horreur quelques ac- d e l'A m e r i q u e. 5 tes de violence qui relfembleroient aux châtimens trop rigoureux: infligés par des maîtres impatiens à des élevés indociles. Mais malheureuferacnt ce fentiment de la fupériorité s'exerça d'une manière bien différente: les Efpagnols avoient tant d'avantages de toute efpece fur les naturels de l'Amérique qu'ils les regardoient avec mépris , comme des êtres d'une nature inférieure, pour qui les droits. & les' privilèges de l'humanité n'étoient pas faits. Dans" la paix ils les fournirent à l'efclavage; dans la guerre ils n'eurent aucun égard à ces loir qui,par une convention tacite entre les nations ennemies, règlent les droits de la guerre , & mettent quelques bornes à fes fureurs. Les Américains ne furent point traités comme des hommes qui combattent-pour défendre leur liberté , mais comme des efclaves révoltés.contre leurs maîtres. Ceux de leurs Caciques qui tomboient entre les mains, des Efpagnoîs étoient condamnés comme des .chefs de brigands aux plus cruels & aux plus infâmes fupplices ; &jous jleujçs,fujeta ,^fans aucun égard aux, rangs établis parmi eux, étoient également-réduits à la plus abjç&c fexvitudei C'eit a* A 3 — vec de femblables disposions que l'on ^J'1, attaqua le Cacique de Higuey , province fituée h l'extrêraicé orientale de l'ifle. Cet-ce guerre fut une fuite de 4a perfidie des Efpagnols qui violèrent le traité qu'ils a-voient fait avec tes naturels; & elle fe termina par le meurtre du Cacique, qui fut pendu pour avoir défendu fon peuple avec une bravoure fupérieure à celle de fes compatriotes & digne d'un meilleur fort (i). Conduite Ovando fe comporta dans une autre par-JïïSe* tie de l'ifle d'une manière encore plus ern-d^Ovan- ene & plus perfide. La province qu'on ap* pelloit anciennement Xaragua , & qui s*é^ tendoit depuis la plaine fertile ou Léoganb eft aujourd'hui fitué , jufqu'à: l'extrémité occidentale de l'ifle, étoit foumife à la do-: mination d'une femme nommée Anacoana," chérie & refpeclée de fes fujets. Par une: fuice de ce goût de préférence que les femmes d'Amérique avoient pour lés Eu-> ropéens & dont m expliquera 'la eau fe dans la fuite, Ànacôana avoit toujours recherché l'amitié des Efpagnols & les avoit corn-blés de bons offices;;*mais quelques-uns <0 Herrera decad, i, lib, VI% cap. 9, 10. d e l'A m e r i q tj e. 7 des partifans de Roldan s'étant établis dans fon pays, furent tellement irrités des moyens qu'elle prit pour réprimer leurs excès,qu'ils i'accuferenc d'avoir formé le deflein de fe-couer le joug & d'exterminer les Efpagnols. Ovando , quoique bien perfuadé_du. peu de confiance que méritoit le témoignage de ces hommes corrompus, marcha- fans autres informations vers Xaragua avec trois cens hommes d'infanterie 6c faisante- dix. cavaliers ; mais pour empêcher que cette expédition militaire ne répandît d'avance l'alarme parmi les Indiens, il annonça que fon intention étoit de faire une vifite ref-pcftueufe à Aoacoana, à qui les Efpagnols avoient tant d'obligation , & de régler a* vec elle la manière dont on leveroit le tribut exigé pour le roi d'Efpagne. Anacoana, s'emprefTant de traiter un hôte 11 diflingué-avec les égards qui lui étoient dûs, afiem-bla les hommes les plus diftingués de fes domaines, au nombre de trois cens ; & s'ar vançant à leur téte,fuivie d'une foule nom-breufe des autres habitans, elle reçut O-vando au milieu des chants & des danfe*,. félon la coutume du pays, & le conduiût-enfuiie dans Je lieu qu'e le habitoic. Il y fut A4 — traité pendant quelques jours avec tous les *W foins de Ja fimple hofpitalité elle l'amu-J foit des jeux & des fptétaclesen ufagechez les Américains dans les occafions de fête & de réjouiiTance. Au milieu de la fccurité que cette conduite infpiroit à Anaccana , Ovando méditoit la deftruclion de cette reine trop peu défiante & de fon peuple, & la barbarie de fon projet ne peut être égalée que par la baiîe perfidie avec laquelle î!» -l'exécutai Sous prétexte de donner aux Indiens la repréfentation d'un tournois Européen, il s'avança avec fes troupes rangées en bataille, vers la maifon où étoient aiTcmblés Anacoaha & les chefs de fa fuite. L'infanterie s'empara de toutes les avenues qui conduifoient au village, pendant que. la cavalerie invcflifibit la maifon. Ces mouve mens n'excitèrent d'abord que l'admiration fans aucun mélange de crainte, jufqu'à un lignai qui avoit été concerté: les Efpagnols tirèrent tout à Coup leurs épées & fondirent fur les Indiens fans défenfe & étonnés d'une trahifon à laquelle ne pouvoient pas s'attendre des hommes fimples & confians. On s'aflura auffitôt d'Anacoana. Tous ceux qui la fuivoient furent faifis & chargés de liens ; d T, l'A mer i que". Q liens; on raie le feu à la maifon, & fans examen- ni.preuves, tous ces infortunés qui étoient les perfonnes les plus confidérables du. pays, furent confumés par les flammes, Anacoana fut réfervée à un deftin plus igno. minieux.- On la tranfporta enchaînée à Saint-Domingue, pu après la formalité d'une procédure faite devant les juges Efpagnols , elle fut condamnée à être pendue publiquement fur.le témoignage des mômes-hommes.qui t'avoient trahie (i). Intimidés & humiliés par le traitement R^duo atroce-qu'on faifok fubir aux princes & Sndes^ce aux peifonnages les plus refpettés du pays, les habitans de toutes les provinces d'Hi-fjmiola fe foamjrent fans réfitlance au joug des Efpagnols, A la mort d'ifabelle,.. tous les réglemens qu'elle avoit faits pour adoucir la rigueur de leur fervitude furent. oubliés. On retir-a la petite gratification qu'on leur payojt comme le falaire de leur travail , & en même tems on augmenta, les charges qu'on leur impofoit. Ovando (j) Oviedo, tFc. HT, c. T2. Ilcrrera dec. r, IFt* VT, t. 4'. Relation, de diflrayi. de lai ladias par JJuvt, tio La$: Cafas,-pag, H n'étant plus retenu par rien , partagea les Indiens entre fes arriis dans toute rifle. Ferdinand , à qui la reine avoit laiiTé par fon teftament une moitié du revenu pro-venant des établiflemens du' nouveau monde j accorda à fes courtifans des concevions du même genrex qu'il regardoit comme la manière la moins onéreufe de rccompenfcr-leurs fervices. Ceilx-ci affermaient les Indiens dont ils étoient devenus les propriétaires, à leurs concitoyens établis à Hilpa-niola ; ces peuples malheureux étant contraints par la force de fatisfaire la rapacité des uns & des autres, les exactions de leurs oppreffeurs n'eurent plus de bornes. Ivlais cette police barbare, quoique funefie aux habitans de l'ifle , produifit pendant quelque tems des effets très - avantageux aux Efpagnols. En raflemblant amfi les forces d'une nation entière pour les diriger vers un même objet, on parvint à pouffer l'exploitation des mines avec une rapidité & -un fuccès prodigieux. Pendant plufieurs années l'orqu'on apportoit, aux fontes royales d'f-iifpaniola montoit à quatre cents faisante mille pezos par an, (environ deux miluons quatre cents mille livres T) E VA MERIQUE. ff tournois), ce qui doit paroître une fora- «sa» me prodigieufe, fi Ton fait attention à ia L\V.J)L*' grande augmentation de valeur que l'argent a aequife depuis le commencement du fei-zieme fiecle jufqu'à ce moment-ci. On vit des colons faire tout à coup des fortunes hnmenfes, & d'autres diffiper aulîî rapidement par une faftueufe profuiion les tré-fors qu'ils avoient amaffés avec tant de fa* ciîité. Attirés par cet exemple, de nouveaux aventuriers fe porterenc en foule en Amérique, impatiens de partager les tré-fors qui enrichiflbient-leurs compatriotes, & la colonie continua de s'accroître malgré la mortalité' qu'y occafionnoit l'infalu:« brité du climat (ij. Ovando gouvernoit les Efpagnols avec Progrès une fagelTe & Une juflice peut-être égale Sonie.L°" à la cruauté avec laquelle il traitoit les In* diens. Il établit des loix équitables, & en les faifant exécuter avec impartialité, il accoutuma la colonie à les refpecter. Il fonda plufieurs villes nouvelles en différentes parties de l'ifle, & y attira des habitons par la conceflion de divers privilèges. Il chercha (O Baréta dec. t, t». Vî, c. 18. &c. A 6 les moyens de porter l'attention des Efpa-■ gnols vers quelque branche d'induflrie plus utile que celle de chercher de l'or dans les mines. Quelques cannes de fucre ayant été apportées des ifles Canaries , dans la vue feulement de faire une expérience , la ri. chefle du fol & la fertilité du climat parurent fi favorables à cette culture qu'on fon-gea bientôt à en faire un objet de commerce. On vit fe former de yafles planta? rions; on établit.des, moulinsà fucre, que les Efpagnols apptlloicnt i/^rJo c, à caufe de leur méchanifme complique; enfin en peu d'années la fabrication du, fucre fut la principale occupation des habitans d'iïifpa-niola & la fource la plus abondante de leur iicheû\e(i). Les fag'es mefures que prenoit Ovanlo pour accroître la profpérité de la colorie furent puifTamment fécondées pan Ferdinand. Les fommes confidérables que ce prince recevoir, du nouveau monde lui-ouvrirent enfin les yeux fur l'importance de ces découvertes, qu'il a.voit jurqu'a!ors affecté de regarder avec, dédain. 11 «itoit par. d e l*A m e r j Q u e. i£ venu par fon habileté & par des circonfiances heureufes à furmonter les embarras oh l'avoient jette la mort d'Ifabelle & fesdif-putes avec fon gendre pour le gouvernement des états de cette princefie (i). Il employa le loifir dont il jouiiïoit à s'occuper des ailaiies de 1:Amérique ; c'e ftà fa prévoyance 6: à fa fagacité que l'Efpagne doit plufieurs de? rcglcmcns qui ont formé par degrés ce fyftême de politique profonde & jaloufe, par lequel elle gouverne fes domaines dans le nouveau monde. Il établit un trihunil, connu fous le. titre de Cufa de Gontratation ou bureau de commerce , corn-pofé d'hommes diflingués par leur rang & par leurs talens^à qui il confia l'a J mini (Ira-tion des affairée Américaines. Ce bureau. sV.fiembloit régulferemcnt à Séville & exercent L.neiunfd;£r,ion particulière & ub étendue. Ferdinand donna une forme régulière, au gouvernement eccléfiafliquc d'Amérique,, en nommant des archevêques , des évê-q.ues., des doyens & des eccléfiaftiques inférieurs, pour vriller fur les Efpagnols qui y étr.icnt établis gjainû, que. fur ceux desv « ÏÏ&oire du rcS;is de Charte jr. A 2 ÉHSH* naturels qui embrafieroient la foi chrétien-Llv-111, ne. Mais, malgré la"déférence & lerefpeét 5°7' de la cour d'Efpagne pour le llege de Rome, Ferdinand fentit l'importance d'empêcher toute puiflance étrangère d'étendre fa juiifdiction ou fon influence fur fes nouveaux domaines; en conféquence il réfer-vâ à la couronne d'Efpagne le droit exclu-lîf de patronage pour les bénéfices de l'Amérique, & flipula qu'aucune bulle ou ordonnance du pape n'y feroit promulguée qu'après avoir été préalablement examinée & approuvée par fon confeil. Ce fut par le même efprit dè jaloufie qu'il défendit à qui .que ce fut de s'établir en Amérique, ou d'en exporter aucune efpece de marchandi-fé, fans une permiffion fpéciale de ce même confeil (i). Bîimim- Malgré l'attention que ce prince donnoit pcT/dû à la police jfifc à la profpérité de :la colonie, dei"ine elie trouva menacée par un accident éieas. imprévu"'' d'une deftruclion prochaine. Les naturels de l'ifle, fur le travail defquels les Efpagnols avoient compté-pour leur fuccès & même pour leur exiftence, fe détrui- (0 Heneia, decad. i, ïïb. VI % c. 19, 20, d e l'A'h'Ën iqùe. fdient avec tant de-rapidité chie Textific. tion de la race entière 'paroi'floit ïnévitablei Lorfque Colomb découvrit Bifpaniola, on y cbmptoit au moins un million d'habi* tans (i); dans l'efpace de quinze ans, ils fe trouvèrent réduits à loixante mille. Cette diminution auiîi rapide que prodigieufé dé Tefpcée humaine réfultoit du concours de différentes caufes. Les naturels des ifles de l'Amérique étant d'une conftitution plus foible que les habitans de, l'autre hé'mifphè-re, ne pou voient ni exécuter les mêmes travaux , ni fupporter les mêmes fatigues que des hommes doués d'une organifafion plus vjgoureufe. L'indolence & l'inaftion dans laquelle ils fe plaifoient à palTer leur vie , étant l'effet de leur foibleffe & contribuant en même tems à l'augmenter, les rendoie par habitude autant-que par nature incapables : de tout effort pénible.' Les alimens dont ils fubfifloient étoient'peu nourriffans; ils n'en"prenoient qu*en:petite quantité & Cette nourriture n'étoit pas fuffifante pour: fortifier des corps débiles 6* pour les met- fj) Hcnera, mai. i, iih X^e. iû. trc en état de foutcnir les travaux d'urre active indultrie. Les Efpagnols faifant peu d'attention à cette conltitution particulière des Américains, leur impofoient des tâches fi difproportionnées à leur force, qu'on en voyoit un giand nombre fuccomber à la peine & périr d'épuifement. D'autres s'a-bandonnant au défcfpoir terminaient eux-mêmes leurs miférables jours. Une partie de ces peuples ayantété obligés d'abandonner la culture des terres pour.aller travailler dans les mines, la difette dps. fubfiftan-ces amena la. famine qui en fit périr un grand nombre. Pour compléter la défoia. tion de l'ifle , les Jvmitans furent attaqués-de différentes maladies , dont les unes étoient occafionnées par les fatigues auxquelles on les condamnoic , & les autres étoient l'effet, de leur commerce avec les Européens. | Les Efpogçipls fe voyant ainfi privés par degrés dès bras.dont ils étoient accoutumés à fe fervir, il leur fut impof-fible d'étendre plus loin' le progrès de leur établiffement-,- & môme de continuer les ouvrages qu'ils avoient commencés. Pour ap» porter un promet remède à un état fi alar,- d E l/A MER i qu E. *7 mant, Ovando propofa de tranfportcr à Hifpaniola les habicans des ifles Lucayes , Tous prétexte qu'il feroic plus aifé de les civilifer & de les inftruire dans la religion chrétienne lorfqu'ils feroient unis à la colo. nie Efpagnoîe, fous J'infpeftion immédiate des millionnaires qui y étoient établis. Ferdinand, trompé par cet artifice, ou difpo-fé peut - être à fe prêter à un a&e de violence que la politique lui repréfentoit comme nécefïaire , confentit à la proportion. On équipa plufieurs vaiiïeaux pour les Lucayes; les commandans, qui favoient la langue du pays, dirent aux habitans qu'ils ve-noient d'une contrée délicieufe où réfi-doient leurs ancêtres défunts, f&que ceux-ci les invitoient à s'y rendre, afin de partager le bonheur dont jouiflbient ces ames fortunées. Ces hommes Cmples-& crédules-écoutoient avec admiration ces récits mer-, veilleux: empreffés d'aller voir leurs pa-, rens & leurs amis dans l'heureufe région dont on leur parloit, ils fuivirent.avec plai-fir les Efpagnols. Cet artifice en fie paf-fer quarante mille à Hifpanioja. oh ils allèrent partager les fouffrances qui étoient le partage des habitans de l'ifle, & mêler &mÊÊ leurs pleurs & leurs gémiiTemens avec ceux liv. m. dc ceue race infortunée (i). d cou- Les Efpagnols avoient pendant quelque ÎÏÏvcS* tems fbufle leurs travaux dans-les mines étabiifie- cî'Hîr^aMÎoia avec tant d'ardeur'& de fuc-in£1 ' ces que cet objet paroiffoit avoir abforbé toute leur attention. L'efprit de découverte languiflbit, & depuis le dernier voyage de Colomb aucune entreprife de quelqu'im-portance n'avoit été formée. Mais la diminution des Indiens faifant fentir l'impoffibi-lité de s'enrichir dans cette iile avec autant de rapidité qu'auparavant , cette confédération détermina les Efpagnols à chercher des contrées nouvelles oîi leur avidité pût'trouver à fe fatisfaire avec plus de facilité. Juan Ponce de Léon, qui commandoit fous Ovando dans la partie orientale d'Hifpanio-Iâ , pafia dans l'ifle de Saint - Jean - de-Porto-ricOi que Colomb avoit découverte à fon fécond voyage, & pénétra dans l'intérieur du pays. Comme il trouva un fol fertile & que d'après quelques indications & le témoignage des habitans, il eut lieu (i) Hertcra, dscad. i, /». VU, c 3. rOviedo, lit. III, e. 5. Gainera ; Ifift* c. 41. D E L'A Mï'ft i Q U E. ig u'efpéfer qu'on pourroit découvrir des mines d'or dans les montagnes , Ovando lui permit id'eiTayef un établiflement- dans l'ifle ; ce qui fut exécuté furis peine' par Ponce de Léon, dont la prudence égaloit le courage. : En peu d'années Porto-rico fut fournis au gouvernement Efpa'gnol ; les naturels réduits en feyvitude furent traités avec la même rigueur imprudente que ceux d'Hif-paniola, & la race des preniiers habitans, épuifée par* les fatigues & les fouffrances, fût entièrement exterminée (i). Vers le même tems , Juan Diaz de So-Ks, de concert avec Vincent1 Janez Pinfon, un des premiers compagnons de Colomb 5 fit un voyage au continent. Ils fuivirent jufqu'à rifle de Guanaios la même route que Colomb avoit tenue; mais tournant de-là à Pouefl , ils découvrirent une nouvelle' & yafic province connue depuis fous le nom àejucatan, & longèrent une grande partie de la côte de ce^payfc Quoique cette expédition n'ait été marquée par aucun évé- j_:_' i' _ . ■• > t \ r j \\ iui C|itb , .. . : " CO Herrera, decad. i, ffî. VII\ c. i, 4. Goraera , Hijl, e. 44. Relacion de B. de Las Cafas,p. 10. (2; lierrera, dxad. i, lik. VI, c. 17. mmi nement mémorable , elle .mérite qu'on en fa^-gît faffe mention, parce qu'elle conduifit à des découvertes de plus grande, importance. C'eft pour la même raifon qu'on doit rap. peller le voyage de Sébaftien de Ocampb. 11 fut chargé par Ovando de tourner Cuba, & il reconnut le premier avec certitude que ce paysjregardé autrefois par,Colomb comme une partie du continent, n'étoit qu'une grande ifle(i). -Diego Cette expédition autour de Cuba fut un Colomb r eft nom- des derniers incidens du gouvernement d O verneur" yando. Depuis la mort de Colomb, Don 2?a" Pieg? > r9n fiIs. » Pe -ceffoie-.de folliciter Ferdinand de lui accorder les charges dé vice-roi & d'amiral dans le nouveau monde, avec tous les privilèges & les bénéfices dont il devoit hériter en çonféquence de la capitulation primitive faite avec fon pere. Xvîais fi ces dignités & les revenus qui: y étoient joints avoient paru fi confidérables* à Ferdinand ,> qu'ij n'avoit pas craint de paffer pour injufte & ingrat en les ôtant,.à> Colomb il n'efl pas furprenant qu'il fût alors peu difpofé à les accorder à fon fils. ---m-■-j-1-1-- D E L'A MtRIQU E. 21 Aufïï- Don Diego perdit' deux années en- **e*a tieres en follicitations. Fatigué de l'inutilité de fes démarches, il tenta enfin de fe procurer par une fentence légale ce qu'il ne pouvoit obtenir de la faveur d'un prince intéreffé. Il intenta une action contre Ferdinand devant le confeil chargé d'adminiftrer les affaires de l'Inde -, & ce tribunal avec une intégrité bien honorable pour ceux qui le compofoient , rendit un jugement contre le roi , & confirma les droits de Don Diego à la vice-royauté & aux autres privilèges ftipulés dans la capitulation Malgré ce décret, la répugnance que de'voït avoir Ferdinand à mettre un fujet'enpof-fefiion d'une autorité fi confidérable, auroit pu faire naître de nouveaux obftacles , fi Don Diego n'avoit pas trouvé un moyen d'intéreffer des perfonnes très - puiflTantcs au fuccès de fes prétention?. La fentence du confeil des Indes lui donnoit droit à un rang fi élevé & h une fi haute fortune , qu'il lui fut aifé de conclure un mariage avec Dona Maria, fille de Don Ferdinand de Tolède, grand commandeur de Léon & frère du» duc d'Albe, grand du royaume de la première dalle & allié de-près a a: roi. — Le duc & fa famille épouferenq avec tant Lli5c8.L dc chaleur la caufe de leur nouvel allié que Ferdinand ne put pas réfuter à leurs follicitations. Il rappel la Ovando & nomma 1509. pour lu* fuccéder Don Diego: mais même en lui accordant cette faveur il np put pas cacher fa jaloufie ; car il lui permit feulement de prendre le titre de gouverneur , non celui de vice-roi, quoique le confeil eût décidé que ce dernier titre appartenoit à Don Diego (1). 11 re rend II partit bientôt pour Hifpaniola , accom* H."a?a" Pagné de fon .frère, de fes oncles , de fa femme, qui par la courtoifîe des Efpagnols fut honorée du titre de vice* reine, & d'un cortège nombreux de perfonnes de l'un & l'autre fexe , nées de familles diitinguées. Don Diego vécut avec une magnificence & un fade inconnu jufqu'alors dans le nouveau monde, & la famille de Colomb parut enfin jouir des honneurs & des récompenfes .que fon génie créateur avoit fi bien mérités & dont il avoit été li cruellement privé. La colonie elle-même acquit un nou« vel éclat par l'arrivée de ces nouveaux ha- (1) Herrera, Jetât. 1, lii. FII, c. 4. d e l'A m e r i q u e. 23 bitans, d'un caractère & d'un rang fupérieurs sa à celui de preique tous ceux qui avoien; Ll^!' paiTe jufqu'alors en Amérique ; pluGeurs des familles -les plus illuftres .établies dans les colonies Efpagnoles font defcendues des perfonnes qui avoient accompagné Don Diego Colomb à cette époque (1), Ce changement de gouverneur ne fut d'aucune utilité pour les malheureux habi-tans. Don Diego fut non • feulement auto* rifé par un édit royal à continuer les repar-timlentos ou diftvibutions d'Indiens ; mais on fpécifia même le nombre précis qu'il pouvoit en accorder à chaque perfonne fe* Ion le rang qu'elle avoit dans la colonie. Il fe prévalut de cette permilîion, & bientôt après fon débarquement à Saint-Domingue, il partagea entre fes parens & ceux qui l'avoient fuivi ceux des Indiens qui n'a-voicnt encore été dcftinés à perfonne (2). Le nouveau gouverneur s'occupa enfuite Pêcherie à fuivre l'inflrudlion qu'il avoic reçue duîVsfcu-roi pour l'établiflement d'une colonie àba^ua* (1) Ovicdo, lik III, c.i. llevrcra, dccad. I. liù. VIT, c 10, fflfi. c. 78. (2) B.ccopiUcton de Leyes , Vtb. VI, fit. 8, il». 1,2. r—■ Cubagua, petite i fie que Colomb avoit,dé-Liv. m. couverte à fon troifieme voyage. Quoique 5C9' ce fût un terrain ftérile qui pouvoit à peine fournir la fubfiftance de fes miférables habitans , on trouvoit fur fes côtes une fi grande quantité de ces huîtres qui produi-fent les perles , que cette ifle ne put é. chapper aux recherches des avides Efpagnols qui s'y portèrent bientôt en foule. Il fe fit des fortunes confidérables par la pêche des perles, qui fut fui vie avec une ardeur extraordinaire. Les Indiens , fur-tout ceux des ifles Lucayes , furent obligés de plonger au fond de la mer pour y prendre ces huîtres, & cette occupation auffi dangereufe que mal-faine, fut une nouvelle calamité qui ne contribua pas peu à la deflruction de cette race proscri* te CO. Nou- Vers cette même époque, Juan Diaz de voyages. ^olis & Pinfon s'embarquèrent enfemble pour un fécond voyage. Ils cinglèrent di-re&ement aufud, vers la ligne équinoxiale que Pinfon avoit précédemment traverfée, «Se CO Herrera, mai* i, l'tb. Vil, c. 9. Goraera, lift. D e L'A MEUIQtJE. 25 & ils s'avancèrent jufqu'au quarantième de* Hs» gré de latitude méridionale. Ils furent éton-nés de trouver que le continent de l'Amérique s'étendoit à leur droite à travers toute cette étendue de l'océan. Ils débarquèrent en différens endroits , pour en prendre poffelTion au nom de leur fouverain ; mais quoique le pays leur parût très * fertile & les invitât à s'y arrêter, comme leur armement avoit été deftiné à faire des découvertes , plutôt que des établilTemens , ils n'avoient pas alTez de monde pour laiiTer des colonies après eux. Leur voyage fer-vit cependant à donner aux Efpagnols des idées plus juftcs & plus grandes fur l'étendue de cette nouvelle portion du globe (O. Quoiqu'il fe fût écoulé plus de dix ans preniî depuis que Colomb avoit découvert le con- tentative tinent de l'Amérique, les Efpagnols n'y a. binu-" voient encore fait aucun établiflemcnt. Ce "'£-2 fut alors qu'on tenta férieufement & avec nc;u* vigueur ce qui avoit été (i longtems négli. gé ; mais le plan de cette entreprife ne fut ni formé par la couronne ni exécuté aux dépens de la nation ; ce fut l'ouvrage de fi) Herrera, decad. i, lib. VU, c. 9,, Tome 11 B l'audace 6c des fpéculatîons de quelques a-venturiers. La première idée de ce projet vint d'AIonzo d'Ojeda, qui avoic déjà fait deux voyages pour tenter des découvertes & qui s'y étoit acquis une grande réputation, mais fans fortune. L'opinion qu'il avoit donnée de fon courage & de fa prudence lui procura aifcment des aflociés qui firent ks fonds néceffaires pour les dépenfes de l'expédition. Vers le même tems, Diego de NicuelTa, qui avoit fait une grande fortune à Hifpaniola , forma un femblable defTein. Ferdinand encouragea l'un & l'autre; il ne voulut pas, il eft vrai, leur avancer la plus légère fomme; mais il leur prodigua les titres & les patentes. 11 érigea deux gouvernemens fur le continent, dont l'un s'étendoit depuis le cap de Vela juf-qu'au golfe deDarien, & l'autre depuis ce golfe jufqu'au cap Gracias à Dios.. Le premier fut donné à Ojeda , le fécond à NicuefTa. Ojeda équipa un vailTeau 6c deux brigantins , montés de trois cents hommes , & NicuefTa fix vaiileaux avec fept cents quatre - vingts hommes. Ils mi-rent à la voile de Saint-Domingue vers le même tems pour fe rendre à leurs gouver- D E l'A m e r i q G e. 27 Démens refpectifs. Afin de donner quel-qu'apparence de validité à leurs titres de3 propriété fur ces contrées , plufieurs des plus célèbres théologiens & jurisconfultes d'Efpagne furent employés à prefcrire la manière dont on devoit en prendre pofles-fion (O- L'hiftoire du genre humain n'offre rien de plus fingulier ni de plus extravagant que la forme qu'ils imaginèrent pour remplir cet objet. Les chefs des deux expéditions dévoient, en débarquant fur le continent, annoncer aux naturels les principaux articles de la foi chrétienne; les informer en. particulier de la jurifdiction fu-prême du pape fur tous les royaumes de la terre; les inftruire de la concefiion que le f'aint pontife avoit faite de leur pays au roi d'Efpagne; les fommer d'embrafler les dogmes de cette religion qu'on leur faifoit connoître, & de fe foumettre au fouverain dont on leur annonçoit l'autorité. S'ils réfutaient d'obéir à cette fommation, dont il étoit impofiible à un Indien de comprendre feulement les termes, alors Ojeda & NicuefTa étoient autorifés à les attaquer avec le (0 Herrera, âccad. 1, lïb. VU, s. 15, B 2 H5H5 fer & le feu ; à les réduire en fervitude, eux-, IJ5C9?' leurs femmes & leurs enfans îà Ies obliger par Ja force à reconnoître la jurifdiction de l'égli-fe & l'autorité du roi d'Efpagne, puifqu'ils ne vouloientpas le faire volontairement (i), fDdfaftrcs D étoit difficile aux habitans du continent qui nait- d'embrafler fans autre examen une doctrine lent de cette en- trop fubtile pour des efprits fans culture & qui leur etoit expliquée par des interprètes peu inftruits de leur langue; il ne leur étoit pas plus aifé de concevoir comment un prêtre étranger, de qui ils n'avoient jamais entendu parler, pouvoit avoir quelque droit de difpofer de leur pays, ni comment un prince inconnu pouvoit s'arroger une jurifdiction fur eux comme fur fes fujets; auffi s'oppoferent- ils vigoureufement à l'in-vafion de leurs territoires. Ojeda & NicuefTa tâchèrent d'exécuter par la force ce qu'ils ne pouvoient obtenir par la perfuafion. Les écrivains contemporains ont rapporté leurs opérations avec le plus grand détail; mais comme ils n'ont fait aucune découverte importante ni fondé aucun établiffement permanent, ces événemens ne méritent pas (O Voyez la^NoTH XXIil. D E L'A M E R I QUE, 29 de tenir une place confidérable dans rhiftoi-re générale d'une époque , ou une valeur romanefque luttant fans celTe contre des difficultés incroyables , diftingue toutes les entreprifes des armes efpagnoles. Les ha-bitans des pays dont Ojeda & NicuefTa al-loient prendre le gouvernement, fe trouvèrent être d'un caractère fort différent de celui des babitans des ifles. Ils étoient guerriers & féroces. Leurs flèches étoient trempées dans un poifon fi violent que chaque blefTure étoit fuivie d'une mort certaine: dans un feul combat ils taillèrent en pièces plus de foixante. dix des compagnons d'O-jeda, & pour la première fois les Efpagnols apprirent à redouter les habitans du nouveau monde. NicuefTa trouva de fon côté un peuple également déterminé à défendre fes pofTefîions & dont rien ne put adoucir la férocité. Quoique les Efpagnols euiTent recours à toute forte de moyens pour les flatter & pour gagner leur confiance, ils refuferent de former aucune liaifon & d'entrer en aucun commerce d'amitié avec des étrangers dont ils regardoient la réfidence parmi eux comme funefte à leur liberté ce leur indépendance. Quoique cette liaiae U 3 implacable des naturels fendît auffi difficile ' que dangereufe la forma r ion d'un établiiTe-ment dans leur pays, la perfévérance des Efpagnols, la fupériorité 'de leurs armes & Jeur habileté dans l'art de la guerre,auroient pu avec le tems furmonter cet obftacle ; mais tous les dé'failres qu'on peut imngi. fter s'accumulèrent fur eux & parurent fe combiner pour combler leur ruine. La perte de leurs vaifleaux que divers accidens firent périr fur une côte inconnue ; les maladies particulières à un climat, le plus mal-fain de toute l'Amérique,- le défaut de fub-frftance inévitable dans un pays mal cultivé ; les divifions qui s'élevèrent entr'eux-, & les hoflilités continuelles des habitans les plongèrent dans un abîme de calamités dont le fimple récit fait frémir d'horreur. Quoiqu'ils euffent reçu d'Hifpaniola deux renforts conildérables , la plus grande partie de ceux qui s'étoient engagés dans cette malheureufe expédition, périrent en moins d'un an dans la plus affreufe mifere. Le petit nombre de ceux qui furvécurent formèrent une foible colonie à Santa-Maria ël Antigua fur le golfe de Darien , fous le commandement de 'Vafcô-' Nùgnès de Bal- 13 ii l'A m e r i que. boa . qui dans les occafîons les plus critiques déploya un caractère de valeur & de prudence, qui lui mérita d'abord la confiance de Tes compatriotes & le défigna pour être leur chef dans des entreprîtes plus brillantes & plus heureufes. Ce n'étoit pas ]e feul Efpagnol de cette expédition qui fût deftiné à fe montrer enfuite avec éclat dans des fcenes plus importantes. François Pizarre étoit un des compagnons d'Ojeda ; ce fut à cette école d'adverfité qu'il acquit ou perfectionna les talens auxquels on doit les actions extraordinaires qu'il exécuta dans la fuite. Ferdinand Cor-tes, dont le nom eft devenu encore plus fameux, s'étoit engagé de bonne heure dans cette entreprife qui avoit fait prendre les armes à toute la jeuneffe bouillante d'Hifpaniola ; mais le bonheur confiant qui l'accompagna dans fes aventures poflérieu-res, le déroba dans celle-ci aux défaftres auxquels fes compagnons furent expofés. Il tomba malade à Saint-Domingue avant le départ de la flotte & cette indifpofitiorj l'empêcha de s'embarquer (i). ( i ) Herrera ,âctad. it m. Fil, c. 2, £?c. Gomera, hi]f, c. 57 i 5! j 59» fcèilzon. M* I >c* '9-23- P» Martyr, dcc, 132. B 4 BHB L'iiTue malheureufe de cette expédition ^ll'io.1' ne découragea point les Efpagnols & ne Conquête les empêcha point de former de nouvelles u u *' entreprifes du même genre. Lorfque les ri-chefles s'acquièrent graduellement à force de perfévérance & d'induftrie, ou s'accumulent par les opérations lentes d'un commerce régulier, les moyens qu'on emploie font tellement proportionnés à leur effet qu'il n'en réfulte rien qui puifle frapper l'imagination & exciter les facultés actives de l'ame à des efforts extraordinaires. Mais lorfqu'on voyoit de grandes fortunes s'élever prefque dans un inftant ; lorfqu'on voyoit l'or & les perles s'échanger pour des bagatelles ; lorfque les pays oh fe trouvoient ces précieufes productions, dé-fendus feulement par des fauvages nuds, devenoient la proie du premier aventurier qui avoit de l'audace ; des circonflances fi extraordinaires & fi féduifantes ne pou-voient manquer d'enflammer l'efprit entreprenant des Efpagnols & de les précipiter en foule dans cette nouvelle route ouverte aux richeffes & aux honneurs. Tant que cet efprit conferva fa force & fon ardeur, toutes les tentatives de découverte ou de eoii- D E L'A M E R I OJ U E. 33 conquête furent accueillies avec ardeur & de nouveaux aventuriers s'y engagèrent à I'envi les uns des autres. Les pafllons des nouvelles entreprifes, qui caraélérifent cet-te époque des découvertes à la fin du quinzième & au commencement du feizie. me fiecles , auroient fuffi pour empêche? les Efpagnols de s'arrêter dans leur carrière ; mais des événement arrivés dans le même tems à Hifpaniola, concoururent à étendre leur navigation & leurs conquêtes* La rigueur avec laquelle on avoit traité les habitons de cette ifle en ayant prefqu'en-tierement éteint la race, plufieurs des colons Efpagnols fe virent dans l'impoffi-bilité, comme je l'ai déjà obfervé ^de continuer leurs travaux avec la même vigueur & le même avantage , & furent obligés de chercher des établiflemens dans quelques pays ou les naturels n'euflent pas été détruits par l'opprefiion. D'autres entraînés-par cette légèreté inconsidérée, fi naturelle aux hommes qui font des fortunes rapides, avoient diffipé par une folle prodigalité ce qu'ils avoient acquis fans peine, & la nécelTité les forçoit à s'embarquer dans-les entreprifes les plu3 hafardeufes pour, ré-B J tablir leurs affaires. Lorfque Don Diego Colomb fe prppofa de conquérir l'ifle de Cuba & d'y établir une colonie , les différentes caufes que je viens d'expofer déterminèrent plufieurs des colons les plus diftingués d'Hifpaniola à entrer dans ce projet. Il confia le commandement, des troupes deflinées pour l'expédition à Diego Velafquès, qui avoit accompagné fon pere dans fon fécond voyage & qui étoit depuis longtems établi à Hifpaniola s cîi il avoit fait une fortune conûdérable. avec une réputation fi diftinguée d'habileté & de prudence, que perfonne ne paroiflbit plus propre à conduire une expédition importante. Trois cents hommes parurent fuf-£ fans pour faire ia conquête d'une ifle très-peuplée & qui avoit plus de fept cents milles de longueur;, mais-les naturels en étoient auffi peu belliqueux rque ceux d'Hifc paniola. Us furent intimidés par la feule vue de leurs nouveaux ennemis & ils n'é-toient préparés à faire aucune réfifhnce: quoique depuis le tems oh les Efpagnols avoient pris pofTcffion de l'ifle voifine, ils éuffent s'attendre à une defeente fur leur territoire y aucune des. petites bourgade* D ET E'A M e R I que. entre lefquelles Caba étoit partagé, n'a- «SËHB voit fait des difpofitions pour fe défen- ^J*1, dre ; elles n'avoient pris aucune mefuie pour la sûreté commune. La feule opposition que les Efpagnols rencontrèrent , fut de la part de Hatuey , Cacique qui s'étoit enfui d'Hifpaniola & avoit pris pof-feffion de l'extrémité orientale de Cuba. Il fe mit fur la défenfive à leur premier débarquement & tâcha de les repouiTer vers leurs vaiffeaux ; mais fa foible troupe fut bientôt rompue & difperfée , & le Cari* que lui-même ayant été fait prifonnier , Velafqucs, fuivant la barbare maxime dés Efpagnols, le regarda comme un efclave qui avoit pris les armes contre fon maître & le condamna à périr dans les flammes, Lorfque Hatuey fut attaché au poteau", un moine Francilcain s'efforçoit de le convertir, en lui promettant qu'il jouiroit fur le champ de toutes les délices du ciel s'il vouloit embraîTer la foi chrétienne. Y a-„ t-il quelques Efpagnols/' dit Hatuey après un moment de filence , ,, dans ce féjour de délices dont vous me parlez? „ Oui , répondit le moine , mais ceux - là „ feulement qui ont été juftes & boa** B G Wëëëê ,) Le meilleur d'entre eux , répliqua h ^n'1* '* Cacique indigné , ne peut avoir ni juf-„ tice , ni bonté ; je ne veux pas aller „ dans un lieu oïl je rencontrerois un feul „ homme de cette race maudite (i)." Cet exemple effrayant de vengeance frappa les habitans de Cuba d'une fi grande terreur, qu'ils tentèrent à peine de mettre quel-qu'oppofition aux progrès de leurs ennemis , & Velafquès réunit, fans perdre un feul homme, cette ifle vafte & fertile à la monarchie efpagnole (2). D&ou- La facilité avec laquelle s'exécuta une i£ïioride.con{luéte fi importante fervit d'aiguillon pour former d'autres entreprifes. Juan Ponce de Léon , qui avoit acquis de ta gloire & de la fortune par la réduction de Porto-Rico, étoit impatient de s'engager dans quelqu'expédition nouvelle* li équipa trois vaiffeaux à fes frais pour aller tenter des découvertes * & fa réputation raflembla bientôt à fa fuite un corps nombreux d'aventuriers. 11 dirigea fa route vers (1) B. de las Cafas, p. 40. (2) Herrera, dtcad. r, IWi IX >c' 2, 3, te. Ovreio:, Sb..XJ^II,,t. 3,£. jzy* D E L*A M E R I Q U E. 37 les ifles Lucayes, & après avoir touché à quelques - unes de ces ifles , ainû qu'à- celle de Bahama , il cingla au fud • efl:, & découvrit un pays que les Efpagnols ne connoiflbient pas encore , & auquel il donna le nom de Floride ; foit parce qu'il le reconnut le jour du dimanche des rameaux foit à caufe de l'afpect agréable & gai que lui offrit le pays même. 11 effaya de débarquer en différens endroits :, mais Top-pofition vigoureufe qu'il éprouva de la. part des habitans , qui étoient féroces & guerriers, lui fit fentir la néceflité d'avoir des forces plus considérables pour y former un établiffement. Content d'avoir ouvert une communication avec un pays nouveau , fur la richefle & l'importance duquel il fondoit de grandes efpérances, il retourna à Porto-Rico par le canal, connu aujourd'hui fous le nom de golfe de la Floride.. Ce ne fut pas feulement le defir de découvrir des contrées nouvelles qui engagea Ponce de Léon à entreprendre ce voyage ; il y. fut déterminé auffi par une de ces idées chimériques qui fe mêloient alors à Fefprit de conquête & y donnoient plu* d'activité. Il y avoit parmi les habitans de Porto-Rico une tradition établie que dans l'ille de Bimini, 1' une des Lucayes , on trouvoit une fontaine douée de la vertu merveilleufe de rendre la jeuneffe & la vigueur à tous ceux qui fe baignoient dans fes eaux falutaires. Animés par l'ef-pérance de trouver ce reflaurant miraculeux, Ponce de Léon & fes compagnons parcoururent ces ifles, cherchant avec beaucoup de peine & de follicitude, mais fans fuccès , la fontaine qui étoit le principal objet de leur expédition. Il n'eft pas étonnant qu'un conte fi abfurde ait pu trouver quelque crédit parmi des peuples fim-ples & ignorans, tels qu'étoient les naturels ; mais qu'il ait pu faire quclqu'im-preffion fur des hommes éclairés , c'eft ce qui paroît aujourd'hui prefqu'incroya* ble; le fait n'en efl pas moins certain & les hifloriens Efpagnols les plus accrédités ont rapporté ce trait extravagant de -la crédulité de leurs compatriote;?. Les Efpagnols étoient à cette époque engagés dans une carrière d'activité , qui en leur préfentant chaque jour des objets extraordinaires & merveilleux ■> dévoie donner us p e ?. l'A merique. 30 tour romanefque à leur imagination. Un nouveau monde s'offroit à leurs regards. Us viiitoient des ifles & des continens donc les Européens n'avoient jamais imaginé l'exif-tence. Dans ces .contrées délicieufes la nature fembloit fe montrer fous d'autres formes ; chaque arbre, chaque plante, chaque animal étoit différent, de ceux de l'ancien hémifphere. . Les Efpagnols fe crurent tranfportés en des pays enchantés, & après les merveilles dont ils avoient été les,témoins, dans la première chaleur de leur admiration il n'y avoit rien d'af-fez extraordinaire pour leur paroîcre incroyable. Si une fuccefflon rapide de fce-nes nouvelles & frappantes put faire af-fez d'imprefîion fur l'efpiït fage de Colomb pour qu'il -fe vantai d'avoir décou* vert le ficge du paradis, on ne doit pas trouver étrange que Ponce de Léon aie cru découvrir la fontaine de jouvence fJO-Peu de tems après cette expédition à la CO P- Martyr, dec. p. 202. Enfayo clirtnwl. para làh'Jl. dt la Florida, par D-. Gab.- Carilenas-, />. 1. Oviedor Ifb. .XW, c. 2. Herrera, dec. i, lib. IX. c. 5. ////?. (/t la. cong. de la Floride, par Gare, de la Vcga, lib. /,c. —— Floride, il fe fît une découverte beaucoup Liv. m. pjus importante dans une autre partie de Progrès l'Amérique. Balboa ayant été nommé au de liai gouvernement de la petite colonie de San. boa dans 13 . . . . . TA . „ L; rinhme ta - Maria dans le Daricn , par le fuffragc deDûnen* volontaire de fes affociés, fut fi empreiïé d'obtenir de la couronne une confirmation de leur choix:, qu'il dépêcha un officier en Efpagne pour folïiciter une commiflion royale qui le revêtît d'un titre légal au fuprême commandement. Comme il fen-toit cependant qu'il ne pouvoit fonder le fuccès de fes efpéranees ni fur la protection des miniftres de Ferdinand avec lesquels il n'avoit aucune liaifon y ni- fur des négociations dans une cour dont il ne con-noiiToit pas les intrigues, il tâcha de fe rendre digne de la faveur qu'il foliicitoit,. par quelque fervice fignalé qui lui méritât la préférence fur fes compétiteurs» Frappé de cette idée , il fit de fréquentes in-curfions dans les pays adjacens r fournit plufieurs Caciques & recueillit une grande quantité d'or, qui étoit plus abondant dans cette partie du continent que dans les ifles. Dans une de ces incurfions les Efpagnols fe difputerent avec une telle D E L*A M er1que. 41 chaleur pour le partage d'un peu d'or , qu'ils furent près de fe porter à des actes de violence les uns contre les autres. Un jeune Cacique , témoin de cette querelle & étonné de voir mettre un il haut prix à une chofe dont il ne devinoit pas l'utilité , renvcrfa avec indignation l'or qui étoit dans une balance , & fe tournant vers les Efpagnols leur dit : „ Pourquoi vous quereller pour fi peu de chofe ? „ fi c'eft l'amour de l'or qui vous fait „ abandonner votre propre pays pour ve-„ nir troubler la tranquillité des peuples qui font fi loin de vous, je vous con-duirai dans un pays oh le métal qui pa-roît être le grand objet de votre admi-ration & de vos defirs, eft fi commun « que les plus vils uftenfiles en font faits." Ravis de ce qu'ils entendoient, Balboa & fes compagnons demandèrent avec empref-feraent oh étoit cette heureufe contrée & comment ils pourroieot y arriver? Le Cacique leur apprit qu'à la diftance de fix foleils, c'eft - à-dire % de fix jours de marche vers le fud, ils découvriroient un autre océan près duquel cette riche contrée étoit fîtuéè'» mais que s'ils fe propofoieat mmam d'attaquer ce royaume puilTant, ce ne pou-Liv. m. voie être qu'avec des forces très - fupé- rieures à celles qu'ils avoient alors (i). riojcc de Ce fut la première information que re-ialboa* çUrent les Efpagnols fur le grand océan méridional & fur le riche & vafle pays connu enfuite fous le nom de Pérou. Bal-boa eut alors devant lui des objets dignes de fon ambition fans bornes & de l'auda-cieufe activité de fon génie. Il conclut fur le champ que l'océan dont parloit le Cacique étoit celui que Colomb avoit cherché dans cette môme partie de l'Amérique, dans l'efpérance de s'ouvrir par. là une communication plus directe avec les Indes orientales ; & il conjectura que la riche contrée dont on lui faifoit la description devoit être une partie de cette grande & opulente région de la terre. Flatté de l'idée d'exécuter ce qu'un fi grand homme avoit en vain entrepris, & empreifé d'effectuer une découverte qui ne devoit pas être moins agréable au roi qu'utile à fon pays, il attendit avec impatien- ÇO Herrera, decaâ. i, Ub. IX, c. 2. Gomera, c. fjb, P. Miit-yr, dec. A* 14^ 1 d e l'A m e r i q u e. 43 «e le moment de partir pour cette expé- BBSB dition , auprès de laquelle tous fes pre- ^J,"/.11* roiere expions paroiflbient de peu d'importance. Mais il falloit faire des arrange-mens & des préparatifs indifpenfables pour s'alTurer du fuccès* Il commença par fol-iiciter & gagner Tamitié des Caciques voi-fins. II envoya quelques-uns de fes officiers à Hifpaniola avec une grande quantité d?or, qui étoit tout à la fois la preuve du fuccès qu'il avoit déjà eu & l'annonce de ceux qu'il fe promettoit encore. Le» préfens qu'il en fit, diftribués à propos , lui méritèrent la protection du gouverneur & attirèrent beaucoup dé volontaires à fon fervice. Dès qu'il eut reçu de cette ifle le renfort considérable qu'il en efpéroit, il fe crut en état de tenter fon expédition. L'ilThme de- Darien n'a pas plus de foi* Difficuï- . ,. -, .„ , ■ , . . , ,tis dans xante milles de largeur; mais cette languerexéc». de terre qui unit' enfemble le continentuon* méridional de l'Amérique avec le fepten-trional, cft fortifiée par une chaîne de hautes montagnes qui s'étendent dans toute fa longueur & èn font une barrière aiTez fo-lide pour réfifter à l'impulfion des deux mers oppofées. Les montagnes font couver- — tes de forêts prefqu'inacceffiblcs. Dans ce L.v.iii. C]imac humide oh il pleut pendant les deux I512' tiers de Tannée, les vallées font marécageuses & fi fréquemment inondées que les ha-bitans fe trouvent en plufieurs endroits dans la nécefîité de bâtir leurs maifons fur les arbres, afin de s'élever à quelque dif-tance au-deflus d'un fol humide & des odieux reptiles qui s'engendrent dans les eaux corrompues (i). De grandes rivières fe précipitent avec impétuofité des montagnes. Cette région n'étoit peuplée que de fauvages errans & en petit nombre, ce ]a main de rinduftrie n'y avoit rien fait pour corriger ou adoucir ces inconvéniens naturels. Dans cet état des chofes, tenter de traverfer un pays inconnu, fans avoir d'autres guides que des Indiens fur la fidélité defqucls on ne pouvoit guère compter , étoit donc l'entreprife la plus hardie que les Efpagnols euffent encore formée dans le nouveau monde. Mais l'intrépidité de Balboa étoit fi extraordinai» re, qu'elle le diftinguoit de tous fes cora. patriotes dans un tems oîi le dernier des fcO i'> Martyr, ccc. p. 158. D E L'A M E R I Q U E. 45 aventuriers fe faifoic remarquer par fon i'UlfS audace & par fon courage. 11 joignoit à Ll1^,/> la bravoure , la prudence, la généralité , l'affabilité & ces talens populaires qui dans les entreprifes les plus téméraires infpirent la confiance & fortifient l'attachement. Cependant, après la jonction des volontaires i5I5. d'Hifpaniola il ne put ralTembler que cent quatre-vingt-dix hommes pour fon expédition; mais c'étoient des vétérans robuf-tes, accoutumés au climat de l'Amérique & prêts à le fuivre au milieu des plus grands dangers. Ils fe firent accompagner de mille Indiens qui portoient leurs pro-vjfions, &, pour complctter leur armement de guerre , ils emmenèrent avec eux plufieurs de ces chiens féroces, qui ne causaient pas moins de mal que de frayeur à des ennemis entièrement nuds. Balboa fe mit en marche pour cette gran- i> tifcou-de expédition au premier feptembre, versd'uiud"1" le tems oh les pluies périodiques commen-çoient à diminuer. Il fe rendit par mer fans aucune difficulté fur le territoire d'un Cacique dont il avoit gagné l'amitié ; mais il n'eut pas plutôt commencé à pénétrer dans la partie intérieure du pays, qu'il fe wêêSB trouva retardé dans fa marche par tous les L,v"Iir* obftacles qu'il avoit eu lieu de craindre , l513' tant de la nature du terrain que de la difpofirion des habitans. A fon approche quelques Caciques s'enfuirent avec tous leurs fujets vers les montagnes, emportant avec eux ou détruifant tout ce qui pouvoit fervir à la fubfiftance des troupes efpagnoles. D'autres rafiemblerent leurs fujets pour s'oppofer à Balboa, qui ne tarda pas à fentir combien il lui feroit difficile de conduire un corps de troupes au milieu des nations ennemies, à travers des marais , des rivières & des bois qui n'a-voient jamais été franchis que par des fau-vages errans. Mais en partageant toutes les fatigues d'une pareille marche avec le dernier de fes foldats ; en fe montrant toujours le premier au danger, & en leur promettant avec confiance plus de gloire & de.richeiTes que n'en avoit jamais mérité le plus heureux de leurs compatriotes , il favoit fi bien échauffer leur courage qu'ils le fuivoient fans murmure, lis avoient pénétré affez avant dans les montagnes, lorsqu'un Cacique puiffant fe préfenta avec un corps nombreux de fes fujets pour défen- V R L'A mer1que. 47 dre le paffage. d'un défilé; mais des hom-mes accoutumés à vaincre de fi grands obf- J-j?* tacles ne pouvoient être arrêtés par de fi foibles ennemis. Ils attaquèrent les Indiens avec impétuofité & continuèrent leur marche après les avoir difperfés fans beaucoup de peine & en avoir fait un grand carnage. Quoique leurs guides leur eulTent dit qu'il ne falloit que fix jours pour traverfer l'iithme dans fa largeur , ils en avoient déjà paiTé vingt-cinq à fe frayer un chemin à travers les bois & les montagnes. Plufieurs d'entr'eux étoient prêts à fuccom-ber fous les fatigues continuelles de cette marche dans un climat brûlant ; plufieurs furent attaqués des maladies particulières au pays, & tous étoient impatiens d'arriver au terme de leurs travaux & de leurs fouffrances. Enfin les Indiens les afïure-rent que du fommet de la montagne la plus voifine ils découvriraient l'océan qui étoit l'objet de leur defir. Lorfqu'après des peines infinies ils eurent gravi la plus grande partie de cette montagne efearpée, Balboa fit faire halte à fa troupe & s'avança feul au fômmet, afin de jouir le premier d'un •fpccUcle qu'il defiroit depuis fi longtcms. Dès qu'il apperçut ia mer du fud s'éten-• dant devant lui dans un horifon fans bornes , il tomba à genoux , & levant les mains vers le ciel, il rendit grâces à Dieu de l'avoir conduit à une découverte il avan-tageufe pour fon pays & fi glorieufe pour lui - même. Ses compagnons, obfervant fes tranfports , s'avancèrent vers lui pour partager fon admiration , fa reconnoi(Tance & fa joie. Us fe hâtèrent de gagner le riva* ge, & Balboa s'avançant jufqu'au milieu des eaux de la mer avec fon bouclier & fon épée, prit polTeffion de cet océan au nom du roi d'Efpagne , & fit vœu de le défendre avec les armes qu'il tenoit contre tous les ennemis de fon Souverain (i). Cette partie de la grande mer pacifique ou mer du fud que Balboa découvrit d'abord, & qui efl fituée à l'efl de Panama, conferve encore le nom de golfe de Saint-JVlichel qu'il lui donna. Il força à main armée plufieurs des petits princes qui gou-vernoient les diflricïs voifins de ce golfe, à lui donner des vivres & de l'or. D'autres CO Herrera, dec. 1, /. X, c. i. Gouiera, ç, fo, &c. P. Martyr, dte* p. 205, &c. D e l'A m e r i ç u e. 4P très lui en envoyèrent volontairement. Œ Quelques caciques ajoutèrent à ces dons Lrv-111-précieux une quantité confidérable de per- I513* les, & il apprit d'eux avec une grande Satisfaction que les huîtres où fe trouvent les perles abondoient dans la mer qu'il ve-noic de découvrir-La découverte de cette fource de ri-. On lui chcfifes contribua à encourager fes corn- pat'spfu** pagnons , & il reçut en même tems' des °Pulcnt* avis qui le confirmoient dans l'efpérance de retirer des avantages encore plus contî-dérables que fon expédition. Tous les Indiens des côtes de la mer du fud l'affure-rent de concert qu'il y avoit à une diltan-ce aiTez confidérable vers l'eft, un riche & puilTant royaume dont les habitans a« voient des animaux apprivoifés pour porter des fardeaux ; & pour lui en donner une idée ils traçoient fur le fable la figure des Hamas ou moutons , qu'on trouva en-fuite au Pérou & que les Péruviens avoient en effet accoutumés à porter des fardeaux. Co me le llama refTemble à peu près pour la forme au chameau , bête de charge qui étoit regardée comme particulière à l'Afîe, cette circonitan.ee jointe à la dé-Tme II. C couverte des perles, autre production Afia-tique, tendit à confirmer les Efpagnols dans Ja faufle idée oîi ils étoient que le nouveau monde étoit voifin des Indes orien--tales (i). Mais, quoique les avis que Balboa re-cevoit des habitans de la côte, ne contribuaient pas moins que fes conjectures & fes efpérances, à lui donner une extrême impatience de voir ce pays inconnu , il étoit trop prudent pour tenter d*y entrer avec une poignée d'hommes épuifés de fatigue & affoiblis par les maladies (2). Il fe détermina à ramener fur le champ fes compagnons à l'établiiTement de Santa -Maria dans le Darien, pour revenir la faifon fuivante avec des forces proportionnées à l'entreprifc hafardeufe qu'il méditoit. Pour acquérir une connoiffance plus étendue de l'Ifihme , il prit à fon retour une route différente de celle qu'il avoit fuivie en allant & oh il n'éprouva pas moins de difficultés & de dangers que dans la première; mais il n'y a rien d'infurmontable à des (O Herrera, àecuiï. 1, 11b. X. e, 2. Ca; Voyez la Note XXIV. de VA. meriqoe, 5* hommes animés par Pefpérance & par le fuccès. Balboa revint à Sanxa - Maria , après une abfence de quatre mois ; rapportant plus de gloire & de richeffe que le* Efpagnols n'en avoient encore acquis dans aucune de leurs expéditions au nouveau monde. Parmi les officiers qui Tavoienc accompagné , il n'y en avoit point qui fe fïic plus diftingué que François Pizarre 5 & il n'y en eut aucun qui déployât plus de courage & d'ardeur pour aider Balboa à s'ouvrir une communication avec ces pays, oh il joua enfuite lui-même un rôle fi glorieux (i). Le premier foin de Balboa fut d'envoyer pedmfai en Efpagne les détails de l'importante dé- mé gou-couverte qu'il venoit de faire & de de-jcar^'dtt mander un renfort de mille hommes pour tenter la conquête de cette riche contrée fur laquelle il avoit reçu des instructions, fi encourageantes. Le premier avis de la découverte du nouveau monde ne caufa peut-être pas une plus grande joie que cette nouvelle inattendue qu'on avoit en- CO Herrera, decad. i, ap. X, c. 3.(S. Gomera ç, $4. V. Martyr , dec. p. 229, B fin trouvé un paflage au grand océan mé-; ridional. On ne douta plus qu'il n'y eût [* une communication avec les Indes oricn-taies par une route qui étoit à l'oued: de Ja ligne de démarcation tracée par le pape. Les tréfors que le Portugal droit chaque jour de fes établiflemens & de fes conque, tes en Afie, étoient un fujec d'envie & un objet d'émulation pour les autres puif-fances. Ferdinand fe flatta dès-lors de Tempérance de partnger ce commerce lucratif; & dans Tempreffement qu'il avoit d'arriver à ce but , il étoit difpofé à faire un ef-fort fupéricur à ce que Balboa demandoit. Mais dans cette difpofition même on reconnut les effets de la politique jaloufe jqui le guidoit, ainfi que de fia funefte antipathie de Fonfeca, alors évêque de Bur-gos , pour tout homme de mérite qui fe diftinguoit dan? le nouveau monde. Malgré les fervices récens de Balboa, qui le défignoient comme Thomme le plus propre à achever la grande entreprife qu'il avoit commencée, Ferdinand fut allez peu généreux pour n'en tenir aucun compte ce pour nommer Pedrarias d'Avilla gouverneur du D arien. Il lui donna le comman-r fi 3 d f. l'A merique. 53 dément de quinze gros vaiffeauxavec douze cens foldats. Ces bâtimens furent équipés aux frais du public avec une magnificence que Ferdinand n'avoit encore montrée dans aucun des armemens défîmes pour le nouveau monde; & telle fut l'ardeur des gentilshommes Efpagnols pour fuivre un chef qui devoit les conduire dans un pays oti, fuivant le bruit de la renommée, ils n'auroient qu'à jetter leurs filets dans la mer pour en tirer de l'or(i_), que quinze cens d'entr'eux s'embarquèrent à bord de la flotte , & qu'un beaucoup plus grand nombre fe feroient engagés pour cette expédition fi l'on avoit voulu les recevoir (2). Pedrarias étant arrivé au golfe de Da-rien fans aucun accident remarquable, envoya fur le champ à terre quelques - uns de fes principaux officiers pour informer Balboa de fon arrivée, avec la commïfîion du roi qui le nommoit gouverneur de la colonie. Ces députés , qui avoient entendu parler .des exploits de Balboa & qui - : -H-—■- ■ » ■ I» •■ (O Herrera, deca.h i, lit. X, e. 14. 00 Ibid., dtcad. 1, lil>. X ,c. 6, 7. P. Martyr, <** p. s'étoient formé les plus hautes idées do fes richeffes, furent bien étonnés de le trouver vêtu d'un mauvais habit de toile, avec des fouliers de ficelle, occupé avec quelques Indiens à couvrir de rofeaux fa cabane. Sous ce vêtement fimple qui ré. pondoit fi peu à l'attente & aux defirs de fes nouveaux hôtes, Balboa les reçut avec dignité. La renommée de fes découvertes avoit attiré près de lui un fi grand nombre d'aventuriers des différentes ifles, qu'il pouvoit rafiembler quatre cens cinquante hommes en armes. A la tête de ces hardis vétérans il auroit été en état de réfifter à Pedrarias & à fa troupe; mais, quoique fes compagnons murmurafTent hautement de l'injuflice du roi & fe plaignif-fent que des étrangers vouluflent recueillir le fruit de leurs travaux & de leurs fuc-cès , Balboa fe fournit aveuglément à la volonté de fon fouverain & reçut Pedrarias avec tous les égards dûs à fon caractère (i). Quoique Pedrarias dut à cette modération la poffefiïon paifible de fou gouver- CO Herrera, àcc. i, iib. X, c* 13, 14. d e l'A m e r i q 0 e. 551 nement , il nomma un comité pour faire — des informations judiciaires fur la condui- L,v-iiL te de Balboa pendant qu'il étoit aux or- Divifion dres de NicuefTa & d'Encifo, & lui impo- Sas & fa une amende confidérable pour répara- Balboa. tion des fautes dont il fut trouvé coupable par fes juges. Balboa fentit vivement l'humiliation de fe voir fournis à une procédure & condamné à un châtiment dans-le lieu même oh il venoit d'occuper 1er premier rang. D'un autre côté, Pedrarias ne pouvoit cacher la jaloufie qu'extitoifi, en lui le mérite fupérieur de Balboa ; de forte que le refientiment de l'un & la jaw loufie de l'autre furent une fource de divifion très• pernicieufe à la colonie; mais elle étoit menacée d'une calamité plus fu-nefle encore. Pedrarias avoit débarqué au Darien dans le tems le plus défavorable Juillet, de l'année, vers le milieu de la faifoir. pluvieufe, dans cette partie de la zone torride oh les nuées verfent des torrenS: d'eau inconnus dans les climats plus tempérés fji). Le village de Santa* Maria,étoit fitué dans une plaine fertile, environnée CO Richard , hifl. nat. cY Pmr, tom. 1, p. 20\, c 4 de bois & de marais. La conflitution des Européens ne put pas réfifler à l'influence peftilentielle d'une femblable fituation , dans un climat naturellement mal-fain & dans une faifon fi fâcheufe. Une maladie violente & meurtrière fit périr plufieurs des foldats qui accompagnoient Pedrarias. L'extrême rareté des provifions augmenta encore par Timpoffibilité de fe procurer les rafraîchilTemens nécefîaires aux malades & une fubûfiance fuffifante pour ceux qui fe portoient bien ( i). En un mois de tems plus de fix cents Efpagnols périrent dans la dernière mifere. L'abattement & le défefpoir fe répandirent dans la colonie. Plufieurs des perfonnages principaux demandèrent leur démifïïon & renoncèrent avec plaifir à toutes leurs efpérances de fortune pour fe dérober aux dangers de cette région meurtrière. Pedrarias s'efforça d'arracher ceux qui refloient au fenriment douloureux de leurs malheurs , en leur cherchant de l'occupation. Dans cette vue il envoya plufieurs détachemens dans (o Herrera, *s. i ,ltb. X ,e, 14. P. Martyr, det.p. d x l*A mexique. 57 dans l'intérieur du pays pour impofer aux habitans des contributions d'or & pour chercher les m nés qui le produiraient. Ces aventuriers avides , plus occupés du gain prêtent que des moyens de faciliter leurs progrès pour la fuite , pilloient fans dif-tinction par tout oh ils alloient. Sans égard pour les alliances qu'ils avoient faites avec plufieurs caciques, ils les dépouil-loient de tout ee qu'ils avoient de précieux , & les traitoient, ainfi que leurs fu# jets, avec le dernier degré de l'infoience & de la cruauté. Cette tyrannie & ces exactions, que Pedrarias n'avoit peut-être ni le pouvoir ni la volonté de réprimer , ne firent plus qu'un défert de tout le pays qui s'étend du golfe du Darien jufqu'aii lac de Nicaragua , & les Efpagnols fe vi« rent par leur imprudence privés des avantages qu'ils auroient pu trouver dans l'amitié des habitans , pour pouiTer leurs conquêtes vers la mer du fud. Balboa qui voyoit avec douleur combien une conduit te ft mal concertée retardoit l'exécutfonk de fon plan favori, fit palTer en Efpagne des remontrances très-fortes contre Pad» sniûiftratiorï de Pedrarias qui avoic ruiné mmm une colonie heureufe & floriflante. Pedra* -^;4I/L rias, de fon côté, accufa Balboa d'avoir trompé le roi par des récits exagérés do fes exploits & par un faux expofé de la xichelTe du pays (i> Mefiires Ferdinand fentit à la fin la faute qu'il cinn-etes avoit faite en déplaçant l'officier le plus actif & le plus expérimenté qu'il eût dans le nouveau monde; & voulant dédommager Balboa , il le nomma Ad lentade ou gouverneur - lieutenant des pays fitués fur la mer du fud , avec une autorité & des droits très-étendus. Il ordonna en même tems à Pedrarias de féconder Baîboa dans toutes fes entreprifes , & de fe concerter avec lui fur toutes les opérations que Pedrarias voudroit faire lui ■ même. Mais il n'étoit pas au pouvoir de Ferdinand de faire palTer fi fubitement ces deux hommes d'une haine déclarée à une entière confiance. Pedrarias continua de traiter fon rival avec dédain, & la fortune de Balboa fe trouvant épuifée par le payement de fon amende & par d'autres exactions de (O Herrera, dec. j, IB. X, c. 15 , dec. a, c 1, &c. Gomera, c 66. P. Martyr, dec. j, ç. 10. ReJaç. «Je fi, tk las Calas > t* 12. Pedrarias , il fut hors d'état de faire les difpofitions de fon nouveau gouvernement. Cependant, par la médiation & les exhortations de l'évêque du Darien on, vint k bout de les réconcilier , & pour cimenter plus folidement cette union, Pedrarias con-fentic à donner fa fille en mariage à Bal* boa. Le premier eiTet de leur réunion fut de permettre à Balboa de faire quelques petites incurfions dans le pays , & il les exécuta avec une fageiTe qui ajoura encore à la réputation qu'il s'étoit déjà acquife. Plufieurs aventuriers fe joignirent à lui, & moyennant les feeours, & la protection de Pedrarias , il commença à tout préparer pour fon expédition dans la mer du fucU Pour exécuter ce projet il étoit nécefiai-* re de conftruire des vaiiTeaux capables de tranfporter des troupes dans les provinces qu il fe propofoit de defcendre. Apres avqir vaincu un grand nombre d'obftacles & fupporté plufieurs de ces contrariétés qui femblent avoir été réfervées aux con-*-quérans de l'Amérique, il vint à bout de conftruire quatre petits brigantins. Il étoio prêt à mettre à la voile pour le Pérou t avec trois cents hommes d'élite 5 (force C -i!errera-, tfx. i, ti& X, e. ia. d e l'A MEKIQUE. 67 Les miffionnaires fe conformant à refprit de douceur de la religion qu'ils venoient annoncer , s'élevèrent auffitôt contre les maximes de leurs compatriotes à l'égard des Indiens , & condamnèrent les repartimien-tos ou ces distributions* par lesquelles on les livroit en efclaves à leurs conquérans, comme des aûes aufli contraires à l'équité naturelle & aux préceptes du chriftia-nilme qu'à la faine politique. Les Dominicains, à qui l'inftruction des Américains fut d'abord confiée, furent les plus ardens à attaquer ces dja-jbutions. En 1511, Montefino, un de leurs plus célèbres pré. dicateurs % déclama contre cet ufage dans la grande églife de .Saint - Domingue avec toute l'impétuofité d'Une éloquence populaire. Don Diego Colomb, les principaux officiers de la colonie, & tous les laïques qui avoient entendu ce fermon, fe plaignirent du moine à fes fupérieurs ; mais ceux-ci, loin de le condamner, approuvèrent fa doctrine comme également pieu-fe & convenable aux circonitances. Les Francifcains , guidés par refprit d'oppoû-tion & de rivalité qui fubfifloit entre les deux ordres , parurent difpofés à fe joia- —S dre aux laïques & à-prendre la défenfe des ^Ji"1, repartimientes. Mais, comme ils ne pou-voient pas avec décence approuver ouvertement un fyitême d'opprefllon fi contraire à l'efprit du chriftianifm'e, ils s'efforcèrent de pallier ce qu'ils ne pouvoient pas juftifier, & alléguèrent, pour exeufer la conduite de leurs concitoyens, qu'il étoit impofiible de faire aucune amélioration dans la colonie , à moins que les Efpagnols n'euffent affez d'autorité fur les naturels pour les forcer au travail (i). Dédiions Les Dominicains, fans égard pour ces reTfur" confidérations de politique & d'intérêt per-ect objet, fonnel , ne voulurent fe relâcher en rien de la févérité de leur doctrine & refufe-rent même d'abfoudre' & d'admettre à la communion ceux de leurs compatriotes qui tenoient les Indiens en fervitude (2). Les deux partis s'adreiTerent au roi pour avoir décifion fur un objet de fi grande im* portance. - Ferdinand nomma une commis-fion de fon confeil privé , à laquelle il b l'A m e r i q u fe. 73 fes frères cette domination impie C1)' Dès - lors il fut le patron déclaré des Indiens, & par fon courage à les défendre, aufïï bien que par le refpect. qu'infpiroient fes talens & fon caractère , il eut fouvenc le bonheur d'arrêter les excès de fes compatriotes. Il s'éleva vivement contre les opérations d'Albuquerque & s'appercevant bientôt que l'avide rapacité du gouverneur le rendoit fourd à toutes les follicitations, il n'abandonna pas pour cela la malheureufe nation dont il avoit époufé la caufe. 11 partit pour l'Efpagne avec la ferme efpé-rance qu'il ouvriroit les yeux & toucheroic le cœur de Ferdinand, en lui faifant le tableau de l'opprelTion que fouffroient fes nouveaux fujets (2). Il obtint facilement une audience du roi, dont la fanté étoit fort affoiblie. Il mit fous fes yeux avec autant de liberté que d'éloquence les effets funeftes des reparti-mienlos dans le nouveau monde, lui repro» CO Fr. Aug. Daviln Padiila, hijl. de la furulaclon de la frvyinc'a de Sant-Jugo ne Mexico, p. 3G3, 304. Herrc* ta, dec. 1, Hb. X , c. 12. (a) Herrera, decod. 1, lib. X, *. 12 j dtcod, a, lib, 7, *. 2. Dwila Padiila, Idft. p, 304. Tome IL D chant avec courage d'avoir autorifé ces mefures impies qui avoient porté la mile-re & la deftruclion fur une race nombreufe d'hommes innocens que la providence avoit confiés à fes foins. Ferdinand, dont refprit étoit affoibli par la maladie, fut vive» ment frappé de ce reproche d'impiété, qu'il auroit méprifé dans d'autres circon-fiances. Il écouta le difcours de Las Cafas avec les marques d'un grand repentir & promit de s'occuper férieufement des moyens, de réparer les maux dont on fe plai-gnoic. Mais la mort l'empêcha d'exécuter cette réfolution. Charles d'Autriche , à qui la couronne d'Efpagne palToit, faifoit alors fa réfidence dans fes états des pays-bas. Las Cafas, avec fon ardeur accoutumée, fe préparoit à partir pour la Flandre, dans la vue de prévenir le jeune monarque, lorfque le cardinal Ximenès devenu régent de Caftille lui ordonna de renoncer à. ce voyage & lui promit d'écouter lui-même fes plaintes. Le cardinal pefa la matière avec l'attention que méritoit fon importance, & comme fon efpiit impétueux aimoit les idées hardies & peu commuiiC3, le plan qu'il adopta d e l'A meriqus. 75 très-promptement étonna les miniftres Ef__| pagnols , accoutumés aux lenteurs & aux Liv. m. formalités de l'adminiftration de Ferdinand. 1517,1 Sans égard ni aux droits que réclamoic Don Diego Colomb, ni aux règles établies par le feu roi, il fe détermina à envoyer en Amérique trois furintendans de toutes les colonies, avec l'autorité fuffifante pour décider en dernier reflbrt la grande question de la liberté des Indiens, après qu'ils auroient examiné fur les lieux toutes les circonilances. Le choix de ces furintendans étoit délicat. Tous les laïques, tant ceux qui étoient établis en Amérique, que ceux qui avoient été confultés comme membres de l'adminiftration de ce. département, avoient déclaré leur opinion & penfoient que les Efpagnols ne pouvoient confer-ver leurs établiffemens au nouveau monde à moins qu'on ne leur permît de retenir les, Indiens dans la fervitude. Ximenès crut donc qu'il ne pouvoit compter fur leur impartialité & fe détermina à donner fa confiance à des eccléfiafliques. Mais, comme d'un autre côté les Dominicains & les Francifcains avoient époufé le fentiment contraire, il exclut ces deux ordres reli-D 2 gieux. Il fît tomber fon choix fur les moines appelles Hiéronimites, communauté peu nombreufe en Efpagne, mais qui y jouif-foit d'une grande confidération. D'après le confeil de leur général & de concert avec Las Cafas, il choifit parmi eux trois fujets qu'il jugea dignes de cet important emploi. Il leur afibcia Zuazo, jurifconful-te d'une probité diftinguée, auquel il donna tout pouvoir de régler l'adminiflration de la juftice dans les colonies. Las Cafas fut chargé de les accompagner avec le titre de protecteur des Indiens (t). Confier un pouvoir alTez étendu pour changer en un moment tout le fyftême du gouvernement du nouveau monde, à quatre perfonnes que leur état & leur condition n'appel'oient pas à de fi hauts emplois, parut à Zapata & aux autres miniftres du dernier roi une démarche fi extraordinaire & fi dangereufe qu'ils refuferent d'expédier les ordres néceffaires pour l'exécution. Mais Ximenès n'étoit pas difpofé à fouftrir patiemment qu'on mît aucun obftacle à fes projets. Il envoya chercher les miniftres, CO Herrera, deead, a, lïb, n, c. a. D E L'A MIRiqUE. 77 leur parla d'un ton fi haut & les effraya tellement qu'ils obéirent fur le champ (i). Les furintendans, leur affocié Zuazo & Las Calas , mirent à la voile pour Saint - Domin-gue. A leur arrivée , le premier ufage qu'ils rirent de leur autorité fut de mettre en liberté tous les Indiens qui avoient été donnés aux courtifans Efpagnols & à toute perfonne non rendante en Amérique. Cet acte de vigueur, joint h ce qu'on avoit appris d'Efpagne fur l'objet de leur commis-fion , répandit une alarme générale. Les colons conclurent qu'on alloit leur enlever en un moment tous les bras avec lefquels ils conduifoient leurs travaux & que leur ruine étoit inévitable. Mais les PP. de Saint-Jérôme fe conduifirent avec tant de précaution & de prudence que les craintes furent bientôt difïipées. Ils montrèrent dans toute leur administration une connoif-fance du monde & des affaires qu'on n'acquiert guère dans le cloître, & une modération & une douceur encore plus rares parmi des hommes accoutumés à l'auttérité de la vie monaltique. Ils écoutèrent tout (i) Herrera, dec. 2, lib. II, c. 6. D3 Ê le monde; ils comparèrent les informations l' qu'ils avoient recueillies, & après une mûre délibération ils demeurèrent perfuadés que l'état de la colonie rendoit le plan de Las Cafas, vers lequel penchoit le cardinal, impoiTible dans l'exécution. Ils fe convainquirent que les Efpagnols établis en Amérique étoient en trop petit nombre pour pouvoir exploiter les mines déjà ouvertes & cultiver le pays ; que pour ces deux genres de travaux ils ne pouvoient fe pafîèr des Indiens; que fi on leur ôtoit ce fecours il faudroit abandonner les conquêtes , ou au moins perdre tous les avantages qu'on èn retiroit ; qu'il n'y avoit aucun motif aiTez puiflant pour faire furmonter aux Indiens rendus libres leur averfion naturelle pour toute efpece de travail & qu'il falloit l'autorité d'un maître pour les y forcer ; que fi on ne les tenoit pas fous une difei-pline toujours vigilante , leur indolence 6c leur indifférence naturelles ne leur permet-troient jamais de recevoir l'inftruction chrétienne ni d'obferver les pratiques de la religion. D'après tous ces motifs ils trouve, rent néceffaire de tolérer les repartimiento? & l'efclavage des Américains. Ils s'efforce- D E L'A MEItIQUE. 79 rent en même tems de prévenir les funeit.cs effets de cette tolérance & d'aflurer aux Indiens le meilleur traitement qu'on pût concilier avec l'état de fervitude. Pour cela ils rcnouvellerent les premiers régle-mcns , y en ajoutèrent de nouveaux , ne négligèrent aucune des précautions qui pou-voient diminuer la pefanteur du joug : enfin ils employèrent leur autorité , leur exemple & leurs exhortations à infpirer à leurs compatriotes des fentimens d'équité & de douceur pour ce peuple malheureux, dont rinduftrie leur étoit fi néceffaire. Zuazo dans fon département féconda les efforts des furintendans. Il réforma les cours de juftice , dans la vue de rendre leurs dédiions plus équitables & plus promptes , & fit divers réglemens pour mettre fur un meilleur pied la police intérieure de la colonie. Tous les Efpagnols du nouveau mon» de témoignèrent leur fatisfaûion de la conduite de Zuazo & de fes affociés , & admirèrent la hardieffe de Ximenès, qui s'é-toit écarté fi fort des routes ordinaire* dans la formation de fon plan, & fa faga-cité dans le choix des perfonnes à qui il avoit donné fa confiance & qui en étoient D 4 8o HlSTOIRK dignes par leur fagefle, leur modération & leur défintérefiement Las Cafas feul étoic mécontent. Les considérations qui avoient déterminé les fur-intendans ne faifoient aucune imprefîîon fur lui. Le parti qu'ils prenoient de conformer leurs réglemens à l'état de la colonie , lui paroilToit l'ouvrage d'une politique profane 6c timide, qui confacroit une injuftice parce qu'elle étoit avantageufe. H prétendoit que les Indiens étoient libres par le droit de nature , & comme leur protecteur il fommoit les furintendans de ne pas les dépouiller du privilège commun de l'humanité. Les furintendans reçurent fes remontrances les plus âpres fans émotion & fans s'écarter en rien de leur plan. Les planteurs Efpagnols ne furent pas fi modérés à fon égard & il fut fouvent en danger d'être mis en pièces pour la fermeté avec laquelle il infiftoit fur une demande qui leur étoit fi odieufe. Las Cafas, pour fe mettre à l'abri de leur fureur , fut obligé de chercher un afyle dans un couvent, & voyant que CO Herrera, de l*A m e r i qu e. 87 mœurs , incapables de l'indultrie perfévé-rante & de l'économie nécelTaire dans l'é-tabliiTement d'une colonie, il propofa d'envoyer à Hifpaniola & dans les autres ifles un nombre fuffifant de cultivateurs & d'ar-tifans, à qui on donneroit des encourage-mens pour s'y tranfporter. De tels hommes accoutumés à la fatigue feroient en état de foutenir des travaux, dont les Américains étoient incapables par la foibleffe de leur conftitution, & bientôt ils deviendraient eux-mêmes par la culture de riches & d'utiles citoyens. Mais, quoiqu'on eût gi'and befoin d'une nouvelle recrue d'habitans à Hifpaniola , oti la petite vérole venoil de fe montrer & d'emporter un nombre confidérable d'Indiens, ce projet , quoique favorifé par les miniftres Flamands , fut traverfé par l'évêque de Bur-gos que Las Cafas trouvoit toujours en fon chemin (ij. Las Cafas commença alors à défefpérer^ il fbrm« de faire aucun bien aux Indiens dans les d'une {fo». établiffemens déjà formés. Le mal étoit^1^0"* trop invétéré pour céder aux remèdes. On • CO Ifctrera, décati. a> lib. Il, c. 21. faifoit tous les jours des découvertes nou-velles dans le continent, qui donnoien: de hautes idées de fa population & de fon étendue. Dans toutes ces vaftes régions il n'y avoit encore qu'une feule colonie trcs-foible, & fi l'on en exceptoit un petit efpace fur l'Klhme de Darien, les na« turels étoient maîtres de tout le pays. C'é-toit • là un champ nouveau & plus étendu pour le zele & l'humanité de Las Cafas, qui fe rlattoit de pouvoir empêcher qu'on n'y introduifît le pernicieux fyilème d'ad-miniitration qu'il n'avoit pu détruire dans les lieux oh il étoit déjà tout établi. Plein de ces efpérances il follicita une conceftlon de la partie qui s'étend le long de la côte depuis le golfe de Paria jufqu'à la frontière occidentale de cette province,aujourd'hui connue fous le nom de Sainte-Marthe. Il propofa d'y établir une colonie formée de cultivateurs, d'artifans & d'ecclé-fiaitiques. 11 s'engagea à civilifer dans l'efpace de deux ans dix mille Indiens e l'A meriqui. 99 auffi qu'en dix ans fa colonie auroit fait alTez de progrès pour rendre au gouvernement foixante mille ducats par an. Il ftipula qu'aucun navigateur ou foldat ne pourroic s'y établir , & qu'aucun tèfpagnol n'y metiroit le pied fans fa permilfion. Il alla môme jufqu'à vouloir que les gens qu'il emmeneroit eulTent un habillement particulier, différent de celui des Efpagnols, afin qu'ils ne parulTent point aux Indiens de ces dillricls de la même race d'hommes qui avoic apporté tant de calamités à l'Amérique CO- Par ce plan , dont je ne donne qu'une légère efquilTe, il paroît clairement que les idées de Las Cafas fur la manière de civilifer & de traiter les In« diens étoient fort femblables à celles que les Jéfuites ont fuivies depuis dans leurs grandes entreprifes fur l'autre partie du même continent. Las Cafas fuppofoit que les Européens, employant l'afcendanc que leur donnoit une intelligence fupérieure ce de plus grands progrès dans les fciences & les arts, pourroient conduire par degrés l'efprit des Américains à goûter ces moyens Ci) Herrera, atc. a, A>. «. a» 90 H i s t o i r E ■——. de bonheur dont ils étoient dépourvus, liv. m. leur faire cuitiver les arts de l'homme en 1£I ' fociété & les rendre capables de jouir des avantages de la vie civile. L'évêque de Burgos & le confeil des fades regardèrent le plan de Las Cafas non-feulement comme chimérique, mais comme extrêmement dangereux. Ils penfoient que l'efprit des Américains étoit naturellement fi borné & leur indolence fi exceffive qu'on ne réufliroit jamais à les inftruire ni à leur ouvrir l'efprit. Us prétendoient qu'il fe-roit fort imprudent de donner une autori-té fi grande fur un pays de plus de neuf cens milles de côtes à un enthoufiafte vi-fionnaire & préfomptueux , étranger aux affaires & fans connoiflance de l'art du gouvernement. Las Cafas qui s'attendoit bien à cette réfiftance , ne fe découragea Son projet pas. Il eut recours encore aux Flamands, goûté* qui favoriferent fes vues auprès de Charles V avec beaucoup de zele, précifément parce que les miniftres Efpagnols les avoient rejettées. Ils déterminèrent le monarque , qui venoit d'être élevé à l'empi. re, à renvoyer l'examen de cette affaire à un certain nombre de membres de fon d e l'A m e r i q_ u e* 91 confeil ■ privé , & comme Las Cafas ré-cufoit tous les membres du confeil des Indes comme prévenus & intérelTés , tous furent exclus. La décifîon des juges choifîs à la recommandation des Flamands fut entièrement conforme aux fen-timens de ces derniers. On approuva beaucoup Je nouveau plan, & l'on donna des ordres pour le mettre à exécution, mais en reitreignant le territoire accordé à Las Cafas à trois cens milles le long de la côte de Cumana , d'où il lui feroit libre de s'étendre dans les parties intérieures du pays (i). Cette décifion trouva des cenfeurs. Pref-que tous ceux qui avoient été en Amérique la blâmoient, & foutenoient leur opinion avec tant de confiance & par des raifons fi plaufibles qu'on crut devoir s'arrêter & examiner de nouveau la queftion avec plus de foin. Charles lui-même, quoiqu'accoutumé dans fa jeuneîTe à fuivre les fentimens de fes miniftres avec une déférence & une fourmilion qui n'annon-çoient pas la vigueur & la fermeté d'efprit (Q Gomcra, liijl. gen. c. 77. Herrcu, dm. g, lib. IV, c. 3. Oviedo, lib. XIX, c* 5. ■—g qu'il montra dans un âge plus mûr, com-UvAl1' mença h foupçonner que la chaleur que J5I& les Flamands mettoient dans toutes les affaires relatives à l'Amérique avoit pour principe quelque motif dont il devoit fe défier ; il déclara qu'il étoit déterminé à approfondir lui-même la queftion agitée depuis fi longtems fur le caractère des Américains & fur la manière la plus convenais juin, ble de les traiter. 11 fe préfenta bientôt une circonftance qui rendoit cette difcuffion plus facile. Quevedo, évêque du Darien, qui avoit accompagné Pedrarias fur le continent en 1513 , venoit de prendre terre à Barcelone oh la cour faifoit alors fa réfîdence. On fçut bientôt que fes fenti-mens étoient différens de ceux de Las Cafas , & Charles imagina alTez naturellement qu'en écoutant & en comparant les rai-fons de deux perfonnages refpectables qui, par un long féjour en Amérique , avoient eu le tems néceffaire pour obferver les mœurs du peuple qu'il s'agilToit de faire connoftre , il feroit en état de découvrir lequel des deux avoit formé fon opinion avec plus de juftefTe & de difcernement. On défîgna pour cet examen un jour b e L'A MERlQUlt. fixe & une audience iolemnelle. L'empe- Hmmms reur parut avec une pompe extraordinaire LjV-lu« & fe plaça fur fon trône dans la grande vànà*. falle de fon palais. Ses principaux courti- ««j* fans l'environnoient. Don Diego Colomb, fur la ma-amiral des Indes, fut appelle. L'évêque on devo? du Darien fut interpellé de dire le pre- Sens!" mier fon avis. Son difcours ne fut pas long. Il commença par déplorer les malheurs de l'Amérique & la deftruction d'un fi grand nombre de fes habitans , qu'il reconnut ocre en partie l'effet de l'excefij-ve dureté & de l'imprudence des Efpagnols; mais il déclara que tous les habitans du nouveau monde qu'il avoit ob-fervés, foit dans le continent, foit dans les ifles , lui avoient paru une efpe-ce d'hommes deflinés à la fervitude par l'infériorité de leur intelligence & de leurs talens naturels , & qu'il feroit iinpofîlble de les inflruîre ni de les faire avancer vers la civilifation, fi on ne les tenoit pas fous l'autorité continuelle d'un maître. Las Cafas s'étendit davantage & défendit fon fen-timcnt avec plus de chaleur. II s'éleva avec indignation contre l'idée qu'il y eût aucune race d'hommes née pour la fervitu- —— de, & attaqua cette opinion comme irreli. liv. m. 2jeufe & inhumaine. Il afiura que les Amé. ricains ne manquoient pas d intelligence 6c qu'elle n'avoit befoin que d'être cultivée ; qu'ils étoient capables d'apprendre les prin. cipes de la religion & de fe former à l'in-duftrie & aux arts de la vie fociale ; que leur douceur & leur timidité naturelles les rendant fournis & dociles, on pouvoit les conduire & les former, pourvu qu'on ne les traitât pas durement. Il protefta que dans le plan qu'il avoit propofé fes vues étoient pures & défintéreffées , & que quelques avantages qui duflent revenir de leur exécution à la couronne de Caftille, il n'avoit jamais demandé & ne demanderoit jamais aucune récompenfe de fes travaux. Le plan Charles , après avoir entendu les deux caàeft plaidoyers & confulté fes miniftres , ne fe approuvé, crut pas encore aflez bien inftruit pour prendre une réfolution générale relativement à la condition des Américains ; mais comme il avoit une entière confiance en la probité de Las Cafas & que l'évêque du Darien lui-même convenoit que l'affaire étoit affez importante pour qu'on pût effa-yer le plan propofé, il céda à Las Cafas d e l'A m e r i q u e. par des lettres • patentes la partie de la côte de C umana dont nous avons fait mention i,-"Q plus haut , avec tout pouvoir d'y établir une colonie d'après le plan qu'il avoit pro-pofé Çi). Las Cafas prefla les préparatifs de fon n filtres voyage avec fon ardeur accoutumée , mais ST1** foit par fon inexpérience dans ce genre d'affaires, foit par l'oppoûtion fecrette de la noblelTe Efpagnole qui craignoit que l'émigration de tant de perfonnes ne leur enlevât un grand nombre d'hommes industrieux & utiles occupés de la culture de leurs terres, il ne put déterminer qu'environ deux cents cultivateurs ou artifans à l'accompagner à Cumana. Rien cependant ne put amortir fon zele. n p««t T| • , . » P°l,r l'A- -il mit à la voile avec cette petite troupe a mérique peine fuffifante pour prendre poflefîion du comre'd« vafte territoire qu'on lui accordoit & avec ^fl1^, laquelle il étoit impoffible de réufïïr à en civilifer les habitans. Le premier endroit où il toucha , fut l'ifle de Porto - Rico. Là (i) Herrera', decad. a, lib. IV, e. 3,4,5. ArgenRVa , Annales de Aragon, 74-97* Rcinclà], hifi, gin, lib. II, <• 19, 20. 0(5 H i s t o i r i 9ff!Ë5 il eut connoilTance d'un nouvel obfta-Lîs2o.U cIe à l'exécution de fon plan, plus diffi. cile à furmonter qu'aucun de ceux qu'il avoit rencontrés jufqu'alors. Loifqu'ilavoit quitté l'Amérique en 1517, les Efpagnols n'avoient prefqu'aucun commerce-avec le continent fi l'on excepte les pays voifîns du golfe de Darien. Mais tous les genres de travaux s'afibibliffant de jour en jour à Hifpaniola par la deftruction rapide des na. turels du pays , les Efpagnols manquoient de bras pour continuer les entreprifes déjà formées & ce befoin les avoit fait recourir à tous les expédîens qu'ils pouvoient imaginer pour y fuppléer. On leur avoit envoyé beaucoup de Nègres, mais le prix en étoit monté fi haut que la plupart des colons ne pouvoient y atteindre. Pour fe procurer des efclaves à meilleur marché , quelques - uns d'entr'eux armèrent des vais-feaux & fe mirent à croifer le long des côtes du continent. Dans les lieux oh ils étoient inférieurs en force, ils commer-çoient avec les naturels & leur donnoient des quincailleries d'Europe pour les plaques d'or qui fervoient d'ornemens à ces peuples mais partout oh ils pouvoient fur- r> e l'A m e r i q u e. 97 furprendre les Indiens ou l'emporter fur •eux à force ouverte , ils les enlevoient & les vendoient à Hifpaniola (1). Cette piraterie étoit accompagnée des plus grandes atrocités. Le nom Efpagnol devint en horreur fur tout le continent. Dès : qu'un vaiffeau paroiifoit , les habitans ;fuyoient dans les bois, ou couroient au ri--'vage en armes'pour repouiTer ces cruels ennemis de leur tranquillité. Quelquefois -ils forçoient les Efpagnols à fe retirer avec précipitation , ou ils leur coupoient la retraite. I Dans la violence de leur ref-fentiment, ils maiTacrerent deux million-naires Dominicains que le zele avoit portés à s'établir dans la province de Cuma--na (2% Ce meurtre de perfonnes révérées pour la fainteté de leur vie excita une telle indignation parmi les colons d'Hif--paniola , qui, au milieu de la licence de leurs mœurs & de la cruauté, de leurs actions, étoient pleins d'un zele ardent pour -la." religion & d'un refpecl: fuperflitieux pour fes miniftres , qu'ils réfolurent de punir ce crime d'une manière qui pût fervir d'e- (O Herrera, dec. 3, lib. II, c. *. I (2) Oviedo, hifî, lib. XIX, «.3. • . Tome 11 E ■—■! xemple, non - feulement fur ceux qui Ta- Liv.m. vojent commis, mais fur la nation entie-re. Pour l'exécution de ce projet ils donnèrent le commandement de cinq vailTeaux & de trois cents hommes à Diego Ocam-po, avec ordre de détruire par le fer & par le feu tout le pays de Cumana & d'en faire les habitans efclaves pour être tranfportés à Hifpaniola. Las Cafas trouva à Porto - Rico cette efcadre faifant voile vers le continent ; & Ocampo ayant re-fufé de différer fon voyage, il comprit qu'il lui feroit impofïible de tenter l'exécution de fon plan de paix dans un pays qui alloit être le théâtre de la guerre & de la défolation. n travail- Dans l'efpérance d'apporter quelque re. ISrmonter. me^e aux fuites funeftes. de ce malheu- 12Avril. reux incident, il s'embarqua pour Saint-Domingue, laiflant ceux qui l'avoicnt fui-vi cantonnés parmi les Colons de. Porto-Rico. Plufieurs ci r confiances concoururent h le faire recevoir fort mal à Hifpaniola. En travaillant à foulager les Indiens il avoit cenfuré la conduite de fes compatriotes, les colons d'Hifpaniola, avec une févérité fi grande qu'il leur étoit devenu universellement odieux. Ils regardoient le fuccès de fa tentative comme devant entraîner leur ruine. Us attendoient de Cuma-na de grandes recrues d'efclaves ; ces ef. pérances s'évanouiflbient fi Las Cafas par-venoit à y établir fa colonie. Figueroa, en conféquence d'un plan formé en Efpagne pour déterminer le degré d'intelligence & de docilité des Indiens, avoit fait une expérience qui paroiflbit décifive contre le fyfrême de Las Cafas. Il en avoit raiTera-blé à Hifpaniola un afiez grand nombre & les avoit établis dans deux villages, en leur laiiTant une entière liberté & les abandonnant à leur propre conduite. Mais ces Indiens accoutumés à un genre de vie tout-à-fait différent, incapables de prendre en fi peu de tems de nouvelles habitudes & d'ailleurs découragés par leur malheur particulier & par celui de leur patrie, fe donnèrent trop peu de peine pour cultiver le terrain qu'on leur avoit donné. Ils parurent fi dépourvus de foin & de prévoyance pour fournir à leurs propres befoins & fi éloignés de tout ordre & de tout travail régulier , que les Efpagnols en conclurent qu'il étoit impofiîble de les * r • ' t * • - '._...... I Liv. nr. t. former à mener une vie fociale & qu'il falloit les regarder comme des enfans qui 152 * avoient befoin d'être continuellement fous la tutele des Européens, qui leur étoient fupéri«urs en fagclTe & en fagacité (1). sonpro- ' Malgré la réunion de toutes ces cir-tferc-lc confiances, qui armoient fi fortement con-tre ifes mefures ceux-mêmes à qui ils'a-drelToit pour les mettre à exécution, Las Cafas par fon activité & fa perfévérance, par quelques condefcendances & beaucoup de menaces, obtint à la fin un petit corps de troupes pour protéger fa colonie, au premier moment de fon établiflement. Mais à fon retour à Porto - Rico, il trouva que les maladies lui avoient déjà enlevé beaucoup de fes gens, & les autres ayant trouvé quelqu'occupation dans l'ifle refu-fcrent de le fuivre. Avec ce qui lui reftoit de monde il fit voile vers Cumana. Ocampo avoit exécuté fa cornmifilon dans cette province 'avec tant de* barbarie, il avoit màffacré ou envoyé en efclavage.à Hifpaniola un fi grand nombre d'Indiens, que tout ce qui iciloic de ces malheureux s'étoit enfui dans les bois & que l'éta-(0 Harem', %caa\ 2, ta* X, a 5. d e l'A mer iqu e. 101 blifïement formé à Tolède fe trouvant dans un pays défère touchoit à fa def-tr.uction. Ce fut cependant en ce môme endroit que Las Cafas fut obligé de placer le chef-lieu de fa colonie. Aban^ donné & par les troupes qu'on lui avoit données pour le protéger & par le détachement d'Ocampo , qui avoit prévu les calamités auxquelles il devoit s'attendre dans un pofte iî miférable , il prit les précautions qu'il jugea les meilleures pour la sûreté & la fubfiftance de fes colons ; mais comme elles étoient encore bien in» fuffifantes , il retourna à Hifpaniola folli. citer des fecours plus puilTans , afin de fauver des hommes que leur confiance en lui avoit engagés à courir de fi grands dangers. Bientôt après fon départ , le* naturels du pays ayant reconnu la foiblef-fe des Efpagnols s'alTemblerent fecréte* ment , les attaquèrent avec la furie naturelle à des hommes réduits au défefpoir par les barbaries qu'on avoit exercées .contre eux-, en firent périr un grand nombre & forcèrent le refte à fe recirer à l'ifle de Cubagua dans la dernière confternation. La petite colonie qui y étoit établie pour £ 3 la pêche des perles, partagea la terreur panique dont les fugitifs étoient faifis & abandonna rifle. En:m il ne refta pas un feul Efpagnol dans aucune partie du continent , ou des ifles adjacentes, depuis le golfe de Pacia jusqu'aux confins du Da-rien. Accablé par cette fuccefiion de dé-faftres & voyant cette fin malheureufe de tous fes grands projets , Las Cafas n'ofa plus fe montrer; il s'enferma dans le couvent des Dominicains à Saint-Domingue & prit bientôt après l'habit de cet ordre CO- Quoique la destruction de la colonie de Cumana ne foit arrivée que l'an 1521, je n'ai pas voulu interrompre le récit des négociations de Las Cafas depuis leur origine .jufqu'à leur iflue. Son fyftême fut l'objet d'une longue & férieufe difcuiîion, & quoique fes tentatives en faveur des Américains opprimés n'aient pas été fuivies du fuccès qu'il s'en promettoit (fans doute avec trop de confiance), foit paf fon imprudence , foit par la haine active de fes (i) Herreia, àecad. a, lib. X, e. Si decad. 3, U. jf «• 3» 4i 5* Oviedo, hifl. lib. XIX, c. 5. Gomera, c. 77. Davila Padiila, lib. I, c. y?. ReracfaI, hljl. géndr. liv. //, c, aa, as- » k l'A m e r i q u e. 103 ennemis , elles donnèrent lieu à divers ré- — elemens qui furent de quelqu'utilité à ces L'v'™ malheureuies nations. Je reviens maintenant à l'hiftoire des découvertes efpagao-les en fuivant l'ordre des tems (1). Diego Velafquès, qui avoit conquis Cu- ,^0dué^ ba en 1511 , confervoit encore le gouver-yertM à nement de cette iile comme député de Don Diego Colomb , quoiqu'il lui donnât rarement des marques de fubordination & qu'il cherchât à fe rendre entièrement indépendant (t). Sous fa fàge adminiftra-don Cuba devint l'un des établiiTernens efpagnols les plus florilTans. L'idée avan-tageufe qu'on avoit de cette colonie y at« tiroit beaucoup de perfonnes qui efpéroient y trouver des établiflemens folides ou quel» que moyen d'occuper leur activité. Comme Cuba étoit la plus occidentale des ifles occupées par les Efpagnols & que l'océan qui s'étend beaucoup plus loin-à l'oueft n'avoit pas encore été vifité, ces circonfiances invitoient les habitans de cette ifle à tenter de nouvelles découvertes. Toute expédition oh le courage & l'aclivi- (1) Herrera, dec. 2, lib. A', c. ctp* 329. (jx) li/id. decad. a', lib. M, c. io. E4 104 H i s t 0 i r E té pouvoient conduire promptemcnt à la • richcfle, étoit plus conforme au génie de ce llecle que cette lenteur, cette patience d'ïnduftrie nécelTaire pour défricher un terrain ou pour fabriquer le fucre. Plu-fleurs officiers qui avoient fervi fous Pedrarias dans le Darien, formèrent une aflb-ciation pour tenter des découvertes. Ils perfuaderent à François Hernandes Cor-dova, riche colon de Cuba ce homme d'un courage diftingué, de fe joindre à eux 6c d'être leur commandant. Velafquès, non-feulement approuva leur projet, mais leur donna des fecours. Comme les'aven tu» riers qui avoient fervi au Darien man* quoient de tout, lui & Cordova leur avancèrent de l'argent pour acheter trois pe?-tits vaiffeaux & leur fournirent tout ce qui leur 1 étoit nécelTaire pour le commer* ce & pour la guerre. Cent dix hommes s'embarquèrent & firent voile de San- Ja-go de Cuba , le 8 Février 1517. Par le confeil de leur principal pilote, Antoine Alaminos, qui avoit fervi fous l'amiral Colomb , ils portèrent directement à l'oueft, fe guidant d'après l'opinion, de ce grand navigateur, qui avoiteonftamment fouienu d s L*A meriqoe. ioj que la route à l'oueft. conduirait aux plus importantes découvertes. Le vingt - unième jour après leur départ de Saa-Jago ils virent terre. C'étoit le cap Catache., qui forme la pointe orienta-, le de cette grande péninfule en avant du continent de l'Amérique, qui a confervé le nom de Tucatan que lui donnent les ha-" Ylicacaiu bitans du pays. Comme ils approchoient du rivage, ils virent venir à eux cinq canots pleins d'Indiens vêtus décemment d'habits de coton, fpectacle nouveau pour les Efpagnols, qui avoient trouvé jufques-là l'Amérique habitée par des. fauvages nuds. Cordova s'efforça de gagner la bienveillance de ce peuple par de petits pré* fens. Les Indiens , quoiqu'étonnés à la vue des objets extraordinaires qui fe prd-fentoient pour la première fois à . leurs yeux , invitèrent les Efpagnols à vifiter leurs habitations avec une apparence dè cordialité. Les Efpagnols débarquèrent & s'avançant dans le pays, remarquèrent avec un nouvel étonnement de grandes maifons bâties en pierre; mais ils éprouvèrent bientôt que fi les Indiens du Yucatan étoient plus civilifés que les autres Américains, ils y—g étoient auflî plus artificieux & plus guer. Liv.iU. riers. Le Cacique en recevant Cordova *517* avec beaucoup de témoignages d'amitié, avoit poité en embufcade derrière un petit bois un corps confidérable d'Indiens qui, fur un lignai .qu'il leur fit, coururent fur les Efpagnols & les attaquèrent avec beaucoup de hardieffe & une efpece d'ordre militaire. A la première décharge de leurs flèches quinze Efpagnols furent blef-fés, mais l'explofion foudaine des armes à feu frappa les Indiens d'une fi grande terreur. & ils furent fi étonnés du ravage que firent parmi eux les arquebufes & les autres armes de leurs nouveaux ennemis, 'qu'ils s'enfuirent avec précipitation. Cordova abandonna un pays oh il avoit été il mal reçu , emmenant avec lui deux prifonniers & emportant les ornemens d'un petit temple qu'il pilla dans fa retraite. 11 continua fa route à l'oueft fans per-dre la côte de vue & le feizieme jour il arriva à Campéche. Là , les indiens le reçurent avec plus d'hofpitalité. Les Efpagnols s'étonnoient beaucoup de n'avoir trouvé aucune rivière fur une côte d'une fi grande étendue & qu'ils imaginoient ap- d b 1>'A meriqul 107 partenïr-à une grande i-fle fi).. Comme HH l'eau commençoit à leur manquer, ils s'a- Xiv» vancerent encore .& découvrirent à la fin l'embouchure d'une rivière à Potonchaa , quelques lieues par-delà Campêche. Cordova débarqua toutes Tes troupes > pour protéger fes matelots pendant qu'ils feroient de l'eau. Mais malgré toutes fes précautions les Indiens les attaquèrent avec une telle furie & en fi grand nombre, que quarante ♦ fept Efpagnols furent tués fur la place & qu'un feul d'entr'eux fe retira fans être blelTé. Leur commandant , quoique blelTé en douze endroits, dirigea la retraite avec autant de préfence d'efprit qu'il avoit montré de courage dans l'action. Les Efpagnols regagnèrent avec peine leurs vaiffeaux. Après une tentative fi malheureufe il ne leur reftoit d'autre parti que de hâter leur retour à Cuba. Ils fquffrirent dans le trajet tous les tourmens que la foif peut faire éprouver à des hommes bleffés & malades , renfermés dans de petits vaifleaux & expofés à la chaleur de la zone torride. Quelques-uns fuccombe-rent à tant de maux dans la traverfée. CO Voyez la Note XXVI. E 6 Cordova, leur chef, mourut peut de tems Liy.ni. apres avoir pris terre à Cuba (i). voy^e'de Toute malheureufe qu'avoîe été cette Giijfll/a. expédition, elle anima plutôt qu'elle n'abat'-tit la palTiôn des Efpagnols pour les entreprifes. On venoit de découvrir à une petite diftance de Cuba une contrée d'une grande étendue , qui parôilToit fertile & habitée par des 'peuples bien plus civilifés qu'aucune autre nation alors connue-eh Amérique. Quoiqu'on eûte u peu de commerce avec eux , on en avoit tiré quelques ornemens d'or de peu de valeur, mais d'un travail curieux. Ces cir confia n ces , exagérées par des hommes qui chèrehoient à réchauffer le mérite de leurs exploits» • étoient plus que fuffifantes pour réveiller leurs efpéranc'es romanefques. Il s'offrit beaucoup de monde pour une nouvelle expédition. Velafquès ,• defiraut de fe diflin-guer par un fervice important qui pût lui mériter du roi l'indépendance à laquelle il afpiroit dans fon gouvernement de Cuba, (O Herrera, deecd. 2, lib. U, c. 17, 18. Uift. Ferds-iera de la conqnifta de la Nueva E/panà, pnr Cernai Diaa -de CflirtUo, e. T7. Oviedo , HÏOT, r. jjl Cornera, k 52. P. Martyr de ThJiïB* nuper myemis, p, 329, D E :I/A MERIQ DE. j0p ne fe contenta pas d'exciter .leur ardeur, ■—^ il arma à fes dépens quacre; vaiiTeaux pour ^g^/r le voyage. Deux .cens hommes ; & qua- ' rante volontaires, parmi lefquels il. s'en trouvoit plufieurs qui avoient de la naif-fance & de la fortune, s'embarquèrent pour cette expédkio:?. Elle étoit. fous les ordres de Jean de Grijalva, jeune homme d'un mérite . & d'un .courage reconnus. Ses intlruclions étoient d'obferver avec attention la nature des pays qu'il découvrirait, de faire des échanges pour de l'or, & fi les circonftances lui paroilToient favorables , d'établir une colonie dans queU que pofition,avantageufe. Il mit à la voile de Sânrjago de Cuba le Avril 1518. Le pilote Alaminos fuivit la môme route que dans le voyage précédent ; mais ia violence des courans ayant entraîné les vailTeaux vers le fud, la première terre qu'ils reconnurent fut. l'ifle de Coznmel à l'eft de Yucatan. Tous les habicans s'en- oicon-fuirent dans les bois & dans les mon rJEJâir .tagnes ;à l'apprache des Efpagnols, .qui ne^sj^ firent pas un grand féjour dans l'ifle; ils arrivèrent fans aucun accident, remarquable à Potonchan , fur le coté oppofé de E 1 no H r s t o iu e mmmm la péninfule. Le defir de venger ceux de LTsTiii' leurs compatriotes qui avoien» été mafia. i5l3> crés en cet endroit, fortifié par leurs principes de politique , les détermina à y defeendre dans la vue de châtier les Indiens de ce diflrict avec une rigueur & un éclat qui puflént frapper de terreur tous les peuples du voifinage. Mais, quoi, qu'ils euiTent débarqué toutes leurs trou, pes & mis à terre quelques pièces de campagne , les Indiens fe défendirent avec tant de courage que les Efpagnols eurent beaucoup de peine à les repoulTer & fe confirmèrent dans l'opinion oh ils étoient déjà qu'ils trouveroient dans les habitans de ce pays des ennemis plus redoutables que tous ceux qu'ils avoient rencontrés dans les autres parties de l'Amérique. De Potonchan ils continuèrent leur route vers l'cft, fe tenant auffi près de la côte qu'il leur étoit pofiible, & mettant h l'ancre tous les foirs pour fe garantir des acci-dens dangereux auxquels ils pouvoient être expofés. dans une mer inconnue. Pendant le jour leurs yeux continuellement atta chés fur la terre , étoient frappés de fur-prife & d'admiration à la vue des beautés d e l*A m e r i que, iii du pays & de la nouveauté des objets ■—— qui fe préfentoient à eux. Ils voyoient *>w.ul difperfés fur la côte des villages ou ils 15l*\ difîinguoient des maifons de pierre, qui de loin leur paroilToient blanches & éle» vées. Dans la chaleur de leur admiration ils croyoicnt voir des villes ornées de tours & de clochers ; & un des foldats ayant remarqué que ce pays reflembloit par fon afpect- à l'Efpagne , Grijalva lui donna avec un applaudiflement univerfel le nom de Nouvelle Efpagne, nom qui dé-figne encore cette vafte & riche province ' de la domination efpagnole en Amérique. Ils defcendirent à une rivière appellée par les naturels Tabafcoi la nouvelle de l'avan- 0 Jl"n-tage qu'ils avoient remporté à Potonchan rabafco* étant parvenue en cet endroit , le Cacique les reçut non - feulement d'une manière amicale , mais même leur fit des préfens confidérables, qui confirmèrent les hautes idées que les Efpagnols avoient prifes de la richefie & de la fertilité du pays. Ces 4dées s'étendirent & fe fortifièrent encore •par ce qui leur arriva dans le lieu oh ils touchèrent enfuite : c'étoit à l'ouelt de Tabasco, dans la province connue depuis fous le nom Guaxaca-. Ils y furent reçus L™\llL avec des marques derefpeft extraordinai-Guaxaca.res , comme des êtres au-deflus de 1 humanité. Lorfqu'ils débarquèrent, les na. tu'rels brûlbient devant eux un encens de gomme copaie & Jeur préfentoient en offrande tout ce que leur pays avoit de plus précieux. . Ils s'emprefîèrent d'établir un commerce avec ces étrangers , & en fix jours les Efpagnols obtinrent des bijoux d'or d'un travail curieux , pour la valeur de quinze mille pezos , en échange de quelques bagatelles européennes de vil prix. Les deux prifonniers que Cordova avoit emmenés de Yucatan avoient jufqu'alors fervi d'interprètes ; mais comme ils n'en-tendoient pas la langue de ce nouveau pays , les naturels firent entendre par lignes qu'ils étoient fujets d'un grand monarque appelle Montézume, dont la domination s'étendoit fur cette province , ainû que fur plufieurs autres. Grijalva quitta cet endroit dont il dut être fort fatisfait & isJuin. continua fa route vers l'oueft. U déharqua fur une petite ifle, qu'il nomma Vifie des fa-crifices , parce que ce fut - là que les Ef-pagnols virent pour la première fois rhorri- de l'A m f. 1u q u e, ble fpectacle de victimes humaines que la fuperiliLion barbare des naturels offrait à leurs dieux. Il toucha à une autre petite ifle, qu'il appclla Sain.!: Jean de Ulua, II dépécha de cette ifle Pedro de Alvarado, un de fes officiers, à Velafquès, avec un détail circonftancié des importantes découvertes qu'il avoit faites, & avec les riche (les qu'il avoit obtenues en trafiquant avec les naturels. Après le départ de Al-varado il continua avec les vailTeaux qui lui reftoient, de fuivre la côte jufqu'à la rivière de Panuco , & le pays lui parut partout riche, fertile & très-peuplé. t PiufieUrs des officiers de Grijalva prétendirent-'que ce n'étoit pas allez d'avoir découvert ces belles régions, ni d'avoir rempli à leurs i diiférens débarquemens la frivole cérémonie d'en prendre poiTeilion pour la couronne de Caftille ; que leur gloire ferait imparfaite s'ils rv'çtablilToient une. colonie dans.un lieu favorable • , qui non - feulement aiTureroip à. la nation espagnole un abord dans le pays, mais qui, avec les renforts qu'ils avoient, la certitude de recevoir, pourroit fcrvir par de- n4 HlSTOUI grés à foumettre le pays môme en entier - à la domination de leur fouverain. Mais il y avoit plus de cinq mois que l'efca-dre étoit à la mer ; la plus grande partie des vivres étoit épuifée & ce qui reftoit de provifions avoit été tellement gâté par la chaleur du climat qu'il n'étoit plus guère poffible d'en faire ufage. La mort avoit emporté plufieurs Efpagnols ; d'autres é-toient malades ; le pays étoit rempli d'ha-bitans qui paroilïoient aulli induftrieux que braves , & ils étoient fous la domination d'un monarque puilTant qui pouvoit les réunir & ralTembler des forces puiffantes pour repoulTer une invafion. Songer à établir une colonie dans des circonftances fi défavantageufes 3 c'eût été s'expofer à une deftruction inévitable. Quoique Grijal* va eût de l'ambition & du courage, il n'avoit pas les grands talens néceflaires pour former & exécuter une fi grande entrepri-fe. Il jugea "plus prudent de retourner à Cuba , après avoir rempli l'objet de fon voyage & exécuté tout ce que l'armement qu'il commandoit l'avoit mis en état.de faire. 11 revint à San-j3go de Cuba le d E L'A merique. HJ vingt-fix Octobre, environ fix mois après mma en être parti (i> Ce fut - là le voyage le plus long & en Prépara-même tems le plus heureux que les Efpa-^S gnols eulîent encore fait dans le nouveau e£Pédi" monde. Us avoient découvert que Yuca-tan n'étoit pas une ifle comme ils l'avoient imaginé , mais une partie du grand continent d'Amérique. De Potonchan ils avoient fuivi leur route pendant plufieurs centaines de milles le long d'une côte qui n'avoit pas encore été reconnue & qui s'étendant d'abord vers l'oueft tournoit enfuite vers le nord. Enfin tout le pays qu'ils avoient découvert paroilîoit auffi important par fa lichelTe que par fon étendue. Dès qu'Ai-varado fut arrivé à Cuba, Velafquès, en» chanté d'un fuccès qui furpaiToit de fi loin toutes fes efpérances, dépêcha fur le champ une perfonne de confiance pour annoncer cette importante nouvelle en Efpagne, y porter les riches productions des contrées qu'il venoit de découvrir, & folliciter une augmentation d'autorité qui pût le mettre en état d'en entreprendre la conquête. H (i) Herrera, decad. a, lib. III, c. i, 2,9, 10. Bern. Diaz , c. 8, 17. Oviedo , hift. lib. XV11, c. y, 20. Cornera, c. 4y. no" Histoire, &c. n'attendit pas même le retour de fon mef-fager, ni l'arrivée de Grijalva, qui commencent à lui infpirer beaucoup de défiance & de jaloufie & qu'il étoit réfolu de ne plus employer: il commença donc à préparer un armement puiiTant, proportionné à l'importance & aux dangers de l'entreprife qu'il méditoit. Comme l'expédition dont Velafquès étoit alors occupé, s'eft terminée à des conquêtes beaucoup plus importantes que tout ce que les Efpagnols avoient fait jufqu'alors , & les a conduits à la connoilTance d'un peuple qui peut être regardé comme très-civi-îifé ,fi on le compare avec ceux des Américains que l'on connoifibit auparavant , il convient de fufpendre quelque tems le récit de ces événemens fi différens de ceux que nous avons déjà rapportés , afin de jetter un coup d'œil fur l'état du nouveau monde quand il a été découvert & d'examiner la police fit les mœurs des tribus fimples & grofiieres qui occupoient toutes les parties du continent oîi les Efpagnols avoient pénétré. Fin du troifieme Livre. HISTOIRE •'. '..........roiip 4 f » r.'.> s 7T7 L'AMERIQUE. mmm LIVRE QUATRIEME. V i n g t • s i x ans s'étoient écoulés de-puis que Colomb avoit conduit les Euro- ^!v',!v* r, . , . ■ ' - Quelles péens dans le nouveau monde; & pendamétoiertles 'cet intervalle les Efpagnols avoient étéfi'iïï-d8 fort occupés à en parcourir différentes ré- JJ^JJ gions. Us avoient vifité toutes les ifles difperfées en grouppes à travers cette partie de l'océan qui coule entre le continent feptentrional 6c le méridional de l'Amérique. Us avoient navigué le long de la côte orientale du continent depuis la rivière de la Plata jufqu'au fond du golfe du Mexique, & avoient reconnu qu'elle s'étendoit fans interruption à travers cette vafle portion du globe. Us avoient découverte grande mer du fud qui ouvrit une nouvelle pcrfpeclive de ce côté. —i Us avoient acquis quelque connoiiîance des Liv. iv. côtes de ia Floride, ce qui les conduifit à obferver & à fuivre le continent dans une direction oppofée, & quoiqu'ils n'euf-fent pas pouffé leurs découvertes plus loin vers le nord, d'autres nations avoient vi-fité les parties que les Efpagnols avoient négligées. Les Anglois, dans un voyage dont on rapportera ailleurs les motifs & le fuccès, avoient navigué le long de la côte d'Amérique depuis la terre de Labrador jufqu'aux confins de la Floride ; & les Portugais , en cherchant un partage plus court aux Indes orientales, s'étoient jettes dans la mer du nord & avoient reconnu les mêmes régions (i}. Ainû, à cette époque oh je me fuis propofé d'examiner l'état du nouveau monde, on en connoifloit prefqu'entierement l'étendue , depuis fon extrémité feptentrionale jufqu'au trente-cinquième degré au fud de Téquateur ; mais les pays qui s'étendent de-là jufqu'à l'extrémité méridionale de l'Amérique, le grand empire du Pérou & les vafles domaines fournis au fouverain du Mexique, n'étoient pas encore découverts. Ci) Herrera, dscad. i, lib. VI, c 16, En fixant nos regards fur. Je continent hss d'Amérique , la première circonltance qui J**£3 nous frappe eft fon immenfe étepdue. La étendue découverte de Colomb ne s'eft pas bornée Î^Z; à nous faire connoître une portion de ter-d*" re qui par le peu d'efpace qu'elle occupe fur le globe, avoit pu échapper aux recherches des fiecles précédens. On lui doit la connoiiTance d'un nouvel hémif-phere, plus vafte que l'Europe, l'Allé ou l'Afrique , les trois divifions connues de l'ancien continent, & dont l'étendue eft prefqu'égale au tiers du globe habitable. L'Amérique eft remarquable, non feulement par fa grandeur, mais encore par fa position. Elle fe prolonge depuis le cercle polaire du nord jufqu'à une latitude très-haute vers le fud, plus de quinze cents milles au delà de l'extrémité la plus avancée de l'ancien continent vers le pôle antarctique. Une contrée d'une telle étendue comprend tous les climats propres à devenir l'habitation de l'homme & à fournir les différentes productions, particulières aux régions tempérées, ainfi qu'aux régions brûlantes du globe. Après l'étendue du nouveau monde rien î*»*m n'eft plus faic pour frapper les regards Liv. iv. d»un obfervateur que la grandeur des objets qu'il préfente à la vue. La nature femble y avoir tracé fes opérations d'une main plus hardie & avoir diftingué les traits de ce pays par une magnificence particu-Mon- ^ere* ^es montagnes d'Amérique font tagnes. beaucoup plus hautes que celles des aus très divifions du globe : la plaine même de Quito, qui peut être regardée comme la baie des Andes, eft plus élevée au-delTus du niveau de la mer que le fommet des Pyrénées. Cette chaîne étonnante des Andes, non moins remarquable par fon étendue que par fa hauteur, s'élève en diffé-rens endroits de plus d'un tiers de leur hauteur au • deftus du Pic de Ténériffe, la plus haute montagne de l'ancien hdmifphe. re. C'eft des Andes qu'on peut dire à la lettre qu'elles cachent leur tête dans les nues: on entend fouvent les tempêtes éclater & le tonnerre rouler au-defibus de leurs fommets ; qui, tout expofés qu'ils font aux rayons du foleil dans le centre de la zone torride, font couverts de neiges éternelles (i). CO v°ye2 la Note 'XXVII. " De d e l'A m e r i q u k. j2t De ces montagnes élevées à perte de mmm vue , on voit defcendre des rivières d'une ^ largeur proportionnée & avec lefquelles ies Riviei rivières de l'ancien continent ne peuvent être comparées ni pour la longueur de leur cours ni pour la rnalfe énorme d'eau qu'elles roulent vers l'océan. Les neuves du Maragnon , de l'Orénoque & de la Plata dans l'Amérique méridionale, ceux duMis-fiflipi & de Saint - Laurent dans l'Amérique feptentrionale, coulent dans dés lits li Spacieux, que même longtems avant d'éprouver l'influence de la marée , ils relTemblent plus à des bras de mer qu'à des rivières d'eau douce (i). Les lacs du nouveau monde ne font pas Lacs moins remarquables par leur grandeur que les montagnes & les rivières : il n'y a rien dans les autres parties du globe qui reflcmble à cette chaîne prodigioufe des lacs de l'Amérique feptentrionale. On pourroit les appeller proprement des mers médicerranées d'eau douce : ceux-mêmes qui ne font que de la féconde & de la troifieme claiTe pour la grandeur, ont encore plus de circonférence que le plus grand lac de l'ancien continent, à là mer Caspienne près. CO Voyez la Note XXVIII. Tome U. F coninier- mmmam La forme du nouveau monde eft extra. FcTmJ de memenE favorable aux communications du l'Amen- commerce. Lorfqu'un continent comme Se au°" l'Afrique eft compofé d'une maiTe vafte & folide, qui n'eft point coupée par des bras de mer pénétrant dans l'intérieur, & qui n'a qu'un petit nombre de grandes rivières placées très loin l'une de l'autre , la plus grande partie d'un tel continent femble condamnée par la nature à n'être jamais ci-vilifée & à relier privée de toute communication active avec le refte des hommes. Lorfque , comme l'Europe , un continent eft ouvert par de vaftes branches de l'océan, telles que la méditerranée & la mer balti-que, ou, lorfque*comme l'Aile, fes côtes font ouvertes par des baies profondes pénétrant fort avant dans les terres , telles que la mer noire & les golfes d'Arabie , de Perfe, de Bengale, de Siam & de Léo-tang ; lorfque les mers environnantes font remplies d'ifles grandes & fertiles & que le continent même eft arrofé d'un grand nombre de rivières navigables , on peut dire que de telles régions pofledent tout ce qui peut favorifer les progrès de leurs habitans dans la civililation & dans le corn- nicrcc. A cous ces égards l'Amérique peut encrer en comparaifon avec les autres par-ties du globe. Le golfe de Mexique, qUj coule entre la partie méridionale & la fep. tcntrionale de l'Amérique , peut être regardé comme une mer méditerranée propre à ouvrir un commerce maritime avec toutes les contrées dont elle elt environnée. Les ifles qui y font répandues, ne font inférieures en nombre, en grandeur & en fertilité qu'à celles de l'archipel Indien. En avançant le long de la partie feptentrionale de l'hémifphcre Américain , la haie ds Chefapeak préfente un canal fpa-cieux qui conduit le navigateur fort avant dans les parties intérieures de provinces non moins fertiles qu'étendues ; & fi jamais le progrès de la culture & de la population parvient à adoucir l'extrême rigueur du climat dans les diftricts plus feptentrionaux de l'Amérique, la baie de Hudfon peut devenir au fil favorable aux communications de commerce dans cette partie du globe que la Baltique l'cft en Europe. L'autre grande portion du nouveau monde eft environnée de tous côtés par la mer, a l'exception d'un ifthme étroit qui fépare la F a mer atlantique de la mer pacifique ; & quoiqu'elle ne foit ouverte ni par des baies profondes, ni par des bras de mer, les parties intérieures en font accelTiblcs par plufieurs grandes rivières qui reçoivent un fi grand nombre de courans auxiliaires & coulent dans des directions fi variées que fans aucun fecours de l'art ni de l'induftrie il eft aifé d'établir une navigation intérieure à travers toutes les provinces de ce continent, depuis la rivière de la Plata jufqu'au golfe de Paria. Cette bienfaifan-ce de la nature n'efl pas bornée à la divi-fion méridionale de l'Amérique. Le continent feptentrionaî n'eft pas moins abondant en rivières qui font navigables prefque jufqu'à leur fource ; & l'immenfe chaîne de fes lacs eft un moyen de communication intérieure, plus étendu & plus commode qu'il n'y en a dans aucune partie du globe. Les pays qui s'étendent depuis le golfe de Darien d'un côté jufqu'à celui de Californie de l'autre , & qui forment la chaîne qui unît enfemble les deux parties du con-tinent Américain, ont au ni leurs avantages particuliers. Les côtes en font baignées d'un côté par la mer atlantique y de l'autre D E L'A M E r I q u E. J2j par la mer pacifique: les rivières qui y cou- MÉM lent, fe jettant les unes vers la première de ^xv.iv. ces mers & les autres vers la féconde, as-furent aux différentes provinces toutes les facilités de commerce qui peuvent réfuker d'une communication avec les deux mers; Mais ce qui diftingue furtout l'Amérique Tempi des autres parties de la terre, c'eft la tem-ratuiedu • i- . .. climat. pérature particulière du climat & les différentes loix qui y règlent la diftribution delà chaleur & du froid. Ce n'eft pas Amplement en mefurant la diftance d'une partie du globe h l'équateur qu'il eft pofîîble de déterminer avec préciûon le degré de chaleur qu'on y éprouve. Le climat d'un pays eft affecté tout-à-la-fois par l'élévation de la terre au-delTus du niveau de la mer, par l'étendue du continent, par la nature du fol, par la hauteur des montagnes voî-fines & par d'autres circonftances. Cepen» dant l'influence de ces caufes refpeétives eft par différentes raifons moins fenfible dans la plus grande partie de l'ancien continent, oh la pofition d'un pays étant déterminée , on peut prononcer avec affez de certitude quelle doit y être la chaleur de ion climat & la nature, des productions. * 3 Les. maximes fondées fur la connoiffance L'v:,lvr'.' de notre hémifphere ne peuvent pas s'ap-nnncedu pliquer à l autre. D.ns celui-ci le'froid fr0ld' prédomine "& la rigueur de la zone glacée s'étend fur la moitié de celle qui par fa poiltion devoit être tempérée. Des pays ou la figue & le raifin devroient mûrir font ensevelis fous la neige pendant une moitié de l'année , & des terres fi tuées dans le même parallèle que les provinces les plus fertiles & les mieux cultivées font defie-chées par des gelées perpétuelles qui y dé-truifent prefqu'entierement l'activité de la végétation ( i). En avançant vers ces parties de l'Amérique placées fous le même parallèle que des provinces d'Afie & d'Afrique, qui jouiftent conftamment de cette chaleur féconde favorable à la vie & à la végétation , l'empire du froid continue à s'y faire fentir, & l'hiver y règne fouvent avec une extrême rigueur, quoique pendant un court efpace de tems. Si nous traver-fons le continent d'Amérique vers la zone torride, nous trouverons encore que le froid qui domine dans le nouveau monde , s'étend aufli à cette région & y modère CO Voyez la Note XXIX. d e l'A merique. 12J l'excès de la chaleur. Tandis que le Nègre fur la côte d'Afrique eft dévoré par Llv l'ardeur continuelle & brûlante du climat, l'hibcant du Pérou refpire un air également doux & tempéré" > ombragé pour ainû dire fous un dais de nuages légers qui intercepte les rayons brûlans du foleil fans affoiblir fon influence bienfaifante(i). Le long delà côte orientale de l'Amérique, le climat, quoique plus approchant de celui de la zone torride dans les autres parties" de la terre, eft cependant beaucoup plus doux que dans les contrées d'AGe & d'Afrique fituées dans la môme latitude. Si du tropique méridional nous continuons notre marche jufqu'à l'extrémité du continent Américain, nous rencontrons beaucoup plutôt que dans le nord des mers glacées & des pays affreux, ftériles & prefqu'inhabitables par la rigueur du froid (2). ' Différentes caufes concourent à rendre le climat de l'Amérique fi différent de celui de l'ancien continent. Quoiqu'on ne con- CO Voy»ge rfeUUoa, tom. t. p.453. AnfoiTs voyages, p. 184* C2) Anfon's voyages, p. 74. Ilijl. gin. des yàyagas, tom. XXI. Richard, hîfl, nat. de Cair. i noifle pas encore jufqu'oh l'Amérique s'é. " tend vers le nord, nous lavons qu'elle s'avance plus près vers le pôle que l'Afie ou l'Europe. Il y a au nord de l'Afie de vastes mers qui font couverces pendant une partie de l'année & lors même qu'elles font couvertes de glace , le vent qui y fouffle a une intenftté de froid moindre que celui qui règne à terre dans les mêmes latitudes. Mais en Amérique la terre fe prolonge du fleuve Saint-Laurent vers le pôle & s'étend confidérablement à l'oued. Une chaîne d'énormes montagnes couvertes de neige & de glace traverfe toute cette.trille région. Le vent, en paffant fur une fi grande étendue de terre élevée & glacée, s'imprègne tellement de froid qu'il acquiert une activité perçante qui fe conferve même dans fa route à travers des climats plus doux & ne fe corrige entièrement que lorfqu'il arrive au golfe de Mexique- Sur tout le continent de l'Amérique feptentrionale un vent de nord - ouell & un froid exceffif font des termes fynonymes. Même dans l'été le plus brûlant, dès que le vent tourne de ce côté, fon activité pénétrante fe fait fen-tir par un paiTage auffi violent que fubit du T> E t'A MER I Q U E. I20 du chaud au froid. C'eft à cette puifTancc — i qu'il faut attribuer l'influence extraordinaire^ iv. du froid & fes incurfions violentes dans les provinces méridionales de cette partie du globe CO- D'autres caufes non, moins remarquables fervent à diminuer la puiflance active çj£ la chaleur dans les régions du continent de l'Amérique ficuées entre les tropiques. Dans toute cette partie du globe le vent fouffle invariablement dans une direction de l'eft à l'oueft. Ce vent, en fui-vant fa route à travers l'ancien continent, arrive à des pays qui s'étendent le long de Ja côte occidentale de l'Afrique, embrafé de toutes les particules ignées qu'il a entrât-nées des plaines échauffées de l'AOe & des fables brûlans des déferts de l'Afrique. La côte d'Afrique efl: donc la région de la terre qui, étant expofée à toute l'ardeur de la zone torride fans aucune circonflance qui la tempère, doit éprouver la plus violente chaleur. Mais ce même vent qui apporte cette augmentation de chaleur aux pays fîtués entre la rivière de Sénégal & (i) Charlevoix MJl. de la nouv. France, tom. Ul, f* Mlfi. géiu des voyages, tom. XXL F J 99 la Cafrerîe, traverfe l'océan atlantique lV* avant que d'arriver aux côtes d'Amérique1. H fe refroidit en payant fur ce vafte amas • d'eau, & ne fe fait plus fentir que comme une brife rafraîchiiTante le long des côtes du Bréfil (1) & de la Guyane ; de forte que ces pays, quoique comptés parmi les plus chauds de l'Amérique, ont un climat tempéré en comparaifon de ceux qui font dans les latitudes correfpondantes en Afrique (2). En avançant dans fon cours à 'travers l'Amérique, ce vent rencontre des plaines irhmen fes couvertes de forêts impénétrables ou occupées par de grandes rivières, par des marais & des eaux fta-gnantes qui ne peuvent pas lui rendre une-grande chaleur. Enfin il arrive aux Andes 'qui traverfent tout le continent dans une direction du nord au fud. En pafTant fur ces hauteurs glacées il acquiert un tel degré de froid que la plus grande partie des pays qui fe trouvent au-delà n'éprouvent pas la chaleur dont ils paroiffent fufceptibles par leur pofition (3). Dans les autres provin. (O Voyez 1a Note XXX. e l'Amérique. X31 ces de l'Amérique , depuis la terre - ferme s à Poueft jufqu'à l'empire de Mexique, la L*v chaleur du climat eft tempérée en quelques endroits par l'élévation du fol au-deiTus de la mer, en d'autres par l'humidité extraordinaire du terrain , & dans -tous par les énormes montagnes qui y font répandues. Les ifles de l'Amérique fous la zone torride font ou très-petites ou montagneux fes, & font rafraîchies alternativement par les brifes de terre & de mer. On ne peut pas expliquer d'une manière également fatisfaifante les caufes du froid exceflif qui fe fait fentir vers l'extrémité méridionale de l'Amérique & dans les mers qui font au - delà. On a fuppofé longtems qu'il y avoit entre la pointe méridionale de l'Amérique & le pôle antarctique un vafte continent auquel on a donné le nom de terre aujirale inconnue. Les mômes principes qui ont fervi à expliquer Hotenfité extrême du froid dans les régions fepten-trionales de l'Amérique, ont été employés à expliquer celui qui fe fait fentir au cap Horn & dans les pays voifins. L'immenfe hift. nat. &c. tom. III, p. 512, &c. tom. IX, p. 107, (Su, collctï, ofyoyages, tom. II, p, F (5 132 H istoire —«p étendue du continent méridional & les Lnr.iv. grandes rivières qu'il verfe dans l'océan ont été regardées par les philofophes comme des caufes fuffifantes pour occafionner la fenfation extraordinaire de froid & le phénomène plus extraordinaire encore des mers glacées dans cette partie du globe. Mais on a cherché en vain le continent imaginaire auquel on attribuoit cette influence, & l'efpace qu'il étoit cenfé occuper s'étant trouvé une mer entièrement ouverte, il faut avoir recours à une nouvelle hypothe. fe pour expliquer une température de climat il différente de celle qu'on trouve dans les pays fi tués à une égale diflance du pôle oppofé Ci). Après avoir examiné ces qualités carac-térifliques & permanentes du continent Américain qui naiffent des circonftances particulières de fa fituation & de la difpo-fition de fes parties, le principal objet qui doit fixer enfuite notre attention, c'eft l'état oh étoit ce continent lorfqu'on en fît la découverte,'relativement à ce qui dépend de l'intelligence & des opérations de l'homme. Les effets de Tinduftrie & XO YoY«- b Nota XXXik de t'A M E R I Q D E. ^ du travail font plus étendus & pius eonfi- ^ dérablcs que notre vanité même ne nous Lw.iv. porte à le croire. En jettant les yeux: fur la face du globe habité, on voit qu'u, ne grande partie de la beauté & de la fertilité que nous attribuons à la main de la nature elt l'ouvrage de l'homme. Ces efforts, iorfqu'ils fe continuent pendant une fuite de fiecles, parviennent à perfectionner les qualités de la terre & à eû changer même l'apparence. Comme une grande partie de l'ancien continent a été longtems occupée par des nations fort avancées dans les arts, notre œil s'eft accoutumé à voir la terre fous la forme qu'on lui a donnée en la rendant propre à être habitée par une race nombreufe d'hommes & à leur fournir des fubllfiances. Mais dans le nouveau monde , l'efpece^On h humaine n'étoit pas fi avancée & la natu- Vage & re y préfentoit un afpect. bien différent. mcuIt* Dans toutes les vaftes régions qui le corn-pofent ; il ne fe trouvoit que deux monarchies remarquables pour l'étendue du, territoire & diflinguées par quelque progrès dans la civilifation. Le refte du continent étoit peuplé de petites tribus indd. pendantes , privées d'art & d'induftrie, qui n'avoient ni les moyens de corriger les défauts, ni le defir d'améliorer l'état de cette portion de la terre qu'ils habi-toicnt. Des pays ainfi occupés étoient prefque dans le môme état que s'ils fuf-fent reliés fans habitans. D'immenfes fo-TÔts couvroient une grande partie de cette terre inculte ; & comme la main de l'induftrie n'avoit pas encore forcé les rivières à couler dans le canal qui leur étoit- le plus convenable & n'avoit pas ouvert des écoulemèns aux eaux ftagnan-tes, plufieurs des plaines les plus fertiles étoient inondées par les débordemens ou converties en marais. Dans les provinces méridionales, ou la chaleur du foleil, l'humidité du climat & la fertilité du fol concourent à donner de l'activité à toutes les puiiTances de la végétation , les bois font tellement embarraffés par l'exubérance même de la végétation qu'il eft prefque impolTible d'y pénétrer, & que la furface du terrain y eft cachée fous des couches épaifles d'arbrifleaux , d'herbes & de plantes fauvages. C'eft dans cet état de nature brute & abandonnée à elle - même que relient encore plufieurs des grandes pro- ^ vinces de. l'Amérique méridionale qui s'é-il^lvî tendent du pied des Andes jufques à la hier. Les colonies Européennes ont défriché & cultivé quelques cantons le long de la côte ; mais les naturels , toujours1 grbffiers & indolens, n'ont rien fàic pour découvrir ni pour améliorer un pays qui poifede tous les avantages de fituation & de climat que la nature peut donner. En avançant vers les provinces feptentrionales de l'Amérique , la nature continue de pré-fenter un afpect fauvage & abandonné; & à proportion que la rigueur du climat augmente , la terre offre une perfpettive plus horrible & plus déferte. Là les forêts , quoique moins embarralTées par l'excès de la végétation, font également vaf-tes ; d'immenfes marais couvrent les plaines , & à peine apperçoit - on quelques tentatives de l'induitrie humaine pour cultiver ou embellir la terre. Il n'eft pas fur-prenant que les colonies envoyées d'Europe aient été étonnées à la première vue du nouveau monde : il leur parut défert , trifte & folitaire.' Lorfque les Anglois commencèrent à s'établir en Amérique, ils ^muwm appellerent les pays donc ils prirent pof-Liv. iv. feflîon ie défert. Il n'y avoit que l'efpé. rance flatteufe de découvrir des mines d'or qui pût engager les Efpagnols à pénétrer dans les bois & les marais d'Amérique, ou ils obfervoient à chaque pas l'extrême différence de Tafpect. que préfente la nature inculte & fauvage d'avec celui qu'elle prend fous la main induftrieufe de l'art (i>. Le climat Non • feulement les travaux de l'homme nai-fam. arn^ijorent & embellifTent la terre, mais ils la rendent encore plus falubre & plus favorable à la vie. Dans toute région négligée & deftituée de culture, l'air eft fta-gnant dans les bois ; des vapeurs corrompues s'élèvent des eaux; la furface de la terre furchargée de végétation n'éprouve point l'influence purifiante du foleil ; la malignité des maladies naturelles au climat s'augmente ; elles en engendrent d'autres , qui ne font non moins funeftes^ Aufli toutes les provinces de l'Amérique furent-elles trouvées extrêmement mal - faines lorfqu'on en fit la découverte. C'eft ce que les Efpagnols éprouvèrent dans toutes les expéditions qu'ils firent dans le nouveaux Voyez la Koxa SBUt d e l'A m e r i q u r. j m monde, foit pour tenter des conquêtes, ^ foie pour former des établiffemens. Quoi- Liv.iv. que la vigueur naturelle de leur conflitu-tion, leur tempérance habituelle, leur cou-rùge ce leur confiance les rendilTent aufli propres qu'aucun autre peuple d'Europe à une vie active dans un climat brûlant, ils éprouvèrent les qualités funelies & nuiû-bles de ces régions incultes qu'ils traver-foient & oh ils tâchoient de planter des colonies. Il en périt un grand nombre des maladies violentes & inconnues dont ils furent attaqués. Ceux qui échappèrent à la fureur meurtrière de cette contagion ne purent fe dérober aux pernicieux effets du climat. On les vit, fuivant la defeription des anciens hiftoriens Efpagnols, revenir en Europe foibles, maigres, avec des regards languiilàns & un teint jaunâtre, lignes non équivoques de la température malfaine des pays où ils avoient réfidé (O- L'état inculte du nouveau monde affec- Animai^ toit non - feulement la température de l'air, mais les qualités mêmes de fes productions; Le principe de la vie fembloit y (i) Cornera, hijl. e. 20-21. Oviedo, hijl. lib. H, & 13. lib. Ft c. lp» P. Martyr, Epil. 545, dec. p. f—— avoir moins de force cV d'activité que dans Llrdm'1>ancien contmenc; Malgré la.vaiie écen-nedés.™" due-de l'Amérique & la variété de fes cli. mats, les différentes efpeces d'animaux.qui lui font propres y font proportionnelle, ment en beaucoup pius petit nombre que dans l'autre hémifnhere. On ne trouva dans les; ifles que quatre I efpeces : de quadrupe.. des connus, dont le plus grand n'excédoit pas la ïgrbffeur d'un lapin. Il y avoit une plus grande variété fur le continent. Les individus de chaque efpece ne pouvoient pas manquer de s'y multiplier extrêmement, parce qu'ils étoient peu tourmentés par les nommes, qui n'étoient encore ni affez nom* breux ni aiïez unis en fociété pour s'être ren-dus redoutables aux animaux ; cependant le nombre des efpeces diffcinctes ne peut être encore regardé que comme très - petit. De deux cents efpeces différentes de quadrupèdes répandues fur la furface de la terre, on n'en trou-va en Amérique qu'environ un tiers lorfqu'el-le fut découverte (1). La nature étoit non-feulement moins féconde dans le nouveau monde, mais elle femble encore avoir été moins vigoureufe dans fes productions. Les (O M- *e luffon, Hift. tiat. ton.* IX, p* ^6. de l'A-me ri que. j quadrupèdes qui appartiennent originairement à cette partie du globe, paroiffent être d'une race inférieure; ils ne font ni auffi robuftes ni auili farouches que ceux de l'ancien continent. 11 n'y en a aucun en Amérique qu'on puiife comparer à l'éléphant & au rhinocéros pour la grandeur , ni au lion ou au tigre pour la forée & la férocité Ci). Le tapir du Ëréfil, le plus grand des quadrupèdes du nouveau monde, eil de la groifeur d'un veau de fix mois. Les pumas & les jaguars, les plus farouches des animaux carnaciers & auxquels les Européens ont donné mal à propos la dénomination1 de lions & de tigres , n'ont ni le courage intrépide des premiers ni la voracité cruelle des derniers (2). Ils font indo-lens & timides,peu redoutables pour l'homme, & ils s'enfuient fouvent à la moindre apparence de réfiftance (2). Les mêmes qualkes du climat d'Amérique qui rendent les animaux indigènes plus petits, plus foi- (r> Voyez la Note XXXIV. (2) M. de Bu non, hift. nat. ton*. IX, p. «7. Margra» vii j hij}. nat. Brafil, p, 229. (3) M. de lîuffon, hift. nat. tom, IX, p. 13-203. Acolta, hift. lib. IV, c. 34. Pifonis hift, p. 6. Herre», tics, 4, lib. IV, c, 14 lib, A, c, 13, | 1. bles & plus timides, ont exercé leur in-L«r. iv. fluence pernicieufe fur ceux qui y ont paf. fé fpontanément de l'autre continent ou qui y ont été tranfportés par les Européens (i). Les ours, les loups, les daims d'Amérique ne font pas égaux en volume à ceux de l'ancien monde (2). La plupart des animaux domeftiques, dont les Européens ont pourvu les provinces oh ils fe font établis, ont dégénéré & pour la groffeur & pour la qualité , dans un pays dont la température & le fol femblent être moins favorables à la force & à la perfection du genre animal (3}, Mc&es Mais les mêmes caufes qui concouroient ueptiies. ^ diminuer ie volume & la vigueur des plus grands animaux , favorifoient la propagation & l'accroiiTement des reptiles & des in-fe&es. Quoique cela ne foit pas particulier au nouveau monde, & que ces odieufes familles, nées de la chaleur, de l'humidité & de la corruption , infectent toutes (O Churchil, tom. F, p. 691. Ovalle, relat. of Chili. Church. tom. III, p. 10. Sotnmario de Oviedo, c. 14-22. Voy. de Des Marchais, tom. III, p. 299. (2) M. de Buffon , hift. nat. tom. IX, p. 103. Kalm travels, tom. 1, 102. Biette , voy. de la France Equin. p, m* | , (3) Voyez la Note XXXV. DE L*A ME R 1 Q D E. ^ les parties de la zone torride , elles fe mul-tiplient peut-être encore plus rapidement L^ en Amérique , & les individus y parviennent à une groiTeur plus extraordinaire. Comme cette contrée eft en général moins cultivée & moins peuplée que les autres parties de la terre, le principe de la vie y confume fon activité & fa force dans les productions de cette claffe inférieure. L'air y eft fouvent obfcurci par des nuées d'infectes , & la terre couverte de reptiles dc-fagrcables & mal - faifans. Les envjrons de Porto-Bello produifent une fi grande multitude de crapauds que la furface de la terre en eft entièrement cachée. Les ferpens ce les vipères ne font guère moins nombreux à Guayaquil. Carthagene eft infectée de troupes nombreufes de chauve-fouris, qui tourmentent non - feulement les troupeaux , mais les hommes mêmes (i). Dans les ifles on voit de tems en tems des légions de fourmis confumer toutes les productions végétales (2), & laifTer la terre aufii parfaitement dépouillée que fi elle avoit été dé- (O Voyage de Ulloa , tom. I, p. 8y. Idem. p. 147. Herrera, dec. 2, lib. III, c. 3-19. (2) Voyez la Note XXXVJ, vorée pnr le feu. Les forêts humides & te L,V'1V' fol marécageux des pays qui bordent l'Oré-noque & le Maragnon. fourmillent de prefque tous les êtres mailaifans & venimeux auxquels l'aftivité d'un foleil brûlant peut donner la vie (i). oifeaux. Les oifeaux du nouveau monde ne font pas diftingues par des qualités aulfi marquées & auffi caracténfliques que celles qui ont ué obfervées dans les quadrupèdes. Les oifeaux font plus indépendans de l'homme & moins affectés par les change, mens que fon jnduftne & fon travail opèrent dans l'état de la terre. Ils ont une grande propenfion à paiïer d'un pays à un autre , & ils peuvent aifément & fans danger fa ^faire cet inflinct de leur nature. Auffi le nombre des oifeaux communs aux deux continens efl-il beaucoup plus g and que celui des quadrupèdes , & les efpeces mêmes particulières à l'Amérique reffjm-blent beaucoup à celles que l'on trouve dans les régions correfpondantes de l'ancien hé- CO Voy::ge de la Condarnine , p. 167. Gumilla, tom. III * p. 120, &c. Hift. gin. aes f'oywts loin. XIX. Dumom, Mémoires fur la Louifiant, ton;. 1 , p. ic*j, Sommario de Oviedo, c. 52-62. I43 mifphcre. Les oifeaux Américains de la zo-ne torride , comme ceux du même climat Liv.rv. en A fie & en Afrique, font parés d'un plu-mage qui éblouit l'œil par l'éclat & la beau-té de fes couleurs; mais la nature qui fem-ble s'être contentée de leur avoir donné cette agréable parure , a refufé à la plupart ce chant mélodieux & varié qui flatte ce a* mufe l'oreille. Les oifeaux des climats tem» pérés dans le nouveau continent, de même que dans le nôtre, ont un extérieur moins brillant ; mais ils ont auffi en dédommagement une voix douce & mélodieufe. En quelques diftriéts de l'Amérique la température mal-faine de l'air femble avoir éténui-fible même à cette partie de la nature ani« mée ; on y voit moins d'oifeaux que dans les autres contrées, & le voyageur eft étonné de la folitude & du filence qui régnent dans les forêts (1). Il efl cependant remarquable que l'Amérique, ou les quadrupèdes font fi poltrons , ait produit le condor à qui l'orï ne peut refufer la prééminence (r) Bougiier, voy. au Pérou , p. 17. Chanvalon, voyage è & Martinique , p. (.6. Warren , ùf.vipr. âe Surinam. Osbom's colleît. tom. U,p. \jz- 4. Lettres éâftnntes ,to:n. XXil7, p. zz9- Charlevoix, hift. à lu iS'ouycllï.rraucf, tom. Jif, p. f55. ' • • 144 H ItTOlRE ^ fur toute la race ailée pour le volume, ia •Liv. W' force & le courage ( i). soi Dans un continent auffi étendu que l'Amérique , il doit nécefTairement y avoir beaucoup de variété dans le fol. On trouve dans chaque province quelques particularités diftinctives . mais dont la defeription doit être réfervée à ceux qui en écrivent l'hiftoire détaillée. En général, nous ob-fervons que l'humidité & le froid qui dominent d'une manière fi frappante dans tou-tes les parties de l'Amérique , doivent y avoir une grande influence fur la nature du fol. Des pays fitués fous le même parallèle que des régions de l'ancien continent oh l'extrême rigueur de l'hiver ne fe fait jamais fentir, font entièrement gelés en Amérique pendant une grande partie de l'année. La terre refferrée par ce froid exceiïif n'y acquiert jamais une chaleur fuffifante pour mûrir les fruits qui fe trouvent dans les parties corrcfpondantes de l'autre hémifphere. Si l'on vouloit faire croître en Amérique les CO Voyage de Ulloa , tom. I , p. 363. Voyage de la Condamine, .p. 175. M. de BufFon, h';Jl. nat. tom. XVI, p. 184. Voysge de Des Marchais, tom. III, p. 320. de -l'Amer r qtJe. hy les productions qui abondent dans quelques as cantons particuliers du globe, on ne pour- Lw* roit y réuflîr que dans les parties de ce continent qui fe trouvent de plufieurs de» grés plus près de la ligne que le fol naturel de ces productions, parce qu'on auroit be-foin d'une augmentation de chaleur pour contrebalancer la froideur naturelle de la terre & du climat Ci). Plufieurs des plantes & des fruits particuliers aux pays fitués fous les tropiques , ont été cultivés avec fuccès au cap de Bonne - Efpérance ; tandis qu'a Saint-Auguffcin dans la Floride, à Charles -Town dans la Caroline méridionale, qui font beaucoup plus près de la ligne que le cap, les mômes productions n'ont pu y réuf-ïir également (2). Mais en tenant compte de cette différence de température, le fol de l'Amérique eft naturellement auffi riche & aufii fertile qu'aucune autre portion du globe. Comme le pays n'avoit qu'un petit nombre d'habitans peu induftrieux & privés du fecours des animaux domeftiques dont les nations civilifées élèvent de fi grandes multitudes , la terre n'étoit pas épuifée (1) Voyez la Note XXXVM. (a) Voyez la Nore XXXVIII. Tom IL G par leur confommation. Les végétaux pro. duits par fa fertilité, reftoient fouvent entiers , & en fe pourriflant fur fa furface ren-troient dans fon fein en y portant un fur-croît de matière végétale (i). Comme les arbres & les plantes tirent de l'air & de l'eau une grande partie de leur nourriture, s'ils n'étoient pas détruits par l'homme & par les animaux, ils rendroient à la terre plus qu'ils n'en reçoivent & l'tnrichi-roient plutôt que de l'appauvrir ; ainfi les terres inhabitées de l'Amérique pouvoient continuer de s'engrailTer pendant plufieurs fiecles. Le nombre prodigieux & l'énorme grolTeur des arbres de ce continent atteftent la vigueur extraordinaire du fol dans fon état naturel. Lorfque les Européens commencèrent à cultiver le nouveau monde, ils furent étonnés de l'exubérance & de l'activité de la végétation dans fon moule primitif, & en plufieurs endroits l'indullrie, du planteur s'exerce encore à diminuer & à épuifer une fécondité fuperflue, afin de réduire la terre à un état propre à une culture utile (2). ---——-----■ - , CO M. de Buffon, iï'ft, nat. tom. I, p. 242. Kalm. tom. I, p. 151* (a) Cbarievoix, kijl. de la Nouvelle France, tant* /, p. 405. d e l'A meriqub. i47 Après avoir ainfi obfervé l'état du nou- n*-** veau monde à l'époque de fa découverte, hîyTîv. & confidéré les traits particuliers qui le dis- vaSÉ^1 tincuent & te carattérifent, l'objet qui mé- i»"-1 a &é rite de fixer notre attention, c elt de rechercher comment l'Amérique a été peuplée , par quelle route les hommes ont pas-fé d'un continent à l'autre, & dans quelle partie du globe il eft le plus probable que s'eft établie une communication entre les deux hémifpheres. Nous favons avec une certitude infaillible Les a-que toute la race humaine eft fortie de la S'èmcort même fource , & que les defccndans d'un J^JJ feul homme, fous la protection divine & ?!'io"fu' 1 r Ut tbjCft» obéiffant aux ordres du ciel, fe font multipliés & ont peuplé la terre. Mais ni les annales ni les traditions des peuples ne re« montent jufqu'à ces tems éloignés oh ils ont pris pofleflîon des diverfes contrées oli ils font à préfent établis. Nous ne pouvons ni fuivre les branches de ces premie» res familles, ni indiquer avec certitude l'époque de leurs féparations & la manière dont elles fe font répandues fur la furface Voy.i^e de Des Marchais tàm m, p ? o. Lery, ap. Dcbry, p. 3 & p. 174. Voyez la Note XXXIX. G 2 —■ du globe. Chez les nations mêmes les plUs Lrv.iv. éclairées, le période de l'hifloire authentique efl extrêmement court, & tout ce qui remonte au-delà efl fabuleux ou obfcur. Il n'efl donc pas étonnant que les naturels îgnorans de l'Amérique , qui n'ont ni inquiétude fur l'avenir ni curiofîté fur le pas-fé, n'aient aucune connoiflance de leur propre origine. Les Californiens & les Eski-màux en particulier, qui occupent les parties de l'Amérique les plus voifines de l'ancien continent, font fi grofîiers qu'il feroit abfolument inutile de chercher parmi eux quelques moyens de découvrir le lieu d'oh ils font venus, ou les ancêtres dont ils font defcendus (i). Nous devons le peu de lumière que nous ayons fur cet objet , non aux naturels de l'Amérique, mais à l'efprit dé recherche de leurs conquérans. D'ffêren- Lorfque les Européens firent la décou-îhkïPO'verte inattendue d'un monde nouveau, placé à une grande diftance de toutes les parties connues alors de l'ancien continent, & rempli d'habitans dont l'extérieur & les mœurs différoient fenfîblement du refle de l'efpece humaine , la curiufré & l'attention CO Venegas, hiJI, of Çai/onna, tun. I, j>, fo. DE L'A MER I Q rj E. 1+9 des hommes inftruits dut naturellement les saai porter à rechercher l'origine de ces peu- L*v-rv. pies. On rempliroit plufieurs volumes des thiorics & des fpçculations qu'on a imaginées fur ce fujet ; mais ce font pour la plupart des idées fi bifarres & fi chimériques, que je croirois faire un affront a l'intelligence de mes lecteurs fi j'entreprenois de les expofer en détail ou de les réfuter. Quelques-uns ont eu la préfomption d'imaginer que les habitans de VAmérique ne defeendoient pas du pere .commun de tous les hommes, mais qu'ils formoient une race féparée, diftinguée par des traits particuliers & dans la forme extérieure de leur corps & dans les qualités caractériftiques de leur efprit. D'autres prétendent qu'ils font defeendus de quelques reftes des anciens habitans de la terre, échappés au déluge qui du tems de Noé détruit la plus grande.par-, tie de Tefpece humaine, & ils regardent-contre toute raifon des tribus groffieres (Se fauvages, difperfées fur un continent incul*> te, comme la race d'hommes la plus ancien* ne qu'il y ait fur,la terre. Il n'y a guère? de nation depuis le pôle du nord jufqu'à celui du fud, à laquelle quelque antiquaire G3 livré à la folie des conjectures n'ait attribué l'honneur d'avoir peuplé l'Amérique. On a fuppofé tour à tour, que les ]uifs, les Cananéens, les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Scythes avoient dans les tems anciens formé des établilTemens fur cet hé-mifphere occidental. On a dit que dans des tems poftérieurs les Chinois, les Suédois, les Norvégiens, les Gallois, les Efpagnols y avoient envoyé des colonies en différentes circonftances & à des époques diverfes. Les prétentions refpeélives de ces peuples ont trouvé des zélés partifans, & quoique les raifons les plus plaufibles dont ils appuyaffent leurs hypothefes ne fulTent que des rapports accidentels de quelques coutumes ou une refTemblance équivoque de quelques mots dans les langues refpectives, on a employé de part & d'autre beaucoup d'érudition & encore plus de chaleur à défendre fans beaucoup d'utilité les hypothefes contraires. Ces objets de conjecture & de controverfe n'appartiennent pas à l'historien : renfermé dans des limites plus é-troites , il fe borne à recueillir ce qui pa-roît fondé fur des témoignages certains ou très - probables. Je ne crois pas franchir D E L*A M E R I QUE. j j j ces limites en préferttant ici quelques ob- mms fervations qui peuvent contribuer à répan- Mv.iv. dre de la lumière fur ces questions curieu-fes & fi iouvenc agitées. l\ Il y a des auteurs qui ont tâché d'ex- iineraill pliquer par de pures conjectures la popula- SJfjJ* tion de l'Amérique. Quelques - uns ont fup. rce<^citj-pofé qu'elle avoit été .otiginairement^unie à l'ancien continent & qu'elle en. avoit été] féparée par le choc d'un tremblement de terre ou la violence fubite d'un déluge. D'autres ont imaginé qu'un vailTeau ,. dér tourné de fa routé par la violence d'un vent d'oued , avoit pu être pouffé par accident fur la côte d'Amérique & avoir commencé à peupler ce continent défert (r). 11 fe-roit inutile d'examiner & de difeuter ces hypothefes, parce qu'il eft impolfible d'en tirer aucun réfultat certain. Les événemens qu'on y fuppofe font fimplement poflibles; mais nous n'avons aucune preuve qu'ils font arrivés, ni par le témoignage pofitif de l'hiftoire ni même par les fuppoûtion* vagues de la tradition. (O Paifoira, Remains ofJaphet, p. 240. Ancien t uni* yerf. hift. vol. XX t p. 104. p. Freyîdo, tea'.ro àitico t tom. F, p. 304, &c. Acofta, hift. mor. noviorbis, lib.I, «. IÔ-K). G 4 IjS H ï S t O i k s ■ëhh 20. Rien ne peut être plus frivole ou i.tv.-iv. p^as jncertain que de chercher à découvrir refiki- °S l'origine des Américains, en obfervant fim? !tcaŒoeurs. plement les refiTerablances qui peuvent fe rouver entre leurs mœurs. & celles de quelque nation particulière de l'ancien continent. Si l'on fuppofe deux peuples placés aux deux extrémités de la terre, mais dans un état de fociété également avancée pour là civilifation & l'induitrie, ils éprouveront les mêmes befoins & feront les mêmes efforts pour les fatisfaire: attirés par les me* mes- objets, animés des mêmes paffîons, les mêmes idées & les.mêmes fentimens s'éle* veront dans leur ame. Le càra&ere & les occupations du chaffeur d'Amérique feront peu différens de ceux d'un Afiatique qui tire également fa fub G flan ce de lachaffe. U-ne tiibu de fauvages fur les bords du Danube reiTemblera beaucoup à ceux qui vivent dans les* plaines qu'arrofe le Midiilipi. Au lieu donc dé préfumer d'après de pareils rapports qu'il y ait quelqu'ahnnité entre ces peuples divers, nous devons feulement en conclure que les difpofitions & les mœurs des hommes font formées par leur fituation & nahTent de l'état de fociabilité oh ils fe ; trou- D E L*A M E R I Q C-E. jyy trouvent. Du moment oh ces circonftances mmm commencent à s'altérer, le caractère d'un Liv.lv". peuple doit changer, & à proportion qu'il fait des progrès dans la civil i fanion ,fes mœurs fe raffinent, fes facultés & fes ta. lens fe développent. Les progrès del'hôm* me ont été à peu près les mêmes dans toutes les parties, du globe, & nous pouvons le fulvre dans fa marche de la finrplicité grofiiere d'une vie fauvage jufqu'à ce qu'il arrive à l'induftrie, aux arts & à l'élégance des fociétés policées. 11 n'y a donc rien de merveilleux dans les rcffemblances qu'on a obfervécs entre les Américains & les. nations barbares de notre continent. Si Lafi-teau , Garcia , & plufieurs autres auteurs avoient fait ces réflexions, ils n'auroient pas embrouillé le fujet qu'ils vouloient é-claircir, par leurs vains efforts pour établir une affinité entre différentes nations de l'ancien & du nouveau continent, fans en avoir d'autre preuve que cette reffemblance dans les mœurs, qui eft le produit nécelTaire d'un état femblable de fociabilité. Il eft vrai qu'il y a chez tous les peuples certaines coutumes, qui n'ayant leur fource dans aucun be« foin naturel, ni dans aucun deûr particulier G S H i s t-o 1 R b ■—■ à leur fituation , peuvent être regardées LiV-1V' comme des ufages d'une inftitutjon arbitrai^ re. Si l'on découvroit entre deux peuples établis dans des. régions fort éloignées l'une de l'autre une parfaite conformité dans quelques - uns de ces ufages, il feroit naturel de foupçonner que ces deux peuples ont été liés par quelqu'affinité. Si Ton trouvoit en Amérique une nation qui confacrât tous les feptiemes jours à un repos religieux; fi chez une autre la première apparition de la nouvelle lune étoit. célébrée avec appareil, on pourroit fuppofer avec raifon que la première a reçu des Juifs cet ufage d'in-ftitution arbitraire ; mais la fête obfervée parla féconde ne devroit être regardée que comme une expreffion de joie naturelle à l'homme en voyant reparoître la planète qui le guide & réclaire pendant la nuit. Lès exemples de coutumes purement arbitraires & communes aux habitans des deux fiémifphercs font à' la vérité fi équivoques & en fi petit nombre qu'on ne peut en. dér. duirc aucune théorie fur la manière dont le nouveau monde a été peuplé. ^reJ-5 3°' ^es hyPotne*"es 9ue l'on a hazardées-gieu*. fur l'origine des Américains, d'après l'ob- de l'Amérique. j5s fervation de leurs rites & de- leurs pratiques -religieufes, ne font.pas moins imaginaires & Uv.iv. deftituées de fondemens folides. torique les opinions religieufes d'un peuple ne font ni le réfultat d'une combiuaifon raifonnée ni l'effet de la révélation, elles ne peuvent être quebifarres & extravagantes; mais les nations barbares font incapables de fuivre la première méthode,& n'ont pas été favo-rifées des avantages de la révélation. Cependant l'efprit humain a des procédés lï réguliers , 1ers même que fes opérations femblent n'annoncer que de la bifarrerie & du caprice, que dans tous les âges & dans tous les pays la prédominance de certaines partions fera conltamment fuivie des mêmes . effets. Le fauvage, foit d'Europe , foit d'Amérique, qu'agite la craintefuperftitîeufe des êtres invifibles ou le defir inquiet de pénétrer dans l'avenir , éprouve également les friffons de la terreur ou les feux de l'impatience; il a recours à des prodiges & à des moyens de même efpece, foit pour détour* ner le malheur dont il fe croit menacé, foit pour deviner le fecret qui excite fa curiofi-té. AinQ le rituel de la fuperflition fur un continent femble à plufieurs égards n'êcra G 6 p— que la copie de celui qu'on trouve dans L,v-IV,l'autre hémifphere; l'un & l'autre-autorifent des inftitutions femblables, quelquefois fi fri» voles qu'elles n'excitent que la pitié, quelquefois fi baibares & fi fanguinaires qu'el-les infpirent l'horreur. Mais , fans avoir be-foin de fuppofer aucune affinité entre ces nations éloignées, & fans imaginer que leurs cérémonies religieufes eufTent été tranfmi-fes par la tradition de l'une à l'autre, on peut attribuer cette uniformité, qui en plu: fleurs exemples femble en effet très-étonnante, à l'influence naturelle de la fuperfti-don & de l'cnthoufiafme fur la foiblelTe de l'efprit humain. L'Ame- 4°» Nous pouvons établir comme un prin-MséS* c'Pe certain ^ans cette difeuflion, que l'A-Earp,!m> mériquen'à été peuplée par aucune nation de l'ancien continent qui eût fait des progrès confidérables dans la civilifation. Les habitans du nouveau mondeétoient dans un état de fociété fi peu avancé, qu'ils igno-roient les arts qui font les premiers efiais de l'induflrie humaine. Les nations même les plus cultivées de l'Amérique n'avoient aucune connoiffance de plufieurs inventions fimples, prefqu'aufli anciennes que la fo D e L'A me r I Q tf E. cièté dans les antres parties du monde & qu'on retrouve dans les.premières époques e^MW delà vie civile. Il efl manifeflc par- là que les tribus qui originairement ont pafïe en Amérique fortoient de nations qui doivent avoir été auffi barbares que leurs defcendans l'étoient quand ils ont été découverts par les Européens ; car. les arts de goût & de luxe peuvent bien décliner ou périr par les fecoufles violentes, les révolutions cVles défaflres auxquels les nations font expofées; mais les arts néceffaires à la vie ne peuvent plus fe perdre chez un peuple qui les a une fois connus ; ils ne font fujets à aucune des viciflitudes des chofes humaines. & la pratique en fubfifte auffi longtems que la race même des hommes. Si l'ufage du fer avoit jamais été connu aux fauvages de l'Amérique ou à leurs ancêtres ; s'ils avoient jamais employé une charrue, une navette ou une forgé, l'utilité de ces inventions les auroit confervées , & il eft impoflibfe qu'elles euflent pu être oubliées ou abandonnées* Nous pouvons donc en conclure que les A-méricains font defcendus de quelque peuple qui fe trouvoic dans un état de fociété trop, peu avancé pour connoître les arts nécef» G7 wêsb faires, puifque ces mêmes arts étoient in-Liv.iv. conQUS £ jeurs dcfcendans. Ni par des - .50. \\ ne paroît pas moins évident que dSÏidi l'Amérique n'a été peuplée par aucune co-continent.,onie des nations Pms méridionales de l'ancien continent. On ne peut pas fuppofer qu'aucune des tribus fauvages établies dans cette partie de notre hémifphere ait. été chercher un pays li éloigné. Elles n'avoient ni l'audace, ni 1'induftrie, ni la force qui pouvoient leur infpirer le defir & leur fournir les moyens d'exécuter un fi long voyage. Les Américains ne peuvent pas non plus être defeendus des nations plus civili. fées d'Afie & d'Afrique; & cela efl prouvé non - feulement par les obfervations que j'ai déjà faites fur l'ignorance oh ils étoient des arts les plus néceffaires , mais encore par une circonflance qui mérite d'être remarquée. Lorfqu'un. peuple a éprouvé une fois les avantages que procurent aux hommes en fociété les animaux domefliques, il ne peut plus ni fubfifler fans la nourriture qu'il en tire, ni continuer fes travaux fans leur fecours. Aufîi le premier foin des Efpa-gnols, lorfqu'ils s'établirent en Amérique, fut d'y porter tous les animauxdomefliquet; D L'A M E R I Q Ù E. «j. d'Europe; ' & fi avant eux les Tyriens, les Carthaginois, les Chinois,; ou quelqu'autre L,v- iy> peuple policé* avoit pris pofleflTion | de ce continent, nous y aurions trouvé les animaux particuliers aux régions d'où ils auroient été; apportés. Mais dans toute l'Amérique il n'y a pas un feul quadrupède , apprivoifé ou fauvage, qui appartienne proprement aux pays chauds , ou même aux climats plus tempérés de l'ancien continent. Le chameau, le dromadaire, le cheval, le bœuf, étoient auiîi inconnus en Amérique que le lion & l'éléphant. Il efl évident par-là que le peuple qui s'établit lé premier dans le monde occidental ne venoit pas des pays oh ces animaux abondent'; car des hommes accoutumés à en faire ufage auroient natu-Tellement regardé leur fecours non-feulement comme utile , mais encore comme néceffaire pour l'amélioration & même pour la confervation de la fociété civile. . 6°» En confidérant les animaux dont l'A- Les dm mériquceft pourvue, on peut conclure que p°3ln? le point de contact le plus voifin de l'an- ô,rç.piu» cien & du nouveau continent fe trouve vers l'un de l'extrémité feptentrionale de l'un & de Tau-tre, & que c'eft par - là que la communica- nord" ISêêÊÈ tion s'eft ouverte & qu'il s'eft établi uni «Liv. iv. correfpondance entre ces deux parties du1 globe. Les vaftes contrées d'Amérique, qutr font (ituées fous les tropiques ou qui en approchent, font remplies d'animaux indigènes de différentes efpeces, entièrement: différentes de celles qui fe trouvent dans les parties correfpondantes de l'ancien continent. Mais les provinces feptentrionales du nouveau monde font peuplées d'animaux fauvages, communs aux parties de notre hémifphere fituées fous les mêmes latitudes. L'ours , le loup , le renard , le lièvre , le daim, le chevreuil, l'élan, & plufieurs autres efpeces abondent dans les forêts de l'Amérique feptentrionale, ainfi que dans celles du nord de l'Europe & de l'Afie (i). Il paroît donc évident que les deux continents s'approchent l'un de l'autre par ce côté, & font unis ou fi voifins que ces animaux ont pu paffer de l'un à l'autre. Ceîa efl ' 70. Le voifinage actuel des deux contl-pe! neuts efl clairement prouvé p3r des décou-dt«couver-vertes modernes qui ont détruit la principale difficulté fur la manière dont s'efî peuplée l'Amérique. Tant que les vaftes régions CO M. de Huflbn, kifi. nat. tom. IX, p. 97, &c* DE VA M Binera qui s'étendent vers l'eft, depuis ja rjvjere d'Ob.y jufqu'à Ja mer de Kamtfchatka, ont été inconnues'ou imparfaitement décrites, l'extrémité nord - elt de notre hémifphere étoit fuppofée à une fi grande diitance du nouveau monde.,..qu'il .n'étoit pas aifé de concevoir comment il auroit pu s'établir une communication entre les deux continents. Mais les RufTes ayant fournis à leur domination la partie occidentale de la Sibérie,; acquirent par degrés la connoiiïance de cette vafte contrée , en pénétrant vers l'eft dans des provinces jufqu'alors inconnues. Elles furent découvertes par des chaffeurs qui fuivoient le gibier, oirpar des foidats employés à lever les impôts.; mais: la cour de Mofcou n'évàluoit l'importance des nouvelles provinces que par la petite addition de revenu qui en réfultoit. Enfin Pierre le Grand monta fur le trône de Rufile* Son génie valic & éclairé, occupé à faifir toutes les circon(tances qui pouvoient agrandir. fon empire ou illuitrer fon règne, apperçut dans ces découvertes des conféquences qui avoient échappé aux regards de fes ignorans. prédécefleurs. Jl fentit que les régions d'A-fie en s'étendaat vers l'eft, s'approchaient 161 H i s t o i à i —— dans la même proportion vers l'Amérique ; Ijv.iv. qU»on trouveroit probablement par lh cette communication entre les deux continens qu'on cherchoit depuis fi longrems en vain, & qu'en ouvrant lui-même cette communication, il pourroic faire couler dans fes domaines par un nouveau canal une partie du commerce & des richelTes du monde occidental* Un tel projet étoit digne d'un génie qui aimoit les grandes entreprifes. Pierre rédigea de fa propre main des inflruttions pour fuivre ce plan & donna des ordres pour le mettre en exécution (i). Ses fuccelleurs ont adopté fes idées & fuivi Ton projet; mais les officiers que la cour de Ruffie a employés à cette expédition, ont trouvé tant de difficultés à vaincre que leurs progrès ont été extrêmement lents. Quelques traditions obfcures confer-vées chez les peuples de Sibérie fur un voyage qui fe fit heureufement en 1Ô48 autour du promontoire nord - efl de l'Afie, encouragèrent les RufTes à fuivre la même route. Dans cette vue on équipa en diffé-rens tems des vaiffeaux fur les rivières de (0 Millier, Voyages & découvertes des Ru fes, tom. I, 5> M». de l'Amer i q u e. jq3 Lena & ce Kolyma ; mais dans un océan glacé , que la nature ne femble pas avoir deiliné à la navigation , ces vaiiTeaux éprouvèrent des dèfaftres multipliés & ne purent remplir l'objet qu'on s'étoit propofé. Aucun vaiifeau armé par la cour de Ruffie n'a jamais doublé ce cap formidable Çi), tout ce qu'on connoît de ces extrémités de l'Afie elt dû aux découvertes qui ont été faites dans des excurfions par terre. On trouve dans toutes ces provinces une opinion établie qu'il y a des contrées vaites & fertiles à une diftance peu confidérable de leurs côtes; les RuiTes imaginèrent que ces contrées faifotent partie dé l'Amérique; & plufieurs circonftances concouroient non-feulement à les confirmer dans cette opinion , mais encore à leur perfuader qu'une portion de ce continent ne pouvoit pas être très - éloignée. Des arbres de différentes efpeces, inconnues dans ces régions ftériles de l'Afie, font chartes fur la côte par un vent d'efl; le même vent y amené en peu de jours des glaces flottantes ; de grandes troupes d'oifeaux arrivent tous les ans du même côté ; enfin il s'eft confervé parmi (0 Voyez la NoTt XL, ■é—i les habitans la tradition d'un, commerce éta-' Liv, iy, bu anciennement avec des pays fitués à l'eft. Après avoir pefé toutes ces circonftances , & avoir comparé, la pofition des contrées d'Aile qu'ils avoient découvertes, avec celles des parties du nord-oucft de l'Amérique qui étoient déjà connues , la cour de Ruffie forma un plan qu'auroit difficilement ofé concevoir toute autre nation moins accoutumée à tenter des entreprifes difficiles & à lutter contre de grands obfta-cles. On donna ordre de conftruire deux vaiffeaux à Ochotz dans la mer de Kamt-fchatka, d'où, ils dévoient mettre à la voile pour aller faire des découvertes. Quoique: cette région inculte & ftérile ne produifît-lien qui pût fervir à la conftrudion de ces vaiffeaux, à l'exception de quelque bois de • melefe; quoique non-feulement le fer, les cordages, les voiles & tous les agrès néceffaires pour les épiquer, mais encore les provifions & les vivres dulTent être transportés à travers les immenfes déferts de la Sibérie, fur des rivières d'une navigation difficile & par des routes prefqu'impratica-bles, la volonté du fouverairr & la patience du peuple Ruiïe furmonterenc à la fin tous d e L'A m e R I (j De, les obftacles. On vint à bout de conftrui- — re les deux vaiffeaux, qui appareillèrent de '-^Tv. Kamtfchatka fous le commandement des ca- 4*ju£. pitaines Iieerings & Tfchirikow, pour aller reconnoîcre le nouveau monde par un côté oîi l'on n'en avoit jamais approché. Ils dirigèrent leur route vers l'eft ; une tempête fé-para bientôt les deux vaiffeaux qui ne purent plus fe rejoindre; mais, malgré cet accident & plufieurs autres défaftres qu'ils é-prouverent, les efpérances qu'on avoit conçues de cette expédition ne furent pas ab-folument fruftrées. Chacun des comman-dans découvrit une terre qui leur parut faire partie du continent d'Amérique, & qui fuivant leurs obfervations femble être fituée à quelques degrés au nord-oueft de la côte de la Californie. Les deux commandans firent auffi defeendre à terre quelques-uns de leurs gens; mais à l'un de ces débarquemens les habitans s'enfuirent à l'approche des Ruffes ; à l'autre ils enlcverenr ceux des Ruffes oui étoient defeendus & décruifirent leur chaloupe. La violence du tems & l'état déplorable oh fe trouvoit l'équipage obligèrent les deux capitaines à abandonner ces côtes inhofpitalier.es. En' revenant ils — touchèrent à différentes ifles qui forment Liv. iv. une chaîne de l'eft à l'oueft entre le pays qu'ils avoient découvert & la côte d'Me. Ils eurent quelque communication avec les naturels de ces ifles, qui leur parurent avoir beaucoup de relTemblance avec ceux de l'Amérique feptentrionale Us préfenterent aux Rutïes le calumet ou tuyau de paix, fymbo-le d'amitié, d'un ufage univerfel chez tous les habitans du nord de l'Amérique, & qui paroît être une inftitution particulière à ces peuples. \ Les ifles de ce nouvel archipel ont été fréquentées depuis par les chalTeurs Ruffes; mais la cour fembloit avoir abandonné fon premier plan de pourfuivre les découvertes de ce côté. Ce projet fut repris tout à coup en 1768, & le capitaine Krenitzin eut le commandement de deux petits vaiffeaux équipés pour cet objet. Il tint dans fon voyage à peu près la même route que les premiers navigateurs; il toucha aux mêmes ifles, ^iont il obferva avec plus de foin la fituation & les productions, & il en décou. vrit plufieurs nouvelles que les autres n'a-voient pas rencontrées. Il n'alla pas affez avant vers l'eft pour reconnaître le pays JJ E l'A M e p I qru e. -j^ queBecrings & Tfchirikow avoient ju^é fai. re partie du continent de l'Amérique mais **IV en revenant par une route beaucoup pius au nord que celle qu'ils avoient tenue, j] cor_ rigea quelques erreurs importantes où iis étoient tombés,et fon expédition fervira du moins à faciliter les progrès des navigateurs qui voudront le fuivre dans ces mers (i). La poflibilité d'une communication entre les deux concinens par cette partie du gio-be, n'elt plus fondée fur de fimples conjectures , mais fur des preuves incontefta-bles (2). II fe peut qu'une tribu ou quel' ques familles de Tartares errans , guidées par ce befoin d'activité particulier à ce peu. pie, aient palfé dans les ifles les plus voifi-nes; & quelque grofliere que fût leur manière de naviguer, elles ont pu en allant d'une ifle à une autre arriver enfin à la côte d'Amérique & commencer à peupler ce continent. La diftance des ifles Mariannes ou des Larrons à la terre d'Afïe Ja plus voifine eli encore plus confidérable que celle qui fe trouve entre la partie d'Amérique que les Mufles .ont découverte & la côte de Kamt- " (i) Voyez la Note XL1. (2) f'oy. V-Léc. &c. de Muller, tom /, fchatka. Cependant les habitans des ifles Mariannes font évidemment d'origine Afiati. que. Si malgré l'éloignement nous recon-noiflbns que ces ifles ont été peuplées par des émigrations de notre continent, la dif-tance feule n'elï pas une raifon pour nous empêcher d'attribuer à la même origine la population de l'Amérique. Il eft probable que les navigateurs qui vifiteront dans la fuite ces mers, découvriront, en rcmon» tant davantage vers le nord, que le continent de l'Amérique eft encore plus près de TA fie. Les habitans encore barbares du pays fitué autour du cap nord-eft de l'Afie, prétendent qu'il y a à la hauteur de leur côte une petite ifle où ils peuvent arriver en moins d'un jour, & que de-là on découvre un grand continent qui félon leur récit eft couvert de forêts & occupé pa»- un peuple dont ils n'entendent pas la langue (l). Us reçoivent de ce peuple des peaux de marte, animal inconnu dans les parties feptentrio-nales de la Sibérie & qui ne fe trouve que dans les pays où il y a beaucoup d'arbres. Si nous pouvions ajouter foi à ce récit, il fau- CO Voy. & Jéc. &c. de Mullcr, toîâëi ; \T d e l'A li e r i q ue. icq faudrait en conclure que le continent d'Amé- n rique n'eft féparé du nôtre que par un ca- Liv* nal étroit; & alors toutes les.difficultés fur leur communication s'évanouiroient. Peut- . être que le mérite de décider cette queflion i cil réfervé à la Souveraine qui efl affile fur le trône de Ruffie & qui, en perfectionnant le plan de Pierre le Grand, ajoutera un jour ce brillant fuccès à ceux qui illuflrent déjà fon regne. II efl évident aufîi d'après des découver- Com . . „ _ cicatic tes récentes, qu une communication entre prir|e notre continent & l'Amérique a pu s'établir ou^'} avec une égale facilité par l'extrémité nord- 8jQ oueft de l'Europe. Dès le neuvième flecle, les Norvégiens découvrirent le Groenland & y plantèrent des colonies; cette communication , après avoir été longtems interrompue , s'efl rcnouvellée dans le flecle dernier. Quelques miffionnaires Luthériens & Moraves , animes par un zele ardent pour la propagation de la foi chrétienne, n'ont pas craint de s'établir dans cette région inculte & glacée (i) C'cfl à eux qu'on doit beaucoup de détails curieux fur la nature du pays & fur les habitans. Us nous ont CO Cramz, hijhire du GfptnJaridi tom, I, Tome II. II f —appris que la côte nord-oueft du Groen-Liv,iv'land efl féparée de l'Amérique par un détroit très • refferré ; qu'au fond de la baie où aboutit ce détroit il efl très - probable que les deux continens font unis (i); que les habitans de l'un & de l'autre ont des relations entr'eux ; que les Eskimaux d'Amérique reiïemblent parfaitement aux Groen-landois pour la figure, le vêtement & la manière de vivre ; que des matelots qui avoient appris quelques mots Groenlandois avoient rapporté que ces mêmes mots é-toient entendus par les Eskimaux ; enfin trû*. qu'un mifïionnaire Morave, très - verfé dans la langue du Groenland , ayant vifité le pays des Eskimaux, découvrit à fon grand étonnement qu'ils parloient la même langue que les Groenlandois , que c'étoit h tous égards le même peuple , & ;qu'en confé* quence il en fut reçu & traité comme un ami & un frère (2). Ces faits déciiifs établiffent non - feulement la confanguinité des Eskimaux & des Groenlandois; ils démontrent encore la pof-fibilite que l'Amérique ait été peuplée par (1) Egg^de, h'fîoire du Groenland, p. 2,3. Ç2) Crantz, hifloire du Groenland, p. 2,61, 262. T) E L'A M E R I Q u E. 7yj le nord de l'Europe. Si les Norvégiens, dans ' 1 un flecle barba*e oh la feience n'avoit pas LiV*iv» encore commencé à éclairer de fes rayons le nord de notre hémil'phere , ont été cependant affez bons navigateurs pour s'ouvrir une communication avec le Groenland, il ne feroit pas étonnant que leurs ancêtres, auili accoutumés à errer dans les mers que les Tartares le font à errer par terre, euf-fent à une époque plus reculée exécuté le même voyage & lai (Té au Groenland une colonie dont les defeendans ont pu dans la fuite des tems pafler en Amérique. Mais fi, au lieu de fe hafarder à voguer directement de leur côté au GroenlanJ, nous fuppofons que les Norvégiens ont fuivi une route moins hardie , en s'avançant de Shetland aux ifles Féroé de de-Ià en Iflande, & qu'ils ont établi des colonies en ces différentes ifles, leurs progrès peuvent avoir été tellement gradués que cette navigation n'au-roit été ni plus longue ni plus périllcufe que tant de voyages exécutés dans tous les tems par ce peuple robufte & entreprenant. L'Ame* 8°. Quoiqu'il luit poifible que l'Auieri-,'! Llé que ait reçu de notre hémifphere fes prc-^tm'pa-inicrs habitans, foie par le nord-oueft de!. .'. \ 11 2 ._. l'Europe, foit par le nord-efl: de l'Afie, Liv. iv.; il y a de bonnes raifons pour fuppofer que les ancêtres de toutes les nations Américaines , depuis le cap Horn jufqu'aux'extrémités méridionales de Labrador , font Venus d'Afie plutôt que d'Europe. Les Eskimaux font les feuls peuples d'Amérique qui par la figure & par le caractère aient quelque reiTemblance avec les Européens-C'cft évidemment une efpcce d'hommes particulière, diftinguée de toutes les nations de ce continent par le langage , les mœurs & la manière de vivre. On peut donc être autorifé à faire remonter leur origine à la fource que j'ai indiquée. Mais il y a parmi tous les autres peuples d'Amérique une ref-femblance fi frappante & dans leur confii-tution phyfique & dans leurs qualités morales , que malgré les différences produites par l'influence du climat ou par l'inégalité de leurs progrès dans la civilifation, nous devons les regarder comme defeendus d'une même foudre. Il peut y avoir de la variété dans les teintes, mais on retrouve partout la même couleur primitive. Chaque tribu a quelque caractère particulier qui la distingue i mais dans toutes .on recennoît D e L'A M E R I Q O e, j-rg certains traies communs à la race entière. Ce il une chofe remarquable que dans tou-tes les particularités, foit phyfiques, foit morales, qui caractérifent les Américains, on leur trouve de la reflembîance avec les tribus barbares difperfées au nord «efl de l'Afie, mais prefqu'aucune avec les nations établies au nord de l'Europe. On peut donc remonter à leur première origine, & conclure que leurs ancêtres Afiatiques, s'étant établis dans les parties de l'Amérique ou les Ruffes ont découvert le voifinage des deux: continens, fe font enfuite répandus par degrés dans ces différentes régions. Cette idée du progrès de la population en Amérique s'accorde avec les traditions que les Mexicains avoient fur leur propre origine, & qui tout imparfaites qu'elles étoient, a-voient été confervées avec plus de foin oc méritoient plus de confiance que celles d'aucun peuple du nouveau monde. Les Mexicains prétendoient que leurs ancêtres étoient venus d'un pays éloigné, fitué au nord - efl de leur empire. Ils indiquoient les différens endroits où ces étrangers s'étoient arrêtés en avançant fuc:efiivement dans les provint ces intérieures, & c'eft précifémonc la taé» h 3 me route qu'ils ont dû fuivre en fuppofar.t Liv. iv. qU»ils vjniTent d'Afie. La defcription que les Mexicains faifoient de la figure , des mœurs , de la manière de vivre de leurs ancêtres à cette époque,eft une peinture fi. dele des tribus fauvages de Tartares, dont je fuppofe qu'ils font defcendus. Je terminerai ici cette difcuffion fur un •point auquel on a attaché tanc d'importance qu'il auroit été peu convenable de l'omettre en écrivant l'hiftoire de l'Amérique. • J'ai ofé examiner la queftion , mais fans prétendre l'avoir décidée. Content d'offrir des conjectures , je ne veux établir aucun fyftêf.ie. Lorfqu'unc recherche eft par fa nature trop obfeure & trop compliquée pour qu'il foit poffible d'arriver à des con-féquences certaines, il peut y avoir quelque mérite à indiquer du moins celles qui font probables (i). Etat & cft Plus intéreffant d'examiner l'état & de? Amé-le caraftere des peuples d'Amérique, à l'é-ricains. poque ou ils ont été connus des Européens CO AcofU, hift. nat. & mor. ub. VU, c. 2, &c. Garcia, Origen. de los Indios, lib. Vy c. 3. Torquemada, Monor. Ind. lib. 1, c. 2 , &c. Boturini Benaduci, idta ie una hift. deVAm. fept. §. XFIFl, p. 127. de l'A m e r i q u e» i qu'a celle de leur origine. celle-ci un pareil examen n'efl: qu'un objet de curiofi- Liv. té ; mais à l'autre époque il peut donner lieu aux recherches les plus importantes & les plus inftruélives qui foient dignes d'oc, cuper le philofophe ou l'hiftorien. Si i'on veut completter l'hiftoire de l'efprit humain & parvenir à une parfaite conno d'ance de fa nature & de fes procédés, il faut contempler l'homme dans toutes les ficuations diverfesoh la nature l'a placé; il faut fuivre fes progrès dans les différons états de fo* ciabilité par oh il patte, en avançant par degrés de l'enfance de la vie civile vers la maturité & le déclin de l'état focial. Il faut examiner à chaque période com.'.vjnt les puiffances de fon entendement fe ùéve-loppent, obferver les efforts de lès facultés actives, épier les mouvemens de fes affections à mefure qu'elles naiifent dans fon ame , voir le but oh elles tendent & la force avec laquelle elles s'exercent. Les anciens philofophes & hiftoriens de la Grèce & de Rome, qui font nos guides dans cette recherche, comme dans toutes les autres , n'avoient que des vues bornées fur ce fujet, parce qu'ils n'avoient eu prefqu'au-H 4 «— cun moyen d'obferver l'homme dans l'état Liv. iv. de vie fauvage. La fociété civile avoit déjà fait de grands progrès dans toutes les régions de la terre qu'ils connoiflbient, & les nations qui exiftoicnt, avoient déjà achevé une grande partie de leur carrière avant qu'ils euiTent commencé à les obiervcr. Les Scy. thes & les Germains font les peuples les moins avancés dans la civilifation, fur lef-quels les anciens auteurs nous aient tranf-mis quelque détail authentique ; mnis ces mêmes peuples polTédoient déjà des troupeaux & des befliaux, ils connoiflbient des propriétés de différentes efpeces, & lorfqu'on les compare avec les hommes qui font encore dans l'état fauvage , on peut les regarder comme déjà parvenus à un grand degré de civilifation. Moins La découverte du nouveau monde, a ag-qu'àîicun grandi la fphere des fpéculations & a of- pïdeP ■> t mutions ne font pas encore civihfés: pour découvrir exactes, fous cette forme grofliere leur véritable caractère & pour recueillir les traits qui les diftinguent , il faut dans l'obfervateur autant d'impartialité que de fagacité ; car dans les différens degrés de fociabilité, les facultés, les fentimens & les defîrs de l'homme font tellement appropriés à fa fi-tuation qu'ils deviennent pour lui la règle de tous fes jugemens. Il attache l'idée de perfection & de bonheur aux qualités fem-blables à celles qu'il poffede, & partout oit il ne trouve pas les objets de plaifîr & de jouiflance auxquels il eft accoutumé, il prononce hardiment que le peuple qui en eft privé, doit être barbare & miférable. De - là le mépris mutuel que conçoivent les uns pour les autres les membres des petites fociétés oh la civilifation n'a pas fait encore les mêmes progrès. Les nations polies, qui fentent tous les avantages que leur donnent les lumières & les msr font portées à regarder avec d£~ H G j dain les peuples fauvages; & dans l'orgueil Llv,1V' de leur fupériorité, à peine conviendront-elles que les occupations, les idées & les plaifirs de ces peuples foient dignes de l'homme. Ces nations groiTieres & fauvages ont rarement été obfervées par des personnes douées de cette force d'efprit fupé-lieure aux préjugés vulgaires & capables de juger l'homme, fous quelqu'afpecr, qu'il fe préfente, avec candeur & avec difeer-nement. incapa- Les Efpagnols qui entrèrent les premiers cké des en Amérique & eurent occafîon de connoî- premiers J obrerva- tre les difrerentes peuplades avant qu'elles t-jurs. fup;erit fubjuguées, difperfées ou détruites, étoient bien loin de poiTéder les qualités néceffaires pour bien obferver le fpectaclc intéreiTant quis'offroit à leurs yeux. Ni le fiecle oîi ils vivoient, ni la nation à laquelle ils appartenoient, n'avoient fait encore aifez de progrès dans les connoilTan-ces folides pour qu'ils eulTent des idées grandes & étendues. Les conquérans du nouveau monde étoient pour la plupart des aventuriers ignorans ou dépourvus de toutes les idées qui auroient pu les conduire à bien obferver des objets û djfférens de D E L'A MERIQUE, IgI ceux auxquels ils étoient accoutumés. Con- as tinuellement environnés de périls & luttant Llv contre les difficultés, ils avoient peu de loifir & moins encore de capacité pour fe livrer à des recherches de fpéculation. Impatiens de s'emparer d'un pays fi opulent & fi vafte, & trop heureux de le trouver habité par des peuples fi peu en état de le défendre, ils fe hâtèrent de les traiter comme une miférable efpece d'hommes, propres uniquement à la fervitude, & s'occupèrent plus à calculer les profits qu'ils pou* voient retirer du travail des Américains , qu'à obferver le caractère de leur efprit, ou à chercher les caufes de leurs inftitutions & de leurs ufages. Ceux des Efpagnols qui pénétrèrent enfuite dans les provinces intérieures que les premiers conquérans n'avoient pu encore ni connoître ni dévafter, y portèrent, en général, le même efprit & le môme caractère; audacieux & braves au plus haut degré, ils étoient trop peu instruits pour être en état d'obferver & de décrire ce qu'ils voyoient. Ce n'eft pas feulement l'incapacité des Leii Efpagocds , ce font encore leurs préjugéspr^" qui ont rendu fi défectueufes les notion* H? é qu'ils nous ont laiiTées fur l'état des natu-Liv. iv. reis de l'Amérique. Peu de tems après qu'ils eurent établi des colonies dans leur nouvelle conquête, il s'éleva parmi eux des difputes fur la manière dont on devoit traiter les Indiens. Un des partis intéreilés à rendre perpétuelle la fervitude de ce peuple, le préfentoit comme une race ftupide & obflinée, incapable d'acquérir des idées religieufes & d'être formée aux occupations de la vie fociale. L'autre parti, plein d'un zele pieux pour la converOon des Indiens, affirmoit que , malgré leur ignorance & leur fimplicité, ils étoient doux, affectionnés , dociles, & que par des inftruâions ôc des réglemens convenables , il feroit aifé d'en faire de bons chrétiens & des citoyens utiles. Cette controverfe fut foutenue, comme je l'ai déjà dit, avec toute la chaleur qu'on doit naturellement attendre, lorfque des vues d'intérêt d'un côté, & le zele religieux de l'autre, animent les difputans. La plupart des laïques embrafferent la première opinion ; tous les eccléfiaftiques fé-culiers furent les défenfeurs de l'autre; & nous voyons conflamment que félon qu'un auteur tenoit à Pua de ces deux partis „ il D E h'A MER I QUE, jgg étoit porté à exagérer les vertus ou les dé» mmmm fauts des Américains fort au-delà de la vé- Llv.iv. rite. Ces récits oppofés augmentent la difficulté de parvenir à une connoiffance parfaite du caractère de ce peuple, & mettent dans la néceffité de lire avec défiance toutes les relations qu'en ont données les écrivains Efpagnols , & à n'adopter leurs témoignages qu'avec des modifications. Jl s'étoit écoulé près de deux fiecles de- syflêmes puis la découverte de l'Amérique , avant foph£,a" que les mœurs de fes habitans euffent attiré férieufement l'attention des philofophes. Ils s'apperçurent enfin que la connoilTance de l'état & du caraftere de ce peuple pouvoit leur offrir un moyen de remplir un vuide corûdérable dans l'hiftoire de l'efpe-ce humaine, & les conduire à des fpécuîa-tions non moins curieufes qu'importantes. Ils entrèrent avec ardeur dans cette nouvelle carrière d'obfervation ; mais, au lieu de répandre la lumière fur ce fujet, ils ont contribué à quelques égards à l'envelopper d'une nouvelle obfcurité. Trop impatiens dans leurs fpéculations , ils fe font hâtés de décider, & ont commencé à bâtir des fyftêmes % lorfqu'ils auroient dû. chercher 284 H i s t o i il e des faits fur léfquels ils puffent en pofcr les fondemens. Frappés d'une apparence de dégradation de l'efpece humaine dans l'étendue du nouveau monde, & étonnés de voir un vafte continent occupé par une race d'hommes nuds, foiblcs & ignorans, quelques auteurs célèbres ont foutenu que cette partie du globe étoit reliée plus longtems couverte des eaux de la mer que l'autre continent, & n'étoit devenue que depuis peu propre à être habitée par l'homme ; que tout y portoit les marques d'une origine récente; que fes habitans* nouvellement appelles à l'exiftence & encore au commencement de leur carrière , ne pouvoient être comparés aux habitans d'une terre plus an-cienne & déjà perfectionnée (i). D'autres ont imaginé que dominés par l'influence d'un climat peu favorable qui arrête & énerve le principe de la vie , l'homme n'avoit jamais pu atteindre en Amérique au degré de perfection dont fa nature eft fufeep-tible, & qu'il y étoit refté un animal d'une claffc inférieure, dépourvu de force dans fa conflitution phyfique, ainfi que de fenfi- CO M. de Bufibn , hift. nat. tom* M, p. 494; tom de l'Amérique, xg5 bilité & de vigueur dans fes facultés mora- ^ les (i). D'autres philofophes , oppofés à ^lv-ceux • là , ont prétendu que l'homme arri-voit au plus haut degré de dignité & d'excellence dont il foit fufceptible , longtems avant que de parvenir à un état de civilifation, & que dans la (implicite grofiiere de la vie fauvage, il déployoit une élévation d'aine, un fentiment d'indépendance & une chaleur d'affection, qu'on chercheroit vainement parmi les membres -des fociétés policées (2). Ils paroid'ent croire que l'état de l'homme efl: d'autant plus parfait, qu'il eft moins civilifé. Ils décrivent les mœurs des fauvages de l'Amérique avec l'enthou-fiafme de l'admiration, comme s'ils vouloient les propofer pour modèles au relie de l'ef-pece humaine. Ces théories contradictoires ont été avancées avec une égale confiance, & l'on a vu le génie & l'éloquence déployer toutes leurs refîburces pour les revêtir d'une apparence de vérité. Comme toutes ces circonftances concourent à embrouiller & obfcurcir toutes les recherches fur l'état des nations fauvages de (O M. àz raw, recherches phUof. fur les SmJric. (2) M. Tv-ooUtau, —— l'Amérique, il efl nécelTaire d'y procéder j.iv. iv. avec beaucoup de circonlpection. Lorfque nous fommes guidés dans ce travail par les obfervations éclairées du petit nombre de philolophes qui ont parcouru cette partie du globe, nous pouvons hafar-der de porter un jugement ; mais lorfque nous n'avons pour gâtants que les remarques fuperficielles des voyageurs vulgaires, de marins, de commerçons , de boucaniers & de millionnaires, il faut foutent héiiter, & en comparant des faits épars, tâcher de découvrir ce qu'ils n'ont pas eu la fagacité d'obferver. Sans fe livrer aux conjectures, fans montrer de penchant pour aucun fyftê-me, il faut mettre une égale attention à éviter les excès ou d'une admiration extravagante ou d'un mépris dédaigneux pour ces moeurs que nous allons décrire. Méthode ^e Proc^^er dans" cette recherche obfervee avec la plus grande exactitude, il faudroit xecîiache. la Amplifier autant qu'il eft pofïible. L'homme exiftoit comme individu avant de devenir membre d'une fociété. Il faut donc con* noître les qualités qui lui appartiennent fous Ce premier rapport, avant que d'examiner celles qui réfultent du fécond. Ce procédé X>E L'A M E R I QUE. 187 eft particulièrement indifpenfable pour étudier les mœurs des peuples fauvages. Leur union politique eft II imparfaite; leurs inftitutions & leurs réglemens civils font en fi petit nombre, fi fimples, revêtus d'une autorité fi foibie, qu'on doit plutôt regarder ces peuples comme des êtres indépendans que comme des membres d'une fociété régulière. Le caradtere d'un fauvage réfulte prefqu'entiérement de fes idées & de fes fcntimens comme individu; il n'eft que foi-blement modifié par l'autorité imparfaite de la police & de la force publique. Je fuivrai cet ordre naturel dans mes recherches fur les mœurs des Américains , en procédant par degrés du plus fimple au plus compofé. Je confidérerai, I. la conftkution phyil-que des Américains dans les pays dont il eft queftion ; II. leurs facultés intellectuelles; III. leur état domeftique; IV. leurs inftitutions & leur état politique; V. leur fyf-têmc de guerre & de fureté publique ; VI. les arts qu'ils pratiquoient ; VII. leurs idées & leurs inftitutions religieufes ; VIII. les coutumes particulières & ifolées qui ne peuvent fe ranger fous aucun de ces chapitres divers. Je terminerai le tout par une appré- mamm dation & une balance générale de leurs ver-Liv. îv. tus ^ je ]eurs défauts. Conftitu- I. Confcitution phyfique des Américains. Le (iquVdes Corps humain eft moins affecté par le climat «£" clue celui d'aucune autre efpece animale. Quelques animaux font bornés à une région particulière du globe & ne peuvent exifter au-delà : d'autres peuvent bien fupporter les intempéries d'un climat qui leur eft étranger ; mais ils ceiïent de multiplier dès qu'ils font tranfportés hors de cette partie du globe que la nature leur avoit affignée pour demeure. Ceux-même qui peuvent fe natu-ralifer dans des climats différens éprouvent les effets de toute tranfplantation hors de leur pays natal, & dégénèrent par degrés de la vigueur & de la perfection dont leur efpece eft fufceptible. L'homme eft la feule créature vivante dont l'organifation foit à la fois affez robufte & affez flexible pour lui permettre de fe répandre fur toute la terre, d'habiter toutes les régions, de propager & de multiplier fous tous les climats. Soumis néanmoins à la loi générale de la nature, le corps humain n'eft pas abfolument infenfiblc à l'influence du climat, & lorf. qu'il eft expofé aux excès de la chaleur ci de l'Amérique, l8o du froid, il diminue de grandeur & de fore * «™^î La première vue des habicans du nouveau L"-lv-monde infpira à ceux qui les découvrirent tehuTieur une telle furprife, qu'ils crurent voir une&f ' race d'hommes différente de celle qui peu-ploit l'ancien hémifphere. Leur teint elt d'un brun rougeâtre, reffemblant à peu près à la couleur du cuivre (i). Leurs cheveux font noirs, longs, gtolTiers & foibles. Ils n'ont point de barbe & toutes les parties de leurs corps font parfaitement unies. Ils ont la taille haute, très-droite & bien proportionnée ("2). Leurs traits font réguliers, quoique fouvent déformes par les efforts abfurdes qu'ils font pour augmenter la beauté de leur forme naturelle, ou pour rendre leur afpect plus redoutable à leurs ennemis. Dans les ifles oh les quadrupèdes étoient petits & peu nombreux, & oh la terre produisit prefque d'elle-même, la conftitu-tïon phyfique des naturels n'étant fortifiée ni par l'exercice actif delà chaffe , ni pat lè travail de la culture, étoit extrêmement foible & délicate; fur le continent oh les foiéts abondent en gibier de toute cfpccc , jjv-------aa-_i-1----,-1 . (i) Ovicdo , Sow/iano p- 4<ï- D. Hc de Colomb, chap. 24. (2j Wvjcz ia.NaTu XL1I. & oh la principale occupation de plufieurs peuplades étoit de le pour fuivre à la chatte, le corps des naturels avoit acquis plus de vigueur. Cependant les Américains étoient toujours plus diflingués par l'agilité que par la force ; ils relTembloient plus aux animaux de proie qu'à des animaux deftinôs au travail (i). Non-feulement ils avoient de l'averfion pour la fatigue; ils étoient même incapables de la fupporter, & lorfqu'on les arracha par la violence à leur indolence na. turelle & qu'on les força de travailler , ils fuccomberent à la fatigue de travaux que les habitans de l'ancien continent auroient exécutés avec facilité (2). Cette foiblelTe de conftitution, qui étoit univerfelle parmi les peuples qui occupoient les régions de l'Amérique dont nous parlons, peut être regardée comme une marque caraefériftique de cette efpece d'hommes ("3). Le défaut de barbe & la peau unie de l'Américain femblent /indiquer un genre de CO Voyez la Note XLlIf. Ca j Oviedo, foui. fi. 51. Voy. de Corréal II, 138. Wa-fer's defcript'wfi, p. 131. (3) B. Las Cafas , brty. relac. p. 4. Torquem. MonarÀ, 580. Oviedo .Sow/o, p. 41 : [Iiftor. lib. 111, c. 6. Her-lera, decad. l, lib. 1K3 c. 5. Simon,p. 41, de l'Amérique. foiblefle , occaConné par quelques vices dans fa conftitution» Il eft dépourvu d'un Llv" figne de virilité & de force. Cette particularité qui diftingue les habitans du nouveau monde d'avec toutes les autres nations, ne peut être attribuée, comme l'ont cru quelques voyageurs, à leur manière de fe nourrir (i). Quoique les alimens de la plupart des Américains foient extrêmement infipi-des, parce qu'ils ne connoifTent point l'ufa-ge du fel, on voit en d'autres parties de la terre des peuplades fauvages qui vivent d'a-limens également fimples, fans avoir cette marque de dégradation ni aucun fymptôme apparent d'une diminution de force. Comme la forme extérieure des Américains nous porte à croire qu'il y a dans la conftitution de leur corps quelques principes naturels de foibleffe , la petite quantité de nourriture qu'ils prennent, a été citée par plufieurs auteurs comme une confirmation de cette idée. La quantité d'alimens que les peuples confomment, varie félon la température du climat ou ils vivent, le degré d'c.ctivité qu'ils exercent & la vigueur naturelle de leur conftitution phy'que. Sous CO Cbadevolx, h%- u la Ttomvllt France, II/, 310, la chaleur accablante de la zone torrïde, oh les hommes pafient leurs jours dans l'indolence & le repos, il leur faut moins de nourriture qu'aux habitans actifs des pays froids ou tempérés. Mais le défaut d'appétit, fi remarquable chez les Américains, ne peut s'expliquer ni par la chaleur de leur ' climat ni par leur extrême indolence. Les Efpagnols témoignèrent leur étonnement en obfervant cette particularité non-feulement dans les ifles, mais même en différentes parties du continent. La tempérance naturelle de ces peuples leur parut furpafler de beaucoup l'abflinence des hermites les plus auf-teres (i); tandis que d'un autre côté l'appétit des Efpagnols parut aux Américains d'une voracité infatiable: ceux-ci difoient qu'un Efpagnol dévoroit en un jour plus d'aliment qu'il n'en auroit fallu pour dix Américains (2). Une preuve encore plus frappante de la foibleffe naturelle des Américains efl le peu de fenfibilité qu'ils montrent pour les charmes de la beauté & pour les (ij Ramufio III,304,F. ?,c6. A. Simon, cc-tiquifta}&c, p. «9. Hatâiiyt III, 468 , 508. (jt) Herrera, decaa\ 1, lib, II. c. 16. D E L'A MERIQdt 193 les plaifirs de l'amour. Certe pafîion defti-Dee à perpétuer la vie, à être le lien de l'union fociale & une fource de tendrefle & -de bonheur, efl la plus ardente de toutes celles qui enflamment le cœur humain. Quoique les peines & les dangers qui tiennent à l'état fauvage; quoiqu'en quelques oecaflons l'exceflive fatigue & dans tous les tems la difficulté de fe procurer la fubfiftan-ce, puiffent paroître contraires à cette paf-fion & concourir à en diminuer l'énergie; cependant les nations les plus fauvages des autres parties du globe femblent éprouver fon influence d'une manière plus puifîante que les habitans du nouveau monde. Le Nègre brûle de toute l'ardeur des deGrs qui eft naturelle au climat ou il vit, & les peuples les plus groffiers de l'Afie montrent également un degré de fenfibilité proportionnée à leur pofition fur le globe. Mais les Américains font à un degré étonnant infenfibles à la puiffance de ce premier infb'nct de la nature. Dans toutes les parties du nouveau monde les femmes font traitées par les naturels avec froideur & indifférence: elles ne font pas l'objet de cette affection tendre qui fe forme dans les fociétes civilifées & To:ne //. I —■ n'infpirent point ces defirs ardcns, natM-cls .Liv. iv. aux nations encore groifieres. Môme dans les climats oh cette pafllon acquiert d'ordinaire fa plus grande énergie, le, fauvagc de l'Amérique regarde fa compagne avec dédain, comme un animal d'une efpece inférieure à lui. 11 ne s'occupe point à gngner fon affection :par des foins affidus, & s'embarralfe encore moins de la confier ver par la com-«plaifance & la douceur (i). Les Millionnaires eux-mêmes, malgré l'auftérité des idées monaftiques, n'ont pu s'empêcher de témoigner leur étonnement de la froide indifférence que les jeunes Américains montrent dans leur commerce avec l'autre fexe (2}; & il ne faut attribuer cette ré-Lrve à aucune opinion particulière , qui .leur faffe attacher quelque mérite à la chaf-teté des femmes; c'eft une idée trop rafi-.nde pour un fauvage, & qui tient à une dé- l ' CO Ilcnncpin, Mœurs des Satiyaget, p. 3-, &c. Rocbe- .foit, Hift. tics ifles Antilles, p. 461. Voyage «feCoflial II, 141. Ramulio, III, 309. F. Lozano, Description aclGran Chaco, 71. Falkner's , Defcription of Pctagon.p. 125. Lettere _d\ 1». Cataneo, op. Muratoii II, Chrifîian. Fcliu I, 305. C2> Cliai.valonp. 51, Leur. ddif. com. 34,31 n. Dd Tertre, . Il .,537.' Venegasl, ai. Ribas, JJifi,.de îos triuntf. p, & de l'A mer. i q d e. Tp^ licatede de fentimcrit & d'affection qui lui efl: étrangère. Liv.iv. Dans les recherches qu'on fait fur les fa- Réflexion cultes phyfiques ou intellectuelles des races particulières d'hommes, il n'y a point d'erreur pius commune & plus féduifante que celle d'attribuer à un feul principe des Singularités caractéristiques qui font l'effet de l'action combinée de plufieurs caufes. Le climat & le fol d'Amérique différent à tant d'égards de ceux de l'autre hémifphere , & cette différence efl fi fenfible & fi frappante que des philofophes diftingués ont trouvé cette circonflance fuffifante pour expliquer ce qu'il y a de particulier dans la con* ititution des Américains. Ils attribuent tout aux caufes phyfiques & regardent la foiblef-fe de corps & la froideur d'ame des Américains comme des conféquences de la température de cette portion du globe qu'ils habitent. Cependant l'influence des caufes morales apolitiques méritoît quelqu'attention» car elles opèrent avec autant de force que celles par lefquclles on a cru pouvoir expliquer entièrement les phénomènes finguliers dont on a parlé. Partout oh l'état de focié* té elt tel qu'il en ré fuite des befoins & des 1 1 defirs qui ne peuvent être fatisfaits que par des efforts réguliers de l'indufl'rie, le corps accoutumé au travail devient robufie & s'endurcit à la fatigue. Dans un état plus Ample, oh les defirs des hommes font fi modérés «Se en fi petit nombre qu'on peut les fa-tisfaire prefque fans nul travail avec les productions fpontanées de la nature, les facultés du corps n'étant pas mifes en exercice ne peuvent acquérir la force dont elles font fufceptibles. Les habitans des deux régions tempérées du nouveau monde, le Chili & l'Amérique feptentrionale, vivent de la chaffe & peuvent être regardés comme Une race d'hommes actifs & vigoureux, fi on les compare aux habitans des ifles ou des parties du continent oh un léger travail fuf-fit pour fe procurer fa fubfiftance. Les occupations du chaffeur ne font cependant ni aufîi régulières ni aufîi continues que celles des hommes employés à la culture de la terre ou aux différens arts de la fociété ci-vilifée; il peut les furpaffer en agilité, mais il leur efl inférieur en force. Si l'on don-noit une autre directiou aux facultés actives de l'homme dans le nouveau monde, & que fa vigueur fût augmentée par l'exercice, il D E L*A M E 11 I QH E. 107 pourroit acquérir .un degré de force qu'il ne poiTedc point dans fon état actuel. C'eft une vérité confirmée par l'expérience. Partout ou les Américains fe font accoutumés par degrés à un travail pénible, ils font devenus robuftes de corps & capables d'exécuter des chofes qui paroiffent non-feulement lurpaiTer les forces d'une conftitution auffi foible que celle qu'on fuppofoit particulière à leur climat, mais même égaler tout ce qu'on pourroit attendre des naturels de l'Afrique ou de l'Europe Çi). Le même raifonnement peut s'appliquer à ce qui a déjà été obfervé fur le peu de nourriture dont ils ont befoin. Pour prouver que cela doit être attribué à leur extrême indolence & fouvent même à une inaction totale, autant qu'à aucune circonftan-ce relative à la conftitution phyfique de leur corps, on a remarqué que dans les cantons où. les naturels d'Amérique font obligés de faire quelques efforts extraordinaires d'activité, afin de fe procurer leur fubfiftance, & partout 011 ils font occupés à des travaux pénibles, leur appétit n'eft pas inférieur à celui des autres hommes ; & en (1) Voyez la Note XLIV. 13 quelques endroits ils ont même paru à quel-ques obfervateurs d'une voracité remarquable co. L'action des caufes politiques & morales s'exerce d'une manière encore plus frappante en modifiant le degré d'affection qui unit les deux fexes. Dans un état de civilifation très-avancé, cette pafiion, enflammée par la contrainte, rafinée par la délicatelTe des fentimens, encouragée par la mode, occupe & embrafe le cœur tout entier. Ce n'eft plus un fimple inftinct de nature ; le fenti-ment ajcute à l'ardeur des defirs & l'ame fe fent agitée & pénétrée des plus tendres émotions dont elle foit fufceptible. Cette peinture ne peut cependant convenir qu'aux hommes qui par leur fituation font exempts des foins & des travaux de la vie. Parmi ceux des claffes inférieures, condamnés par leur état à un travail continuel, l'empire de cette paflion a moins de violence : occupés fans relâche à fe procurer leur fubfiftance & à pourvoir au premier befoin de la nature, ils ont peu de loifir pour fe livrer aux im-preffions d'un befoin fecondaire. Mais fi la (i) Gmnilla II, 12-70-237. Latkaul, 515. Ovaiie Ctaurch* 111, 81. Muratori 1, 295. d e l'A M e u i:q ù e. 190 nature des rapports établis entre les deux mmmm fexcs varie il fore dans, les rangs, diiférens L»v- »v. des fociétés policées, l'état de l'homme , lorfqu'il n'eft pas encore, civilifé , doit pro. duire des variations encore plus fenfiblest Au milieu des fatigues, des dangers &de la Simplicité de la vie fauvage, oh lafubfiftan> ce eft toujours précaire & fouvent mfuf&> fante, oh les hommes font prefque continuellement occupés à pourfuivre leurs ennemis ou à fe garantir contre leurs attaques, eh enfin les femmes ne connoiffent encore ni l'art de la parure, ni les féductions de la réferve même, il eft aifé de concevoir que les Américains ont pu n'être que faiblement attirés vers l'autre 2'exe , fans être obligé d'imputer cette indifférence uniquement a une imperfection ou à une dégradation physique dans leur organifation.....u On obferve en conféquence que dans les parties de l'Amérique oh la fertilité du fol, la douceur ducîimat, les progrès que 'A&k naturels ont fiits dans la civilifation , ont rendu les moyens de fubfiftancc plus abondons «5c ont adouci les peines attachées à la vie fauvage, l'inftinct animal des deux fexcs eft devenu plus ardent. On en trouve d -s «r—*■ exemples frappans dans quelques tribus éta-Liv. iv. j^xies fur les bords des grandes rivières, ou abondent les fubfiflances , & parmi d'autres peuplades qui polTede.it des terreins où l'abondance du gibier leur fournit fans beaucoup de peine un moyen confiant & aiTuré de fe nourrir. Ce furcroît de fécurité & d'abondance produit fon effet naturel. Par-là les fentimens que la main de la nature a gravés au cœur de l'homme acquièrent une nouvelle force ; il fe forme de nouveaux goûts & de nouveaux defirs,; les femmes , plus aimées & plus recherchées, apportent plus d'attention à leur maintien & à leur parure, & les hommes commençans à fen-lir combien elles peuvent ajouter à leur bonheur, ne dédaignent plus les moyens de gagner leur affection & de mériter leurs préférences. Le..commerce des deux fexes prend dès-lors une forme différente de celle qu'il a chez les peuplades plus groffieres ; & comme ni la religion, ni les loix, ni la décence ne les gênent fur les moyens de fa-tisfaire leurs defirs , la licence de leurs mœurs doit être excefïïve (i). Quoi- (i) Bier, 389. Cbarlevoix, III, 423. Dumont, M4m. fur la Louifianelf 155. de l'Amérique, 2qi - Quoique la conftitution phyfique des Amé-ricains foie très • foible, on n'en voit aucun Liv parmi eux qui foit difforme , mutilé ou A*ujj privé de quelques fens. Tous les voyageurs d!ffor ont été frappés de cette particularité & ont vanté la régularité & la perfection de leur figure & de leurs tra'ts. Quelques auteurs ont cherché la caufe de ce phénomène dans l'état phyfique de ces peuples. Us fuppo-fent que" les enfans. naiffent fains & vigoureux , parce que les pères ne font ni épui-fés, ni excédés par le travail. Ils imaginent que dans la liberté de l'état fauvage , le corps humain, toujours nud & fans entraves depuis la première enfance, en confer-ve mieux fa forme naturelle; que tous les membres acquièrent une proportion plus jufte que lorsqu'ils font garottés par ces liens artificiels qui en arrêtent les dévelop-pemens 6c en altèrent les formes Ci}. On ne peut pas fans doute refufer de reconnoi-tre à quelques égards l'influence de ces caufes; mais l'avantage apparent dont nous parlons <5c qui eft commun à toutes les nations fauvages, tient à un principe plus profond, plus intimement lié avec la nature «3c le gé> CO Pif», p. 6, M. ix, c. 47~~ J 3 —m nie de cet état de fociété. L'enfance de Liv.iv. l'homme efl fi longue, elle a befoin de tant de fecours, qu'il eft très - difficile d'élever les enfans chez les nations fauvages. Les moyens de fubfiflance y font non - feulement peu abondans, mais incertains & précaires. Ceux qui vivent de la chafle font obligés de parcourir de vafles étendues de terrein & de changer fouvent d'habitation. L'éducation des enfans, comme tous les autres travaux pénibles, efl abandonnée aux femmes. Les peines, les privations & les fatigues in- , féparables de l'état fauvage, & telles qu'il efl fouvent difficile de les foutenir dans la vigueur de l'âge, doivent être fatales à l'enfance. Les femmes craignant dans quelque partie de l'Amérique d'entreprendre une tâche aufîi pénible & aufîi longue que celle d'élever leurs enfans, étouffent elles-mêmes les premières étincelles de cette vie qu'elles fe trouvent incapables d'entretenir, & par 'Pufage de certaines herbes fe procurent de fréquens avortemens Ci}- D'autres nations, perfuadées qu'il n'y a que les enfans forts & bien conformés qui foient en (i) Eilis, voyage À U bsyt d,liudfoRJ i<;8. Heirtra> t DE L'A M E R I Q U E. 2Cg état de fupporter les peines du premier âge, jpg abandonnent ou font périr ceux qui. leur Liv-paroiffent foi'.Mes & mal constitués, comme peu dignes d'être confervés CO- Chez ceux - mêmes qui entreprennent d'élever indistinctement tous leurs enfans, il en périt un fi grand nombre par le traitement rigoureux auquel ils font cordamnés dans la vfe fauvage, que très peu ce ceux qui nailT-mt avec quelqu'imperfection phyfique parviennent à l'âge viril C2)- Ainfi dans les fociétés policées, oh les moyens de fubfiitance font conflans , affurés , obtenus avec facilité, & oh les talens de l'efprit font fouvent plus utiles que les facultés du corps, les enfans peuvent fe conferver malgré la difformité . & les vices phyûques, & deviennent des citoyens utiles; au lieu que chez les.peuples fauvages, ces mêmes enfans p.érilTanc au moment de leur naiffanec, ou devenanc bientôt à charge à la communauté & à. eux-mêmes , ne peuvent traîner longtems lcu'r miférablc vie. Mais dans ces provinces dur nouveau monde, oh l'établilTement des Eu. (O Gumflla, 2-234. Techo's, MJi. of Paraguay, &c~ Churchill's, côtBB. 6—10S. Çi) Creusa hijl, Catied. p. 57. 1 6 WËËÊ ropéens a procuré des moyens plus allures Liv.lV-dc p0urvoir à la fubfiftance des habitans, & oh il ne leur efl pas permis d'attenter à la vie de leurs enfans, les Américains font fj loin d'être diflingués par la régularité & la beauté de leur forme qu'on foupçonncroit plutôt quelqu'imperfection dans leurs races, en voyant le nombre extraordinaire d'individus qui y font difformes, mutilés, aveugles , fourds ou d'une petitefle monftrueu-fe (i). Quelle que foit la foibleffe d'organifation Mance des Américains, il eft fingulier que la tor-îirn.Kte me humaine préfente moins de variété dans ïn?ri-de*ce nouveau continent que dans l'ancien, coins. Lorfque Colomb & les autres Efpagnols qui découvrirent le nouveau monde, vifîterent pour la première fois les différentes contrées fituées fous la zone torride, ils durent s'attendre à y trouver des peuples reffemblans pour le teint & la peau à ceux qui vivent dans les régions correfpondantes'de Pautre hémifphere. Ils trouvèrent à leur grand é-tonnement qu'il n'y avoit point de Nègres en Amérique (a), & la caufe de ce phé- (i) Voyage de Ulîoa I* 033. (2j P. Martyr, d*c%j>.. 71. DE L'A m E R I q U e. 2oj nomene extraordinaire excita la curiofité ^ des hommes inflruits. C'eft aux anatomif- Liv. iv* tes à rechercher & à nous apprendre quelle eft la partie ou membrane du corps ou ré-fide cette humeur qui teint d'un noir foncé la peau du Nègre. L'action puiffante de la chaleur paroît être évidemment la caufe qui produit cette variété finguliere dans l'efpe-ce humaine. Toute l'Europe, prefque toute l'Afie & les parties tempérées de l'Afrique font habitées par des hommes blancs-. Toute la zone torride en Afrique , quelques-unes des contrées les plus brûlantes , qui en approchent, & quelques cantons de l'Afie, font habités par des peuples de couleur noire. Si nous fuivons les nations de notre continent, en allant des pays froids & tempérés vers les régions expofées à l'action d'une chaleur forte & continue, nous trouverons que Pcxtrême blancheur de la peau commence bientôt à diminuer; que la couleur du teint s'obfcurcit par degrés à mefure que nous avançons, & qu'après a-voir palTé par toutes les nuances fucceifives elle fe termine à un noir décidé & uniforme. Mais en Amérique, oh l'action de la chaleur eft balancée & affoiblie par diffé» if— rentes caufes que j'ai déjà expliquées , le Xiv. IV. climat femble être privé de l'énergie qui produit ces effets étonnans fur la figure humaine. La couleur de ceux des Américains qui vivent fous la zone torride eft à peine d'une nuance plus foncée que celle des peuples qui habitent les régions plus tempérées du môme continent. Des obfcr-vateurs attentifs qui ont eu occafion de voir les Américains dans les différens climats & dans des contrées fort diftantes les unes des autres , ont été frappés de la reflem-blance étonnante qu'ils ont trouvée dans leur air & leur forme extérieure (i)- Mais fi la main de la nature femble n'avoir fuivi qu'un modèle en formant la figure humaine en Amérique, l'imagination y a créé des fantômes auffi bizarres que divers. Les mêmes fables qui s'étoient répandues dans l'ancien continent, ont été reffufeitées dans le nouveau monde , & l'Amérique a été peuplée aufîi d'êtres humains d'une forme monfti ueufe & fantaftique. On a conté que certaines provinces étoient habitées par des Pygmées de trois pieds de haut, & que telle autre contrée produifoit des Géans 4,0 Vojez~kTl?foTit XLV. ' " DE L'A M E R I Q U E. 2o? d'une énorme grandeur. Quelques voyageurs 99 ont publié des defcriptions de certains peu- LïV-pics qui n'avoient qu'un œil ;" d'autres pré-tendoient avoir découvert des hommes fans tête , dont les yeux & la bouche fe trou, voient placés à la poitrine. Sans doute la variété de la nature dans fes productions eft fi g'ande, qu'il y auroit de la préfomp» tion à vouloir fixer des bornes à fa fécondité & à rejeter indiftinétement toute relation qui ne feroit pas entièrement conforme à notre expérience & à nos obfervations limitées. Mais fe hâter d'adopter, fur les preuves les plus légères; tout ce qui porte un caractère de merveilleux, c'eft une autre extrémité encore moins digne d'un efprit philofophe ; d'autant que les hommes ont toujours été plus facilement entraînés dans l'erreur par la foibleffe à croire trop que par l'orgueil de ne pas croire affez. A mefure que les connoiffances s'étendent & que là nature eft obfervéè'par des yeux plus exercés , on voit s'évanouir les merveilles qui amufoient les ficelés d'ignorance; on a oublié les contes que des voyageurs crédules ont répandus fur l'Amérique; on a cherché en vain les monftres qu'ils ont décrits, dt l'on fait aujourd'hui que ces provinces oh ils prétendoient avoir trouvé des habitans d'une forme extraordinaire , font habitées par des peuples qui ne différent en rien des autres Américains (i). Quoiqu'on | uilTe, fans entrer dans aucune difcuffion , rejetter de pareilles relations comme fabuleufes, il y a d'autres variétés de Fefpece humaine qu'on prétend avoir été pbfervées dans quelques parties du nouveau monde , & qui paroiffant fondées fur des témoignages plus graves , méritent d'être examinées avec plus d'attention. Ces variétés ont été particulièrement obfervées en trois cantons différens ; la première fe trouve à l'iflhme de Darien près du centre de l'Amérique. Lionel Wafer, voyageur qui montre plus de curiofité & d'intelligence qu'on ne s'attendroit à en trouver dans un affocié des boucaniers , découvrit en cet endroit une race d'hommes peu nornbreufe, mais finguliere. Suivant fa defcription ils font d'une petite taille, d'une conftitution délicate & incapable de fupporter la fatigue. Leur teint ,eft d'un blanc de lait fade, qui ne reffemble point à celui des blonds par» CO. Voyez la Note- XLVI. s e l'A merique. 205 mi les Européens, & fans la moindre nuan ce d'incarnat ou de rouge. Leur peau eft couverte d'un duvet fin , couleur de craie blanche ; leurs cheveux , leurs fourcils & leurs cils font de la môme nuance. Leurs yeux font d'une forme finguliere <5c fi foi-bles qu'ils ont de la peine à fupporter la lumière du foleil ; mais ils voient diftincte» ment à la lumière de la lune, & ils font gais & actifs pendant la nuit (1). On n'a découvert aucune race femblable dans les autres parties de l'Amérique. Cortès remarqua , il eft vrai, parmi les animaux rares & monftrueux que Montézuma avoit raffemblés,quelques créatures humaines ref-femblant aux hommes blancs du Darien (2); mais comme l'empire du Mexique étendoit fa domination jusqu'aux provinces qui bordent l'ifthmc de Darien , il eft probable que c'étoient des ocres de la môme ra» ce. Quelque fingularité qu'il y ait dans la forme extérieure de ce petit peuple, on ne peut cependant pas le regarder comme conllituant une efpece particulière. Parmi (1) Wafer, defcr.de riflhme de Darien t dans les voyages de Dampitrre; (ont. III. (2) Coitis, ej>. Ramus. p. 341, £, les Nègres de l'Afrique , ainû que dans • quelques ifles de l'Inde, la nature produit quelquefois un petit nombre d'individus, qui ont tous les traits & toutes les qualités carao térifiiques des hommes blancs du Darien : les premiers font appelles Albinos par les Portugais , & les derniers Kackerlakes par les Hollnndois. Au Darien les pères & mères de ces hommes blancs font dé la même couleur que ceux des habitans du pays : cette obfervation s'applique également h la progéniture anomale des Nègres & des Indiens. La même mere qui met au monde quelques enfans d'une couleur qui n'eft pas celle de la race, en produit d'autres de la couleur qui eft propre à fon pays (i). On peut donc tirer une concîuûon générale, relativement aux blancs de Wafer, aux Albinos & aux Kackerlakes ; c'eft qu'ils forment une race dégénérée & non une claffe particulière d'hommes, & que la couleur & la foibleffe particulière qui marque leur dégradation, leur a été tranfmife par quelque maladie ou vice phyfique de leurs parens. On a obfervé, comme une preuve décifive de cette opi-nion , que ni les blancs du Darien, ni les CO Ma:#av. XJi. rcr. nat. bref. lib. mit c. 4. d e t'A m e riq. u e. an Albinos d'Afrique ne propagent leur race : leurs enfans naiffenc avec la couleur & le Lrv»AV-tempérament propres aux autres habitans "du même fol (l). Le fécond diflrict occupé par des habitans qui différent à l'extérieur des autres Américains, efl fitué fous une latitude fort avancée vers le nord, s'étendant de la côte de Labrador vers le pôle, tant que le pays efl habitable. Les malheureux habitans de ces trilles régions, connus en Europe fous le nom d'Efquimaux , fe font donné le nom de Keraiit, qui veut dire homme , par un effet de ce fentiment d'orgueil national qur confole les peuples les plus greffiers & le» plus miférables. Ils font robufles & d'une taille médiocre4, ils ont la tête d'une grof-feur déméfurée & les pieds d'une petit-elfe également disproportionnée. Leur teint , quoique bafané, parce qu'ils font continuel» lement expofés à la rigueur d'un climat gla-> cé, approche cependant plus du blanc des Européens que de la couleur cuivrée des Américains , & les hommes ont des barbes qui CO WafeV, p. ZAZ. Dananet, Vfl. de r Afrique IIf p% 134. Recherchas phUof. fur les Ar.icr. IIt p. i, &c mmam font quelquefois longues & touffues (i}. Liv. IV. ces particularités dillinctives , jointes à une autre encore moins équivoque, qui efl l'affinité de leur langue avec celle des Groenlandois , affinité dont j'ai déjà parlé, peuvent nous faire conclure avec affez de confiance que les Efquimaux font une race différente des autres habitans de l'Amérique. : On ne peut pas prononcer avec la même certitude fur les habitans du troilieme dif» tricl, qui efl fituë à l'extrémité méridionale de l'Amérique. Je parle de ces fameux Patagons qui pendant deux fiecles & demi ont été un fujet de difpute pour les favans & un objet d'admiration pour le vulgaire. Qn les regarde comme une des tribus errantes, difperfées fur cette région vafte, mais peu connue, de l'Amérique, qui s'étend depuis la rivière de la Plata jufqu'au détroit de Magellan. Leur réfidence propre eft dans cette partie de l'intérieur des terres qui borde le fleuve Negron ; mais dans la faifon des chaffes ils pouffent fouvent leurs Ellis, voyage à la baie cTUuâfon.p. 130-131» de laPotherie, tom. Iy p. 79. Wale's journ. 0/ a yoy, t* Churchill riyer% Phil. tranf, roi. LX, p. 109. D E L'A ME R I Q U E. 21$ «ourfes jufqii'âU détroit qui fépare la terre- ^mum de-feu du comment. Les premières rela- Lifcrv: tions qu'on âfa eues de ce peuple furent apport) es en Kurope par les compagnons de Magellan (0, & on les décrivoit comme une race gignntefque d'une taille au • deffus de huit nitds & d'une force proportionnée à leur énorme grandeur. On obferve parmi différentes chffes d'animaux des différences tout aufîi remarquables pour la grof-feur. Les grandes races de chevaux & de chiens furpaffent les plus pérîtes en volume & en force , autant que les Patagons font fuppofés s'élever au-deffus du modèle commun de la forme humaine. Mais les animaux ne parviennent à la perfection dont leur eD pece eft fufceptible, que dans les climats doux & ch ils trouvent en abondance les alimens les plus nourriffans. Ce n'eft à'T.c pas dans les déferts incultes des terres Mai gellaniques, & parmi une tribu de fauvages dépourvus d'induftrie & de prévoyance , que nous devrions nous attendre à trouver l'homme avec les plus glorieux attributs de fa nature & diftingué par une fupériorité de grandeur & de force, fort au defTus de (0 Falkner'a, étfcrlpu core fimple & groffier, fa raifon eft très-peu exercée & fes defirs fe meuvent dans une fphere très-étroite. De - là naiffeut deux caractères remarquables qui diftinguent l'efprit humain dans cet état : fes facultés intellectuelles font extrêmement bornées ; fes efforts & fes émotions font foibles & en petit nombre. Ces deux caractères fe remarquent clairement chez les plus fauvages des tribus -Américaines & forment une partie efTentielle de leur defeription. Ce que les nations polies appellent rai-. f-cuMi i • > i i • nitellec-fonnemens ou recherches de fpéculation, elt tueUes . , ^ très-hinî- entierement inconnu dans ce premier état^es. de fociété, & ne peut jamais devenir l'occupation ou Pamufement de l'homme, jufqu'à ce qu'il ait fait affez de progrès pour fe procurer une fubûftance confiante & af-furée & pour jouir du loifir & du repos. Les penfées & l'attention d'un fauvage font renfermées dans le petit cercle d'objets qui intérefTent immédiatement fa confervation ou une jouiffance actuelle, Toat ce qui efl au - delà échappe à fes regards, ou lui efl parfaitement indifférent : femblable aux ani- K3 ! maux, ce qui eft fous fes yeux l'intérefTe & • l'affecte; ce qui eft hors de la portée de fa vue ne lui fait aucune impreffion (i). U y a en Amérique plufieurs peuples qui ont l'intelligence trop bornée pour être en état de faire aucune difpofition pour l'avenir. Leur prévoyance & leurs foins ne s'étendent pas juf-ques - là. Ils fuivent aveuglément l'impul-fion du fentiment qu'ils éprouvent, & ne s'embarraflent point des conféquences qui peuvent en réfultcr dans la fuite, ni même de celles qui ne fe préfentent pas immédiatement à leur efprit. Ils mettent le plus grand prix à tout ce qui leur pré fente quel-qu'utilité ou quelque jouiîTance actuelle , & ne font aucun cas de tout ce qui n'eft pas l'objet d'un befoin ou d'un defir du moment (2). Lorfqu'à l'approche de la nuit un Caraïbe fe fent difpofé à fe livrer au fommeil, il n'y a aucune confidération qui puiffe le tenter de vendre fon hamac ; mais le matin , lorfqu'il fe levé pour fe livrer aux travaux ou aux plaifirs que le jour lui Ulloa, Notiàas Americ. p. 222. (2") Venegis, hiftoire de la Caifornie t I, p. 66. Churchill collcSi. V, 693. Borde, dsfcr. des Caraïbes t p. if. Eliû, ïoy. 194» d e l'A m u i q u e. 223 annonce, il donnera ce môme hamac pour la bagatelle la plus inutile qui viendra frapper fon imagination (O. A la fin de l'hiver, quand l'impreffion de ce que la rigueur du froid lui a fait fouffrir eft encore récen, te dans refprit du fauvage d'Amérique , il s'occupe avec activité à préparer des matériaux pour fe bâcir une hutte commode qui puiffe le garantir contre l'inclémence de la faifon fuivante; mais à mefure que le tems devient plus doux , il oublie ce qu'il a é-prouvé, abandonne fes travaux & n'y penfe plus, jufqu'à ce que le retour du froid le force, mais trop tard, à les reprendre (2). Si pour les intérêts les plus prefTans, <5c à ce qu'il femble les plus (impies, la raifon de l'homme fauvage & dénué de culture, diffère fi peu de la légèreté des enfans & du pur inftinct des animaux , elle ne peut pas avoir une grande influence fur les autres actions de fa vie. Les objets fur lef-quels la raifon s'exerce & les recherches auxquelles elle fe livre, dépendent de la (î-tuation oh l'homme eft placé , & lui font indiquées par fes affections & fes befoins. O) Ubat, Voy. //, 114, 115. Dutertie, //, 385. (a) AJaif, hijl. of A.nsr. hul. 417, m 4 Les réflexions qui paroiffent les plus néceffaires & les plus importantes aux hommes dans un certain état de fociété , ne fe pré-fentent jamais à eux dans un autre ordre de chofes. Chez les nations civilifées, l'arithmétique ou l'art de combiner les nombres efl regardée comme une fcience effentielle & élémentaire, dont l'invention & l'ufage dans notre continent remontent à des tems anté* rieurs aux monumens de rhifloirc. Mais parmi des fauvages qui n'ont ni des biens à évaluer, ni des richeffes accumulées à compter , ni une multitude d'objets & d'idées à dénombrer, l'arithmétique efl un art inutile & fuperflu ; auffi efl-elle entièrement inconnue à plufieurs peuplades Américaines. 11 y a des fauvages qui ne peuvent compter que jufqu'à trois, & n'ont aucun terme pour diflinguer un nombre fupérieur (i). Quelques-uns comptent jufqu'à dix , & d'autres jufqu'à vingt. Lorfqu'ils veulent donner l'idée d'un nombre au - delà , ils montrent leur tête, pour faire entendre que ce nombre efl égal à celui de leurs cheveux, ou difent avec étonnement qu'il efl __fi CO LaCondamine, p. 6.7. Stadius, ap. deBry,X. I2&» Lcry,»W. 251. Biet, 362, Ltttre:Edif. 23-314. d e l'A m e r i Q tj e. 22J û grand qu'il eft irnpolTible de l'exprimer ("O. Non - feulement les Américains, mais ^nco- Llv. re tous.les peuples qui font dans cet état fauvage, femblent ignorer l'art du calcul r». Cependant, auffitôt qu'ils apprennent à con-noître une grande variété d'objets & qu'ils ont des occafions fréquentes de les conGdé-rer unis ou divifés , ils fe perfectionnent dans la connoiflance des nombres; de forte que l'état de cet art chez tous les peuples peut être regardé comme une règle d'après laquelle on peut eftimer les degrés de leurs progrès dans la civilifation. Les Iroquois dans l'Amérique feptentrionale, é-tant beaucoup plus civilifés que les habitans grofliers du Brcfil , du Paraguai & de la Guyane, font aufli beaucoup plus avancés à cet égard, quoique leur calcul ne s'étende pas au-delà de mille ; mais ils n'ont point d'affaires affez compliquées pour avoir befoin de fupputer déplus grands nombres(3}. LesCherakis, qui forment une nation moins fi) Dumoiit, Louis. I, p. 187. Herrera, deccl. 1, lib, III, c. 3. But, 396. Borde, 6. (i) CVft le cas des Groenlandois, voyez Crantz, I, 125 , & des Kamtfchadales, voy. l'Abbé Chappe, toa* m, p. 17. O) Chvlevoi*, Nouv. Tr. III, p, 402. — confidérable du même continent, ne peu-Liv.IV. vent compter que jufquà cent, & ils ont des mots pour exprimer les différens nombres jufqu'à ce terme-là. Les tribus plus petites de leur voifinage ne vont pas au-delà de dix (i). us n'ont L'exercice de l'entendement chez les peu-Sabf- P^es f"auvages eft a d'autres égards encore «faites. pius limité. Les premières idées de tout être humain ne peuvent être que celles qu'il reçoit par les fens ; mais il ne peut gueres en entrer d'autres dans l'efprit de l'homme tant qu'il eft dans l'état fauvage. Son œil eft frappé des objets qui l'environnent. Ceux qui peuvent fervir à fon ufage ou fatisfaire quelqu'un de fes defirs attirent .fon attention ; mais il voit les autres fans intérêt & fans curiofité. Il fe contente de les confi-dérer fous le rapport fimple oh ils s'offrent à lui, c'eft-à-dire, ifolés & diftincfs les uns des autres ; mais il ne fonge point à les combiner pour en former des chiffes générales; il ne confidere point leurs qualités particulières & ne fe rend point compte des imprefïions qu'ils font fur fon propre efprit. (i) Adair, k':fi af Amsr. ituL />. 77. Voyez la No** XUX> d e l'A mkriqoe, a»7 Ainfi il ne connoît aucune des idées que nous avons appellées univerfelles, abjlraiîes ou réfléchies. L'activité de fon intelligence ne doit donc pas s'étendre bien loin, & fon raifonnement ne peut s'exercer que fur les chofes fenfibles. Ci la eft fi évident chez les nations les plus grofïieres de l'Amérique, qu'il n'y a pas dans leur langue, comme on le verra plus bas, un feul mot pour exprimer ce qui n'eft pas matériel. Les mots de tems, ù'ejpace, de Jubjîance & mille autres termes qui expriment des idées abftrai-tes & univerfelles, n'ont aucun équivalent dans leurs idiomes Ci)- Un fauvage nud , accroupi près du feu qu'il a allumé dans fa miférable cabane, ou couché fous des branchages qui lui offrent un abri momentané, n'a ni le tems, ni le pouvoir de fe livrer à de vaines fpéculations. Ses penfées ne fe portent pas au-delà de ce qui intérelfe la vie animale, & lorfqu'elles ne font pas dî-rigées vers quelqu'objet d'utilité préfente , fon efprit refte dans une entière inaction. Dans les fituations oh il ne faut aucun effort extraordinaire de travail ni d'induftr 2 pour fatisfaire aux befoins iimples de la n». CO La ConilaiiiiiM, P. $j. K 6 ture, refprit eft fi rarement mis en activité que les facultés du raifonnnement n'ont prefqu'aucune occaiion de s'exercer. Les nombreufes tribus difperfécs fur les riches plaines de l'Amérique méridionale, & les habitans de quelques-unes des ifles & de plufieurs plaines fertiles du continent peuvent être compris dans cette clalTe. Leur phyfionomie inanimée, leur regard fixe & fans expreflion, leur froide inattention & l'ignorance entière ou ils étoient fur les premiers objets qui fembleroient devoir occuper les penfées de tout être raifonnable , firent une telle imprefllon fur les Efpagnols qui les obferverent pour la première fois, qu'ils ne purent croire qu'ils appartinllent à l'efpece humaine & les regardèrent comme des animaux qui leur étoient inférieurs. (l) Il fallut l'autorité d'une bulle du pape pour détruire cette opinion & pour convaincre les Efpagnols que les Américains étoient capables de toutes les fonctions d'hommes, & dévoient jouir de tous les droits de l'hu-manité (2). Depuis ce tems, des perfonnes plus éclairées & plus impartiales que les (ij Kerrera, decaJ. 2 . m. U, c. 15. (a) Toniuemada, monti ind, M, 19S. D E L'A M E e I q V E. 22p auteurs de la découverte & de la conquête de l'Amérique, ayant eu occafion d'obfer-ver les plus fauvages de ces peuples, ont été aufîi étonnées qu'humiliées de voir combien en cet état l'homme eft peu différent des animaux". Mais dans des climats plus rigoureux, oh l'on ne peut fe procurer fa fubfiftance avec la même facilité , oh les hommes font obligés de s'unir plus étroitement & d'agir avec plus de concert, la né-ceffué développe leurs talens & aiguife leur invention ; de forte que les facultés intellectuelles y font plus exercées & plus perfectionnées. Les naturels du Chili & du nord de l'Amérique, qui habitent les régions tempérées des deux grands diftrifts de ce continent, font des peuples d'un efprit cul* tivé & étendu en comparai fon de ceux qui habitent les ifles ou les bords du Maragnon & de l'Orecoque. Leurs occupations font plus variées, leur fyftême de police ce de guerre plus combiné, leurs arts plus nombreux. Mais chez ces peuples mêmes les facultés intellectuelles font extrêmement bornées dans leurs opérations, & ils n'en font point de cas, à moins qu'elles ne foient dirigées vers les objets qui intérelfcnt im-K 7 ms* médiatement l'homme fauvage. Les Amé* Liv. IV. rjca{ns feptentrionaux , ainfi que ceux du Chili, lorfqu'ils ne font point engagés dans quelques-unes des occupations qui appartiennent à la guerre ou à la chaffe, confirment leur tems dans une indolence ftupide, & ne connoiffent aucun objet digne d'attirer leur attention ou d'occuper leur efprit (i). Si chez ces mêmes peuples la raifon humaine fe meut dans une fphere fi étroite d'activité, & n'arrive jamais, dans lès plus grands efforts , à la connoitfance des principes & des maximes générales qui fervent de fondement à la feience, nous pouvons conclure que les facultés intellectuelles de l'homme dans Tétac fauvage,, ne fe portant point fur les objets les plus propres à leur donner de l'activité., ne peuvent acquérir que peu de vigueur & d'étendue. racuités ^ar un e^ec des me>rncs raufes, les puif-Inteliec- fances actives de l'ame doivent s'exercer ra-foibies & rement & prefque toujours fojblement. Si fituefe nous examinons les motifs qui dans la vie civilifée mettent les hommes en mouvement & les portent à foutenir longtems des efforts pénibles de vigueur ou d'induttrie , CO Lafiwu, U, a» d e l'A m e r i q u e. a^x nous trouverons que ces motifs tiennent particulièrement à des befoins acquis. Ces Llv- iV« befoins multipliés & importuns tiennent Ta-me dans une agitation perpétuelle, & pour les fatisfaire, l'invention doit être continuellement tendue & refprit fans celTe occupé. Mais les defirs de la fimple nature font en petit nombre ; dans les lieux oîi un climat favorable produit prefque fans effort tout ce qui peut les fitisfaire, à peine agis-fent-ils fur l'ame & ils y excitent rarement des émotions violentes. Ainfi les habitans de plufieurs parties de l'Amérique palfent leur vie dans une indolence & une inaction totale: tout le bonheur auquel ils afpirent c'eft d'être difpenfés de travail. Ils relient des jours entiers couchés dans leur hamac, ou affis à terre, dans une oiliveié parfaite, fans changer de pofture , fans lever les yeux de deffus la terre, fans prononcer une feule parole (t). Leur averfion pour le travail eft telle, que Manqu» ni l'efpérauce d'un bien futur, ni la crainte camioa» d'un mal prochain, ne peuvent la furmon-ter. Ils paroiifent également indifférons à l'un év à l'autre, montrant peu d'inquiétude CO Bw&uer, yoyag. au Viruu, ioa. liotde, 15, HBB pour éviter le mal & ne prenant aucune pré-irv. iv caution p0ur s'affurer le bien. L'aiguillon de la faim les met en mouvement ; mais comme ils dévorent prefque fans diftin&ion tout ce qui peut appaifer ces befoins de l'in-ftintt, les efforts qui en font l'effet n'ont que peu de durée. Comme Jeurs defirs ne font ni ardens ni variés, ils n'éprouvent point l'action de ces reflbrts puiifans qui donnent de la vigueur aux mouvemens de l'ame & excitent la main patiente de l'in-duftrie à perfévérer dans fes efforts. L'hom-»e, en quelque partie de l'Amérique, fe montre fous une forme fi grolfiere que nous ne pouvons découvrir aucun des effets de fon indultrie, & que le principe de raifon qui doit la diriger femble à peine développé. Semblable aux autres animaux il n'a point de réfidence fixe; il ne s'eft point fait d'habitation pour fe mettre à l'abri de l'inclémence des faifons; il n'a pris aucune précaution pour s'affurer une fubfiftance confiante; il ne fait ni femer, ni recueillir; mais il erre çà & là pour chercher les plantes & les fruits que la terre produit fucces-fivement d'elle-même; il pourfuit le gibier qu'il tue dans les forêts, ou il pêche le poifibn dans les rivières. d e l'A m e r i q u e. *3,j Cette peinture ne peut cependant s'appli- hish quer qu'à certains peuples. L'homme ne L,IV- lv* * , , , Variété peut refier longtems dans cet état d enfance fur ces & de foibleffe. Né pour agir & pour pen- °bjaa' fer, les facultés qu'il tient de la nature & la nécefîité de fa condition le preffent de remplir fon deflin. Auffi voit • on que parmi la plupart des nations Américaines, particulièrement celles qui vivent fous des climats rigoureux, l'homme fait des efforts & prend des précautions pour fe procurer une fubfiflance affurée; c'efl alors que les travaux réguliers commencent & que l'industrie laboricufe fait les premiers effais de fon pouvoir. Cependant on y voit encore prédominer l'efprit de parefle & d'infouciance de l'état fauvage. Même parmi ces tribus moins grofileres le travail efl regardé comme honteux & aviljffant, & ce n'eft qu'à des ouvrages d'un certain genre que l'homme daigne employer fes mains. La plus grande partie des travaux eft le partage des femmes, Ainfi une moitié de la communauté refte dans l'inaction, tandis que l'autre eft accablée de la multitude & delà continuité de fes occupations. Leur induftrie fe borne à quelques objets, & leur prévoyaa-. ! ce n'eft pas moins limitée. On voit un J' exemple remarquable de ce que je dis dans l'arrangement général qu'ils fuivent, relativement à leur manière de vivre. Ils comptent fur la pêche pour leur fubfiftance pendant une partie de l'année, fur la chaffe pour une autre partie, & fur le produit de leur culture pour une troifieme. Quoique l'expérience leur ait appris à prévoir le retour des différentes faifons & à frire quelques providons pour les befoins refpeclifs de ces tems divers, ils n'ont point la fagacité de proportionner ces provisions à leur confom-mation, ou bien ils font tellement incapables de dompter leur appétit vorace qu'ils éprouvent fouvent les calamités de la famine avec autant de rigueur que les tribus les plus grolïïeres. Ce qu'ils fouffrent une an» née ne fert ni à augmenter leur induftrie, ni à leur infpirer plus de prévoyance pour prévenir un femblable malheur (O. Cette indifférence fi peu réfléchie fur l'avenir, qui eft l'effet de l'ignorance & la caufe de la pa-reffe, caractérife l'homme dans tous les de- (O Charlevoix, Nouy. France, lit, 338. Leur. édif. 23. çS. Defcript. de la Nouy. France. Osbom's collect. 2,880. •ôe la Pothcrie. II, 63. DE L'A M E R I Q D E. ggf grés delà vie fauvage; & par une bifarre «g fingularité de fa conduite, il devient d'au- Liv«iv. tant moins inquiet fur fes befoins que les moyens d'y pourvoir font plus incertains & plus difficiles à obtenir (i). III. Après avoir examiné quelle étoit la Etat fc-conftitution phyfique des Américains &quel-cial* les étoient leurs facultés morales, l'ordre naturel de notre travail nous conduit à les confidérer comme raflemblés en corps de fociété. Jufqu'à préfent nos recherches fe font bornées aux effets de leur induftrie pour eux-mêmes, comme individus; nous allons examiner maintenant quelles font les affe&ions & quel eft le degré de fenfibilité qu'ils montrent pour leurs femblables. > L'état domeftique eft la première & la umo» plus fimple forme des affociations humaines. L'union des deux fexes entre les différens animaux a toujours une durée proportionnée aux moyens & au* difficultés d'élever leurs petits. Il ne fe forme aucune union perma* nente parmi les efpeces oîi la durée de l'enfance eft très-courte & oh l'animal acquiert rapidement la vigueur & l'agilité. La natu« re y confie à la mere feule le foin d'élever (0 Voyez 1a Nqtb L. les petits & fa tendreffe fuffit à ce devoir ''•fans aucune autre affiftance. Mais dans les efpeces oti l'enfance efl: très-longue & très-foib'e, oh les fecours réunis du pere & de la mere font nécelTaires pour le foutien des petits, il fe forme des unions plus intimes, qui continuent jufqu'à ce que l'objet de la nature foit accompli & que la nouvelle race foit parvenue à l'âge de la force. Comme l'enfance de l'homme eft beaucoup plus foi-ble & a plus befoin de fecours que celle de tous les autres animaux; comme il dépend beaucoup plus auffi des foins & de la prévoyance de fes parens, l'union de l'homme & de la femme doit être confédérée comme le contrat non-feulement le plus folemnel, mais même le plus permanent. Cet état de nature oh toutes les femmes appartiennent à tous les hommes & tous les hommes à toutes les femmes, n'a jamais exifté que dans l'imagination des poètes. Dans l'origine des fociétés, quand l'homme fans arts & fans induftrie mené une vie dure & précaire , l'éducation des enfans exige les foins & les efforts du pere & de la mere. Leur race ne pourroit fe conferver fi leur union n'étoit formée & continuée dans cette vue. d i l'A merique. 237 En Amérique môme, parmi les tribus les — plus barbares , l'union de l'homme & de Llv- iV« la femme étoit foumife à des règles, & les droits du mariage étoient reconnus & fixés. Dans les contrées ou les moyens de fubûfter étoient peu nombreux & ou les difficultés d'élever une famille étoient par conféquent très-grandes , l'homme fe bornoit à une feule femme. Dans les climats plus chauds & plus fertiles , la facilité de fe procurer des fubfi(tances, jointe aux influences de l'ardeur du climat, portoit les habitans à augmenter le nombre de leurs femmes Qi). Dans quelques pays le mariage duroit pendant toute la vie ; dans d'autres, le caprice & la légèreté qui forment le caractère naturel des Américains, ce leur avcrfion pour toute efpece de contrainte, leur faifoient rompre le nœud du mariage fur le plus léger prétexte, & même fouvent fans en alliguer aucune caufe (2). Mais foit qu'ils confidéraffent le mariage Çondftîo» ___ dis fciu- (O Lettres édif. 23-31 S. Lafitau, Mœurs des Sauy. I, 351. Lu y, ap. de Dry III, 234. "Journ. d: Guillet & Béchamel, 83. O) Lalitau I, 580. Joutcl, Joum, hift. 345. Lozanzo , dij'er. del grttn. Choc: 70. HennepiO) Mxurs des Sauva-Ses, p. 30-33. 238 H I s T o r R E mmum comme une union paflagere, foit qu'ils 1e liv.iv. regardafiént comme un contrat perpétuel , l'humiliation & la peine étoient toujours également le partage de la femme. On a demandé fi la condition de l'homme étoit devenue meilleure par les progrès des arts & de la civilifation, & c'eft-là encore une de ces vaines queftions qui nourrilTent les difputes des philofophes. Mais il n'eft point douteux que les femmes ne foient redevables à la politelTe des mœurs d'un changement très - heureux dans leur forr. Dans toutes les parties du globe, ce qui caracté-rife particulièrement l'état fauvage, c'eft le mépris & l'oppreflion auxquels y eft condamné le fexe le plus foible. L'homme enorgueilli de fa force & de fon courage, qui font toujours les premiers titres à la prééminence parmi les nations barbares, y traite la femme avec dédain & comme un è-tre d'une efpece inférieure. Peut-être que les fauvages Américains ont encore pour elle plus de mépris & de dureté, par une fuite de cetze infenfibilité, de cette froideur naturelle qu'on a remarquée dans leur conftitution phyûque. Les voyageurs les plus éclairés ont été frappés de leur extrême d e l'A me r i q ue. 23S) indifférence pour leurs femmes. Ce n'eft ■ ■ ■ point, comme je l'ai déjà obfervé, par cesL,v- lv* foins complaifans qu'infpire la tendreffe, que les Américains s'efforcent de mériter le cœur de la femme qu'ils défirent d'avoir pour compagne. Le mariage même, au lieu d'être une union d'amour & d'intérêt entre deux égaux, eft plutôt une chaîne qui lie une efclave à fon maître. Un auteur, dont les opinions doivent être d'un très - grand poids, a obfervé que partout oîi l'on acheté les femmes leur condition eft infiniment malheureufe (i). Elles deviennent les efcla-ves & la propriété de celui qui les acheté. Cette obfervation fe vérifie dans tous les pays du monde oh la même coutume s'eft établie. Chez les peuples qui ont fait quelques progrès dans la civilifation, renfermées dans des appartenons féparés, elles gémif-fent fous la garde vigilante & févere de leur maître. Chez les peuples grotîîers, elles font condamnées aux plus viles occupation*. Parmi plulieurs nations de l'Amûrique, le •contrat de mariage n'eft proprement qu'un contrat de vente; l'homme y acheté une .femme de fes parens. Quoiqu'on n'y con- Skctifus offiiji, tfJIa». I, 184. 240 H i stoire noifle l'ufage ni de la monnoie, ni de ces autres moyens que le commerce a imaginés parmi les nations civilifées pour en tenir lieu , on y fait cependant fe procurer les objets qu'on defire en donnant en échange quelque chofe d'une valeur équivalente. Chez quelques nations, l'acheteur confacre fes fervices pour un certain tems aux pa-rens de la femme qu'il recherche : chez d'autres, il chaiTe pour eux dans l?occafion & les aide ou à cultiver leurs champs ou à creufer leurs canots. Chez quelques autres enfin , il leur fait préfent des chofes les plus eflimées & les plus recherchées pour leur utilité ou leur rareté Ci): il en reçoit fa femme en retour. Toutes ces caufes jointes au peu de cas que tous les fauvages font des femmes, portent un Américain à regarder fa femme comme une fervante qu'il a acquife , & à fe croire en droit de la traiter comme un être inférieur (2). Chez tou- CO Lafitau, Mœurs des Sauy. 1, p. 5C0. Charlevoix, Nouy. France lll, p. 285. Herrera, dec 4, //'*. FI3 c. 7. Dumont II, p. 156. C2) Du tertre II, p. 38a. Borde; Relat. ces Mœurs des Caraïbes, p. 21. Bict, 357. La Condaaiine, p. 110. Fer-«in> 79* d e l'A m e r i q rj e. toutes nations non civilifées, il efl vrai, les fonctions de l'économie domeflique, na-turellement réfervées aux femmes, f0nt fi nombreufes qu'elles les affujettiffent aux travaux les plus pénibles, & leur font porter plus de la moitié du fardeau qui devroic être le partage commun des deux fexes» Mais en Amérique particulièrement, leur condition efl: fi miférable , & la tyrannie qu'on exerce fur elles fi cruelle, que le mot de fervitude eft encore trop doux pour donner une jufte idée des malheurs de leur état. Parmi quelques tribus la femme efl confédérée comme" une bête de fomms def-tinée à tous les travaux & à toutes les fa-figues,&, tandis que l'homme perd fa journée entière dans la difiipation ou dans la parefle, elle efi: condamnée à un travail continuel , on lui impoie les ouvrages les plus pénibles fans en avoir de reconnoiffan-cc. 11 n'eft point de circonflance dans la vie qui ne rappelle aux femmes cette infériorité humiliante. Il ne leur eft permis d'approcher de leurs maîtres qu'avec le plus profond refpeél ; les hommes font pour elles des êtres û fupéricurs qu'elles ne Tome IL L 242 • H I s T o i a B WBÊgk peuvent pas même manger en leur préfen-Lrv.iv. ce £nfinj dans quelques contrées de l'Amérique, leur deftinée efl fi affreufe qu'on a vu des femmes devenues barbares pur les mouvemens môme de la tendrefle maternelle , arracher la vie à leurs filles pour leur épargner la fervitude intolérable à laquelle elles alloicnt être condamnées. C'eft ainfi que la première inftitution de la vie fociale eft pervertie en Amérique: c'eft ainfi qu'en mettant tant d'inégalité, en éta-briffant des diftindtions fi cruelles dans cette union domeflique , que la nature avoit deftinée à infpirer aux deux fexes des fen-timens doux & humains, on la fait fervir à rendre l'homme dur & farouche & à dégrader la femme par l'abaiffement de la fervitude. Femmes C'eft peut - être à cette opprcfïion dans peu fid- , ,, , ._. . coudes, laquelle elles gemment, qu'on doit attribuer en partie le peu de fécondité des femmes chez les nations fauvages (2}. La vigueur de leur conftitution phyfique efl épuifée CO Gumilla I, p. 153. BaOere, p. 164. I.abat, vol. II, p. 78. Chanvalon, p. 51. Dutertre II, p. 300. CO Gumilla II, 233-238. Herrera, dtecd. 7, lib. JX9 C 4* D E j-'A M E r I Ç> U E, 343 par l'excès du travail: les moyens de fubûf-tance dans la vie fauvage font fi peu nombreux 6: fi (O incertains, qu'elles font forcées de prendre une multitude de précautions pour prévenir une trop grande fécondité. Parmi les tribus errantes, dont la fubfiftance dépend principalement de la chafle, la mere ne peut guère donner fes foins à un fécond enfant avant que le premier ait atteint allez de force pour être en quelque forte indépendant des foins de la tendreiTe maternelle. C'eft - là fans doute la fource de cet ufage univerfel parmi les femmes Américaines de nourrir leurs enfans pendant plufieurs années (2) , & comme elles fe marient prefque toujours fort tard, le tems de leur fécondité eft palTé avant qu'elles aient pu achever d'élever fucceflî-vement deux ou trois enfans ("3). Parmi les tribus groflieres, qui n'ont ni affez de prévoyance ni affez d'induftrie pour faire des provifions de vivres, c'eft une maxime générale qu'il ne faut jamais fe charger (1) Lafitau, I, p. 590. Charlevoix, 111, p. 304. (a) Herrera, décati. 6, lib. I, c. 4. (3; Charlcvoix III, 303. Dumont, SÛm. far U Lotit-fane II, p. 270. Deuys, hift. nat. de V'Amérique II tp. 365, Charlcvoix» hift. du Paraç, II, p. ajxu L2 244 H i J t o i R e pm d'élever plus de deux enfans (f); aulTi ne Liv. îv. trouve -1 • on jamais parmi ces peuples des familles auffi nombreufes que dans les fo-ciétés civilifées (2). Quand il naît deux jumeaux, l'un des deux eft communément abandonné, parce que la mere ne pourroit fuffire à les élever l'un & l'autre (3). Lorf-qu'il arrive que la mere meurt dans le tems qu'elle nourrit fon enfant, on ne peut plus efpcrer de conferver fa vie & on l'enterre à côté de fa mere (4). Enfin, dans ces di? fettes fréquentes auxquelles les Américains font expofés parleur ftupide indolence, la difficulté de nourrir les enfans devient quelquefois fi grande qu'il n'eft point rare de les voir abandonnés & même tués par leurs parens (5). C'eft ainfi que le fentiment des peines qu'il faut fe donner dans la vie fauvage pour conduire les enfans jufques à l'âge mûr, étouffe fouvent la voix de la na- (O Techo's account of Paraguay, &c. Churchill colieft. 6, ic8. Lettr. e'dif. XXlV-soo. Lozano, defcr.qi, (2) Macclour's Journal, 63. (3) Lettr. tjfif, X, p. 200. Voyez la Note LI. 00 Charlevoix lll, p. 363. Ltttr. édif. X, p. cco. p. Mclcl». Hernandès, Memor, de C/ rtlatm hift. de Jos dtequit. p. 33. D E L'A M E R I Q U E. 2 g Jes uns pour les autres aucune de ces attentions qui fembleroient devoir naître des L« rapports qui les unifient (i> Le fouvenir des bienfaits qu'on a reçus dans la première enfance eft trop foible pour exciter ou nourrir la tendreffe filiale, lorfqu'elle n'eft plus entretenue par les foins de l'amour paternel. Plein du fentiment de fa liberté & impatient de toute gêne, le jeune Américain s'accoutume à agir toujours comme s'il étoit entièrement indépendant. 11 n'a pas plus de reconnoiflance pour fes parens que pour toutes les autres perfonnes qui vivent avec lui. Il les traite même quelquefois avec tant de mépris, d'infolence & de cruauté que tous ceux qui en ont été les témoins en ont été pénétrés d'horreur (2). Ces mœurs, qui femblent naturelles à l'homme dans l'état fauvage, parce qu'elles font le produit des circonftances de cet état même, influent puiffamment fur les deux plus grands rapports de la vie domeflique. Dans l'union des deux fexes , elles intro- CO Charlevoix, Nouy. Franc. III, p. 273. OO Gumilla, I, p. 212. Dutertre, U, p. 37<5. Ûharie-voix, Nouy. Franc. III, p. 309. Char!cvoix, hift. du Paraguay, 7, p. 115. Lozano, difcr. dcl granC/iaco, p. 6 doivent être mis dans la première vre. clafîe. Mais quoiqu'il pu'flènt être tous DE L*A M E R I Q UE. ô4p également compris fous le nom de peuples fauvages, quelques - uns étoient beaucoup plus avancés que les autres dans les arts qui préparent des fubGflances pour l'avenir. Jamais l'homme ne s'eft montré & n'exifte. ra peut - être dans un état plus fauvage qu'on ne le trouve dms lps va Iles plaines du midi de l'Amérique. Quelques peuples ne fubfiftent que des productions fponta-nées de la nature. Ils ne montrent aucune inquiétude , ils n'emploient prefqu'aucu-ne précaution , ils- n'exercent aucun art & aucune induflrie pour s'affurer les chofes les plus néceffaires à la vie. Les Topciyers du Brefil, les Guaxeros de Terre - ferme, les Caiguas, les Moxos & quelques autres peuples du Paraguay} ne connoiffent abfolument aucune efpece de culture. Ils ne favent même ni femer, ni planter. La culture du manioc avec lequel on fait le pain de caf-frve, efl un art trop compliqué pour leur induftrie, ou trop fatigant pour leur pareffe. Les racines que la terre produit d'elle même , les fruits, les baies & les grains qu'ils recueillent dans les bois-, avec les lézards & les autres reptiles que la chaleur engendre toujours dans les terrcins gras & arr»-1*5 xmwmm fés par de fréquentes pluies, forment leur Liv. iv. nourriture pendant une partie de Tannée (i). Lapêchc.Ils vivent de la pêche le refle du tems. La nature elle - même femble avoir favori-fé la pareffe de ce peuple, par la profufion avec laquelle el'e lui donne tout ce qui fuf-fît à fes befoins. Les vafles rivières de l'Amérique méridionale fourniffent en abondance les poilTons les plus délicats & les plus variés. Les lacs & les marais, formés par les inondations annuelles des eaux, font remplis de différentes efpeces de poiffons qui y refient comme en des réfervoirs naturels pour les befoins des habitans: il y a des lieux ou le poiffon efl en fi grande abondance qu'il ne faut ni art ni adrelTe pour le pêcher (2). En quelques autres endroits les naturels du pays ont trouvé le moyen d'infecter les eaux du fuc de certaines plantes, qui enivre le poiffon de manie* (O Nieulioff, A/7?, of Brafit. Churchill eolleft. II, p. 134. Simon , corrqutffa de t'ierra - firme, p. 156. Techo, account of Paraguay. Churchill, VI, ?8. Lcttr. éd'if. 23. 384-10-190* Losano, àefer. del gran Chaço , p. 81. Ribas. hift. de fos Triumfrs, p. 7. (2) Voyez la Nora LU. DE L*A MER i Q TJ E. ftçI re qu'il vient flotter fur la furface de l'eau oh l'on le prend avec la main Ci). Quelques tribus ont l'art de le conferver fans le fecours du fel, en le faifant fécher ou fumer fur des claies au moyen d'un feu très - lent (2). L3 fécondité des rivières de l'Amérique méridionale a engagé plufieurs peuples à ne vivre que fur les côtes & à fe confier entièrement pour leur nourriture à l'abondance des poiflbns que les eaux leur fourniiîent ("3). Dans cette partie du globe, la chafle n'a été ni la première occupation de l'homme , ni le premier effort de fon efprit & de fon activité; il y a été pêcheur avant d'être chaffeur ; & comme la pêche n'exige ni autant d'activité ni autant d'adrefle que la chaffe , les peuples qui font encore dans ce premier état ne peuvent pas avoir le même degré d'intelligence <5c d'induftrie. Les nations qui habitent les bords del'Orénoque &duMaragnon, font évidemment les moins actives & les plus Ci) Voyez la Note LUI. CO La Condamiiic-, p. 159. Gumilla, 11. p 37. Lettr. E'lif. 14. 199. 23. 328. Acugna, relat. de la liv. des Amazones, p. 138. C3) Barrere, rclat. de la Fr. /qitinox, p. 155, L <5 —■ ftupides de toutes les nations Américaines. Lw.iv. Mais j| n»y a que \es peuples qui vivent £a chafle. ]e iong des grandes rivières qui puifTent fubfifter ainli. Prefque aucune des nations d'Amérique, répandues dans les vaftes forêts qui couvrent cette contrée, ne pouvoit fe procurer des fubfiftances avec la même facilité , quoique ces forets , particulière-ment celles du midi de l'Amérique, fuffent remplies de gibier (i). Il falloît toujours & beaucoup d'activité & beaucoup d'adrciic "pour le pourfuivre & pour l'atteindre. La néceffité força les Américains à être actifs & leur apprit à devenir induitrieux. La chaf-fe fut leur principale occupation ; & comme c'eft un exercice qui exige beaucoup de courage , de force & d'adreiTe , elle fut con-fidérée comme une occupation auffi hono* rable que nécelTaire. Elle étoit réfervée particulièrement aux hommes: ils s'y exer-çoient dès la plus tendre jeunelfe. Un chaf-feur hardi & courageux étoit placé par l'opinion publique à côté du guerrier le plus diftingué & l'alliance du premier étoit fouvent préférée à celle du fécond (2). Pref- (j) P. Martyr, dcauL.p. 324. Gumilla, 11, p. 4j M gna, I, p. ï^o. (X) Ctatflevobc, hifli dt h Nouy. Fran, ///, p. 115, d h l'Amérique. ^ que aucun des moyens que l'homme a ima- mm ginés pour furprenire & détruire les ani- Llv« maux: fauvages, n'étoit inconnu aux AmérL» cains. Quand ils ont entrepris une chaf-fe , ils fortent de cette indolence qui leur eft naturelle, ils développent des facultés de leur efprit qui demeuroient prefque toujours cachées, & deviennent actifs, confions & infatigables. Leur fagacité à découvrir leur proie égale leur adreiTe à la tuer. Toutes leurs facultés étant conflam-ment dirigées vers cet objet, ils montrent une fécondité d'invention 6c leurs fens ont ne mis un degré de fineffe, qu'on a peine à concevoir. Ils diftinguent les divers animaux à des traces de leurs pas qui échap-peroknt à tous les autres yeux , & ils les pourfuivent avec intrépidité à travers les forêts les plus impénétrables. Lorfqu'ils attaquent le gibier directement, prefque jamais leurs flèches ne manquent ("O Je but, & lorfqu'ils lui tendent des pièges , il efl prefqu'impofliblc qu'il leur échappe. Dans quelques peuphdes il n'étoit permis au-; jeunes gens de fe marier que lorfqu'ils . (I) P.xt, voy. dt ta Fr. F.qiiii><>x, p. 357. Divfcs, dijï eut, of tin river, of Amas. p.irclm, IV t p. L 7 mmwm avoient fait preuve de leur habileté dans la Iav. IV. chafle & lorfqu'ils avoient montré bien évi-demmenc qu'ils étoient capables de fubve. nir à tous les befoins d'une famille. Quoique l'efprit des Américains foit naturellement très - peu actif, l'émulation qui les excite à chaque mitant leur a fait imaginer des moyens qui facilitent beaucoup les fuccès de leur chaile. La plus remarquable de leurs découvertes en ce genre elt celle d'un poifon dans lequel ils trempent les flèches dont ils fe fervent. La plus légère blelTu-re de ces flèches empoifonnées elt toujours mortelle. Si elles percent feulement la peau, ' le fang fe fige & fe glace dans un moment ; l'animal le plus vigoureux tombe fans mouvement fur la terre. Ce poifon cependant, malgré fa violence & fa fubtilité, ne corrompt point la chair de l'animal qu'il fait périr ; on peut la manger en toute fureté & elle conferve toutes les qualités qui lui font naturelles. Les peuples du Maragnon & de l'Orénoque- compofent principalement ce poifon avec des fucs extraits d'une racine qu'ils nomment curare & qui eft une efpece de liane Ci). Ci) Gumilla II, p. i. La Condaiaine, p. ao8. Recher* D E L'A M E R I Q Û E. Dans quelques autres pays de l'Amérique —«9 on emploie le fuc du Mancsniliert quj agjt Liv.rv. pour le moins avec une activité auffi funef-te. Pour les peuples qui poflTedent ce fe-cret , l'arc efl: une arme plus meurtrière qu'un fufil, & dans leurs mains habiles fert à faire un grand carnage des oifeaux & des quadrupèdes dont les forêts de l'Amérique font remplies. Mais la vie de chaffeur n'eft qu'un degré qui conduit l'homme à un état de fociété plus avancé. La chafTe, dans les pays même oh le gibier eft le plus abondant & oti les chalTeurs ont le plus d'adreffe, ne peut donner qu'une fubfiftance incertaine & qui manque même totalement dans certaines faifons de l'année. Si le fauvage fait dépendre entièrement fa fubfiftance de fes flèches, il fe voit fouvent réduit avec fa famille aux plus cruelles extrémités ("i). Il n'eft guère de pays oh la terre produife affez d'elle-même pour fuffire à tous les be» foins de l'homme. Dans les climats les plus doux & oh les terres font les plus fécon- ches philofuph. n, p. ggp. Baocroft,iWtf. hift. of Guyana5 p. 181. (0 Voyez la Non LIV. des, l'induftrie & la prévoyance font nécef-JfFfïfo fah-es.jufqu'à un certain point pour s'affurer Leur a- une fubfiftance confiante. L'expérience des Bncuituie.difettes qu'eprouVent ies peuples chafTeurs leur fait furrnonter enfin cette horreur pref-qu'invincible qu'ils ont pour le travail & les oblige à avoir recours à la culture des terres comme à un fupplément à la chalTc Il y a des fituations particulières oh de petites tribus peuvent fubfifter de la pêche, indépendamment des productions que le travail peut arracher à la terre ; mais dans toute l'étendue de l'Amérique il feroit difficile de trouver quelque nation de chaffeurs qui n'eût pas une efpece de culture. Fruks Leur agriculture n'efl cependant ni éten* feur*? C^ue ™ P^mD^e* Comme le gibier & le poif-ture. fon font leur principale nourriture , ils ne fe propofent en cultivant la terre que de fuppléer au défaut accidentel de ces moyens de fubfiflançe. Dans le continent méridional de l'Amérique, les naturels bornoient leur induflrie à élever certains végétaux, qui dans un fol riche & fous un climat chaud parviennent aifément à la maturité. Le principal étoit le maïz, plus connu en Europe fous le nom de bled d'Inde ou de Tur- D E L*A M E R I Q u îî. sj7 quie, efpece de grain très-prolifique, d'u- r.,^ ne culture fimple, agréable au goût & qui iw.iv. donne une nourriture forte & favoureufe. I.e fécond de ces végétaux eft le manioc, qui acquiert le volume d'un gros arbrilleau ou d'un petit arbre, & produit des racines qui reiTemblent affez aux navets. Après en avoir exprimé avec foin le fuc, on réduit ces racines en une poudre fine, dont on fait des gâteaux minces, appelles pain de caffave , & qui, quoiqu'infipides au goût, ne font pas une mauvaife nourriture CO« Comme le fuc du manioc eft un poifon mortel , quelques auteurs ont vanté l'induftrie des Américains qui ont fu convertir en un ah> ment fain une plante vénéneufe ; mais on devroit plutôt n'y voir qu'un de ces expé-diens auxquels la néceffité de trouver un moyen de fubfiftance force les nations fauvages ; & peur - être .les hommes n'ont-ils été conduits à cette découverte que par des procédés gradués ou il n'y a plus rien de merveilleux. (i) Sloane, hift. of Jamaka, introd. p. 18. Labat I, p. 394. Acofta, hift. ind. Octid.natur. lib. IV, c. 17. Ul- loa I, p. 61. Aub'et, mémoire fur le manioc, Hift, des ftgjttes; tom. II, p, 63, fîfcé j|gB II y a une efpece de manioc , entièrement liv. iv. dépouillée de qualité nuifible , & qu'on peut manger fans aucune autre préparation que celle de le faire griller fur la cendre chaude. Il eft probable que cette efpece fut la première dont les Américains firent leur nourriture ; & la nécefllté leur ayant appris par degrés l'art de féparer les fucs nuifiblês de l'autre efpece , ils ont enfuite trouvé par les expériences que celle-ci é-*foit la plus prolifique, ainfi que la plus nour-rilfante des deux (i> Le troiûeme des végétaux dont nous avons parlé eft le plantain , qui s'élève à la hauteur d'un arbre, & qui cependant croît avec une telle rapidité qu'en moins d'un an il récompenfe de fes fruits l'induftrie du cultivateur qui l'a planté. Le plantain grillé tient lieu de pain & donne un aliment agréable & nourrif» fant (2). Le quatrième eft la patate, dont la culture & les qualités font trop connues pour avoir befoin d'être décrites. Le fixie-me eft le piment, arbufte qui produit une (O Martyr, dec. 301. Labat, I, p. 4«« Gumilla, III, p. 192. M&huca mïlie Indiana,p. 164. Voyez la Not* LV. CO Voyez la Notb LVI. D E L'A MEIUQCE, épicerie aromatique & forte. LeS Américains qui , comme les autres habitans des climats chauds, aiment les faveurs chaudes & piquantes, regardent cet affaifonnement comme un befoin de la vie & le mêlent en grande quantité avec tous les alimens dont iJs fe nourriffent (i). Telles foht les diverfes productions qui formoient le principal objet de la culture chez les peuples chaiTeurs du continent de l'Amérique. Avec une induftrie médiocrement active & un peu de prévoyance, ces productions auroient fuffi pour fubvenir aux befoins d'un peuple nombreux. Mais des hommes accoutumés à la vie libre & errante de chaffeurs, font incapables de toute alli» duité régulière au travail, & regardent l'agriculture comme une occupation d'un ordre inférieur.: Ainfi les provisions de fubfif» tance que les Américains tiroîent de la cul. ture, étoient fi bornées & fi peu aflurées, que fi quelqu'accident rendoit leurs chafies moins heureufes qu'à l'ordinaire, ils étoient réduits à la plus grande difette. Dans les ifles la manière de vivre étoit fort différente. On n'y connoilToit aucun (U Gumilla III, p. 117. AcoiU, lib, IV, c. ao. des grands animaux:qui abondent fur le continent: on n'y a trouvé que quatre efpeces de quadrupèdes, outre une race de petits chiens muets ; & les plus grands de ces quadrupèdes n'excédùient pas la groffeur d'un lapin (i). H ne ^alloît ni activité ni courage pour aller à la chaffe de fi petits animaux ; aufli la principale occupation d'un chalTeur dans.ces ifles étoit de tuer des oifeaux, qui fur le continent étoient regardés comme un gibier ignoble, abandonné à la pourfuite des jeunes garçons (2}. Les habitans des ifles ont donc été forcés par ce défaut de gibier & par leur fituation môme, à chercher dans la pêche leur principal moyen de fubflftan-ce (3): leurs rivières, & la mer dont ils étoient environnés, leur fournhToient avec abondance ce genre de nourriture. . Dans certaines faifons, les tortues, les crabes, & d'autres coquillages fe trouvaient fur les côtes en fi grande quantité, que ces infulai-res trou voient à s'en nourrir avec une facilité qui convenoit fort à leur indolence (4), Ci) Oviedo, lib. XII, in prœm. (2) Ribas, hift. di lot triant/, p. 13. De la Potherie, II, 53. III, 20. Cs) Oviedo, m. XIII, c. 1. Gomara, hift. gin. c. 2&. C4) Guntfia, hift. gén.c. 9. Labar II, 22 [, &c. i; I t'A M11IQUE. 20-r En d'autres tems, ils mangeoienc des lé- M zards & d'autres reptiles dégoûtans (i). Ils u^r. joignoient d'ailleurs à la pêche quelque forte de culture. Le maïz (2), le manioc, & M,,]CuU d'autres plantes étoient cultivés dans les ifles de la même manière que fur le cbnti- pauaite. nent; mais tout le produit de leur m'uftrie, joint à ce que la terre produifoic d'elle - môme, n'étoit pour eux qu'une foible reiTour-ce. Quoiqu'ils fe contcntalTent d'une petite quantité de nourriture, à peine tiroient - ils de la terre ce qui étoit nécelTaire à leur con-fommation , & fi quelques Efpagnols ve-noient à s'établir dans un canton, il fuffifoic de ce petit furcroit de bouches furnumérai-rcs pour épuifer leurs provifions ci amener la famine. Deux circonftances, communes à toutes R,in,IV» les nations fauvages de l'Amérique, con d- ce,te coururent avec celles dont j ai deji parlé,tiou. non - feulement à rendre leurs agriculture très - imparfaite, mais encore à rcitreindre leur induftrie dans toutes leur opération*. Ils n'avoient point d'animaux domeftiques & ils ne connoiflbie.it point l'ufage des métaux. CO Oviedo, lib. XOfyT: 3. 00 Voyez la Nom LVIl. wmwm En d'autres parties du globe, l'homme, tiv. IV. même dans l'état de fociété le plus fauva-Clique ge 9 fe montre encore comme le maître de maux do- la terre, donnant des loix aux différentes ^^"'claffes d'animaux , qu'il a apprivoifées & réduites en fervitude. Le Tartâre pourfuit fa proie fur le cheval qu'il a élevé , ou conduit les nombreux troupeaux qui lui fourniffent fa nourriture & le vêtement. L'Arabe a rendu le chameau docile & fait fervir à fon ufage la force & la patience de cet animal. Le Lapon a fournis le renne à fa volonté, & les habitans même du Kamt-fchatka ont formé les chiens au travail. C'eft une des plus belles prérogatives de l'homme, un des plus grands efforts de fon intelligence & de fon pouvoir, que cet empire qu'il exerce fur les créatures d'une clafle inférieure: fans cet empire, fa domination eft imparfaite; c'eft un monarque fans fujets,, un maître fans ferviteurs. Il eft obligé d'exécuter tous fes travaux par la force feule de fes bras, & telle étoit la condition des nations fauvages en Amérique. Leur efprit étoit fi peu cultivé, leur union focia-le fi imparfaite, qu'ils ne paroiffoient pas fentir la fupériorité de leur nature, & qu'ils d e l'A m e r i q u 15. 2Ô3 laiiToient tous les animaux jouir de leur liberté fans fonger à exercer leur pouvoir fur aucun. Il eft vrai que la plupart des animaux qui ont été rendus domeftiques fur notre continent, n'exiftoient pas dans le nouveau monde; mais ceux qui font particuliers à l'Amérique, ne font ni allez farouches ni alTez redoutables pour n'avoir pu être domptés & alTervis. Il y a quelques animaux dont les efpeces font communes aux deux continens; mais le renne qui a été apprivoifé fis fournis au joug dans un des deux hémifpheres, eft refté fauvage dans l'autre. Le bifon d'Amérique eft évidemment de la même efpece que le bœuf d'Europe (1). Les nations même les plus gros-fiercs de notre continent ont rendu cet animal domeflique, & c'eft par fon fecours que les hommes ont fçu exécuter des travaux néceffaires avec plus de facilité, & augmenter utilement leurs moyens de fubfiftance. Les habitans de plufieurs régions du nou-veau monde, oh le bifon eft très-commun, en auroient pu tirer les mêmes avantages ; il n'eft pas d'une nature fi indocile qu'on n'eût pu l'élever à rendre aux hommes les (i) M» de Dufion, hift, nat. art. Bifon. i— mêmes fervices que lui rendent les bêtes à Liv.iv. cornes (O- Mais dans J'étotoh les Américains ont été trouves lors de la découverte, un fauvage eft l'ennemi des autres animaux, non leur fupérieur. Il les chafle & les détruit ; mais il ne fait ni les multiplier ni les gouverner (2). m Cette clrconftance forme peut-être la diflinclion la plus importante qu'il y ait entre les habitans de l'ancien & du nouveau monde, celle qui donne aux peuples civili-fés plus de fupériorité fur ceux qui reftent fauvages. Les plus grandes opérations de l'homme pour changer & embellir la face de la nature, & fes efforts les plus puifians pour augmenter la fécondité de la terre , s'exécutent au moyen des fecours qu'il reçoit des animaux qu'il a arprivoifés & formés au travail. C'eft par leur force qu'il parvient à dompter le fol rebelle & à con« venir en champs fertiles les déferts & les marais. Mais l'hoirme dans l'état de civili- fa- Ci) Ilenncpin , Nouy. dec. p. 192. Kalin, roy. dans P/fm. ftpt. I, 207. C2) M. de BÙfioq, hift. rat. IX, 95» Hift, philof. & politique des deujc Indes yit 364. » E L'A MERiqUE, atfj frtion efl fi familiarifé avec l'ufige des ani- Bgg maux domcftiques, qu'il ne réfléchit guère Li*;1Vi ftni les avantages ineflimables qu'il eh- retire. Suppofons-le cependant, môme dans l'état de fociété le plus parfait, privé de l'utile-fqpours de ces animaux, nous verrons ceffer à quelques égards fon empire fur la nature,-'& il refbera un animal foible , embarrafle de trouver les moyens de fubfi-fler, & incapable de tenter ces entreprifes pénibles que leur-affiflance le met en état d'exécuter avec tant de facilité. ■ Il efl très - difficile de décider fi l'empire rjr^e des que l'homme>ct-cree' fur les animaux , -ou ÇjjJJ,. l'ulàge qu'il a fu faire:des métaux,a le plus connu, contribuée étendre fon pouvoir. L'époque de cette importante découverte efl inconnue, & dans notre hémifphere elle ne peut' être que très-reculée. Il n'y a que la tradition & - quelques inflrumens greffiers de nos ancêtres , retrouvés par hafard , qui nous apprennent que les hommes ignoroient anciennement l'ufage des métaux & ta-choient d'y fuppléer en employant les cailloux, les coquilles, les'os & d'autres fub-flances dures aux mêmes ufages auxquels les peuples policés.font fervir les métaux. Tome U. M La nature complettc la formation de qucl-' qucs métaux: for, l'argent & le cuivre fe trouvent purs & parfaits dans les ftmtes des rochers, dans le fein des montagnes, dans le lit des rivières. Ces métaux furent donc les premiers qu'on dut connoître & les premiers dont on fit ufage. Mais le fer, qui eft le plus utile de tous & celui auquel l'homme a le plus d'obligation, ne fe trouve jamais dans fon état parfait: fon minerai groifier & rebelle doit être fournis deux fois à la puiflance du feu & fubir deux opérations pénibles avant de devenir propre à aucun fervice. L'homme a dû connoître pendant longtems les autres métaux avant que d'acquérir l'art de fabriquer le fer, & avant que d'arriver à ce degré d'induftrie né-ceflaire pour perfectionner une invention qui lui fournit les inftrumens au moyen defquels il fubjugue la terre & commande à tous fes habitans. Mais à cet égard, ainfi qu'à plu-fieuTS autres, l'infériorité des Américains étoit bien frappante. Toutes les tribus fauvages, difperfées fur le continent & dans les ifles, ne connoilToicnt point du tout les métaux que le fol produit en abondance, fi nous en exceptons un peu.d'or qu'ils re» © E L'A ME HIQUE. %6f cueilloicnt dans les torrens qui tomboient ÉBM des montagnes & dont ils faifoient quelques liv.iv. ornemens. Les moyens qu'ils avoient hna« ginés pour fuppléer au défaut de ces métaux néceffaires, étoient extrêmement greffiers. L'ouvrage le plus fimple étoit pour eux de la plus grande difficulté & exigeoit les plus grands efforts de travail. Ils n'avoient pour abattre les bois que des haches de pierre & ils y employoient des mois en-tiers. Creufer un canot étoit pour eux l'ouvrage d'une année , & fouvent le bois dont ils le faifoient étoit pourri avant que le canot fût achevé. Leurs travaux pour l'agriculture étoient également lents & imparfaits. Dans les contrées couvertes de hautes forêts il falloit les efforts réunis d'une peuplade entière pour nettoyer le champ qu'on deftinoit à la culture & ce travail de-mandoit beaucoup de tems & beaucoup d'ef» forts. Les hommes croyoient avoir affez fait quand ils avoient ainfi préparé groflié-rement la terre ; les femmes, chargées du refte de la culture, la creufoient ou du moins la remuoient avec des hoyaux de boit & femoient ou plantoient enfuite. Là fe terminoient tous les travaux, & la fertilité M 2 —■ naturelle du fol devoit faire le relie. L'a-•Llv-agriculture, lors môme que l'homme eft fe-condé par les animaux qu'il a fournis à fon joug & par les inftruracns divers qu'il a fu fabriquer depuis la découverte des métaux, eft toujours un travail très-pénible. Ce n'eft jamais qu'à la fucur de notre front que rous '.pouvons féconder la terre. Il n'eft donc pas étonnant que des peuples privés de tous ces fecours aient fait fi peu de progrès dans l'agriculture & qu'ils aient toujours dépendu pour leur fubfiftance de la pêche & de la chalTe, beaucoup plus que dès productions qu'ils tiroient delà terre. icsîmU * "Après avoir fait connoître la manière de rations fubfifter des peuplades groflieres de l'Amé- policiques ' 1 naiflënt rique, nous pouvons en déduire la forme & eut. l'efprit de leurs inftitutions politiques, & indiquer les différences les plus frappantes qui fe remarquent entre ces peuples fauvages & les nations civilifées. j Ils i°. Ils font partagés en petites peuplades fonc par- indépendantes. Quand la chaffe feule four- tag.s en r petites nit prefque feule à la fubfiftance de l'hom- coninui- - , , , , nautés. me , il faut une grande étendue de terrein pour nourrir un très - petit nombre d'hommes. A mefuie que les hommes fe multi* D E L'A M E R I Q TS E. aç0 plient 6c fe réuniiTent, les animaux qui leur HS"» fervent de proie, diminuent ou fuient à dé Llv-Iv-grandes diftances des habitations de leur ennemi. Tant que la chafle eft le principal moyen de fubfiftance, la population eft fore bornée & les hommes font obligés de fe difperfer, comme le gibier même qu'ils pourfuivent, ou de recourir à d'autres moyens plus faciles pour, fe proeursr .\ie quoi vivre. Lés animaux de proie, folitaî-res & infociables de leur nature, ne vont pointa la chafle en compagnie; ils le plan-fent dans les profondeurs des forêts, oh fans être troublés ils peuvent errer & détruire les autres animaux. Les peuples"chafleurs relTemblent par leur génie à ces animaux de proie. Ils ne peuvent former de grands corps parce qu'il leur feroit impofîible de trouver leur fubfiftance, & ils font obligés de repouffer bien loin tous les rivaux qui vou-droient empiéter fur le territoire qu'ils re» gardent comme une propriété exclufive. Tel étoit l'état des tribus Américaines* leur nombre étoit toujours très -petit , quoiqu'elles fuflent répandues fur de très-vaites contrées: elles étoient très - éloignées les unes des autres & dans des guerres & des M 3 9BSS rivalités continuelles. En Amérique, le mot **Mr* de nation ne réveille pas d'auffi grandes idées que dans les autres parties du globe. On l'applique à de petites fociétés qui ne font compofées que de deux ou de trois Cents peifonnes, mais qui occupent fouvent des pays plus confidérables que certains royaumes de l'Europe. La Guyane, quoique plus étendue que la France & divifée en un grand nombre de nations, ne conte* noit pas plus de vingt-cinq mille habitans. Dans les plaines des bords de l'Orénoque , on fait plus de cent milles, en différentes directions, fans rencontrer une feule cabane & fans trouver môme des traces de créatures humaines. Dans le nord de l'Amérique, oh le climat eft plus rigoureux & la terre moins fertile, la mifere & la dépopulation font encore plus grandes. C'eft-là qu'on fait des centaines de lieues à travers des forêts & des campagnes défertes. L'homme ne peut gueres occuper toute la terre, tant que la chaiTe continue d'être fa principale refTource pour fa fubfiftance. a. Us 20. Les peuples chaffeurs ne connoiffent ont îdée point le droit de propriété. Comme les priiy1* animaux qui nourriflent le chaffeur ne font i) e l'Amérique. 271 point élevés par fes foins, il ne peut avoir aucun droit fur eux tant qu'ils errent dans les forêts. Dans le pays ou le gibier efl fi abondant, qu'on peut le prendre fans beaucoup de peine, on ne fonge point à s'approprier ce qu'on peut toujours avoir fi ai-fément. Dans les pays, au contraire , oh il efl fi rare que les dangers & les fatigues de la chafTe exigent les efforts réunis de toute une tribu, de tout un village, il doit pa-roître appartenir également à tout le monde, parce que tout le monde a également contribué au fuccès de l'expédition. Les forêts chez les peuples chaffeurs font confl-dérées comme la propriété d'une tribu, qui a le droit d'en exclure toutes les tribus rivales. y>Mais parmi ces tribus il n'eft point d'individu qui puifle s'arroger quelque portion particulière de propriété, exclusive-ment k tous les autres membres de la fociété. Tout appartient également à tous, & chacun va prendre dans le magafin commun oh l'on a mis le butin de la chafle, tout ce qui lui eft néceffaire pour fa fubfiftance. Les principes qui règlent la principale occupation de leur vie , s'étendent auili aux travaux acceflbires qu'ils y. joi-M 4 gnent. L'agriculture même n'a pu .introduire parmi eux une idée complette de la pro-priété. Tandis que les hommes chaflent, les femmes travaillent à la terre, & tous enftmble , après avoir fini leurs tâches, jouiiïent en commun des fruits de leurs tra* vaux. Parmi quelques tribus toutes les productions- de la terre font dépofées dans des greniers publics, pour être partagées enfui-■te entre tous les membres, fuivant une juf-•te proportion des befoins. Quoiqu'on les renferme dans des greniers féparés, parmi quelques autres tribus, on n'y peut cependant jamais acquérir un droit aflez exclufif de propriété pour qu'il foit permis à quelqu'un de jouir du fuperflu, tandis qu'autour de lui quelqu'un manque du nécelTaire. Toutes les diftinftions qui naiffent de l'inégalité des richeffes leur font inconnues. Les noms même de riche & de pauvre n'ont pu pénétrer dans leurs langues. Us font enfin abfo-lument étrangers à tous les rapports qui naiffent de la propriété, ce grand objet des loix & de la politique, cette bafe principale de tous les gouvernemens que le genre humain a établis fur la terre. Les hommes dans cet état confervent toujours D E L*A MERIQDE, a?3 jours un fèntiment très-fort de leur indé-pendance & de leur égalité. Partout ou la Llv-™. propriété n'elt point établie, les diftinctions^ncjj?ent qui nailfent des qualités perfonnelies font pentlancc les feules qu'on puiffe connoître, & ces dis-ru^2*" tïnftions mêmes ne peuvent fe rendre fenfî* ' bles que dans les occasions où les hommes font forcés à déployer toutes leurs facultés. Dans les tems de grand danger & dans les affaires difficiles, on confulte la fageffe; & l'expérience des vieillards qui prefcriventr les mefures que l'on doit prendre^ Lorfqu'ils entrent en campagne contre l'ennemi, le guerrier le plus diftingué par fon courage fe met à la tête de la jeuneffe & la conduit aux combats (i). Quand ils vont en troupe à la. chaffe, le chaffeur le plus adroit & le plus heureux dans fes entreprifes fe met encore à la tête de la troupe & en règle tous les mouvemens. Mais dans les tems de repos & de tranquillité , oh l'on n'a plus aucune occafion de développer ces talens na» turels, on ne connoît plus aucune efpece de prééminence. Toutes les circonftances de la vie rappellent toujours aux membres de CO Acofïa, hift. VI, c. 19. Stadius hift. Jiraftl. tffc. II y c* 15. Dfcbry, III, p. iq. Biet, 36r.. M s ——g la communauté qu'ils font égaux. Us font Liv. iv. t0U8 vê£us y nourris & logés de la même manière. Rien de ce qui conftitue la fupério-rité d'une part & la dépendance de l'autre n'eft connu chez eux. Tout homme eft gljirat & de /ujet n'y font pas même en ufage. Chacun femble jouir encore de toute fon indépendance naturelle. Si i'on propo-fe quelqu'enrreprife pour l'utilité publique, chaque membre de la communauté eft libre d'y concourir ou de ne pas y concourir. Ils n'ont ni réglemens qui leur impoftnt des fervices, ni loix coaclives qui les forcent à les exécuter. Toutes leurs réfolutions font "Volontaires & partent toujours des mouve-mens naturels de leur ame (2). Dans la plupart de ces peuplades groflieres on n'a pas même fait encore le premier pas qui conduit à l'établiflement du pouvoir judiciaire. Le droit de la vengeance eft laiffé dans les mains des particuliers (3). Lorfqu'il y a eu quelque violence commife ou du fang répandu, la communauté ne fe charge point d'infliger ou de modérer la punition. C'eft aux parens ou aux amis à venger l'offenfé ou la victime , & à recevoir la réraration (O T.nza-o. deft. de' gran Chaco, 93. Mdendez, iefo» ros vertaderos. ff, 23. V.iyc-z h Non-: LXIf. (9} Cir.vle oix , hift. de la Nouy. France, III, 2(55, 263* (3) Ucncra, dec. 8. lib. IV, c. tf. d E l'A meriq u e. s?7 offerte par le coupable.' Si les vieillards s'en "ran tremettent , ce n'eft jamais pour déciderL,v- *v«. l'affaire, mais pour donner des cbnfeils qui ne -font prefque-jamais écoutés. Comme il paroît honteux de biffer une offenfe impunie, le reflentiment eft toujours implacable & éternel (r>. On peut dire que parmi les fauvages l'objet du gouvernement ne s'étend pas au-delà de l'intérieur des familles. Us ne s'occupent jamais à maintenir un ordre général & public par l'exercice d'une autorité permanente; & fi des travaux communs maintiennent quelqu'union entre les membres d'une tribu , c'eft furtout pour attaquer ou repouffer l'ennemi avec plus dû vigueur & d'avantage. Telle étoit la forme de l'ordre politique a quel* i » • r- i • j peuples établi chez prefque toutes les nations de 011 doit l'Amérique. C'eft dans cet état que fe trou- ^j[qdS vent toutes les peuplades répandues dans«ipuon0 les vaftes provinces qu'arrofe le Mifïiffipi, depuis l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, jufqu'aux confins-de la Floride. Les peuples du BrcfiJ , les habitans du Chili , quelques tribus du Paraguay & de la Gùya- (lï Charlevoix, hift. de la Nouy. fran. 111, 261, Lnïï-tau I, 4fc(S. CaUaai, hift. duNtieyo'RrynQ dcGranada-, 226» M 7 ne, & celles qui habitent les contrées qui ♦s'étendent depuis l'embouchure de l'Oreno-que jufqu'à la péninfule dTucatan, étoient auffi dans le môme état. Dans ces fociétés fi petites & fi nombreufes, il devoit y avoir fans doute quelques variétés qui marquoicnt des différences dans les progrès de la civilifation. Mais ce feroit en vain que nous chercherions ces variétés, parce qu'elles n'ont pas été obfervées par des hommes en état de démêler ces légères différences qui diflinguent les nations les unes des autres lors même qu'elles ont en général le même caractère. A quelque chofe près, le tableau que nous venons de tracer convient également à tous les peuples de l'Amérique, qui joignoient un peu d'agriculture aux produits de la chaffe & de la pêche. Quelque imparfaites «Se groffieres que nous paroiifent ces inftitutions , il y avoit des tribus qui avoient fait encore moins de progrès. Parmi les nations qui vivoient uniquement de la chaffe & de la pêche & qui n'avoient aucune efpece d'agriculture, l'union & le fèntiment de la dépendance mutuelle entre les membres étoient fi foibles, qu'on avoit peine à découvrir dans leurs actions D E L'A MERIQUE. 270 quelqu'apparence d'ordre & de gouverne-ment. Leurs befoins étoient en petit nom-Llv* lv« bre, l'objet de leurs entreprifes étoit fira, pie; elles formoient des peuplades féparées &agi(Toient de concert par inftinct., par habitude ou par intérêt, plutôt que par des principes raifonnés d'union & d'aflbciation. Il faut placer dans cette clalfe les Californiens , plufieurs des nations qui habitent la vafte contrée du Paraguay, quelques peuples des bords de l'Orénoque & de la rivière de Sainte -Magdeleine dans le nouveau royaume de Grenade CO- Mais parmi ces nations même, oh l'on Quelques apperçoit à peine l'ombre d'un gouverne- Jg^?1" ment régulier, ob l'autorité eft relTerrée dans des bornes fi étroites , on trouve quelquefois des inftitutions qui donuent au chef un pouvoir qui femble oppofé au ca-ratière des peuples fauvages. En obfervant les inftitutions politiques établies par l'homme , foit dans l'état fauvage, foit dans la civilifation, on en découvre toujours quelques- unes d'irréguîieres qui fortent des re. gles générales, qui contrarient l'ordre de (O Venegas ï;'p. 63. Leur. édif. II, p. i7C. Techo, hift. of Varag. Churchill VI, 78. 2ç?0 H I S T O I K E — toutes les autres, & qu'on s'efforcerait val* Llv* lVJ nement de concilier avec le fyftême général des loix & des principes qui gouvernent tes focictés dans les mômes circonftances. On en rencontre quelques - unes de fem-blables en Amérique parmi les peuples que nous avons confondus fous le nom commun de Sauvages. Elles font fi curieufes & fi importantes, que je crois nécelTaire de les faire connoître & de remonter à leur origine. Surtout Dans le nouveau monde , comme dans «JSpS toutes les autres parties du globe , les con-payVlcS crées r"roi^es & tempérées font le fiege fa-chauds, vori de la liberté & de l'indépendance. Là les ames font fortes & vigoureufes comme les corps. Plein du fèntiment de fa dignité perfonnelle & capable des plus grands efforts pour la faire refpeéfcer, l'homme y afpire toujours h l'indépendance, , 3. ■■■■lu prétendoient être doués du pouvoir de ré-Liv. iv. gler les faifons, de difpenfer le folcil & la pluie , félon que leurs fujets en avoient befoin* AIkro_ Dans quelques parties du continent l'auto-m. * rite des caciques femble avoir été aufli étendue que dans les ifles. Dans Bogota, qui elt aujourd'hui une province du nouveau royaume de Grenade, il y avoit une nation plus rj nrimbreufe & plus avancée dans les diffe-rens arts qu'aucun autre peuple d'Amérique , à l'exception des Mexicains & des .Péruviens. Elle fubfiftoit principalement du produit de l'agriculture. L'idée de pro. priété y étoit établie & les droits en étoient maintenus par des loix, tranfmifes par tradition & obfervées avec un grand foin (O* Ce peuple vivoit dans de grandes villes; il étoit vétu d'une manière convenable, & il avoit des maifons qu'on pouvoir regarder comme commodes en comparaison de celles des nations qui l'environnoient. Cette civilifation extraordinaire avoit produit des effets fcnfibles. Il y avoit une forme ré« guliere de gouvernement & un tribunal éta- (i) Piedrahita, h'/Jl. o'e las ittiquifias tfel i.my. rciuo & grsn. p. 46. de l'Amérique. 285 bîi pour connoître des différcns crimes & les punir avec févérité. On y connoiffok la diltinclion des rang?. Le chef, à qui les Efpagnols donnoient le titre de monarque, & qui mcritoit ce nom par l'appareil & l'étendue de fon autorité , gouvérnoit avec un pouvoir abfolu. 11 avoit des officiers de différens grades, & il ne paroilToit jamais en public fans une fuite nombreufe: il étoit porté avec beaucoup de pompe dans une efpece de palanquin , précédé par des coureurs qui alloient en avant pour faire nettoyer la route de fon palTage & la joncher de fleurs. La dépenfe de cette pompe extraordinaire Te prenoit. fur les taxes & fur les prefens - qu'il recevoir, du peuple, pour qui ce prince étoit un objet de vénération fi impofant que perfonne n'ofoit Je regarder en face, ni même s'approcher de lui autrement qu'en détournant le vifage(i). y avoit fur le même continent d'autres tribus, moins avancées dans la civilifation que le peuple de Bogota, chez lefquelles cependant l'efprit de liberté & d'indépendance, fi naturel à l'homme fauvage, étoit (ij Hcircra, dec. 6, lib. I. r.' 2, lib. V', c. 56. Pie-tohita, c. 5, p. as, &à Coûtera, hift, c. 72, mmm* déjà fournis à une forte de police, & qui liv. iv. avoient des caciques revêtus d'une autori* té affez étendue, caufede II n'eft pas aifé d'indiquer les circonftan-ts vané-ccs uj ^ démêler les caufes qui ont contribué à introduire & à établir parmi ces peuples une forme de gouvernement fi différente de celui des tribus qui les environnent, & fi oppofée au génie des nations fauvages. Si les hommes qui ont eu occafion de les obferver dans; leur état primitif, y ivoient apporté plus d'attention & de dif-cernement, nous aurions pu en recevoir des lumières fuffifantes pour nous guider dans cette recherche. Si d'un autre côté l'hiftoire d'un peuple à qui l'ufage de l'écriture eft inconnu, n'étoit pas enveloppé de ténèbres impénétrables, nous pourrions tirer de cette fource quelques éclaircilTe-mens. Mais nous ne pouvons rien recueillir de fatisfaifant ni des relations des Efpagnols ni des traditions même des habitans ; il faut avoir recours aux conjectures pour expliquer les irrégularités qui fe pré-fentent dans l'état politique des peuples dont nous parlons. Comme toutes ces tribus qui avoient déjà perdu leur liberté & de l'Amérique. 28? leur indépendance naturelle, étoient fituées :__ fous la zone torride ou dans des pays qui Liv.iv. en font voifins , on peut fuppofer que ie climat a contribué à les difpofer à cet état de fervitude , qui femble être la deftinée de l'homme dans ces régions de la terre. Mais, quoique l'influence du climat, plus puilfante que celle d'aucune autre caufe naturelle, ne doive pas être négligée , cette circonftance feule ne peut cependant pas fuffire pour donner la folution du problême. Les actions des hommes font fi compliquées qu'il ne faut pas fe hâter d'attribuer à un feul principe la forme particulière qu'on leur voit prendre. Quoique le defpotifme ne fe trouve en Amérique que fous la zone torride & dans les pays chauds qui l'avoifincnt, j'ai déjà obfervé que ces pays font habités par différentes tribus , dont les unes jouiffent d'une grande liberté & les autres ne font foumifes à aucune efpece de police. L'indolence & la timidité particulière aux habitans des ifles les ren-doient tellement incapables des fentimens & des efforts néceffaires pour refler dans l'indépendance, qu'il feroit inutile de chercher quelqu'autre caufe de leur lâche fou- ■» million h la volonté dfao chef. La fcrvî-IV- tude des Natchez.& des habitans de Bogota femblent avoir été un effet naturel de la différence qu'il y avoit entre leur état & celui des autres Américains. Ils formulent des. nations fixes, réfidmt conftam-ment dans le même lieu. La chafle n'étoit point la principale occupation des premiers, & les derniers ne paroiflent pas avoir compté fur cette reffource pour en faire un moyen de fubfiftance. Les uns.& les autres avoient fait allez de progrès dans l'agriculture & dans les arts, pour avoir pu introduire dans leur police une idee plus ou moins précife de la propriété. Dans cet état de fociété^l'avarice & l'ambition ont déjà des objets fur lcfquels elles peuvent exercer leur influence. Des vues d'intérêt réveillent les égoïftes , le défir de. commander excite les éfprits entreprenans : les uns & les*autres afpirenr à la domination,1 & des pafîlons inconnues à l'homme fauvage les portent à empiéter fur les droits de leurs concitoyens. Des motifs qui font é-galement étrangers à toutes; les nations fauvages, obligent'le peuple àbfie foumettre fans réûftance à l'autorité ufurpée ddicurs fu- T) E L'A M b R I Q o e, ag0 fupéricurs; mais parmi ces nations mômes, on n'auroit pas pu , fans le fecours de la fupcrftition , rendre l'efprit des peuples û docile & le pouvoir des chefs fi étendu. C'eft la fatale influence de la fuperftition, qui dans tous les degrés de la fociété abaif-fe & dégrade l'efpric humain, brife fa vigueur & fon indépendance naturelle. Quiconque fait manier cet inftrument redoutable eft fur de dominer fur fon efpece. Malheureufement pour les peuples dont les inftitutions font l'objet de nos recherches , ce pouvoir étoit entre les mains de leurs chefs. Les caciques des ifles pouvoient faire parler comme il leur plaifoit, leurs Cèmis ou divinités, & c'étoit par leur interpofition ce en leur nom qu'ils impo-foient des tributs & des charges fur le peuple (i). Le grand chef des Natchez étoit le principal miniftre, ainfi que le repréfen-tant du foleil qu'ils adoroient. Le refpcél que le peuple de Bogota avoit pour fes monarques étoit dicté par la religion; l'héritier apparent du royaume étoit élevé dans l'intérieur du temple principal, fous une difeipline au [1ere , & avec des cérémonies (i) Hcrreia, dec&d. i, lib. llly c. 3. Tome IL N Histoire EE particulières , propres à infpirer à fes fu-1V*jets la plus haute opinion de la fainteté de fon caractère & de la dignité de fa place CO- Ainu* la fupcrftition, qui dans les premiers périodes de la fociété efl entièrement inconnue,ou qui épuife toute fa force en pratiques vaines & puériles, avoit déjà pris un empire marqué fur les peuples Américains qui avoient fait quelques progrès vers la civilifation ; ainfi c'àoît déjà le principal inftrumcnt qui avoit fervi à plier leur ame à une fervitude prématurée; & dès le commencement de leur carrière politique, elle les avoit fournis à un defpoiifme prefqu'aulîi rigoureux que celui qui opprime les nations dans le dernier période de leur corruption & de leur décadence. deli V. Après avoir examiné les inftitutions politiques des peuples fauvages en Amérique, notre attention fe porte naturellement fur leur art de faire la guerre; c'eft-à- dire , fur les moyens qu'ils ent imaginés pour la fureté & la défenfe nationale. Les petites tribus difperfées fur ce continent font non - feulement indépendantes & ifolées , Ci) Piedtahita, p. 27, D E L'A M K RI Q V E. mais fe trouvent engagées dans des hoftili- »w tés perpétuelles les unes avec les autres (i). Llv« Quoique l'idée d'une propriété particulière appartenant à un feul individu leur foit é. trangere , les Américains les plus grofîiers connoiiTcnt le droit que chaque communauté a fur fes propres domaines ; ils regardent ce droit comme entier & exclufif, au-torifant le poiTeiTeur à repoulfer par la force toute ufurpation des tribus voifines. Comme il efl de la plus grande importance pour eux qu'on ne vienne point troubler ou détruire le gibier dans leur terrein de chaffe, ils défendent avec une attention ja-loufe cette propriété nationale; mais comme en même tems leurs territoires font fort étendus & que les limites n'en font pas exactement fixées, il s'élève des fujets innombrables de querelles qui rarement fe terminent fans effuGon de fang. Môme dans cet état fimple & primitif de la fociété , l'intérêt eft une fource de difeor-de, qui fouvent oblige les tribus fauvages à prendre les armes, pour repouffer ou pu» nir ceux qui font des incurfions dans les (i) Ribas, hift. de los tr'itimf. p, 9, N 2 ammm forêts ou dans les plaines d'où ils tirent Liv. îv. leur fubfiftance» Mais l'intérêt n'eft pas le motif le plus Leurs ino- . . , , -rr , „ tifs pour fréquent ni le plus puillant des hoftilités îuèn-c. continuelles qui fubfiftent parmi les nations fauvages. Il faut en chercher la principale caufe dans cette paillon de vengeance qui brûle dans le cœur des fauvages avec tant de violence, que le befoin de la fatisfaire peut être regardé comme le caractère dif-tinélif des hommes dans l'état qui précède la civilifation. Des circonftances très-puïs-fantes , foit dans la police intérieure des tribus fauvages, foit dans leurs opérations au dehors contre des ennemis étrangers , concourent à nourrir & à fortifier une pas-fion fi funefte à la tranquilité générale. Lorfqu'on laifle à chaque individu le droit de venger fes injures de fes propres mains, toute offenfe eft reffentie avec une extrême vivacité, & la vengeance s'exerce avec une animoflté implacable. Le tems ne peut effacer la mémoire de l'injure qu'on a reçue, & il eft rare qu'elle ne foit Efprit de pas à la fin expiée par le fang de l'agres-wngean. feur< Les nations fauvages font gouvernées dans leurs guerres publiques par les mêmes idées & animées du môme efprit que dans DE L'A M E K I Q u E. ayg la pourfuite de leurs vengeances particulie- ■■cm res. Dans les petites communautés chaque L™. iv. individu efl: affecté de l'injure & de l'affront qu'on fait au corps dont il eft membre, comme fi c'étoit une atteinte directe à fon propre honneur ou à fa fureté performelle. Le deûr de la vengeance fe communique de l'un à l'autre & devient bientôt une efpece de fureur. Comme les fociétés foi-bles ne peuvent entrer en campagne que par petites troupes, chaque guerrier a le fèntiment de fa propre importance & fait qu'une partie confidérable de la vengeance publique dépend de fes propres efforts. Ainfi la guerre qui entre de grands états fe fait avec peu d'animoûté, fe pourfuit par les petites tribus avec toute la violence d'u* ne querelle particulière. Le rcffentiment iDe-ià la de ces nations eft auffi implacable que ce- ^T^uw lui des individus. Il peut diffimuler ou fuf- guerres, pendre fes effets , mais il ne s'éteint jamais, & fouvent lorfqu'on s'y attend le moins il éclate avec un furcroît de fureur (i). Ci)Bouclier, hiji. nat. de la Nouy. Fr.p. 93. Charte voix, hift. de la Nouv. Fr. III, p. 215-451. Lery, ap, de Bry, III, p. 204. Crcuxii, hift. Canad. p. 72. Lozano, itf. delgraa Cfaco,p. 95. Hcnnepiri, maurt des Sauy. p. Ap. N 3 ■■■■ Lorfque les nations policées ont obtenu liv. iv. l'honneur de la victoire ou une augmentation de domaine, elles peuvent terminer glorieufement une guerre; mais les fauva* ges ne font fatisfaits qu'après avoir exterminé la tribu qui eft l'objet de leur rage. Ils combattent non pour conquérir , mais pour détruire. S'ils commencent des hofti-lités, c'eft avec la réfolution de ne plus voir la face de leurs ennemis qu'en état de guerre, & de pourfuivre la querelle avec une haine éternelle CO- Le dcfîr de la vengeance eft le premier & prefque le feul principe qu'un fauvage fonge à inculquer dans l'ame de fes enfans CO» Ce fèntiment croît avec eux à mefure qu'ils avancent en âge , & comme leur attention ne fe porte que fur un petit nombre d'objets » il acquiert un degré de force inconnue parmi les hommes dont les pallions font difïi-pées & affaiblies par la variété de leurs goûts & de leurs occupations. Ce defir de vengeance qui s'empare du cœur des fauva- (O Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr. 111, p. 251. Col-den, I, 108} II, 126. Barrere, p. 170-173. CO Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr. 111, 226e Lcry , op. de Bry, III, 2^C. Lozano, hift. du Parag, /, 144. D F. L'A M E R I Q U E. 20j ges, reffemble plutôt à la fureur d'inftinct. des animaux qu'à une paffion humaine. On le voit s'exercer avec une fureur aveugle même contre des objets inamiroés. Si un fauvage eft blelTé par hafard par une pierre, il la faiflt fouvent par un tranfport de colère & tâche d'appaifer fur elle fon res-fèntiment en la brifant (i). S'il eft blelTé d'une flèche en combattant, il l'arrache de fa bleffure, la rompt avec fes dents & la jette en pièces fur la terre (2). A l'égard de fes ennemis , la rage de la vengeance ne connoîc point de bornes. Dominé par cette pailion , l'homme devient le plus cruel de tous les animaux; il ne fait ni plaindre, ni pardonner, ni épargner. La violence de cette patfion eft fi bien connue des Américains eux - mômes, que c'eft elle qu'ils invoquent toujours pour exciter le peuple à prendre les armes. Si les anciens d'une tribu veulent arracher les jeunes gens à l'indolence ; û un chef fe propofe d'engager une troupe de guerriers à le fuivre dans une incurûon fur le terri- CO aP> de liry, III, 190. C2) Lcry, ap, de Iiry, II(, 20S. Herrera, de:. 1, lib. mxmm toife ennemi, c'eft de l'efprit de vengean-Liv. iv. ce qu'ils tirent les motifs les plus puilTans de leur éloquence martiale. „ Les os de 9 nos concitoyens, difent-ils, font enco-jf re expofés fur la terre. Leur lit enfan-„ glanté n'a pas encore été nettoyé. Leurs , efpritscri ent contre nous; il faut les ap-„ paifer. Allons & dévorons ceux qui les 3, ont maffacrés. Ne reftez pas plus long-„ tems dans l'inaftion fur vos nattes ; le-„ vez la hache ; confolez les efprits des „ morts & dites-leur qu'ils vont être ven-» gés CO." Perpé. Echauffés par ces exhortations, les jeunes niité des fauvages fe faififfent de leurs armes avec un guerres. ° tranfport de fureur ; ils entonnent la chan-fon de guerre & brûlent d'impatience de tremper leurs mains dans le fang de leurs ennemis. Des guerriers particuliers raffem-blent fouvent de petites troupes & vont attaquer une tribu ennemie fans confultcr les chefs de la bourgade. Un feul guerrier, par un mouvement, ou de caprice ou de vengeance, fe met quelquefois feul en campagne (i) Charlevoix, hijh de l.t Njty. Fr. III t 216, 217. Lery, ap. de Bry, III\ 204. D B L'A M E R I Q U E. 207 pagne & fait plufieurs centaines de milles p^— pour furprendre & tuer quelques enne-Liv. iv., mis (t). Les exploits d'un guerrier dans ces excurfions folitaires , forment fouvent la partie principale de l'hiftoire d'une campagne Américaine (2), & les chefs fe prêtent à ces faillies irrégulieres du courage r parce qu'elles tendent à entretenir l'efprit-martial & qu'elles accoutument le peuple k l'audace & au danger (3)- Mais, lorfqu'iï s'éîeve une guerre nationale, entreprife pat autorité publique, les délibérations fe prennent avec règle & avec lenteur. Les anciens s'aflemblent ; ils expofent leurs opinions dans des difcours folemnels ; ils pe» fent avec maturité la nature de l'entrepri-fe, & en difeutent les avantages ou les dé-favantages avec beaucoup de prudence & de fagacité politique. Les prêtres & les devins font confultés ; quelquefois même on prend l'avis des femmes ("4). Si la dé-ciGon efl; pour la guerre , on s'y prépare CO Voyez la Note LXIII. CO Voyez la Note LX1V. C3) Boira, voy. /, 140. Lery, ap. de Bryt 215. Hcn-nepin, nmtrs des Sauy. 41. Lafitau, II, 169. (4) Charlevoix, hijl. de la Nouy. Fr. IL[t liet, 367 - 380. N s mmm avec beaucoup de cérémonie. II fe préfen-uv.iv. te un chef pour diriger l'expédition, & il eft accepté ; mais perfonne n'eft obligé de le fuivre: la réfolution qu'a prife la communauté de commencer les hoftilités, n'impo* fe à aucun de fes membres l'obligation de prendre part à la guerre. Chaque individu refte le maître de fa conduite, & il ne s'engage à fervir que de fa pure volonté (i). Manière ^es PriDCipes 9ui dirigent leurs opéra-de faire tions militaires, quoiqu'extrêmement diffé-guerre. ^ principes qui règlent celles des nations civilifées , font cependant très-appro-» priés à leur état politique & au pays dans lequel ils font la guerre. Ils n'entrent jamais- en campagne avec des corps nombreux, dont la fubfiftance durant de longs voyages, à travers des lacs & des rivières, & dans des marches de plufieurs centaines de milles à travers des forêts horribles, exi-geroit de plus grands efforts de prévoyance & d'induftrie que ne peuvent en faire des fauvage*. Leurs armées ne font point em. barralTées de lourds bagages. Chaque guerrier porte avec fes armes une natte & un petit fac do mai'z, & c'eft ce qui forme (1} Cliack/oix % htf% de la Acity. Ft. 217-2^. d e l'A m e r i q u 1!. 20£ tout fon équipage militaire. Quand ils font encore à une certaine di(lance des frontières du pays ennemi, ils fe difperfent dans les bois & vivent du gibier qu'ils tuent & des poilTons qu'ils prennent. Dès qu'ils s'approchent du territoire de l'ennemi qu'ils vont attaquer , ils ralTemblent toutes les troupes & s'avancent avec beaucoup d'ordre & de précaution. Ils n'ont recours qu'aux embufeades & aux ftratagêmes. Us ne mettent point leur gloire à attaquer l'ennemi de front & à force ouverte. Le furprendre & le détruire, voilà le plus grand mérite d'un chef & la gloire de fes guerriers. Comme la chalTe & la guerre font leurs feules occupations , ils y portent le même efprit & les mêmes ru fes. Us fui vent leurs ennemis à la trace au travers des forêts. Us emploient dans la guerre ces moyens que prend le chalTeur pour découvrir fa proie , cette adreiTe à fe tenir caché près des lieux oh elle peut être, cette patience à l'attendre pendant plufieurs jours jufqu'à ce qu'elle ne puiffe plus lui échapper & qu'il foit plus fur de la prendre. Lorfqu'ils ne rencontrent point de parti détaché de l'ennemi ils s'avancent jufqucs dans les villages, mais avec tant de précautions pour cacher leur approche, qu'ils fe gliffent fouvent dans les forêts en marchant fur les mains & fur les pieds ; «Se pour mieux fe cacher ils fe peignent la-peau de couleur de feuilles mortes (t). Lorfqu'ils font affez heureux pour n'être pas découverts, ils profitent du filence de la nuit pour mettre le feu aux cabanes & maf-facrer les habitans, qui fuient nuds & fans défenfe pour fe dérober aux flammes. S'ils efperent de n'être pas pourfuivis dans leur retraite , ils amènent avec eux quelques prifonniers , qu'ils deflinent au fort le plus affreux. Mais fi, malgré toutes leurs précautions & toute leur adreffe, leurs deffeins & leurs mouvemens font découverts, l'ennemi a pris l'allarme & fe prépare à les recevoir, ils penfent alors que le parti le plus fàge efl de fe retirer. Attaquer un ennemi en plein champ, lorfqu'il efl fur fes gardes & avec des forces égales, leur paroît une extrême folie. Le fuccès le plus brillant paroît une défaîte au chef, s'il l'a acheté par une perte confidérable de fes compa- ti) Charlevoix , h:fl. de la Nouy. Fr. III, 337-238. Iteuncgin, Mmuts des Scuyngts, p. 5^» DB L'AMERIQUE, 3Q1 gnons (0, & jamais il ne fe glorifie d'une ■ victoire fouillée de leur fang O}. La mort L1v.1v. môme la plus honorablene fauve pas la mémoire d'un guerrier du reproche d'imprudence & de témérité (3). Cette manière de faire la guerre étoit uni- ns ne verfelle en Amérique ; les petites nations pS"3eei* fauvages répandues dans des pays & des cli-coura£c* mats très-divers montroient toutes plus de rufe que d'audace dans leurs entreprifes militaires. Frappés de l'oppolltion de leurs principes à cet égard avec les idées & les maximes des nations Européennes, quelques auteurs ont penfé qu'il falloit en chercher la fource dans la foiblefTe & la lâcheté qui femblcnt earaftérifer furtout les Américains & qui les rendent incapables de toute action noble & généreufe (4); mais fi nous fai-fons réflexion que dans les occafions extraordinaires qui exigent de grands efforts, non - feulement la plupart de ces tribus fa» vent fe défendre avec opiniâtreté, mais CO N'oyez la Notk LXV. Lalirau, Mattrs des Sauyçt* fes, II, 248. (p.) Charlevoix ,hifl. dé la Nouy. Fr. III, 238- 307. Bîeti (3) Clnirlevoix, III, 376. Voyez la Notiî LXVI. C4) Rc:k-rch. philor. [ur les. Amirh. I. 115. Foy. 21-:s Match. iy. p. 410.. N 7 # ! qu'elles attaquent môme l'ennemi avec le • courage le plus audacieux, & montrent une préfence d'efprit qui ne craint ni le danger ni la mort, nous verrons bien que leurs précautions doivent avoir quelqu'autre caufe que cette timidité qu'on prétend leur être naturelle (i). Le nombre des hommes dans chaque tribu eft û petit & les difficultés de l'accroître parmi les dangers & les peines de la vie fauvage font fi considérables , que la vie d'un citoyen eft extrêmement précieufe & fa confervation le premier objet du gouvernement. Si le point d'honneur parmi les foibles tribus d'Amérique eût été le même que chez les nations puilTantes de l'Europe, fi elles avoient couru à la célébrité & à la victoire en méprifant les dangers & la mort , elles auroient été bientôt détruites entièrement par* de* maximes fi peu conformes à l'état de leur population. Mais dans les tribus affez nombreufes pour être en état d'agir avec des forces plus confidérables & de foutenir des pertes fans un affoibliffement fenfible, les opérations militaires des Amé- (i) Lafrtau, R fours des Saur. II, 243.-249. Charlevoix , tijt. ds la Nouy. France III, je?. DE L'A MERIQUE, 303 rïcains reîTembloient beaucoup à celles des —| autres nations. Les Bréfiliens & les peu- Lw. iv. pies qui habitoient les bords de la rivière de laPlata, entroient en campagne avec des corps de troupes allez confidérables pour mériter le nom d'armée. Us défioicnt l'ennemi au combat, engagcoient des batailles rangées & difputoient la victoire avec cette férocité opiniârre , qui femble naturelle à des hom aes qui ne font la guerre que pour exterminer leur ennemi fans demander ni faire de quartier (Ji). Dans les puiifans empires du Mexique & du Pérou , on aflembloit de très-grandes armées, & l'on donnoit de fréquentes batailles; la théorie & la pratique de la guerre y étoient bien différentes que chez ces petites tribus qui prenoient le nom de nations. Mais, quoique la vigilance & l'attention ils ne foieut les qualités les plus néceffaires, par- Kfr'L. tout oh la guerre fe fait par la rufe & pir^un ortire ^ .n . r & aucune les furprifes ; quoique les Américains dans^'icipiine toutes les actions particulières montrent arroge»»5 toujours la plus grande adreffe à cacher leurs mouvemens & à pénétrer ceux de l'ennemi , 'c'eft une chofe très-remarquable que lorfqu'ils entrent en campagne ils prennent tO Voyez la Nota LX.VIL rarement les ' précautions les plus eflentiel-IV. les pour leur fureté. Telle eft la difficulté de foumettre les fauvages à la fubordination & de les faire agir de concert; telle eft leur préfomption & leur averfion pour toute efpece de contrainte , que prefque jamais on ne peut les obliger à fuivre les ordres <5t les confeils de leurs chefs. Us n'ont pendant la nuit aucune fentinelle autour des lieux ou ils font campés. Souvent après avoir fait plufieurs centaines de milles pour furpren-dre l'ennemi, ils font furpris eux-mêmes et égorgés dans le fommeil profond ou ils fe plongent, comme s'ils n'avoient à redouter aucun danger (i). Mais fi, malgré cette négligence & cette fécurité qui leur fait perdre fouvent le fruit de toutes leurs rufes, ils furprennent l'ennemi fans défenfe, ils fondent fur lui avec la plus grande férocité ; ils enlèvent la chevelure de tous ceux qui tombent fous leur rage & rapportent chez eux en triomphe ces étranges trophées (2). Us les confervent comme des monumens, non - feulement de leur valeur, mais de la vengeance qu'ils fa-vent exercer fur ceux qui deviennent le» CO Charlevoix, III, 136. CO Voyez la Kotb LXVltL. DE L'AMERIÇOL 3oj objets du reffentiment public (i). Us em- —^ ploient plus de foins encore pour faire des Llv-lv-prifonniers. Dans leur retraite, s'ils efpe. rent la faire fans être inquiétés par l'ennemi, ils ne font communément aucune inful-te à ces prifonniers, & ils les traitent même avec quelqu'humanité, quoiqu'ils les gardent avec l'attention la plus rigoureufe. Mais après cette fufpenfion momentanée Traiw-de leur férocité, leur rage reprend une nou-priibn. velle fureur. Lorfqu'ils approchent desniers* frontières de leur pays, on dépêche quelques-uns d'entr'eux pour aller apprendre à leurs concitoyens le fuccès de leur expédition. C'efl; alors que les prifonniers commencent à preflentir le fort qui les menace* Les femmes des villages & les jeunes gens qui ne font pas encore en âge de porter les armes s'alTemblent : ils fe rangent en deux lignes, armés de pierres & de bâtons, dont ils maltraitent cruellement (2} les prifonniers lorfqu'ils palfent au milieu d'eux. Des lamentations fur la perte des concitoyens qui font tombés dans le combat, avec les ex-prefîions de la douleur la plus exceflîve, (1) LaHtau, Mœurs des Sauvages, t» 2,p, 2^6. C») Lahontarj, II, iC>. m fuccedent à ces premiers cris de joie & de IV* vengeance; mais dans un moment , à un lignai donné, les larmes ceiTent, on palTe encore avec une rapidité incroyable de la douleur la plus profonde à la joie la plus vive, & l'on commence à célébrer la vie toire avec les affreux tranfports d'un triomphe barbare (i). Le fort des prifonniers eft cependant encore incertain. Les anciens de la tribu s'alTemblcrit pour le décider. Quelques-uns font deftinés à être tourmentés jufqu'à la mort pour affouvir la vengeance des vainqueurs ; d'autres à remplacer les membres de la tribu victorieufe qui ont été tués dans cette guerre ou dans les précé* dentés. Ceux qui font réfervés à ce fort plus doux, font conduits aux cabanes de ceux dont les parens ont été tués. Les femmes les attendent à la porte, & fi elles les reçoivent leurs fouffrances font finies. Us font adoptés dans la famille & placés fui-vant leur manière de s'exprimer, fur la natte du mort. Us prennent fon nom, fon rang & font traités avec la tendreffe que l'on doit à un pere, à un frère, à un mari ou à ^i) Cb&devoiXj hift. de la Nuuv. France. III, 241, La. fitau, Maurs des Sauy, U, 264. D e l'A m e r i q u e. un ami. Mais 11 par un caprice, ou par un ■— refle de defir de vengeance, les femmes re- Liv'lv» fufent de recevoir le prifonnier qui leur eft offert, fon arrêt eft prononcé , & il n'eft aucun pouvoir qui puiffe le fauver de la torture & de la mort. Les prifonniers, quand leur fort eft enco- indiffé- ... , . , rence de re incertain, vivent comme s ils étoient ab-prifon-folument étrangers à tout ce qui peut leur jJ£Sforû arriver. Us mangent, boivent & dorment comme s'ils jouifToient du fort le plus tranquille & comme fi aucun danger ne les me-naçoit. Ils entendent fans changer de vifage l'arrêt fatal qu'on leur prononce, fe préparent à le fubir en hommes, & entonnent la chanfon de mort. Les vainqueurs s'affem-blent comme à une fête folemnelle, réfolus à mettre le courage des patiens aux plus cruelles épreuves. C'eft alors que Ton voit une fcene dont la defcription doit glacer d'horreur tous ceux que des inftitutions douces ont accoutumés à refpectcr l'homme ôt à s'attendrir à l'afpect. de fes fouffrances. Le prifonnier eft lié à un poteau, mais de manière qu'il peut courir tout autour. Tous ceux qui font préfens, hommes, femmes, cnfias, tous fondent fur lui comme des fa- 3o8 HlSTOIHI ries. On emploie contre ce malheureux tou-• tes les efpeces de torture que peut inventer la fureur de la vengeance. Quelques-uns lui brûlent le corps avec des fers rouges ; d'autres le coupent en morceaux avec des couteaux ; d'autres féparent la chair des os ou lui enfoncent des clous qu'ils tournent enfuite dans les nerfs. Us s'efforcent , à l'envi les uns des autres, d'imaginer des ra-finemens de cruauté. Rien ne met des bornes à leur rage que la crainte d'abréger la durée de leur vengeance, en accélérant leur mort par l'excès des fouffrances ; & telle eil leur ingénieufe barbarie qu'ils évitent toujours de porter des coups dans les parties du corps oh ils feroient mortels; ils prolongent pendant plufieurs jours les tour-mens de leur victime. Cet infortuné, au milieu de toutes fes fouffrances, chante d'une voix ferme la chanfon de mort, célèbre fes propres exploits, infulte à ceux qui le tourmentent , en leur reprochant de ne favoir pas venger la mort de leurs parens & de leurs amis, les avertit de la vengeance qu'on tirera de fa mort, & excite enfin leur férocité par toutes fortes d'injures & de menaces. La force & le courage qu'il fait écla- ter dans cette fituation terrible, efl: le plus beau triomphe d'un guerrier. Fuir ou abré- l^vTTv. ger fes tour mens par une mort volontaire, efl une lâcheté qu'on punit par l'infamie. Celui qui laiiTe échapper quelque ligne de foibîefle, efl: mis à mort fur le champ par mépris, parce qu'on le juge indigne d'être traité comme un homme (i). Animés par ces idées & par ces fentimens, les Américains fouflrent, même fans pouffer un feul gémifTement, des tourmens que la natuie humaine ne fembleroit pas être capable de fupporter. On diroit qu'ils ne bravent pas feulement les tourmens, mais qu'ils les délirent. LaiiTez • là, " difoit un vieux chef des Iroquois à un de fes bourreaux qui l'avoit bleifé d'un coup de couteau, „laiflez-là 3, vos coups de couteau & faites-moi mou-rir par le feu , afin que par mon exem-pie j'apprenne à ces chiens , vos allies „ d'au-delà des mers, à fouffrir comme des ,, hommes («J"- Cette magnanimité, dont les exemples font très-fréquens parmi les guerriers Américains, au lieu d'exciter de CO De la Potherie. II, 237; III, 48 ri CO Colden, hift. of fiye nations, I, 2cc\ ! l'admiration ou d'infpirer de la pitié, ne fait ■ qu'irriter la vengeance féroce des ennemis & les porter à de nouveaux actes de cruauté (O- Las enfin de lutter avec des hommes dont rien ne peut vaincre la confiance, quelque chef dans un mouvement de rage finit par les tuer de fon poignard ou de fa maflue (2). À ces feenes barbares en fuccedent fouvent de plus horribles encore. Il eft impos-fible d'alTouvir jamais l'affreux fèntiment de la vengeance dans le cœur d'un fauvage & les Américains mangent quelquefois les victimes qu'ils ont fi cruellement tourmentées. Dans l'ancien monde la tradition a confervé la mémoire de quelques nations féroces & barbares qui fe nourrifibient de chair humaine ; mais il y avoit dans toutes les parties du nouveau monde des peuples à qui cette coutume étoit familière. Elle étoit établie dans le continent méridional (3), dans plu-(1) Voy. de Lnliontan, 1, 236. Ca) Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr. III , 243, &c. 385. La fi ci u , Mœurs, II, 365. Creuxii fiifl. CanaJ. p. 73. lien-vcp'm, Mœurs desSauy.p. 64, SV. Lahontan , Il 233, £?c. Dutertre, II, 405. De la Potherie, II, 22, &c. (3) Stadius, ap. de Bry,111, 123. Lery , ib'ul. aïo. Biet, 384. Leur. édif. XXIII, 341- P(b» 8. La Coudaujiue, 84-97. Rihas, hft. de los Uiumfos, 473, fleurs des ifles (i), & dans différens can- -toDS de l'Amérique feptentrionale C2). Dans L les pays de l'Amérique, oh des circonftan* ces qui nous font inconnues ont en grande partie aboli cet ufage, il paroît avoir été tellement connu que l'idée en eft incorporée dans les formules même du langage. Lorfque les Iroquois veulent exprimer la réfoîution qu'ils ont prife de faire la guerre à une nation ennemie, ils difent allons ty mangeons cette nation. S'ils follicitent le fecours d'une tribu voifine, ils l'invitent à venir manger du bouillon fait de la chair de leurs ennemis (3). Cette coutume n'étoit pas particulière aux peuplades les plus grofïïeres & les moins civilifées : le principe qui y a donné nailTance efl fi profondément enraciné dans l'ame des Américains, qu'elle fubfifloit au Mexique, l'un des empires policés du nouveau monde, & qu'on en a découvert des traces parmi les habitans plus doux en- (f) Life ofColumb. 529. Martyr, decad. p. 18. Duter-tre, II, 405. (2) Dmiionr, tiic'm. I, 25. Charlevoix, hift.de la Neuf* Fr. I, 259} II, 14 j III, 21. De la Pochcrie, III, 50. (3) Charlevoix , hift. de la Nouy. Fr. III ,208-209. Lettr. édft. XXIII, ^. 277. De la I'otherie, II, 29I). Voycs la Kots LX1X. mm core de l'empire du Pérou. Ce n'étoit point IV« la difctte des alimens & les befoins importuns de la faim qui forçoient les Américains à fe nourrir ainfi de leurs femblables. Dans aucun pays la chair humaine n'a été employée comme une nourriture ordinaire, & il n'y a que la crédulité & les méprifes de quelques voyageurs qui aient pu faire croire que certains peuples en faifoient un des moyens ordinaires de leur fubfiftance. L'ardeur de la vengeance a d'abord porté les hommes à cette action barbare (O; mais les peuples les plus farouches ne mangeoient que les prifonniers qu'ils avoient faits à la guerre , ou ceux qu'ils regardoient comme ennemis (a). Les femmes & les enfans n'étant point pour eux des objets de haine, n'avoient rien à craindre des effets réfléchis de leur vengeance , lorfqu'ils n'étoient pas malfacrés dans la fureur d'une première in-curfion en pays ennemi C3)« Les peuples de l'Amérique méridionale _af- CO fret, 383. Binnco, conyerfwn dePiritutp. 28. Ban-eroft, nat. hift. of Guiana, p. 259, &c. C2) Voyez la Note LXX. C3) Biet, 82. Bandini, vlta al Amené), 84. Dutcrtre4 405. Fermin, deftsripu de Surinam, I, 54. D E L'A M E R I Q D E, 3^ affouviffent leur vengeance d'une manière un peu différente , mais avec une férocité non moins implacable. Lorfqu'ils voient arriver leurs prifonniers , ils les traitent au premier abord auflî cruellement que les habitans de l'Amérique feptentrionale traitent les leurs ("O j après ce premier mouvement de fureur , non - feulement on cefle de les infulter, mais ou leur marque môme la plus grande bonté. Us font careffés & bien nourris, & on leur envoie même de belles & jeunes femmes pour les foigner & les confoler. Jl n'eft pas aifé d'expliquer cette fingularité de leur conduite, à moins qu'on ne l'impute à un rafinement de cruauté ; car, tandis qu'ils paroiffent occupés d'attacher davantage leurs prifonniers à la vie, en leur fourniffant tout ce qui peut la rendre agréable, l'arrêt de leur mort eft irrévocablement porté. A un certain jour déterminé, la tribu vi&orieufe s'aflTemble; le captif eft amené en grande folemnité ; il voit les préparatifs du facrifice avec autant d'indifférence que s'il n'étoit pas lui-même la vi&ime; il attend fon fort avec une fermeté inébranlable, & un feul coup lui fait (O Stadius, ap. de Rry, iii, 40, 1:3, Tome 11. O perdre la vie. Au moment ou il tombe , ' les femmes s'emparent de fon corps & l'apprêtent pour le feilin. Elles teignent leurs enfans de fon fang , pour allumer dans leur ame une haine implacable contre leurs ennemis, & toute la tribu fe réunit pour dévorer la chair de la victime avec une avidité & des tranfports de joie inexprimables (i). Ces peuples regardent le plaifir de manger le corps d'un ennemi mas* facré, comme le plaiûr le plus doux & le plus complet de la vengeance. Partout oh cet ufage efl établi, les prifonniers ne peuvent point échapper à la mort; mais ils ne font pas toujours tourmentés avec la même barbarie qu'ils le font chez les peuples moins familiarifés avec ces horribles feftins (2}. Comme il n'y a point de guerrier Américain dont la confiance ne puiffe être mi* fe à ces rudes épreuves, le grand objet de l'éducation & de la difeipline dans le nouveau monde efl d'y préparer les hommes de bonne heure. Chez des nations oh l'on fait la guerre à force ouverte, oh l'on défie fes ennemis au combat, oh la victoire CO Stadius, ap. de Bry, m, 123, &c. Lery, ibîd. 210. C-) Voyez la Note LXXJ. de L'A m e r I q u E. 31j eft le fruit de la fupériorité des talens ou du courage, les foldats font formés à être Liv. rv, actifs, forts & audacieux. Mais en Amérique, ou l'efprit & les maximes de la guerre font très - différeras, le courage paffif eft la vertu qu'on eftime le plus. Auffi les A-' mérïcains s'occupent - ils de bonne heure à acquérir une qualité qui leur apprendra à fe comporter en hommes, lorfque leur fermeté fera mife à l'épreuve. Tandis que dans les autres pays les jeunes gens s'adonnent à des exercices qui demandent de la force & de l'activité , les jeunes Américains difputent entr'eux à qui montrera la plus grande patience dans les fouffrances. Ils endurciffent les organes de la fenfibilité par ces épreuves volontaires, & s'accoutument par degrés à fouffrir, fans fe plaindre , les douleurs les plus aiguës. On voit un jeune garçon & une jeune fille entrelacer leurs bras nuds & placer un charbon allumé entre les deux bras, pour voir lequel montrera le premier affez d'impatience pour fecouer le charbon (t). Lorf-qu'un jeune homme eft admis à la claffe des (i) Charlevoix, hift. de fa Nouy. Fr. III, 307. O 2 guerriers, ou Iorfqu'un guerrier efl; élevé à la dignité de capitaine ou de chef, on les foumet à des épreuves toujours analogues à ce genre de fermeté. Ce ne font pas des actes de valeur, mais de patience ; on ne leur demande pas de fe montrer en état d'attaquer, mais capables de fouffrir. Chez les nations qui habitent les bords de rOrenoque , fi un guerrier afpire au rang de capitaine, il efl; obligé de s'y préparer par un long jeûne, plus rigoureux que celui des plus aufleres hermites. Les chefs s'aiTemblent enfuite; chacun d'eux lui donne trois coups d'un gros fouet, fi vigou-reufement appliqués que tout fon corps en eft couvert de plaies ; & s'il donne le moindre ligne d'impatience ou même de fenfibilité, il eft deshonoré & rejette à jamais, comme indigne de l'honneur auquel il prétend. Après quelques intervalles la constance du candidat eft foumife à des épreuves plus cruelles encore. On le couche dans un hamac, les mains fortement attachées , & l'on jette fur lui une multitude innombrable de fourmis venimeufes , dont la morfure caufe des douleurs très-vives & produit une violente inflammation. Les ju- ges de fon courage fe tiennent debout autour du hamac, fit tandis que ces cruels infectes s'attachent aux parties les plus fen-fibles de fon corps, il ne faudroit qu'un foupir, un gémilTement, un feul mouvement involontaire de fenfibilité , pour le faire exclure de la dignité qu'il ambitionne d'obtenir. Cela ne fuffit pas encore pour établir complètement le degré de mérite qu'on attend de lui, il faut qu'il fe foumet-te à une nouvelle épreuve plus redoutable qu'aucune de celles qu'il vient de fubir. On le fufpend de nouveau dans fon hamac & on le couvre de feuilles de palmier : on allume au - detfbus de lui un feu d'herbes puantes, de manière qu'il en fent la cha • leur & qu'il eft enveloppé de la fumée. Quoique brûlé tout à la fois & prefqu'é-touffé , il eft obligé de montrer la même patience & la môme infenfibiiité. On en voit plufieurs périr dans ce terrible effai de fermeté ; mais ceux qui le fubilTent avec applaudilTement, reçoivent en cérémonie les marques de leur nouvelle dignité & font dès - lors regardés comme des chefs d'un courage reconnu, & dont la conduite dans les occafions les plus criti- o3 ques ne peut manquer de faire honneur à •leur pays (O- Dans l'Amérique fepten-trionale le noviciat d'un guerrier n'eft ni auflî rigoureux ni fournis à autant de for. malités. Cependant, Un jeune homme n'y a le droit de porter les armes qu'après que fa patience & fon courage ont été éprouvés par le feu, par des coups, & par des infultes plus intolérables encore pour des ames.fieres (2). Cette fermeté extraordinaire avec laquelle les Américains endurent les tourmens les plus cruels, a porté quelques auteurs à croire que par une fuite de la foiblelTe particulière de leur conftitution, ils ont moins de fenfibilité que les autres hommes; de môme que les femmes & les perfonnes qui ont la fibre molle & lâche, font moins affectées de la douleur que les hommes robuftes dont la fibre eft plus forte & plus tendue ; mais les Américains ne différent pas tellement du refte de l'efpece humaine par leur conftitution phyfique, que cela fuffife pour expliquer cette fingularité de leurs mœurs. Elle a fa fource dans un principe d'honneur, CO Gumilla, II, 205, &c. Biet, 37S, &e. C2) Cliailevoix, hift. de la Nouy. Fr, III, 219. inculqué dès l'enfance & cultivé avec affez ..... de foin pour infpirer à l'homme môme dansLlv*lv-cet état fauvage, une magnanimité héroïque à laquelle la philofophie a vainement tâché de l'élever dans l'état de civilifation & de lumières. L'Américain apprend de bonne heure à regarder cette confiance inébranlable, comme la principale diftinction de l'homme & la plus haute perfection d'un guerrier. Comme les idées qui règlent fa conduite & les pallions qui échauffent fon cœur, font en petit nombre, elles agiffent avec plus d'efficacité que lorfque l'ame efl occupée d'une grande multitude d'objets, ou diftraite par la diverfité de fes affections. Ainfi, lorfque tous les motifs qui peuvent agir avec force fur l'ame d'un fauvage, fe réunifient pour lui faire fouffrir le malheur avec dignité , on le verra fupporter des tourmens qui paroiffent au-deffus de tou-tes les forces humaines j mais dans toutes les occafions oh le courage des Américains n'eft pas excité par les idées qu'ils fe font faites de l'honneur , ils' fe montrent aulli fenfibles à la douleur que les autres hommes (i). D'ailleurs, cette fermeté dans CO Voyez la Note LXX1I. o4 pmmm les fouffrances pour laquelle les Américains liv.iv. font g juftemcnt célébrés, n'eft pas une vertu générale parmi eux. On a vu la confiance de plufieurs vicïïmes fuccomber aux agonies de la torture ; alors leur foibleffe & leurs plaintes mettent le comble au triomphe de leurs ennemis & réfléchilTent une idée de deshonneur fur leurs concitoyens (i). Dtfpo- Les hoftilités continuelles qui fubfilient caSparParmi *es tribus Américaines, produifent ccsgucr- des effets très-funeftes. Comme ils n'ont S'eiics? " pas affez d'induftrie pour amaiTer , môme dans le tems de paix, des provifions de fubfiftance au - delà du nécelTaire, lorfque l'irruption d'un ennemi vient dévafter leurs terres cultivées ou les troubler dans leur chaffe, c'eft une calamité qui réduit prefque toujours à une extrême difette un peuple naturellement dépourvu de prévoyance & de reflburces; tous les habitans du dif-tricl expofé à cette invafion font forcés d'ordinaire à fe réfugier dans les bois ou dans les montagnes, oh ils ne trouvent que très-peu (t) Charlevoix, Ifi/l. di la Nouy. fr. 111, 24O - 3^ De la Potherie , lil < . Pure lias, piter. IV, 1287. Ribas, fcj/fe de los trhmfbt, 472. (2; Voyez la Niftg I XXV» maumlm dant la faifon des pluies (i), Ils mêlent Llv, IV. aufïï en certains tems différentes couleurs avec ces fubftances onétueufes & couvrent leurs corps de cette compofîtion. Sous cet impénétrable vernis, non - feulement leur peau fe trouve défendue contre la cha-leur pénétrante du foleil , mais l'odeur ou, le goût de ce mêlaDge écarte auffi loin d'eux ces effaims innombrables d'infectes qui abondent dans les bois & dans les marécages , furtout dans les climats chauds, & dont la perfécution feroit intolérable pour des hommes entièrement nuds (2). Habita- Après le foin de la parure , l'objet qui fcns' doit attirer l'attention d'un fauvage eft de fe former quelqu'habitation qui puiffe lui procurer un abri pour le jour & une retraite pour la nuit. Le guerrier fauvage regarde comme un objet d'importance tout ce qui efl: lié avec fes idées de dignité per-fonnelle , tout ce qui a quelque rapport à fon caractère militaire ; mais il voit avec la plus grande indifférence ce qui ne concerne que la vie paifible & inactive. Ain» CO Voyez la Note LXXVI. (2) Labat, II, 73. Gumilla, 1,190-202. Bancroft, nat. hift. of Guyana, 275-280, fi, quoiqu'il fe montre fore recherché fur fa parure, il ne fait guère d'attention à l'élégance ou à la commodité de fon habitation. Les peuples fauvages, trop éloignés encore de cet état de civilifation oh la manière de vivre eft regardée comme une marque de diftinélion, ne connoiifant aucun de ces befoins qui ne peuvent fe fatisfaire que par différens genres d'induftrie, règlent la con-ftru&ion de leurs maifons d'après leurs idées bornées du pur nécelTaire. Quelques-uns des peuples d'Amérique étoient encore iî grofliers & fi peu éloignés de la (implicite primitive de la nature, qu'ils n'avoient aucune efpece de cabane. Dans cet état ils fe mettent à l'abri de l'ardeur du foleil fous des arbres touffus, <& la nuit ils fe forment un couvert de branches & de feuilles ([i). Dans le tems des pluies ils fe retirent fous des abris formés par la nature ou creufés de leurs propres mains (2). D'autres, qui n'ont point de demeure fixe & qui errent dans les forêts à la recherche Çi) Voyez la Note LXXV1I. (a) Leur. éiif. Il, 176 ; F. 273. Venegas, hift. of Ca* liforn. /, 176. Lozano, defaipt. del grau Chaco, p. 55, Giiniila, I, 323. Bancroft, nat, hift. o/Guiana, 377. du gibier, fe logent pour un tems dans des huttes qu'ils confiruifentlavec facilité, & qu'ils abandonnent fans peine. Les habitans de ces vaftes plaines, inondées par le débordement des rivières. dans les groffes pluies qui tombent périodiquement entre les tropiques, conftruifent des cabanes fur des bafes élevées & fortement attachées au terrein, ou bien ils les placent au milieu des branches des arbres & fe gàrantiiTent par-là de la grande inondation dont ils font environnés CO- Tels ont été les Premiers eifais des peuples les plus fauvages de l'A» mérique pour fe former des habitations. Parmi ceux-même qui étoient plus industrieux & dont la réfidence étoit fixe, la ilru&ure des maifons étoit extrêmement fimple & grofîiere: c'étoient de miférables huttes, d'une forme quelquefois oblongue & quelquefois circulaire, oh ils ne cher-choient qu'un abri, fans s'embarralfer de l'élégance ni même de la commodité. Les portes en étoient fi baffes qu'on ne pouvoit y entrer qu'en fe courbant jufqu'à terre ou en rampant fur fes mains. Elles étoient fans Çi) Gumilla, I, 225. Herrera, dec, 1, lib, IX, c, 6, Oyiedo, fommar, p, 53. 6* d s l'A m e r i que, 333 fenêtres, & le toît étoit percé d'un grand trou par oh fortoit la fumée. Il feroit au-deiTous de la dignité de'l'his-toire, & même étranger à l'objet de mon travail, de fuivre les voyageurs dans les au-très détails circonflanciés de leurs relations. Un feul trait mérite d'être obfervé, parce qu'il efl fmgulier & qu'il jette du jour fur le caractère du peuple. Il y avoit quelques mai Tons affez grandes pour y loger quatre-vingts ou cent perfonne?. Elles étoient bâties pour recevoir différentes familles qui babitoient cnfbmble fous le même toît (O, fouvent autour d'un feu commun, fans aucune efpece de cloifon ou de féparation entre les efpaces qu'elles occupoient refpecti. vcment. Lorfque les hommes ont acquis des idées diflinttes de propriété ou qu'ils font affez attachés à leurs femmes pour les obfervcr avec inquiétude & avec jalouGe , les familles commencent à fe féparer & à s'établir dans des maifons particulières, oh chacun puiffe garder & défendre ce qu'il a intérêt de conferver. Cette forme fingulie» re [d'habitation chez les Américains peut donc être confidérée non-feulement comme (O Voyez la Note LXXVI1I, l'effet de la communauté des biens qui fub-fifloient parmi les différentes peuplades , mais encore comme une preuve de l'indifférence des îiommes pour leurs femmes. S'ils n'avoient pas été accoutumés à une parfaite égalité, un tel arrangement n'auroit pas pu avoir lieu. S'ils avoient eu une fenfibilité prompte à s'alarmer, ils n'auroient pas expofé la vertu de leurs femmes aux tentations & aux facilités qui naiffoient de ce mélange des différens fexes. On ne peut s'empêcher en même tems d'admirer la concorde qui règne dans ces habitations ou des familles nombreufes font ainfi entaffées ; il n'y a que des hommes d'un caractère très-doux ou d'un tempérament flegmatique, qui dans une femblable fituation puiffent éviter le tumulte & les animofités (i). Après avoir pourvu à fon vêtement & à fon habitation , le fauvage doit fentir la né-cefiité de fe faire des armes convenables pour attaquer ou repouffer un ennemi ; c'eil un objet qui a exercé de bonne heure Pin- CO Jouirai de Gr'tllct £? Béchamel dans la Guyane, p. 65. Lafitau, Mœurs. &c. II, 4. Torqucmada, monarq.l 227. Joutcl; Jcum, hift- 217. Lery, 1:1(1. Braftl, ap. d$ Sry, III, 238. Lozano , defe. de! gran Claco, Cj. duflrie & l'invention des peuples les moins civilifés: les premières armes offenûves furent, fans doute, celles que le hafard pré-fenta & les premiers efforts de l'art pour les perfectionner durent être extrêmement fimples & greffiers. Des maflues faites de quelque bois pefant, des pieux durcis au feu, des lances dont la pointe efl armée d'un caillou ou d'un os de quelqu'animal, font des armes connues aux nations les plus groffieres, mais qui ne pouvoient fervir que dans des combats corps à corps. Les hommes ont cherché enfuite les moyens de faire du mal à leurs ennemis à une certaine di(lance: l'arc & les flèches font la première invention qu'ils aient imaginée pour cet objet ; cette efpece d'arme s'elt trouvée chez des peuples qui font encore dans l'enfance de la fociété, & l'ufage en efl familier aux habitans de toutes les parties du globe. Il efl cependant remarquable qu'il y ait eu en Amérique des tribus affez dé-pourvues d'induftrie pour n'avoir pas encore fait une découverte fi fimple Ci), & qui paroiflbient ne connoître l'ufage d'aucune arme de trait. La fronde, dont la conftruc-O) Piedraliitïi, conq. de muyo reyno, 9-12. Emsm tion n'eft pas plus compliquée que celle de LiV*IV' l'arc & dont l'ufage n'eft pas inoins ancien chez plufieurs nations , étoit peu connue des habitans de l'Amérique feptentrionale CO ou des illesi mais elle paroît avoir été connue de quelques tribus dans le continent méridional C2). Les naturels de quelques provinces du Chili & les Patagons qui habitent l'extrémité méridionale de l'Amérique, ont une arme qui leur eft propre: ils attachent des pierres grofl.es environ comme le poing , à chaque extrémité d'une courroie de cuir de huit pieds de long, & après les avoir fait tourner autour de leurs têtes, ils les lancent avec une telle adreffe qu'ils manquent rarement l'objet auquel ils vifent (3). t-ftcnfi!eB Chez des peuples qui ne connoifibient ques. guère d autre occupation que la guerre oc la chafle, les principaux efforts de l'efprit & de l'induftrie ont dû naturellement fe diriger vers ces deux objets C4)« A l'égard de tous CO Naufr. de Alv. Nun. Cabeca de Vaca, c. X, p. 12. Ca) Picd.ahita, p. 16. Voyez h Note LXXIX. C3) Ovalle, reht. of Chili. Churchill, collet. III, ^ Falkncr's defe. of Paiag. p. 130. C4) Voyez la Note LXXX. DE L'A M E R I QUE. tous les autres, leurs befoins & leurs defirs «m étoient fi bornés que leur invention n'avoit Lrvâv. pas de quoi s'exercer. Comme leur nourriture & leurs habitations étoient extrêmement (impies, leurs uftenfiles domeftiques étoient très-groffiers & en petit nombre.: Quelques-unes des tribus méridionales avoient trouvé l'art de faire des vaiffeaux. de terre & de les cuire au foleil, de manière qu'ils pouvoient fupporter le feu. Les habitans de l'Amérique feptentrionale creu- Man;ere foient un morceau de bois dur en forme "j? Çjj"c de marmite, & la rempliffoient d'eau qu'ils mens, faifoient bouillir en y jettant des pierres rougies au feu ils fe fervoient de ces vaiffeaux pour apprêter une partie de leurs alimens. On peut regarder cette invention comme un pas vers le rafinement & le luxe ; car dans le premier état de fociété les hommes ne connoiffent d'autres moyens d'apprêter leurs alimens que celui de les faire griller fur le feu ; & dans plufieurs peuplades Américaines, c'eft la feule efpece de cuillne qui foit encore connue (2). Mais le ÇonRiuc-chef-d'œuvre de l'art chez les fauvages du caJou!* Ci") Charlevoix, hift. de la Nouy. France, 111, 330, C2) Voyez la Nore LXXXr. Tome ÎI. P nouveau moDdc , c'eft la conftructïon de leurs canots. Un efquimaux, enfermé dans fon bateau d'os de baleine, couvert de peau de veaux marins, peut braver cet océan orageux oti la ftérilité de fon pays le force à chercher la principale partie de fa fubfis-tance (i). Les naturels du Canada fe hafar-dent fur leurs rivières & fur leurs lacs dans des bateaux faits d'écorces d'arbre, & fi légers que deux hommes peuvent les porter lorfque des bas-fonds ou des cataractes arrêtent la navigation Çz). C'eft dans ces fragiles bâtimens qu'ils entreprennent & exécutent de longs voyages ("3). Les habitans des iiles & du continent méridional fe font des canots en creufant avec beaucoup de peine Je tronc d'un gros arbre, & quoique ces bâtimens paroiflent lourds & mal conftruits, ils s'en fervent avec tant de dextérité que des Européens qui connoiifent tous les progrès qu'a faits la fcience de la navigation ont été étonnés de la rapidité de leurs mou-vemcns & de la célérité de leurs évolutions. Leurs pirogues ou bateaux de guerre font . CO EUis, voy. à la baye d'Hudfon, 133. CO Voyez la Notf. LXXXU. C3) Lafitau, mœurs des Scuy. II, 113. DE l'A m E r i q u E. 339 affez grands pour contenir quarante ou cin- BgBH quante perfonnes: les canots dont ils fe fer- Lw« vent pour la pêche & les petits voyages ont moins de capacité (i). La forme, ainfi que les matériaux de ces différens bâtimens, eft très-bien adaptée au fervice pour lequel ils font deftinés, & plus on les examine avec foin, plus on admire le méchanifme & la convenance de leur conftru&ion. Dans tous les efforts d'induftrie que font indolence les Américains, il y a un trait frappant de quelle ils leur caractère qui fe marque d'une manière Ej^ fenfible. Ils commencent un travail fans a> deur, le continuent avec peu d'activité, &, comme les enfans , s'en laiffent aifément diftraire. Même dans les opérations qui paroiffent les plus intéreffantes, & oh les plus puiffans motifs demandent des efforts vigoureux, ils travaillent avec une molleiTe & une langueur extrême./ L'ouvrage avance fous leurs mains avec tant de lenteur qu'un témoin oculaire le compare aux progrès imperceptibles de la végétation (2). Us emploient quelquefois plufieurs années à faire un canot, de manière qu'il commence à (1) Labat, voy. Il, 91-131. (2) Gumilla, II, 297. P 2 tmmmm pourrir de vicilleiTe avant d'être achevé. Ils Liv. IV. iaiflreront périr une partie de toît avant de .finir l'autre (i). L'opération manuelle la plus facile confume un grand efpace de tems, & ce qui chez les nations policées demanderoit à peine quelqu'effort d'industrie, efl pour les fauvages une longue & pénible entreprife. Cette lenteur dans l'exécution des travaux de toute efpece , peut être attribuée à différentes caufes. Pour des fauvages qui ne doivent point leur fubfiftance aux travaux d'une induftrie régulière, le tems eft de fi peu d'importance qu'ils n'y attachent aucun prix , & pourvu qu'ils puif-fent venir à bout de ce qu'ils ont entrepris, ils ne s'embarraffent jamais du tems qu'il leur en a coûté. Les outils qu'ils emploient font fi imparfaits, fi peu commodes, que tous les ouvrages qu'ils entreprennent ne peuvent manquer d'être difficiles & ennuyeux. L'artifte le plus habile & le plus induftrieux auroit bien de la peine à venir à bout du travail le plus fimple, s'il n'avoit pas de meilleurs outils qu'une hache de pierre, une coquille tranchante ou l'os de quel-qu'animal: il n'y a que le tems qui puiffe CO Borde, relue, des Caraïbes, p. 22, DE L*A M E R I q u E. g4t fuppléer à ce défaut de moyens; mais c'eft w*mm le tempérament flegmatique & froid parti- Liv* iV« culier aux Américains qui rend furtout leurs opérations fi languiflantes. Il eft prefqu'im-poflible de les tirer de cette indolence habituelle, &à moins qu'ils ne foient engagés dans une expédition de guerre ou de chaffe, ils paroiffent incapables de faire aucun effort de vigueur.' L'application qu'ils mettent aux objets n'eft pas affez forte pour donner l'effor à cet efprit inventif qui fug-gere des expédiens pour abréger & faciliter le travail. Us reviendront chaque jour à leur tâche ; mais tous les moyens qu'ils ont pour l'achever font faftidieux & pénibles (i). Même depuis que les Européens leur ont communiqué la connoilTance de leurs inftrumens & leur ont appris à imiter leurs arts, le caractère propre des Américains fe remarque encore dans tout ce qu'ils font. Ils peuvent mettre de la patience & de l'afliduité au travail ; ils favent copier avec une exactitude fervile & minucieufe ; mais ils montrent peu d'invention & toujours une grande lenteur. Malgré l'inftruc-tion & l'exemple, l'efprit de ce peuple pré-Ci; Voyez la Note LXXXJII. " P3 SB"5 domine ; leurs mouvemens font naturelle-Liv. IV. ment pcfans^ & ii eft inutile de les prelfer d'accélérer leur marche. Un ouvrage tfln* dien eft une exprefiion familière parmi les Efpagnols d'Amérique, pour exprimer tout ce dont l'exécution a demandé beaucoup de tems & de travail (O. Religion. VII. Il n'y a aucune circonftance dans la defeription des peuples fauvages qui ait excité une plus grande curiofité que leurs opinions & leurs pratiques religieufes ; & il n'y en a point, peut-être qu'on ait plus mal entendues ou repréfentées avec moins de fidélité. Les prêtres Ce les millionnaires font les perfonnes qui ont eu le plus d'occafîon de fuivre cette recherche parmi les tribus de l'Amérique les moins civilifées i mais leur efprit, prévenu des dogmes de leur propre religion & accoutumé à fes inftitutions, eft toujours porté à découvrir dans les opinions & les rits de tous les peuples quelque chofe qui reflemble à ces objets de leur vénération. Us ne voient les objets qu'à travers un milieu qui en altère la forme. Us cherchent à concilier avec leur propre croyance les inftitutions qu'ils obfer- CO UUoa, voy, I, 33S« l*ttr, tâf. XV, 348. de l'Ame ri que* 343 vent, non à les expliquer conformément aux idées groffieres du peuple môme à qui elles appartiennent. Ils attribuent à ce peu. pie des idées qu'il eft incapable d'avoir, & le fuppofent inftruit de principes & de faits dont il eft impoffible qu'il ait la connoilTance. De-là quelques miffionnaires ont cru découvrir, même chez les nations les plus barbares de l'Amérique , des traces non moins claires que furprenantes d'une connoilTance diftincte des myfteres fublimes ôc des inftitutions particulières du Chriftianif-me. En interprêtant arbitrairement certaines expreflions & certaines cérémonies, ils en ont conclu que ces nations connoiiïoient la doctrine de la Trinité, de l'Incarnation, du fils de Dieu, de fon facrifice expiatoire, de la vertu de la croix & de l'efficacité des facremens CO- Dn fent que des guides û crédules & fi peu éclairés ne méritent gue. re de confiance. Mais, lors même que nous choifirons avec le plus grand foin nos autorités, il ne faut pas les fuivre avec une foi aveugle. Toute CO Venegas, I, 88.92. Torqucmada, 11,445. Garcia, irlgen, 122. Herrera, dtç. 4, lib. LX, c. 71 de:. 5, lib. 34* HlSTOIR E recherche dans les notions religieufes des Liv. iv. peupies fauvages eft enveloppée de difficultés particulières , & il faut fouvent s'arrêter pour féparer les faits qu'on rapporte d'avec les raifonnemens dont ils font accompagnés & les théories qu'on en veut déduire. Plufieurs écrivains pieux, plus frappés de l'importance du fujet dont ils s'occupoient, qu'attentifs à l'état du peuple dont ils cher-choient à découvrir les fentimens, ont employé beaucoup de travail inutile à des recherches de ce genre C1)- Il y a deux points fondamentaux fur lef-d^Sxlrci-quels eiî établi le fyftême entier de la reji-clcs* gion, autant qu'on en peut juger par les feules lumières de la nature. L'un regarde J'exiftence d'un Dieu, l'autre l'immortalité de l'ame. C'eft un objet non-feulement de curiofité, mais auffi d'inftrucrion , que d'exa-miner quelles étoient les idées des naturels de l'Amérique fur ces points importans. Je bornerai mes recherches à ces deux articles, laiflant à d'autres l'examen des opinions fubordonnées & le détail des fuperfti-tions locales» Qui- CO Voyez la Note LXXXIV. DEL'AMEklQBir, ^ Quiconque a eu occafion d'obferver les ^» opinions religieufes des hommes des demie- £IV,;Iv-res clafies de la lociéte , môme chez lesde Dicu-nations les plus éclairées & les plus civili-fées, trouvera que leur fyftéme de croyance leur a été communiqué par l'inftruction, & n'eft point le fruit de leurs propres recherches. Cette nombreufe partie du genre humain condamnée au travail, dont l'occupation principale & prefqu'unique eft de s'affurer une fubfiftance , confidéré fans beaucoup de réflexion le plan & les opéra» tions de la nature, & n'a ni le loifir, ni la capacité d'entrer dans ces fpéculations fub-tiles & compliquées, qui conduifent à la connoiffance des principes de la religion naturelle. Dans les premiers périodes de la vie fauvage, de pareilles recherches font abfolument inconnues. Quand les facultés intellectuelles commencent feulement à fe développer & que leurs premiers efforts fe portent fur un petit nombre d'objets de première néccfïïté ; quand l'efprit n'eft pas en» çore affez étendu pour fe former des idées générales & abftraites; quand le langage eit tellement borné qu'il manque de mots pour diftinguer tout ce qui n'affecte pas quel-P 5 mmum ques-uns des fens, îl feroit abfurde de pré-Liv. IV. tendre que l'homme fût capable d'obferver exactement la relation qui fe trouve entre la caufe & l'effet, ou qu'il pût s'élever de la contemplation de l'un à la connoiffance de l'autre, & fe former des notions jufles d'un Dieu , comme créateur & modérateur de l'univers* Partout oh l'efprit a été étendu par la philofophie & éclairé par la révélation, l'idée de création efl devenue fi familière que nous ne réfléchirons guère combien cette idée efl abftraite & profonde, & combien d'obfervaîions & de recherches il a fallu à l'homme pour arriver à la connois-fance de ce principe élémentaire de la religion. Aufli a-t-on découvert en Amérique plufieurs tribus qui n'ont aucune idée d'un être fuprême ni aucune pratique de culte religieux. Indifférens à ce fpedtacîe magnifique d'ordre & de beauté que le monde préfente à leurs regards, ne fongeant ni à réfléchir fur ce qu'ils font eux-mêmes, ni & rechercher quel efl.l'auteur de leur exiflen-ee, les hommes dans l'état fauvage confu-rnent leurs jours, fcmblables aux animaux qui vivent autour d'eux, fans reconnoîcre si adorer aucune puiffance fupérieure» Ha n'ont dans leur langue aucun mot pour désigner la divinité, & les obfervateurs les plus attentifs n'ont pu découvrir parmi eux aucune inftitution , aucun ufage qui parût fuppofer qu'ils reconnuifent l'autorité d'un Dieu & qu'ils s'occupaifent à mériter fes faveurs CO- Ce n'eft cependant que dans l'état de nature le plus fimple & .lorfque les facultés intellectuelles de l'homme font trop foibles & trop bornées pour l'élever beaucoup au-deiïus des animaux, qu'on obfervé cette ignorance abfolue de toute puif-fance invifible. Mais l'efprit humain naturellement formé pour la religion, s'ouvre bientôt à des idées qui, Iorfqu'elles font corrigées k épurées, font deftinées à être une grande fource de confolation au milieu des calamités de la vie. On apperçoit des notions de quelques êtres invifibles & puifiàns CO Bïet, 530. Lery, ap. de Bry, III, 221. Nicuhoff, Churchill, coll. II, 132. Lettr. éfif. II, 177. 12-13. Ve-ncgas, I, 87. Lorano, defer* del gran Chxco 59. Gumilla, ïl, Î5A Roclu-fort, hijl. d:s Antilles, />. 46JI. Margrave, Af/?. in appenJ. de Chilknft'uis, 285. Ulloa, noti:. Amerk. 335 » 'Âfo Barrcrc , 213-219; Ilircourr, voy. to Ouhina. FUrch is, Pifgr. IV, p. ïljl, Account of Brafii, i y a Portu'x'ifi nii. p. la8$ri Joncs's journal, p. 59. Vojj* la NvT£ LXXXV. P <5 dans les ufages de plufieurs tribus Américaines qui font encore dans l'enfance de la fociété. Ces notions font dans l'origine vagues & obfcures, & paroifiènt plutôt pro-venir d'un fèntiment de crainte pour des maux dont l'homme efl menacé, que d'un fèntiment de reconnoiffance pour des bienfaits reçus. Tandis que la nature pourfuit fon cours avec une régularité confiante & uniforme, l'homme jouit des biens qu'elle 'lui procure fans en rechercher la caufe ; mais tout écart de cette marche régulière le frappe & l'étonné. Lorfqu'il voit arriver des événemens auxquels il n'efl point accoutumé , il en cherche les caufes avec une curiofité active. Son entendement efl incapable de les démêler; mais l'imagination-, qui efl une facuké de l'ame plus ardente & plus audacieufe, décide fans héfiter : elle attribue les événemens extraordinaires de la nature à l'influence de quelques êtres in-vifibles & fuppofe que le tonnerre, les tremblemens de terre & les ouragans font leur ouvrage. On a trouvé chez plufieurs nations groffiercs quelques idées confufes ..d'une puiffance fpirituelle ou invifîblc, dirigeant les fléaux naturels qui défolcnt la ter» „ D E L'A M E ï* I n TJ E. 're & épouvantent fes habitans (i). Mais _ indépendamment de ces calamités, les pei- Lïvav. nés & les dangers de la vie fauvage font fi multipliés, l'homme dans cet état fe trou, ve fouvent dans des fituations fi critiques, que fon efprit eft forcé par le fèntiment de fa propre foiblefle de recourir à l'action d'une intelligence fupérieure aux forces humaines. Abattu par les calamités qui l'op« priment, expofé à des dangers qu'il ne peut repouffer, le fauvage ne compte plus fur lui-même; il fent toute fon impuilTince, & ne voit aucun moyen d'échapper à tant de maux que par l'interpofition de quelque bras invifible. Ainfi l'on trouve que chez toutes les nations ignorantes, les premières pratiques qui préfentent quelques relïcm-blances avec des actes de religion, n'ont pour objet que d*écartcr das maux que l'homme peut fouffrir ou redouter. Les Manitous ou Ockis des naturels de l'Amérique feptentrionale , étoient des ef~ peces d'amulettes ou de charmes , auxquels ils attribuoient la vertu de préferver de tout événement fâcheux ceux qui y met-toient leur confiance ; ou bien on les re-CÙ Voyez, la Non LXXXVL "~? P7 mmmmm gardoit comme des cfprics tutélaires dont Iav«lV. on pouvoit implorer le fecours dans des circonftances malheureufes (i). Les habitans jet de leurs fuperftirions. Si nous pouvions remonter à la fource des idées des autres nations, jufqu'à ce premier état de fociété oh l'hiftoire commence de les offrir à nos regards, nous appercevrions une reffem-blance frappante entre leurs opinions & leurs pratiques, & celles dont nous venons de parler : nous nous convaincrions aifé-mcnt que dans des circonftances femblables l'efprit humain fuit partout à peu près la môme route dans fes progrès & arrive prefqu'aux mômes réfultats. Les imprefflon» de la crainte fe marquent d'une manière fenfible dans tous les fyftêmes de fuperfti-tion formés dans cet état de fociété, <5t les notions les plus exaltées des homme» fe bornent à une idée obfcure de certains êtres dont la puiflance,quoique furnaturelle,. (i) Ducertrc, II, 365. Houle, f>. 14. State •/ Virginia, by a native, Ul, p* 32, 33. Duiaont, I, 165. Baa« croft, net* hiJI.,ofÇvia:tat 309, ggea e^ h'mitée dans ^es ODJcts> comme dans fes Liv. fv. moyens. Divc.fi- chez <**autres Pépies, qui font unis en tds remar-foejété depuis plus longtems , ou qui ont quables * , . , . M u dans les fait plus de progrès dans la civilifation, ïïgicû- on apperçoit quelqu'étincellc dune concep-fes* don plus jufte de la puiffance qui gouverne le monde. Ils femblent avoir vu qu'il doit exifler quelque caufe univcrfelle à laquelle tous les êtres doivent leur exiftence, & ù nous pouvons en juger par quelques ex-preffions de leur langage, ils paroifTent rc-connoître une puilTance divine qui a fut le monde & qui difpofe de tous les événemens. Us l'appellent le grand efprit (i). : Mais ces idées font vagues & confufes, & lorfqu'ils eflayent de les expliquer 9 il efl évident qu'ils donnent au mot efprit un iens très-différent de celui que nous y attachons & qu'ils ne conçoivent aucun être qui ne foit corporel. Us croient que leurs dieux ont une forme humaine , mais avec une nature fupérieure à celle de l'homme ; & ils débitent fur les qualités & les opérations de ces divinités des fables trop ab- (0 Charlevoix, lûft. de la Nouy, Fr, 111,343. Sagard, rey, au pays des Uurous, 226, d e l'A m eriqu e. furdes & trop incohérentes pour mériter une place dans l'hiftoire. Ces mômes peu- Llv«lv- pics ne connoilTent aucune forme établie de culte public; ils n'ont ni temples érigés à l'honneur de leurs divinités, ni miniftres fpécialement confacrés à leur fervice. Les différentes cérémonies & pratiques fuper-ftitieufes reçues parmi eux: leur ont été tran(miles par tradition , & ils y ont recours avec une crédulité puérile, lorfque des circonftances particulières les tirant de leur apathie ordinaire, les portent à réclamer la puiffance & à implorer la protection de quelques êtres fupérieurs (i> . La tribu des Natchez & les naturels de Syftémei Bogota font beaucoup plus avancés dans Chez & leurs idées de religion, ainfi que dans leurs ^"j* inftitutions politiques , que les autres na. Bogota, tions fauvages de l'Amérique ; & il n'eft pas moins difficile de trouver la caufe de cette diftinction que de celle dont nous avons déjà parlé. Le foleil étoit le principal ob-jet du culte chez les Natchez. Ils entre, tenoient dans leurs temples un feu perpétuel, comme l'emblème le plus pur de leur CO Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr, III, 345, Golden, 1, 17. mm divinité ; ces temples étoient conftruits iv. avec une grande magnificence & décorés de difféiens ornemens, autant que le com-portoit leur grofliere architecture. Ils a-voient des miniftres chargés de veiller à l'entretien du feu facré. La première fonction du chef de la nation étoit un acte d'obéiffance au foleil tous les matins; & à certains tems de l'année il y avoit des fê« tes établies, qui étoient célébrées par tout le peuple en grande cérémonie, mais fans répandre du fang (l> Ces fêtes font la pratique de fuperftition la plus rafinée qu'on ait trouvée en Amérique, & peut - être unç des plus naturelles & des plus féduifantes. Le foleil eft la fource apparente de la joie, de la fécondité & de la vie répandues fur toute la nature ; &, tandis que l'efprit humain , dans fes premiers effais de fpécula-tion, contemple & admire la puiffance uni-verfelle & active de cet aftre, il eft naturel que fon admiration s'arrête à ce qui eft viCble, fans pénétrer jufqu'à la caufe qu'il ne voit pas, & qu'il rende à l'ouvrage le plus brillant & le plus bienfaifant de l'être • (O Dumont,1,158. Charlevoix, hift. delà Nouy, Fr, II, 418-4=9. Lafitau, I, 167. B E l'A H E r i q u E. 3yj fuprême un culte qui n'eft-dû qu'à fon au-teur. Comme le feu eft le plus pur & le plus actif de cous les élémens, & qu'il reffemble au foleil par quelques-unes de fes qualités & de fes effets, ce n'eft pas fans raifon qu'il a été choifi pour emblème de l'aétion puif-fante de cet aftre. Les anciens Perfes, peuple bien fupérieur à tous égards aux nations fauvages dont je rappelle les ufages, fondèrent leur fyftême religieux fur les mêmes principes, & établirent des formes de culte public, moins grofîleres & moins abfurdes que celles des autres peuples qui avoient été privés du fecours de la révélation. Cette étonnante conformité d'idées entre deux nations vivant dans deux états de fociété fi différens, eft une des circon» fiances les plus ûngulieres & les plus inex-pliquables qui fe rencontrent dans l'hiftoire des révolutions humaines. A Bogota > le foleil & la lune étoient é-galement les principaux objets de la vénération publique. Le fyftême de religion y étoit plus régulier & plus complet, quoique moins pur que celui des Natchez. Il y avoit des temples, des autels, des prêtres, des facrifices & tout ce long cortège. ■HHS de cérémonies , que la fuperftition intro-Liv. iv>(jujt partout oli elle s'arroge un empire ab-folu fur l'efpric des hommes. Mais ce peuple avoit des rits cruels & fanguinaires : il oifroit à fes dieux des victimes humaines, & plufieurs de fes ufages reifembloient beaucoup aux inftitutions barbares des Mexicains, dont nous examinerons ailleurs plus en détail le génie & les mœurs (i). L«urs A l'égard de cet autre point de religion rlmmoï qui établit l'immortalité de l'ame, les fen-édité de timens des Américains étoient plus unifor-mes. L'efprit humain, lors môme qu'il n'eft encore ni éclairé ni fortifié par la culture, fe révolte à la penfée d'une difiolution totale & fe plaît à s'élancer par l'efpérance dan» un état d'exiftence future. Ce fèntiment, produit dans rnoiiimo par la confeien-ce de fa propre dignité & par un inftiher. fecret qui le porte vers l'immortalité, eft univerfel & peut être regardé comme naturel à l'efpece humaine : il eft la bafe des efpérances les plus fublimes de l'homme dans l'état de fociété le plus parfait, & la nature n'a pas voulu le priver de cette dou- Ci) Piedraldta, conq, del nuvyo repio, p, 17, Herrera, itç. 6, lib. Vi c. û.. . d f. l'A m e r i q u e. 35^ ce confolaticn, même dans l'état de focié-__ té le plus ûmple & le plus groffier. Nous liv.iv. trouverons cette opinion établie d'un bout de l'Amérique à l'autre, en certaines régions plus vague & plus obi cure, en d'au-très plus développée & plus parfaite, mais nulle part inconnue. Les fauvages les plus grofilers de ce continent, ne redoutent point la mort comme l'extinction de l'exif-tence: ils cfperent tous un état à venir oîi ils feront à jamais exempts des calamités qui empoifonnent la vie humaine dans (à condition actuelle. Us fe repvéfentent une contrée délicieufe, favOrifée d'un printems éternel ; oh les forêts abondent en gibier & les rivières en poidon ; oh la famine ne fe fait jamais fentir, & oh ils jouiront fans travail & fans peine de tous les biens de la vie. Mais, en fe formant ces premières idées fi imparfaites d'un monde invifible , les hommes fuppofent qu'ils continueront d'éprouver les mêmes defirs & de fuivre les mêmes occupations; en conféquence ils doivent naturellement réferver les diftine-tions & les avantages dans cet état futur aux qualités & aux talens qui font ici bas l'objet de leur eftimel Ainfi les Américains SH55 accordoient le premier rang dans la région -lv'1V* des efprits, au chafTcur le plus habile, au guerrier le plus heureux & le plus hardi , à ceux qui avoient furpris & tué le plus d'ennemis , qui avoient tourmenté le plus grand nombre de captifs & dévoré leur chair (i). Ces idées étoient fi généralement répandues qu'elles ont donné r.aifian-ce à une coutume univcrfclle, qui efl à la fois la preuve la plus forte de la croyance des Américains à une vie à venir & l'explication la plus claire de ce qu'ils cfpcient lis enter-y trouver. Comme ils imaginent que les X'quï morts vont recommencer leur carrière dans niciuci.c, je nouveau monde oh ils font allés, ils ne mes,&c. veulent pas qu'ils y entrent fans défenfe & fans provisions ; c'eft pour cela qu'on enterre avec eux leur arc, leurs flèches & les autres armes employées dans la chafle & dans la guerre; on dépofe dans leur tombeau des peaux ou des étoffes propres à faire des vêtemens, du bled d'Inde, du manioc , du gibier , des uftenfiles domefli-ques & tout ce qu'on met au nombre des _,__y__.___ Ci) Lery, ap. de Bry, ///, 222. Charlevoix , hift. ie la Nouy. Fr. III, 551. De la Podicric, II, 40 -, Ul,5. d e l'A m e r IQUï. 3js> chofes néceffaires de la vie ("i). Dans quel- ^ ques provinces, lorfqu'un cacique ou chef Llv. venoit à mourir, on mettoit à mort un certain nombre de fes femmes, de fes favoris & de fes efclaves , qu'on enterroit avec lui, afin qu'il pût fe montrer avec la même dignité & être accompagné des mêmes perfonnes dans fon autre vie ([2). Cette perfuaûon eft fi profondément enracinée, qu'on voit les perfonnes attachées à un chef s'offrir en' victimes volontaires & foi. liciter comme une grande diftinction le privilège d'accompagner leurs maîtres au tombeau. U y a même des occafions oh l'on avoit de la peine à réprimer cet enthoufiaf-me d'affection & de dévouement & à réduire le cortège d'un chef chéri à un nombre modéré & tel que la tribu n'en fouffrît pas un dommage trop confidérable (3). Chez les Américains, ainfi que chez les (t) Chronica de Cieca de Léon, c. 28. Sagard, 288. Creuxii hift. Camtd. p. 91. Rochefort, hift. des Antilles, 568. Biet, soi. De la Potherie II, 44 j III, 8. Bianco, tonverf. de piritu, p. 35. C2) Dumont, mémoire fur la Louif. 7, 208. Oviedo, lib. V, c. 3. Cornera, hift. gin. c- 28. P. Martyr, dec. 304. Charlevoix, hift. de la Nouv. Fr. III, 431. Herrera, dec. 1, lib. III, e. j. P. Melchior Hcrnandez, memor. de Chiriqui. Coll. »rig. papers I. Chron. de décade Léon, c. 3}.' (s) Voyez la Note LXXXVU. ■HHH autres nations non civilifécs, plufieurs des liv-^v. rits & des pratiques qui rcflemblent à des tion liée a&es de religion , n'ont rien de commun JiS.Ja avec la piété, & font l'effet feulement d'un defir ardent de pénétrer dans l'avenir. C'eft Jorfque les facultés intellectuelles font plus foibles & moins exercées que l'efprit humain eft plus porté à fentir & à montrer cette vaine curiofité. Etonné des événemens dont il lui eft impofllble de concevoir la caufe, il y fuppofe naturellement quelque chofe de merveilleux & de myftérieux: al-larme, d'un autre côté, par des circonftances dont il ne peut prévoir la fuite & les effets , il eft obligé, pour les découvrir, d'avoir recours à d'autres moyens qu'à l'exercice de fa propre intelligence. Partout oh la fuperftition a fait affez de pro» grès pour former un fyftême régulier, ce defir de percer dans les fecrets de l'avenir fe trouve lié avec elle. .Alors la divination devient un acte religieux; les prêtres, comme des miniftres du ciel, prétendent annoncer fes oracles. Us font les feuls devins, augures & magiciens, qui poffedent l'arc important & facré de découvrir ce qui eft caché aux yeux des autres hommes. Chez D E l*A meriqde. Chez ceux des peuples fauvages qui ne n**m reconnoiifent point de puiirance qui gou-verne le monde , qui n'ont ni prêtres niP,oi,*P-cérémonies religieufes, la curiofité de lire leurs m tkerie ,111, G. Q3 BBB Si Ton veut fe former une idée complet-coûtli^ te des nations fauvages de l'Amérique , il Sïéj ne faut pas Paffer r°us filence quelques " coutumes fingulieres, qui, quoiqu'univerfel-les & caraét éditiques, n'ont pu convenablement être rapportées à aucun des articles-fous lefquels j'ai divifé mes recherches fur leurs mœurs. Amour de L'amour de la danfe eft une paffion fa-la danfe. Vorite des fauvages de toutes les parties du globe. Comme une grande partie de leur tems fe confume dans un état de langueur & d'indolence, fans aucune occupa» tion qui puiffe les animer ou les intéreffer, ils fe plaifent généralement à un exercice qui donne l'elfor aux facultés actives de la nature. Lorfque les Efpagnols encrèrent pour la première fois en Amérique, ils furent étonnés de ce goût extrême des naturels pour la danfe ; ils voyoient avec é-tonnement un peuple, prefque toujours froid & inanimé, montrer une activité extraordinaire toutes les fois que cet amufe-ment favori les y portoit. 11 elt vrai que chez eux la danfe ne doit pas être appelle un amufement. C'eft une occuparion férieu-fe & importante qui fe mêle à toutes ks D E L'a M E R I Q u Ê. ,367 circonftances de la vie publique & privée. Si une entrevue eft nécelTaire entre deux bourgades Américaines , les ambaffadeurs de l'une s'approchent en formant une danfe folemnelle & préfentent le calumet ou emblème de paix : les Sachems de l'autre tribu le reçoivent avec la même cérémonie Ci). Si la guerre fe déclare contre un ennemi, c'eft par une danfe qui exprime le reffen-timent dont ils font animés & la vengeance qu'ils méditent (2). S'ils veulent ap-paifer la colère de leurs dieux ou célébrer leurs bienfaits, s'ils fe réjouilTent de la nailfance d'un fils ou pleurent la mort d'un ami (3), ils ont des danfes convenables à chacune de ces fituations & appropriées aux fentimens divers dont ils font pénétrés. Si l'un d'eux eft malade, on ordonne une danfe comme le moyen le plus efficace de lui rendre la faute ; & s'il ne peut pas fupporter la fatigue de cet exercice, le médecin ou forcier exécute la daufe lui - même, (O De la Potherie, hift. Il, 17. Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr. III, 211, 212. Lahoiuau, I, 100-137. Hco-nepin, découv. 149, (2) Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr. III, 298. Lafi-tau, I, 523-; G) Joutel a 343. Goraera, hift. gdn, c. 196, Q4 ■ comme iî la vertu de fa propre activité pou-'voit fe tranfmettrc à fon malade (i). Toutes leurs danfes font des imitations de quel qu'action , & quoique la mufique qui en règle les mouvemens , foit d'une extrême (implicite & choque l'oreille par fa platte monotonie, quelques-unes de leurs danfes paroiffent très - expreflives & très-animées, La danfe de guerre eft peut - être la plus frappante de toutes : c'eft la repré-fentation d'une campagne Américaine com-plette. Le départ des guerriers, leur marche dans le pays ennemi'» les précautions avec lefquelles ils campent, l'adrefle avec laquelle ils placent-des détachemens en em-bufeade, la manière de furprendre l'ennemi, le tumulte & la férocité du combat, l'art d'enlever la chevelure aux morts & de fe faifir des prifonniers , le retour triomphant des vainqueurs & les tourmens des victimes, font mis fuccerTivement fous les yeux des fpectateurs. Les acteurs entrent dans leurs différens rôles avec tant de chaleur & d'enthoufiafme ; leurs geftes , leurs _ phy- O) Denjs, hift. nat. 189. Brikell, 372. D» la Pothe?* lie, II, 36. DE L'AMERIQUE, 3453 phylionomies, leurs voix font fi bifarres & fi conformes à leurs fituations refpectives» que les Européens ont peine à croire que ce foit une fcene d'imitation & ne peuvent la voir fans de vives impreflions d'horreur & de crainte (i). Quelque expreffion qu'il puiffe y avoir dans les danfes Américaines t elles préfentent une circonftance remarquable, qui fe lie avec le caraétere de la race entière. Les chanfons, les danfes & les amufemens des autres nations t emblèmes des fcntimens qui échauffent leurs cœurs, font fouvent defiinés à exprimer ou à exciter cette fenfibilité qui attache les deux fexes l'un à l'autre. Il y a des peuples chez qui l'ardeur de cette paffion eft telle,. que l'amour y eft prefque le feul objet des fêtes & des plaifirs; & comme les peuples groffiers ne connoiffent point la délicateffe des fentîmens & ne font point accoutumés à déguifer les émotions de leur ame, leurs danfes font fouvent licencieufes & indécentes. Telle eft la Caïenda dont les naturels d'Afrique font fi paffionnés (2): tel- (ij De la Potberie, II, rr6. CfiarleVoix, hift", ftoùv. Fr. Iff» 297. Lafî«u, 1, 523. CO Adaafoa, Vùf, eu Sénégal, p. 3. Labac, 70$, IP* ^3, Q j ■ les font les danfes des jeunes filles d'Afie qui femblent exciter tous les defirs de la volupté dans ceux qui en font témoins. Mais chez les Américains, qui par des caufes qu'on a déjà expliquées, font plus froids & plus indifférens pour les femmes, les idées d'amour n'entrent que très-peu dans leurs fêtes & leurs divertilTemens. Leurs chanfons & leurs danfes font pour la plupart graves & martiales , liées avec quelques-unes des affaires les plus férieu-fes & les plus importantes de leur vie (i) ; & comme elles n'ont aucune relation avec l'amour ou la galanterie, elles font rarement communes aux deux fexcs, & s'exé-cutent par les hommes & les femmes à parc (2}. Si dans quelques occafions il eft permis aux femmes de fe joindre à la fête , le caractère des danfes refte le même , & l'on n'y voit aucun mouvement , aucun Sloane,«*J. kijl. ofjamaîca: introd. p. 48. Fermai, defc, de Surinam, I, 139. CO Dcfcrip. de la Nouy. Fr. Osborne, collctt. II, 883. Charlevoix, hift. de la Nouy. Fr. III, 84. (2) Wafer's, account of Ifthiu. 169. Lery, ap. de Bry y III, 177. Lozano, hift. de Paras- /, 1^9, Herrera,, decad. a, lih. l'II, c. 'à; dtc. 4, lib. e. 4. Voyez, la î\q.t£ LXXXViiL gefte qui exprime,des idées de volupté ou qui encourage la familiarité (i). Liv. iv. L'amour exceflif du jeu, & particulière- Amout ment des jeux dehafard,qui femble êtreda*u* naturel à tous les hommes qui ne font pas accoutumés aux occupations d'une induftrie régulière , eft univerfel chez les Américains. Les mêmes caufes qui dans la fociété civilifée portent les hommes qui ont de la fortune & du loifîr, à rechercher cet %*• mufement, en font les délices des fauvages. Les premiers font difpenfés du travail; ceux-ci n'en fentent pas la nécellité , & comme ils font également oiûfs , ils fe livrent avec tranfport à tout ce qui. peut émouvoir & agiter leur ame. Ainfi les Américains qui pour l'ordinaire font fi indiffé-rens, fi flegmatiques, û taciturnes & û dé* fintérefles, deviennent, dès qu'ils font engagés à une partie de jeu, avides , impa* tiens, bruyans & d'une ardeur prefque fré-nécique. Ils jouant leurs fourrures , leurs uftenliles domsftiquas, leurs vêtemsns, leurs armes ; & lorfque tout eft perdu, on les voit fouvent dans l'égarement du défefpoir ou de l'efpérance , rifq aer d'un feul coup (0 Barrera, fa ë^u'uu p. 191. WÊÊÊ leur liberté perfonnelle, malgré leur paf-Liv. iv. fion extrême pour l'indépendance (ij. Chez différentes peuplades ces parties de jeu fe renouvellent fouvent & deviennent l'amufe-ment le plus intéreffant dans toutes les oc-cafions de fêtes publiques. La fuperftition, toujours prête à tourner à fon profit les paflions qui ont le plus d'influence & d'énergie, concourt fouvent à confirmer & à fortifier cette difpofition des fauvages. Leurs magiciens font accoutumés à prefcri-ie une grande partie de jeu , comme un des moyens les plus efficaces d'appaifer leurs divinités ou de rendre la fanté aux malades (2). Gotitdes Des caufes femblables à celles qui infpï* foSS?8 rent aux Américains l'amour du jeu , les portent auffi à l'ivrognerie. Il femble qu'un des premiers efforts de l'induftrie humaine ait été de découvrir quelque boiffon enivrante ; & l'on n'a guère trouvé de nation, quelque grofliere & dépourvue d'invention qu'elle fût, qui n'ait réufli dans cette fatale recherche. Les plus barbares des tribus (i) Charkvoix, hift. de la Nouy. Fr. III, 261-318. La* ficau, //, 333. Ribas, triumf. 13. Brikell, 335., (£l Cuaïkvvix, lùft. de la.J&uy, j?r. III, afo. de l'Amérique, 373 Américaines ont été alTez malheureufes pour faire cette découverte; celles-même qui font trop ignorantes pour connoître le moyen de donner aux liqueurs par la fermentation une force enivrante, obtiennent le même effet par d'autres moyens. Les habitans des ifles, ceux de la Californie & du nord de l'Amérique, emploient pour cet objet la fumée du tabac, qu'ils font palfer avec un certain inftrument dans les narines & dont les vapeurs en montant au cerveau y excitent tous les mouvemens & les tranf-ports de l'ivreffe (i). Dans prefque toutes les autres parties du nouveau monde, les naturels poffédoient l'art d'extraire une liqueur enivrante du maïz ou de la racine de manioc, les mêmes fubfiances dont ils faifoient du pain. L'opération qu'ils avoient imaginée pour cela reffemble affez au procédé ordinaire des braffeurs ; mais avec cette différence qu'au lieu de levure, ils y fubflituoient une dégoûtante infufion d'une certaine quantité de maïz ou de manioe mâché par leurs femmes. La falive excita .■une fermentation vigoureufe, & en peu de , CO Oviçdo, MJl. ap. Ramus. ///, n3, Vcnëgas, 1,63. tfutfr. it d.b.£a 4cl'aca, cap. 26. Vaycz. la NowLX^XJX,. jours la liqueur devient propre à être bue. Elle n'eft pas défagréable au goût, & lorfqu'on en boit une grande quantité, elle a le pouvoir d'enivrer (i). C'eft la boiflbn générale des Américains, qui la défignent par différons noms & la recherchent avec une fureur qu'il n'eft pas plus aifé de concevoir que de décrire. Chez les nations polies, oh une fucceflion d'occupations & d'amufe-mens divers tient l'efprit dans une activité continuelle, le defir des liqueurs fortes eft modifié en grande partie par le climat, & il augmente ou diminue félon les variations de la température. Dans les pays chauds, l'organifation fenfible & délicate des habitans n'a pas befoin du ftimulant des liqueurs fermentées. Dans les pays plus froids, la conftitution des naturels , plus robufte & plus pefante, en a befoin pour être excitée & mife en mouvement. Mais, parmi les fauvages , le defir de tout ce qui a la faculté d'enivrer eft le même dans toutes les pou-tions du globe. A l'exception de quelques petites tribus difperfées près du détroit do Magellan, tous les habitans de l'Amérique, foit qu'ils habitent la zone torride ou les ré-*-—----»—•— D E L'A MERiqnE. 3^ gïons tempérées, foit qu'un fort plus dur les ait fait naîrre dans les climats plus rigoureux des deux extrémités nord & fud de ce continent, paroiiTent être également dominés par cette pafMon CO- Cette rcffem-bîancede goût chez des peuples placés dans des iituations fi différentes, ne peut être regardée comme l'effet d'un befoin phyfique, & ne peut être attribuée qu'à l'influence d'une caufe morale. Lorfque le fauvage eft engagé dans une expédition de guerre ou de chaîfe, il fe trouve fouvent dans des fkua-tions critiques, oh toutes les facultés de fa nature font obligées de s'exercer par les plus grands efforts ; mais à ces feenes incé-reifantes fuccedent de longs intervalles de repos, pendant lef]ue!s le guerrier ne voit rien d'affez étonnant ou important pour mériter fon attention. Il languit dans ce tems d'indolence. L'attitude de fon corps eft uq emblème de l'état de fon ame: là, accroupi près du feu dans fa cabane, ici étendu k l'ombre de quelques arbres, il confume fes . (O Gumilla, I, ftjft \.oz-\wy, defir. de! gren Chaco, 56-103. llilxis, 8. Ulloa, I, 219.337. Marchais, IV, 43^ Fernande/., mijjion. de las Chiçuit. 35. Uanere, p. 205, BUuco, myesf, de pirlîu, 31. journées dans un fommeil prefque contr-, nuel, ou dans une inaction intipide & ftu-pide qui n'en efl: guère différente. Comme les liqueurs fortes le tirent de cet état de torpeur, donnent un mouvement plus rapide à fes efprits & l'animent encore plus fortement que la danfe ou le jeu, il en efl ex-ceffivement avide. Un fauvage qui n'eft pas en action eft un animal tride & penûf ; mais dès qu'il boit ou qu'il a feulement l'efpéran-ce de boire d'une liqueur enivrante, il prend de la vivacité & de la gaité CO* Que* que foit l'occafion ou le prétexte qui raf-femble les Américains, la féance fe termine toujours par une débauche. Plufieurs de leurs fctes n'ont point d'autre objet, & ils en voient arriver l'époque avec des tranf-ports de joie. Comme ils ne font accoutu» mes à contraindre aucun de leurs fenti-raens, ils ne mettent point de bornes à celui-ci. La fête dure fouvent fans interruption pendant plufieurs jours, & quelque fu-neftes que puilTent être les fuites de leurs excès, ils ne ccflent de boire que lorfqu'il pe refte plus une feule goutte de liqueur. Ceux d'entr'eux qui font les plus diftin-* ÇO Melendes» te/vos ysrdtd* UIy 169* D E L'A UERIQDE. 3^ gués, les guerriers les plus célèbres, les —_ chefs les plus renommés pour leur fagefle, Lrv.iv. n'ont pas plus d'empire fur eux-mêmes que le dernier membre de la communauté. L'attrait irréfiitiblcd'un plaifir préfent les aveu, gle fur les conféquences, & ces hommes qui dans d'autres fituations femblent doués d'une force d'ame plus qu'humaine, ne font dans celle-ci que de vils efclaves d'un appétit brutal, inférieurs aux enfans en prévoyance aufîi bien qu'en raifon (i). Lorfque leurs paffions, qui font naturellement fortes, font encore excitées & enflammées par l'ivrefle, ils fe portent aux plus terribles excès, & la fête fe termine rarement fans des actes de violence & même fans du fang répandu ("2). Au milieu de cette débauche extravagante, il y a une circonflance qui mérite d'être remarquée : chez la plupart des nations Américaines il n'elt pas permis aux femmes de prendre part à la fête (3). Leur occupation elt de préparer la liqueur, de la fcrvir aux convives, & d'avoir foin de leurs maris CO R»»as, IX. Ulloa, I, 33t. Ca) Ltttr. éiif. //, 17e. Twqiieiaadj, mon, fmltlt 33^ O) Voyej la Non XC Liv. IV. & de leurs parens lorfqu'ils commencent à perdre la raifon. Rien ne prouve plus l'état d'infériorité des femmes & le mépris avec lequel elles étoient traitées dans le nouveau monde, que cet ufage de les exclure d'un plaifir lî recherché de tous les fauvages. Lorfqu'on découvrit l'Amérique feptentrionale, les habitans ne connoiffoient encore aucune boifïbn enivrante; mais les Européens ayant trouvé bientôt un intérêt à leur fournir des liqueurs fpiritueufes, l'ivrognerie eft devenue auffi univerfelle parmi eux que parmi les Américains des parties méridionales ; leurs femmes môme ont. pris le même goût & s'y livrent avec auffi peu de décence & de modération que les nom* mes (1). Il feroit trop long d'examiner toutes les de^fafre coutumes particulières qui ont excité l'éton-Snrdï3nement des voyageurs en Amérique; mais bides in*" Ie 110 PU,S eD Pa^er ^OUS filence uQe curables, roît auffi extraordinaire qu'aucune de celles dont on a parlé. Lorfqu'un Américain devient vieux ou qu'il fouffre d'une maladie que leur médecine grofîiere ne peut guérir, CO Hutdii'iibn, hift, of Mafachufa Bay. 469. Lalitaa II, 125. Sa^ard, 146. D E' I»A MER I Q TJ E. ^79 fes enfans ou fes parens lui ôtent la vie eux- sh' mêmes, pour être délivrés du fardeau de le Llv'IV* nourrir & de le foigner. Cette coutume s'eft trouvée établie chez les tribus les plus fauvages dans toute l'étendue du continent, depuis la baie d'Hudfon jufqu'à la rivière de la Plata; & quelqu'oppofée qu'elle paroif-fe à ces fentimens de tendrelTc & d'affec» tion que les hommes civilifés regardent comme naturels à l'efpece humaine, l'homme femble y être conduit par la condition de la vie fauvage. Les mêmes peines & les mêmes difficultés pour fe procurer des fubfiitances, qui en quelques cas empêchent les fauvages d'élever leurs enfans , les obligent à terminer la vie des vieillards & des infirmes. La foiblefle de ceux-ci auroit befoin des mêmes fecours que l'enfance. Les uns & les autres font également incapables de remplir les fonctions de1 guerriers ou de chaffeurs, & de fupporter les peines ou d'échapper aux dangers auxquels les fauvages font fi fouvent expofés' par leur défaut de prévoyance ce d'induflrie. Incapables de fubvenir aux befoins ou de fecourir la foibleffe des autres, ce furcroît d'embarras leur dodue une impatience qui 380 H ISTOIRE — les porte à terminer une vie qu'il leur fc. Liv. iv. rojt trop difficile de conferver. Cela n'eft point regardé comme un trait de cruauté, mais comme un acte de pitié. Un Américain, accablé d'années ou d'infirmités, Tentant qu'il ne peut plus compter fur le fecours de ceux qui l'environnent, fe place lui-même d'un air content dans fon tombeau , & c'eft des mains de fes enfans ou de fes plus proches parens qu'il reçoit le coup qui le délivre à jamais des miferes de la vie (.> idde gé-. IX. Après avoir confidéré les peuples jjjjca? ^uvages d'Amérique dans ces différens «clerc points de vue, & après avoir examiné leurs ufages dans tant de fituations diverfes, il ne refte qu'à nous former une idée générale de leur caractère, comparé avec celui des cations plus policées. L'homme, dans fon état primitif , fortant pour ainfi dire des mains de la nature , eft partout le môme. Dans les premiers inftans de l'enfance, foit parmi les fauvages les plus bruts, foit dans la fociété la plus civilifée, on ne lui recon-noît aucune qualité qui marque quelque dif. (i) Caûani, hlfl. de N. Reyno de gran. p. 300. pjf0j p. 6. Eliis, voy. 161. Gumilla, I, 333. T>E l'A m e R I q y E. 38r tindtion ou quelque fupériorité. I| paroît __ partout fufceptible de la même perfectibili- "v. té, &les talens qu'il peut acquérir par fe fuite, ainfi que les vertus qu'il peut devenir capable d'exercer, dépendent entièrement de l'état de fociété dans lequel il fe trouve placé. Son efprit fe conforme naturellement à cet état & en reçoit fes lumières & fes talens. Ses facultés intellectuelles font mifes en activité, en proportion des befoins habituels que fa fituation lui fait éprouver & des occupations qu'elle lui impofe. Les affections de fon cœur fe développent félon les rapports qui fe trouvent établis entre lui & les êtres de fon efpece.- Ce n'eft qu'en fuivant ce grand principe que nous pourrons découvrir quel eft le caractère de l'homme dans les différens périodes de fes progrès. Si nous l'appliquons à la vie fauvage &. Facubft que nous mefurions à cette règle les quaH-tutlle*. tés de l'efprit humain dans cet état de fociété, nous trouverons comme je l'ai déjà obfervé, que les facultés intellectuelles de l'homme doivent être extrêmement limitées dans leurs opérations. Elles font renfermées dans l'étroite fphere de ce qu'il ffgft* de comme nécelTaire pour lubvcnir à fc» befoins: tout ce qui ne s'y rapporte pas n'attire point fon attention & n'eft point l'objet de fes recherches. Mais, quelque bor-nées que puilTent être les connoilfanccs d'un fauvage, il polfede parfaitement la petite portion d'idées qu'il a acquifes : elles ne lui ont point été communiquées par une in-ftru&ion méthodique ; elles ne font point pour lui un objet de curiofité & de pure fpéculation; c'eft le réfultat de fes propres obfervations & le fruit de fon expérience; elles font analogues à fa condition & à fes befoins. Tandis qu'il eft engagé dans les .occupations actives de la guerre ou de la chaffe, il fe trouve fouvent dans des fituations difficiles & périlleufes, dont il ne peut fe tirer que par des efforts de fagacité; il s'engage dans des démarches oh chaque pas dépend de fa pénétration à dif-cerner le danger auquel il eft expofé & de fon habileté à trouver les moyens d'y é-chapper. Comme les talens des individus font mis en activité & perfectionnés par cet exerci. ce répété de l'efprit, ils déploient, dit-on,^ beaucoup de fageffe poliiique dans la de l'Amérique, 333 conduite des affaires de leurs petites com- ww*m munautés. Le confeil de vieillards délibé-Liv*iV* rant fur les intérêts d'une bourgade Américaine & décidant, de la paix ou de la guerre, a été comparé aux fénats des républiques policées, & les procédés du premier ne font pas conduits avec moins d'ordre & de fagacité que ceux des derniers. De grandes combinailons politiques font mifes en œuvre pour peler les différentes mefu* res qu'on propofe ct.pour en balancer les avantages probables avec les inconvéniens qui peuvent en réfulter. Les chefs qui afpi-rent à obtenir la confiance de leurs concitoyens, emploient beaucoup d'adrefle& d'éloquence pour acquérir la prépondérance dans ces affemblées (i). Mais chez ces nations groflieres les talens politiques ne peuvent fe déployer que dans un cercle fort étroit. Partout oh l'idée de propriété particulière n'eft pas encore connue & qu'il n'y a point de jurifdiction criminelle établie , il n'y a prefque point d'occafion d'exercer aucune fonction de police intérieure. Par. tout oh il n'y a point de com. mcrce & oh il n'y a que très • peu de corn- CO Charlevoix, hift. & la Nouy. Ir. JJl, 269. m munication entre les différentes tribus , ou IV« les haines nationales font implacables & les hoftilités prefque continuelles, il ne peut y avoir que peu d'objets d'intérêt public à difeuter avec fes voifins, & ce département qu'on pourroit appeller des affaires étrange-res, n'eft pas affez compliqué pour demander une politique bien profonde. Partout oh les individus manquent de prévoyance & de réflexion, au point de ne favoir prendre que rarement dos précautions efficaces pour leur propre confervation, on ne doit pas s'attendre à voir les délibérations & les mefures publiques réglées par la confidé-•ration de l'avenir. Le génie des fauvages eft de fe conduire par les impreffions du moment. Ils font incapables de former des arrangemens compliqués , relativement k leur conduite future. Les affemblécs des Américains font à la vérité fi fréquentes, & leurs négociations fi longues & fi multipliées (i), iv. Ft\ III, 309. (a) Oviedo, ftijl. lib. X'\ Vovcz |n Noir. X.C1L R 1 mwmtm & adoucîffent le commerce de la vie. Leurs Lrv.iv. idées exaltées d'indépendance donnent à leur caractère une réferve fombre qui les fépare les uns des autres. Les plus proches parens craignent mutuellement de fe faire quelque demande, de folliciter quelques fervices (i) » de crainte d'avoir l'air de vouloir impofer aux autres une charge ou gêner leur volonté, infènfî- J'ai déjà remarqué l'influence de cette dureté de caractère fur la vie domeftique, relativement à l'union du mari avec la femme, de même qu'à celle des pères avec les enfans. Les effets n'en font pas moins fen-iibles dans l'exercice des devoirs mutuels d'affection qu'exigent fouvent la foibleffe & les accidens attachés à la nature humaine. Dans certaines tribus, lorfqu'un Américain efl attaqué d'une maladie, il fe voit généralement abandonné par tous ceux qui étoient autour de lui, & qui fans s'embar-raffer de fa guérifon , fuient dans la plus grande confternation pour éviter le danger fuppofé de la contagion (2). Chez les na-1 '■-—- - CO De la Potherie, III, 28. CO Lettres du P. Cataneo, ap. Mitratori CfiriJIiau f, SO0. Dutertw, II, 410. Lozano, 100, . Herrera, dec. 4, tions môme oh' l'on n'abandonne pas ainfi les malades, la froide indifférence avec laquelle ils fonc foignés ne leur procure que de foibles confolations. Ils ne trouvent dans leurs compagnons ni ces regards de la pitié, ni ces douces expreffions, ni ces fer-vices officieux qui pourroient [adoucir ou leur faire oublier leurs fouffrances (i}. Leurs parens les plus proches refufent fou. vent de fe foumettre à la plus petite incommodité ou de fe priver de la moindre bagatelle pour les foulager ou leur être utiles (2). L'ame d'un fauvage eft fi peu fuf-ceptible des fentimens qu'infpirent aux hommes ces attentions tendres qui adoucilTent l'infortune, que dans quelques provinces de l'Amérique les Efpagnols ont jugé nécefTai-re de fortifier par'des loix pofitives les devoirs communs de l'humanité, & d'obligsr les maris & les femmes, les pères & les enfans, fous des peines très - graves, à prendre foin les uns des autres dans leurs maladies (3). La même dureté de caratte- lib. VIII, c. 5 ; dec. 5, Rb. IV, C 2. l'aUtener's deferif. of Patagowa, 98. CO Gumiila, 1, 329. Lozano, 100. (2) Gare!a, Otlgen ,9o. Herrera, dec. 4, lib. VIII t c. 5. C3) Cogulludo, Kft. de Tuûaân. p. 300, *3 re eft encore plus frappante dans la manie. • re dont ils traitent les animaux. Avant l'arrivée des Européens , les naturels de l'Amérique feptentrionale avoient quelques chiens apprivoifés qui les accompagnoient dans leurs chafles & les fervoient avec toute l'ardeur & la fidélité particulières à cette efpece. Mais, au lieu de cet attachement que nos chaffeurs Tentent naturellement pour ces compagnons utiles de leurs plaifirs, le chafleur Américain recevoit avec dédain les fervices de fon chien , le nour-rhToit rarement & ne le carelToit jamais Ci). En d'autres provinces oh les animaux do-meftiques d'Europe ont été introduits, les Américains ont appris à les faire fervir à leurs travaux ; mais on a généralement obfervé qu'ils les traitent très - durement C2^> & n'emploient jamais que la violence & la cruauté pour les dompter ou les gouverner. Ainfi dans toute la conduite de l'homme fauvage , foie à l'égard des humains fes é-gaux, ou des animaux qui lui font fubor-donnés, nous retrouvons le môme caractère , nous reconnoiffons les opérations d'une (l) Chatlevoix, h'ifl. de la Nouy. Fr. III, 337. (z) Ulloa, notîc Amerlian 312. ) ame qui n'eft occupée qu'à fe fatisfaire DE t'AwnrlQrjn, 39J plus fauvages de l'Amérique, qu'à peine é- —— prouvent-ils quelque contrainte. De-là cet L™.iv. efprit d'indépendance qui fait l'orgueil d'un fauvage, & qu'il regarde comme le droit ina-Sce.pen? liénable de l'homme. Incapable de fe foumee-tre à aucun frein, & craignant de reconnoître un fupétieur, fon ame, quoique bornée dans l'exercice de fes facultés & égarée par l'er* reur fur plufieurs points , acquiert par le-fèntiment de fa propre liberté une élévation qui donne à l'homme en beaucoup d'occa-fions une force, une perfévérance & une dignité étonnantes. Si l'indépendance entretient cet efprit de Courage*, fierté chez les fauvages, les guerres perpétuelles dans lefquelles ils font engagés ,. le mettent en activité. Ils ne connoiflcnt point ces intervalles de tranquilité r fré-quens dans les états civilifés. Leurs haines , comme je l'ai déjà obfervé , font implacables & éternelles. Ils ne lailTent pas languir dans l'inaélion la valeur de-leurs jeunes gens , & ils ont toujours la niche à la main , ou pour attaquer, ou/ pour fe défendre. Même dans leurs ex-péditions de chaffe, ils font obligés de: fe tenir en garde contre les furprifes de* R <5 3$6" HlîTOllï — nations ennemies dont ils font environ- Liv. IV. nés. Accoutumés à des alarmes continuelles, ils fe familiarifent avec le danger, & le courage devient parmi eux une vertu habituelle, réfultant naturellement de leur fituation & fortifiée par un exercice confiant. La manière de déployer le courage peut n'être pas chez des peuples bruts & peu nombreux la même que dans les états puiflans & civilifés. Le fyftême de guerre & les idées de valeur peuvent fe former fur différens principes ; mais l'homme ne fe montre dans aucune fituation plus fupérieur e; au fèntiment du danger & à la crainte de la mort que dans l'état de fociété le plus fimple 6i le moins cultivé. Attache- Une autre vertu qui diftingue les fauva-. ges, c'eft leur attachement à la communau- ïïiutd tg dont ils font membres. La nature de leur union politique pourroit faire croire que ce lien doit être extrêmement foible ; mais il y a des circonftances qui rendent très - puilTante J'influence de cette forme d'aiTociation , toute imparfaite qu'elle eft. Les tribus Américaines ne font pas très-peu-, plées : armées les unes contre les autres , ou pour fatisfaire- d'anciennes inimitiés-^ ou Dï L'A M F. RI QTJE. j^j pour venger des injures récentes, leurs in- -térêts & leurs opérations ne font ni nom- Lw'W< breux ni compliqués. Ce font-là des objets que l'efprit brut d'un fauvage peut comprendre aifément, ce fon cœur elt capable de former des attachemens qui ne font pas fort étendus. II adhère avec chaleur à des mefurcs publiques, dictées par des pallions fembîables à celles qui règlent fa conduite. De-là cette ardeur avec laquelle les individus s'engagent dans les entreprifes les plus périllcufes,lorfque la communauté les juge néceffaires. De-là cette haine féroce & profonde qu'ils vouent aux ennemis publics. De-là ce zele pour l'honneur de leurs tribus ; cet amour de leur patrie, qui les porte à braver le danger pour la faire triompher, & à fupporter fans la moindre plainte les tourmens les plus cruels pour ne pas 1a deshonorer. Ainfi dans toutes les fîtuatïons, même les conten* plus défavorables oh des êtres humains ptfGÏSK* . *~ r qu ils pou- fent être placés, il y a des vertus qui appar- f^td-ru ... lui leur con- tiennent particulièrement à chaque état , diûou. des affections qu'il développe & un genre de bonheur qu'il procure. La nature bien-faifante fait plier l'efprit de l'homme à fa *7 tmm condition"; & fes idées & fes defirs ne s'é-tvr. iv. tendent pas au - delà de la forme de fociété à laquelle il eft: accoutumé. Les objets de contemplation ou de jouiffance que fa fituation lui préfente, remplirent & fatif-font fon ame , & il auroit de la peine à concevoir qu'un autre genre de vie pût être heureux ou même tolérable. Le Tartare accoutumé à errer fur de valîes plaines & à fubfiiler du produit de fes troupeaux , croit invoquer la plus grande des malédictions fur la tête de fon ennemi, en lui fou-haitant d'être condamné à réfider conftam* ment dans le même lieu & à fe nourrir de l'extrémité d'une plante. Les fauvages d'Amérique, attachés aux objets qui les inté-reffent & fatisfaits de leur fort, ne peuvent comprendre ni l'intention ni l'utilité des différentes commodités qui dans les fo-ciétés policées font devenues effentielles aux douceurs de la vie. Loin de fe plaindre de leur condition, ou de voir avec des yeux d'admiration & d'envie celle des hommes plus civilifés, ils fe regardent comme les modèles de la perfection , comme les êtres qui ont le plus de droits & de moyens pour jouir du véritable bonheur.. Accouuu mes h ne contraindre jamais leurs volontés s ni leurs actions, ils voient avec étonnement Llv* l'inégalité de rang & la fubordination éta. blie dans la vie policée, & conlîderent la fujé-tion volontaire d'un homme à un autre, comme une renonciation aufli avililTante qu'inexplicable de la première prérogative de l'humanité. Deltitués de prévoyance, exempts de foins & contens de cet état d'indolente fécurité, ils ne peuvent point concevoir ces précautions inquiètes, cette activité continuelle , ces difpoûtions compliquées, auxquelles les Européens ont recours pour prévenir des maux éloignés ou fubvenir à des befoins futurs, & fe récrient contre cette étrange folie de multiplier ainh* gratuitement les peines & les travaux de la vie (ï)* La préférence qu'ils donnent à leurs mœurs fe remarque dans toutes les occafions. Les noms mômes par lefquels les différentes nations de l'Amérique veulent être diltinguées-ont leur principe dans cette idée de leur prééminence. La dénomination que les Iro-quois fe donnent à eux - mêmes, elt celle (O Charlevoix, hift, de la Nouy. Fr, Ult 30S. Lahos* mm* de premiers des hommes Ci), Le mot de Iav. IV. Caraïbe , qui elt le nom primitif des féroces habitans des ifles du vent, lignifie peu* pie guerrier (2). Les Cherakis , pleins du fèntiment de leur fupériorité, appellent les Européens des riens ou la race maudite, 5c •fe donnent le nom de peuple chéri C3). Le même principe a formé les idées que les autres Américains fe faifoient des Euro» péens ; car, quoiqu'ils paruffent d'abord fort étonnés des arts & fort effrayés de la puiffance de ces étrangers , ils perdirent ^bientôt de l'eflime qu'ils avoient conçue pour des hommes , dont ils virent enfuite que la manière de vivre étoit fi différente de la leur. Ils les appellerent l'écume de la mer} des hommes fans pere ni mere. Ils fuppoferent qu'ils n'avoient point de pays à eux, puifqu'ils venoient envahir celui des -autres C4)> ou que ne trouvant pas de quoi fubfifler chez eux, ils étoient obligés d'errer fur l'océan pour aller dépouiller ceux Çi) Colden, 1, j. (2) Roclieforr, hift. des Antilles 5 455^ (3) Aia.lv y ftift. of Amer. Indians. p. yz. QÙ Bcnzoui, lùft% twi orbit, lib. III, c. 21* D E L'A MERIQUE, 401 qui poiTédoient les biens qui leur man-quoienr. Des hommes il contens de leur état font bien loin d'être difpofés à quitter leurs habitudes & h adopter celles de la vie civi-liféc. Le paffage efl trop violent pour être franchi brufquement. On a tenté de fevrer pour ainfi dire un fauvage de fon genre de vie & de le familiarifcr avec les commodités ce les agrémens de la vie fociale ; on l'a mis-à portée de jouir des plaifirs & des diflinc-tions qui font les principaux objets de nos defirs. Mais on fa vu bientôt s'ennuyer & languir fous la contrainte des loix & des formes, faifir la première occafion de s'en débarraffer, & retourner avec tranfport dans la forêt ou le défert oh il pouvoit jouir d'une entière indépendance CO» J'ai enfin terminé cette efquifTe difficile du caractère & des mœurs des peuples grof-fiers, difperfés fur le vafte continent de l'Amérique. Je n'ai point prétendu égaler, ni pour la hardieffe du deffein, ni pour l'éclat & la beauté du coloris, les grands maîtres qui ont compofé & embelli le tableau de la vie fauvage. Je fuis content de l'hum- Çi) Charlevoix, liijl, de la Nuuy. />. »2Z% ÊBBÊf blc mérite d'avoir perûfté avec une patien-Liv. iv. ce laborieufe à confidérer mon fujet fous un grand nombre de faces diverfes, & à recueillir d'après les obfervateurs les plus exacts, les traits détachés & fouvent très-déliés, qui pouvoient me mettre en état de faire un portrait relfemblant à l'original. rPrécflu- Avant que d'achever cette partie de moo raie polir"ouvrage , il eft important de faire encore jrcherchc une observation qui fervira à juftificr les 'conféquences que j'ai tirées , ou à prévenir les méprifes oh pourroient tomber ceux qui voudroient les examiner. Pour parvenir à connoître les habitans d'une contrée au fil vafte que l'Amérique, il faut faire une gran-de attention à la diverûté des climats fous lefquels ils font placés. J'ai fait voir l'influence de cette caufe, relativement à plufieurs circonftances importantes qui ont été l'objet de mes recherches; mais je n'en ai pas examiné tous les effets, & il ne faut pas négliger ce principe dans les cas particuliers oh je n'en ai pas fait mention. Les provinces d'Amérique ont des températures fi différentes, que cette variété feule fuffit pour établir une diftinction fenfible entre leurs habitans. Dans quelque partie du glo- be que l'homme exifte, le climat exerce ____ une influence irréfiftible fur fon état & fon caractère. Dans les pays qui approchent davantage des extrêmes de la chaleur ou du froid, cette influence eft û fenfible qu'elle frappe tous les yeux. Soit que nous confi-dérions l'homme Amplement comme un animal, ou comme un être doué de facultés intellectuelles qui le rendent propre à agir & à méditer, nous trouverons que c'eft dans les régions tempérées de la terre qu'il a conftarament acquis la plus grande perfection dont fa nature foit fufceptible; c'eft-là que fa conftitution eft plus vigoureufe, fa forme plus belle, fes organes plus déh> cats. C'eft - là auffi qu'il polfede une intelligence plus étendue, une imagination plus féconde, un courage plus entreprenant & une fenfibilité d'ame qui donne naiifance à des pallions non - feulement ardentes , mais durables. C'eft dans cette fituation favorable qu'on l'a vu déployer les plus grands efforts de fon génie dans la littérature, dans la politique, dans le commerce, dans la guerre, & dans tous les arts qui erabellif-fent & perfectionnent la vie (i). ÇO Fàgiflbh's ejjai on tlu hiji. of civil fvciety > Vaet* ^ifc i. • Cette puiffanc du climat fe fait fentir ' plus fortement chez les nations fauvages & y produit de plus grands effets que dans les fociétés policées. Les talens des hommes civilifés s'exercent continuellement à rendre leur condition plus douce; par leurs inventions & leur înduflrie ils viennent à bout de remédier en grande partie aux défauts & aux inconvéniens de toutes les températures. Mais le fauvage, dénué de prévoyance, efl: affecté par toutes les circonftances propres aux lieux oh il vit ; il ne prend au. cune précaution pour améliorer fa fituation,* femblable à une plante ou à un animal, il eft modifié par le climat fous lequel il eft né & en éprouve l'influence dans toute fa force. En parcourant les nations fauvages de l'Amérique, la dift.incr.ion naturelle entre les habitans des régions tempérées & ceux de la zone torride eft très-remarquable. On peut en conféquence les divifer en deux grandes claffes. L'une comprend tous les . habitans de l'Amérique feptentrionale , depuis la rivière Saint-Laurent jufqu'au golfe du Mexique, avec les habitans du Chili 6c quelques petites tribus placées à l'extrémité » DE L'AMElUQrJE. 405 du continent méridional. On rangera dans l'autre clalle tous les habitans, des ifles & ceux des différentes, provinces qui s'étendent depuis riflhme de Darien jufques vers les limites méridionales du Bréûi, le long du côté oriental des Andes. Dans la première clafîe l'efpece humaine fe montre mani-feftement plus parfake. Les naturels y font plus robuftes, plus actifs, plus intelligens & plus courageux. Ils poffedent au plus haut degré cette force d'ame & cet amour de l'indépendance que j'ai préfentés comme les principales vertus de l'homme dans l'état fauvage. Ils ont défendu leur liberté avec beaucoup de courage & de perfévéran-ce contre les Européens, qui ont fubjugué avec la plus grande facilité les autres nations de l'Amérique. Les naturels de la zone tempérée font les feuls peuples du nouveau monde qui doivent leur liberté à leur pro. pre valeur. Les habitans de l'Amérique feptentrionale , quoiqu'environnés depuis long-tems par trois puifTances formidables de l'Europe, confervent encore une partie de leurs anciennes pofTeilions & continuent d'exifler comme -nations indépendantes. Quoique le Chili ait été envahi de bonne 40O* H I S T O I R E heure par les Efpagnols, les habitans font toujours en guerre avec leurs vainqueurs 5c ont fçu par une réfiftance vigoureufe arrê-ter les progrès de leurs ufurpations. Dans les pays plus chauds , les hommes étant d'une conftitution plus foible , ont aufîi moins de vigueur dans l'efprit; leur caractère eft doux, mais timide, & ils s'abandonnent davantage au goût de l'indolence & du plaifir. C'eft en conféquence dans la zone torride que les Européens ont établi plus complettement leur empire fur l'Amérique : les plus belles & les plus fertiles pro-vinces y font fourni fes à leur joug ; & fi plufieurs tribus y jouilTent encore de l'indépendance, c'eft parce qu'elles n'ont jamais été attaquées que par un ennemi rafîafié de conquêtes & déjà en polTefîion de territoires plus étendus qu'il n'en pouvoit occuper, ou bien que placés dans des cantons éloignés & inacceffibles , leur fituation les a préfervés de la fervitude. Quelque frappante que puifle paroître cette diftinction entre les habitans des di-verfes rcgions d'Amérique, elle n'eft cependant pas univerfelle. La difpofirion 6c le caractère de& individus, ainfi que des na- tions, font, comme je l'ai obfervé, plus puif. famment affectés par les caufes morales & politiques, que par l'influence du climat. Par un effet de ce principe,"il y a en différentes parties de la zone torride quelques tribus qui, pour le courage, la fierté & l'amour de l'indépendance, n'étoient gueres inférieures aux naturels des climats plus tempérés. Nous connoiffons trop peu l'hiftoire de ces peuples pour être en état d'indiquer les circonftances particulières de leurs progrès & de leur fituation auxquelles ils doivent cette prééminence remarquable. Le fait n'en efl: pas moins certain. Colomb fut informé à fon premier voyage que plufieurs des ifles étoient habitées par les Caraïbes, hommes féroces , fort différens de leurs foibles & timides voifins. Dans la féconde expédition au nouveau monde, il eut occa. fion de vérifier la jufteffe de cet avis , & fut lui-môme témoin de la valeur intrépide de ces peuples (i). Us ont confervé invariablement le même caractère dans toutes les querelles poflérieures qu'ils ont eues avec les Européens (2); & même de notre tems CO l''l£ de Colomb, c. 47-41;. Voyez 1- Non; (2) Roclufoït, hift. des Antilles t 531. 1 4o8 H I S T O I R E , &c. nous leur avons vu faire une vigoureufe rc-liltance pour défendre le dernier territoire que la rapacité de leurs opprefleurs eût laif-fé en leur poiTeffion (i). Il s'eft trouvé au Bréfil quelques nations qui n'ont pas montré moins de vigueur d'ame & de bravoure à la guerre (2). Les habitans de l'iflhme de Darien n'ont pas craint de mefurer leurs armes avec les Efpagnols, & ont plus d'une fois repouffé ces formidables conquérans (3). On pourroit citer d'autres faits. Quelque puilTante & quelqu'étendue que puille paroîcre l'influence d'un principe particulier, cen'eit pas par une feule caufe qu'il fera poffible d'expliquer le caractère & les actions des peuples. La loi même du climat , plus univerfelle peut • être dans fon action qu'aucune de celles qui affectent l'ef-pece humaine, ne peut nous fervir à juger la conduite de l'homme qu'au moyen d'un grand nombre d'exceptions. NO- CO Voyez la Note XCIV. (2j Lery, ap. de Bry, 1/1, 207. (3) limera, dec. 1, iïb. X, c. 15» dec. a, pafan. Fin du quatrième Livre. NOTES ET ECLAIRCISSEMENS. Note XXIII, pag. 28. I y e formulaire employé à cette occafîon a fervi de modèle aux Efpagnols dans toutes leurs conquêtes poftérieures eu Amérique. Il eft d'une nature fi extraordinaire & donne une idée û nette des procédés des Efpagnols & des principes fur lefquels ils fondoient leurs dro'its au vafte empire qu'ils acquirent dans le nouveau monde, que cette pièce mérite toute l'attention du lecteur. „ Moi Alonfo d'Ojeda , ferviteur des » très hauts & très-puifTans rois de Caftille & de „ Léon , vainqueurs de nations barbares, leur ara-„balTudeur & capitaine, je vous notifie & vous «déclare, avec toute l'étendue des pouvoirs que m j'ai, que le feigneur notre Dieu, qui eft un Se ,,éternel, a créé le ciel & la terre, ainfi qu'un „homme & une femme, de qui font defeendus w vous & nous, & tous les hommes qui on: existé ou qui exigeront dans le monde. Mais edm» „me il eft arrivé que les générations fucceffives, «pendant plus de cinq mille ans, ont été difper-«fées dans les différentes parties du.monde, & „fe font divifées en plufieurs royaumes & pro- Tome II. S „vinces, parce qu'un feul pays ne pouvoit ni les „ contenir ni leur fournir les fubfiftaaces nécef. „faires; c'eft pour cela que le feigneur notre Dieu „ a remis le foin de tous fes peuples à un hom-„me, nommé fatnt-Pierre, qu'il a conftitué fei-„gneur & chef de tout le genre humain, afin que „tous les hommes, en quelque lieu qu'ils foient „nés ou dans quelque religion qu'ils aient été ins« „truits, lui obéiffent. Il a fournis la terre entière â fa jurifdiction, & lui a ordonné d'établir „fa réfidence à Rome, comme le lieu le plus jj propre pour gouverner le monde. Il lui a pa-„ reillement promis & accordé le pouvoir d'éten-» dre fon autorité fur quelqu'autre partie du mon-„ de qu'il voudroit, & de juger & gouverner tous „les chrétiens, maures, juifs, idolâtres, ou tout ,j autre peuple de quelque fette ou croyance qu'il „puilTe être. On lui a donné le nom de Pape, „qui veut dire admirable, grand pere & tutçur; » parce qu'il eft le pere & le gouverneur de tous „les hommes. Ceux qui ont vécu du tems de „ce faint-pere lui ont obéi en le reconnoiflant ,,pour leur feigneur 6: roi & pour le maître de „ l'univers. On a obéi de même â ceux qui lui » ont fuccédé au pontificat; & cela continue aujour. „d'hui & continuera jufqu'à la fin des fiecles". „ L'un de ces pontifes, comme maître du mon. „ de, a fait la concefllon de ces ifles & de la ter-„re-ferme de l'océan, à leurs ma jettes cathcli- ET ECLArRCïSSIiitENS. m „ques les rois deCaftilIe, Don Ferdinand, & Dort na Ifabelle de glorieufe mémoire, & à leurs „ fucceffeurs nos fouverains, avec tout ce qu'el-„ les contiennent, comme cela fe trouve plus „ amplement expliqué par certains actes qu'on «vous montrera fi vous le defirez. Sa inajefté n eft donc , en vertu de cette donation, roi & „feigneur de ces ifks & de la terre-ferme, fit „ c'eft en cette qualité de roi & de feigneur que «la plupart des ifles à qui l'on a fait connoître «ces titres, ont reconnu fa inajefté & lui ren-» dent aujourd'hui foi & hommage de bon gré & « fans oppofîtion, comme â leur maître légitime. n Et du moment que les peuples ont été inftruits „ de fa volonté , ils ont obéi aux hommes faints » que fa majefté a envoyés pour leur prêcher la » foi ; & tous, de leur plein gré & fans le moin-«dre efpoir de récompenfe, fe font rendus chrétiens & continuent de l'être. Sa majefté les „ayant reçus avec bonté fous fa protection, a or-„ donné qu'on les traitât de la même manière „ que fes autres fujets & vaflfaux. Vous êtes te-„nus & obligés de vous conduire de rj ême; c'eft „ pourquoi je vous prie à vous demande aujour» „ d'hui de prendre le tems néceflaire pour réflé-„chir mûrement à ce que je viens de vous décla-«rer, afin que vous puiffiez reconnoître Pégiife « pour la fouveraine & le guide de l'univers, ainfi „que le faim-pue, nommé le Pape, par fa pro« S 2 „ pre puifTance, * fa majefté, par la conceffîoit „du Pape, pour rois & feigneurs fouverains de „ces ifles & de la terre-ferme; & afin que vous „confentiez à ce que les fufdits faints pères vous „ annoncent & vous prêchent la foi. Si vous vous „conformez à ce que je viens de vous dire, vous „ferez bien & vous remplirez les devoirs auxquels vous êtes obligés & tenus. Alors fa ma-„jefté, & moi en fon nom, nous vous recevrons „avec amour & bonté, & nous vous Iaifferons ,5VOUS, vos femmes & vos enfans, exempts de «fervitude, jouir de la propriété de tous vos „ biens, de la même manière que les habitans y, des ifles. Sa majefté vous accordera en outre „ plufieurs privilèges, exemptions & récompenses. Mais fi vous refufcz.ou fi vous différez j>malicieufement d'obéir âmon injonction, alors, „avec le fecours de Dieu, j'entrerai par force „dans votre pays, je vous ferai la guerre la plus „ cruelle, je vous foumettrai au joug de l'obéif-„ fiance envers Péglife & le roi, je vous enlèverai vos femmes & vos enfans pour les faire ef-„claves, les vendre & en difpofer félon le bon » plaifir de fa majefté ; je faifirai tous vos biens » & je vous ferai tout le mal qui dépendra de „moi , comme à des fujets rebelles qui refufent „ de fe foumeitre à leur fouverain légitime. Je y, protefte d'avance que tout le fang qui fera ré-„pandu & tous les malheurs ;qui feront la fuite ET ECLAIRCIâsSM ERS. 4r votre défobéilTance, ne pourront être impir. tés qu'à vous feul*, & non à fa majefté, ni à „moi, nia ceux qui fervent fous mes ordres; n c'eft pourquoi vous ayant fait cette déclaration »& requifition, je prie le notaire ici préfent de „ m'en donner un certificat dans la forme requife. » Herrera, decad. i, lib. VU, c. 14". Note XXIV, pag. 50. Balboa, dans fa lettre au roi, dit que de cent quatre-vingt-dix hommes qu'il avoit emmenés avec lui, il, n'y en eut jamais quatre-vingts à la fois en état de fervir, tant ils fouffroient de la fatigue, de la faim & des maladies. livrera, dee. I, lib. X, c. i(5. P. Martyr, dec. pag. 226. Note XXV, pag. 70. Fonfeca, évêque de Palencia & principal dt-recteur des affaires de l'Amérique, avoit huit cents Indiens en propriété; le commandeur Lope de Conchillos, fon premier affocié dans ce département , en poffédoit onze cents, & les autres favoris en avoient un grand nombre. Ils en-voyoient des intendans aux ifles pour louer ce» efclaves aux colons. Herrera, dec. 1, lib. IX. e. 14» Pag- 325. Note XXVI, pag. 107. Quoiqu'il y ait plus d'eau en Amérique que dans aucune autre partie du globe, on ne trouv»; cependant ni ruiffeau ni rivière dans la province de Y/ucatan. Cette péninfiile s'étend dans la mer 5 3 4*4 N O T Ji 8 à cent lieues de longueur depuis le continent, mais n'a pas plus de vingt-cinq lieues dans fa plus grande largeur. C'eft une plaine unie, où il n'y a pas la moindre montagne. Les habitans fontufage de l'eau de puits, qu'on trouve partout en abondance. Toutes ces circonftances font regarder cette vafte étendue de terre comme un lieu qui a fait autrefois partie de la mer. Herrera, defcr. Indice Occident, pag. 14. Hift. Nat. par M. de Buffon, tom. 1, p. 503. Note XXVII, pag. 120. Suivant M. de Cafïïni la plus grande hauteur des Pyrénées eft de fix cents quarante - fix pieds. Celle du mont Gemmi, dans le canton de Berne, eft de dix mille cent & dix pieds. Le P. Feuille dit que, fulvant fa mefure, le Pic de Ténériffe a treize mille cent foixante-dix-huit pieds de hauteur. La hauteur du Chimboraço, la partie la plus élevée des Andes , eft de vingt mille deux cents huit pieds. Voyages de D. Cfi/oa, obfervation aftron. &phyf. tom. 2, p. 114. La feule partie du Chimboraço* qui eft toujours couverte de neige, a huit cents toi fes de hauteur perpendiculaire. Pré* vôt, hiftoire gin, des voyages, vol. XX. Note XXVIII, pag. 121. Comme une defcription particulière fait une plus forte imprefïïon que des affermons générales, je placerai ici un détail de la rivière de la Plata donné par un témoin oculaire, le P. Cattaneo , et eclaircissements. 4ts jéfuite de Modene, qui arriva à Buenos - Ayres en 1749» & quante milles de largeur, je regardois ce récit comme une exagération, parce que nous n'avons dans notre hémifphere aucune rivière qui approche de cette grandeur. Mon plus grand defir en approchant de fon embouchure fut de vérifier par moi-même la vérité de ce fait, & j'ai trouvé qu'on l'avoit rendu avec fidélité: ce que je con-cluai particulièrement d'une circonftance. Lorfque nous partîmes de Monte-Video, qui efl un fort fitué à plus de cent milles de l'embouchure de la rivière & où fa largeur eft coifi jérablem^nt diminuée, nous navigants un jour entier avant de découvrir le bord oppofé de la rivière. Lorfque nous nous trouvâmes au milieu du canal, nous ne pûmes difcerner ni l'une ni l'autre rive de. ne vîmes que le ciel & l'eau, comme fi nous avions été dans le grand océan. Nous aurions marne panfé être en pleine mer, fi la douceur de l'eau de cette rivière, qui eft auffi trouble que celle du Pô, ne nous eût pas convaincus du contraire. A Buenos. Ayres mène, qui eft à cent lieues plus haut, & où la rivière eft bien moins large encore, il eft iumfTîble ds rien diftingu.-r S 4 4ï<5 N O T e s fur la rive oppofée qui, à la vérité, eft fort baffe & fon plate: on ne peut pas feulement voir les maifons ni les tours de l'établiffement Portugais de Colonla, qui fe trouvent à l'autre bord. Let* teraprima, publiée par lYJuratori, dans fon Chrij-tianejimo ftlice, &c. r, pag. 257. Note XXIX, pag. 120". Terre-Neuve, une paitie de la Nouvelle Ecof-fe & le Canada fe trouvent dans le même parallèle de latitude que le royaume de France, & dans ces pays l'eau des rivières eft gelée pendant l'hiver à plufieurs pieds d'épaiiTeur : la terre y eft couverte de .neige ; la plupart des oifeaux quittent pendant cette faifon un climat où ils ne pour-roient pas vivre. Le pays des Eskimaux, une partie de la côte de Labrador, & les pays qui fe trouvent au midi de la baie de Hudfon font fur le même parallèle que la Grande-Bretagne; cependant le froid y eft fi excefiif que toute l'industrie des Européens mêmes n'a pas tenté de les cultiver. Note XXX, pag. 130. Acpfta eft, je crois, le premier philofophe qui ait cherché à rendre raifon des différens degrés de chaleur dans l'ancien & le nouveau continents, par l'aclion des vents qui régnent dans l'un & dans l'autre. Hift. moral. &c. lib. II fcp IIP. M. de Bufibn a adopté cette théorie,qu'il a non-, feulement rectifiée par de nouvelles obfervatïor.s , mais. ET ECLAIECISSEMENS; gjg mais qu'il a même embellie. & mife dans un jour plus frappant avec la magie étonnante de fon pinceau. On ajoutera ici quelques remarques qui pourront éclai.rcir encore une doctrine très-imposante dans fes recherches fur la température des différens climats. Lorfqu'un vent froid foufHe fur un pays, il doit en y paffant lui enlever une partie de fa chaleur, & par-là-même perdre une partie de fa froideur. Mais s'il continue à foufBer dans la même direction, il palTera par degrés fur une fur-face déjà refroidie, & ne pourra bientôt plus perdre de fon âpreté". Si donc il parcourt un grand efpace,. il y apportera tout le froid d'une forte gelée. Si le même vent parcourt l'étendue d'une mer ▼afte & profonde, la fuperficie de l'eau fera d'abord refroidie à un certain degré & Je vent fe trouvera réchauffé à proportion. Mais l'eau plus froide de la furface devenant fpécifiquement plus pefante que l'eau plus chaude qui eft au-delTous, defeend, & celle qui eft plus chaude prend fa. place: celle-ci fe refroidiffant à fon tour; continue à échauffer le courant d'air qui pafîè par-deffus & en diminue la froideur. L'action mé-chanïque du vent & le mouvement de la marée contribuent à opérer ce changement fuoceffif de Veau de la furface & l'élévation de celle qui S $ plus chaude, & par conféquent le refroidilTemenc fucceffif de l'air. Cela continuera de même, & I'âpreté du vent diminuera jufqu'à ce que l'eau foit refroidie , au point que fa furface ne foit plus affez agitée par l'action du vent pour qu'elle ne puiffe fe glacer. Partout où la furface fe gele, Je vent n'eft plus réchauffé par l'eau intérieure, & il continue alors à fouffler avec le même degré de froid. C'eft d'après ces principes qu'on peut expliquer les fortes gelées dans les grands continens, la douceur des hivers dans les petites ifles & le froid exceflif des hivers dans ces parties de l'Amérique feptentrionale qui nous font le mieux connues. Dans les lieux qui font au nord - oueft de l'Europe, la rigueur de l'hiver eft modérée par les vents d'oueft, qui foufflent affez conftam-ment pendant les mois de novembre, de décembre & une partie de janvier. D'un autre côté, lorfqu'un vent chaud fouffle fur la terre, il en échauffe la furface, qui par conféquent doit cefler de diminuer la chaleur du vent. Mais lorfque ce même vent fotifHe fur les eaux, il les agite, fait monter celle d'en-bas qui eft plus froide & continue ainft à perdre de fa chaleur. Mais fa principale caufe de cette propriété de la mer de moJérer la chaleur du veut ou de l'air ET ECU1BCISSEMEN8. qui pafTe deflus, c'eft que la furface de la mer, attendu la tranfparence de l'eau, ne peut pas être • échauffés à un degré confidérable par les rayons du foleil; au lieu que la terre qui eft expofée à leur action, acquiert bientôt une grande chaleur. Ainfi, lorfque le vent parcourt un continent de la zone torride, il devient bientôt d'une chaleur infupportable; mais en paffant fur une vafte étendue de mer, il fe rafraîchit par degrés; de forte qu'en arrivant à la côte la plus éloignée il devient propre à la refpiration. Ces principes peuvent nous aider à expliquer la caufe des chaleurs étouffantes des grands continents de la zone torride, de la douceur du climat des ifles qui fe trouvent à la même latitude, de la grande chaleur qu'on éprouve pendant l'été dans les grands continens fitués fous les zones tempérées ou plus froides, en comparaifon di celle qu'on éprouve danj les ifles. La chaleur du climat dépend non feulement de l'effet immédiat des rayons du foleil, mais encore de leur action continue, & de la chaleur qu'ils ont déjà produite antérieurement, & dont la terre demeure imprégnée pendant q lelque tems ; c'eft pour cela qu'on éprouve dans le jour la plus grande chaleur vers les deux heures après-midi, que les grandes chaleurs de l'été fe font fentir vers le mois de juillet & que le froid eft ordinairement plus violent en hiver vers le mois de janvier, S 6 La température modérée des parties de l'Amérique qui fe trouvent fur i'équateur, provient des forêts qui les couvrent & qui empêchent les rayons du foleil d'échauffer la terre. Le fol n'étant point échauffé, ne peut pas à fon tour échauffer l'air, & les feuilles qui interceptent les rayons du foleil, ne font pas d'un volume fuffifant pour abforber la quantité de chaleur néceffaire pour opérer cet effet. On fait d'ailleurs que la force végétative d'une plante produit dans les feuilles une perfpiration proportionnée à la chaleur à laquelle elles font expofées, & par la nature de l'évaporation cette perfpiration produit dans les feuilles un degré de froid proportionnel à la per« fpiration. Ainfi donc l'effet de la feuille pour échauffer l'air qui eft en contact avec elle, eft prodigieufement diminué. Ces obfervations qui jettent un nouveau ]o;ir fur ce fujet intéreffant, m'ont été communiquées par mon ami, M. Ro-bifon, profefleur de phyfique à l'univerfité d'Edimbourg. '• Note XXXI, pag. 130. Deux grands naturalift.es, Pifo & Margrave, nous ont donné la defcription du climat du Bré-fil avec une précifion- philofophique que nous de» firerions de retrouver dans les relations de plufieurs autres provinces de l'Amérique. Tous deux difem qu'il eft doux & tempéré en comparaifoa du climat de l'Afrique ; ce qu'ils attribuent prù> ET ECLÂIXCISSEMBNS. ^ cipalement au vent frais de la mer qui foufrte conllamment. L'air y eft non - feulement frais pendant la nuit, mais mêine allez froid pour obliger les habitans à faire du feu d'ans leurs cabanes. Fifo, de Meiicim Brafilienfi, lib. I, p. Xf &c. Margravius , hift. rernm natnral. Brafilîce , lib. VIII, c. 3, p. 26*4. Ce fait fe trouve con-firme par Nienhoff, qui a longtems réfidé d'ans le Bréfil. Churchilïs collection , vol. 2, p. 26. Gumilla,qui a paffé plufieurs années dans le pays qu'arrofe POrénoque, nous fait le même rapport de la température de fon climat. Hifloire de l'O* rêncque, tom. 1, p. 26. Le P. Acugna dit avoir beaucoup fouffert du froid fur les bords de la rivière des Amazones : Relat. vol. 2, p. 56. M. Bier, qui a vécu longtems a Cayenne, parie de même de la température de ce climat & l'attribue à la même caufe. Voyage ds la France êpiinox. p. 330; Rien ne peut être plus différent de ce3 defcrip» lions que celle que M. Adanfon nous a donnée de la chaleur brûlante de la côte d'Afrique. Voyage au Sénégal, pajjim. La forme de l'extrémité méridionale de l'Amérique, paroît être la caufe la plus fenfible & Ja plus probable dii degré excefiîf de froid qu'on relTent dans cette partie du confinent. Sa largeur diminue à mefure qu'il s'étend du cap Saint-Ar> toine vers le fud, & fes dimenfions font fort ré» tiécies depuis la baie de S;jint*Julien jufqu'au dé* troit de Magellan. Ses côtes orientales & occidentales font baignées par la mer du nord & l'o. céan pacifique. Il eft probable qu'une vafte mer 6'étend depuis fa pointe méridionale jufqu'au pôle antarctique. Dans quelque direction que foufïïe le vent, il fe trouve rafraîchi avant d'arriver aux terres Magellaniques, en traverfant une immenfe étendue d'eau, & la terre y occupe un efpace trop peu confidérable pour pouvoir réchauffer le vent à fon paffage. Ce font ces circonftances qui concourent à rendre la température de l'air de cette partie de l'Amérique plus femblable à celle d'une ifle qu'à celle du climat d'un continent, & qui l'empêchent d'acquérir ce degré de chaleur qu'éprouvent en été les pays, qui fe trouvent en Europe & en Afie dans la même latitude feptentrionale. Le vent du nord eft le feul qui arrive à cette partie de l'Amérique après avoir traverfe un grand continent. Mais après un examen attentif de fa pofition, nous trouverons que cela même iert plutôt â diminuer qu'à augmenter le degré de chaleur. C'eft à l'extrémité méridionale de l'Amérique que finit proprement I'immen-fe chaîne des Andes, qui parcourt prefqu'en ligne droite du nord au fud toute l'étendue du continent. Les régions les plus brûlantes de l'Amérique méridionale, la Guiane, le Bréfil, le Para-guai & le Tucuman font à plufieurs degrés à l'eft des terres Magellaniques. Le pays plat du Pérou, où l'on éprouve la chaleur des tropiques, eft fi. tué fort à l'oueft de ces terres. Le vent du nord, quoiqu'il traverfe la terre, n'apporte donc pas à l'extrémité méridionale de l'Amérique l'augmentation de chaleur qu'il a pu prendre en panant par les régions brûlantes, parce qu'avant d'y arriver il doit rafer les Commets des Andes & s'imprégner du froid de ces régions glacées. Quoiqu'il foit maintenant démontré qu'il n'y a point de continent méridional dans cette partie du globe, où l'on fuppofoit qu'il devoit fe trouver , les découvertes du Capitaine Cook nous ont cependant appris qu'il y a une grande étendue de terre près du pôle arftique, & qu'elle eft la caufe de la plus grande partie des glaces que l'on trouve fur la vafte mer du Sud. Tome II. Ce feroit un objet digne des recherches d'un favant, que -d'examiner fi l'influence d'un continent glacé, fi éloigné, peut s'étendre jufqu'à l'extrémité méri-dionae de l'Amérique. Note XXXII, pag. 132. En 1739 on fit partir deux frégates françoifes pour faire de nouvelles découvertes. Les navigateurs commencèrent à fentir un froid excefïïf au quarante-quatrième degré de latitude méridio-nale. Au quarante-huitième degré ils trouvèrent des ifles flottantes de glace. Hift. des navig. aux terres aujir. tome 2, p. 256, âfc. Le dofteur HaJ. ley trouva de la glace au cinquante-neuvième de- jf2jj. Notes" gré de latitude: id. tome i, p. 47. Le comtnodo» re Byron fe trouvant fur la côte des Patagons, à cinquante degrés trente - trois minutes de latitude méridionale, le r/5 Décembre, qui efl le milieu de Pété de cette partie du globe où le plus long jour tombe au 21 Décembre, compare ce climat avec celui de l'Angleterre au milieu de l'hiver. Voyages de Hawkesworth, 1, 25. M. Banks étant-defcendu à la terre de feu dans la baie de Bon-Succès, fituée au cinquante-cinquième degré de-latitude, le 16 Janvier, qui répond au mois de Juillet de notre hémifphere, deux de fes gens moururent de froid pendant la nuit, & tous furent dans le plus grand danger de périr. Id. 2, p. 51, 52. Le 14 Mars, qui répond au mois de Septembre de l'Europe, l'hiver s'étoit déjà déclaré k& les montagnes fe trouvoient couvertes de neige: ib. 72. Le Capitaine Cook, dans fon Voyage autour dt l'hèmifphere Aujlral, nous fournit d'autres exemples non moins frappans de la rigueur excefCve du froid dans cette.partie du globe: „ Qui pouvoit jamais penfer, dit-il, qu'une ifle qui n'a que foixante & dix lieues de circuit, fituée entre le 54e. & le 55e. degré de latitude, fe feroit trouvée au cœur de l'été , prefque toute couverte de neige glacée, à plufieurs toifes de hauteur? & furtout auroit - on imaginé un pareil phéno-iuene- fi» la côte du- Sud - Quefl? Les cimes des hautes montagnes étoient couvertes de neige & de glace; niais la quantité qu'on en trouve dans les vallées efl incroyable ; & jufques dans le fond des bayes, toute la côte étoit bordée d'un rempart de glace d'une hauteur confidérable, &c." Vol. II. Dans quelques endroits de l'ancien continent le froid efl très rigoureux à des latitudes très baffes. M. Bogie, clans fon Ambaffade à la cour du Délai Lama, paffa l'hiver de l'année 1774 fous la latitude 310 30' N. 11 trouvoit fouvent dans fa chambre le thermomètre à 29 dégrés à la gelée , & la neige tomboit fouvent à gros iloccons. L'élévation extraordinaire du pays femble être la caufe de ce froid exceffif. En voyagant de l'In-douflan au Thibet, il faut monter confidérable* ment pour arriver au fbmmet des montagnes de Bontan ; mais de l'autre côté, la defcente n'eu pas proportionnée à cette première hauteur. Le royaume de Thibet eft un pays élevé, ftérile & dévailé. Relation de Thibet, par M. Steivart, lue dans l'Académie Royale, p. 7. On ne peut afligher la caufe du froid exceffif que l'on éprouve dans les latitudes baffes de I'Amériqueà ces mêmes raifons. Ces régions ne font pas remarquables par leur élévation. Quelques-unes font des terres balTes & des pays plats. Note XXXIII, pag. 136. M. de la Condaminé, un des derniers & des plus exafts obfervateurs de l'état intérieur ds l'Amérique méridionale, dit :à cette foule d'ob. „ jets variés, qui diverfifient les campagnes cul. „ tivées de Quito, fuccédoit rnfpeft le plus uni-„ forme; de l'eau, de la verdure & rien déplus. „ On foule la terre aux pieds fans la voir : elle „ eft fi couverte d'herbes touffues, de plantes „ & de brouffailles, qu'il faudroit un affez long „ travail pour en découvrir l'efpace d'un pied, „ Relat. abtégée d'un voyage &c. p. 48". Une des finguïarités de ces forêts , c'eft une efpece d'ofier, que les Efpagnols appellent bejucos, les François lianes, & auquel les Indiens donnent le nom de nibbees , C*) dont on fe fert ordinairement en Amérique au lieu de cordes. Cette plante monte en ferpentant autour des arbres qu'elle rencontre , & après s'être élevée juf-qu'aux plus hautes branches, elle jette des filets qui defcendent perpendiculairement, rentrent dam la terre, y prennent racine, s'élèvent de nouveau autour d'un autre arbre , montant ainfi & defcendant alternativement. D'autres rejettons portés obliquement par le vent ou par quelque hafard, forment un afTemblage confus de cordages qui reffemble aux manœuvres d'un vaifTeau. Jiancroft, nat, hift. of Guiana, p. 99. On trouve de ces filets de liane qui font de la grofTeur du bras d'un homme, ibid. p. 75. La relation C) Prononcez nibbis* que M. Bouguer a donnée des forêts du Pérou reiTeinble parfaitement à cette description. Voyage au Pérou, p. 16. Oviedo nous a Jaiflé une femblable defcription des forêts qui fe trouvent en d'autres parties. Hift. lib. IX, p. 144, £>. Pendant plus de quatre mois de l'année les Moxes ne peuvent avoir de communication en-tr'eux, parce que la néceflîté où ils font de chercher des hauteurs pour fe mettre à couvert de l'inondation, fait que leurs cabanes font fort éloignées les unes des autres. Lettres édifiantes, tom. 10, p. 187. Garcia nous a donné une defcription détaillée & exacle des rivières, des lacs, des bois & des ttarais des provinces de l'Amérique fituées entre les Tropiques. Origen. de los Jndios, lib. Il, S • I• 4 » 5* -Les difficultés incroyables que Gonzales Pizarre eut à furmonter en voulant pénétrer dans le pays fitué à PEft dss Andes , nous doune un tableau frappant de l'état où fe trou voit cette partie de l'Amérique avant d'être défrichée. Garcil. de la Vega, comment. Royal du Pérou, part. 2, liv. 3, c. 2-5. Note>XXXIV, p. 130. Il paroît que les animaux de l'Amérique n'ont pas toujours été plus petits que ceux des autres parties du globe. On a trouvé près des rives de rOhio , un grand nombre d'os d'une gran» deur étonnante. L'endroit où l'on a fait cette découverte, fe trouve à cent quatre-vingt-dix milles plus bas que le confluent de la rivière Scioto avec l'Ohio, & à près de quatre milles de la rive de cette dernière, du côté d'un marais nommé le grand marais Jalé. Ces os le trouvent en grande qu.intïté à cinq ou fix pieds fou3 terre, & la couche en eft vifible fur le bord du marais fa lé. Journal of (olonel George Croglan: MS. entre les mains de Vauteur. Cet endroit paroît marqué avec exactitude dans la-carte d'Evans. Ces os doivent avoir appartenu à des animaux d'une grandeur énorme; les naturaliftes qui n'ont jamais connu d'animal vivant d'une pareille grof-feur , ont d'abord été portés à croire que c'étaient des fubftances minérales. Après en avoir reçu plufieurs échantillons de différentes parties de la terre & après les avoir examinés avec plus d'attention, on eft enfin convenu que c'éroient des os de quelques animaux : comme l'éléphant eft le plus grand quadrupède connu, & que les dents qu'on a trouvées reflemblent beaucoup à celles des éléphans, tant par la qualité que par la forme , on en a conclu que les fquelettes trouvés près de l'Ohio étoient de cette efpece. Mais le dofteur Hunter, l'un des favans de ce flecle qui eft le plus en état de décider cette queftion, après avoir examiné aitentivement plu* fleurs morceaux des défenfes , des dents mâche-lier« & des mâchoires, envoyées de l'Ohio à Londres, a prétendu qu'elles n'appartenoient pas à l'éléphant , mais à quelque grani animai Carnivore d'une efpece inconnue. Fliil. tranfaEt. vol. 5S , p. 34. On a trouvé des os de la même efpece & d'une grandeur auffi remarquable près des embouchures de l'Oby, de la Jenifeia & de la Lena, trois grandes-rivières de Sibérie. Strah-lenberg, deferip. des parties Jeptentrionale trientale de l'Europe de VAfxe, p. 402. L'élé-phant paroît ce pas fortir de la zone torride & ne point multiplier au-delà. U ne pourroit vivre dans ces froides régions qui bordent la mer glaciale. L'exiftence de ces grands animaux en Amérique pourroit ouvrir un vafte champ aux conjectures. Plus nous confidérons la nature ci la variété de fes productions, plus nous devons être convaincus que ce globe terraqué a fubi d'étranges changemens par des convulfions & des révolutions dont l'hiftoire ne nous a confer-vé aucune trace. Note XXXV, pag. 140. Cette dégénération des animaux domeiriques d'Europe en Amérique , doit être attribuée en partie aux caufes fuivantes. Dans les étab!iffe. mens Efpagnols qui fe trouvent ou fous la zone torride , ou dans les pays qui l'avoifinent, le plus grand degré de chaleur & le changement de nourriture empêchent les moutons & les bêtes à corne de, parvenir à la nitine grandeur qu'en Eurore. Us deviennent rarement auffi gras, & leur chair n'en a ni le fuc ni h faveur délicate. Dans l'Amérique feptentrionale, où le climat efl plus tempéré & plus approchant de celui de l'Europe , les herbes qui viennent naturellement dans les pâturages font d'une mauvaife qualité. Mitchell, p. 157. L'agriculture y a fait fi peu de progrès, que la nourriture artificielle pour les troupeaux y efl en très-petite quantité , & l'on n'y prend prefqu'aucun foin du bétail pendant l'hiver , qui efl très - long dans plufieurs provinces & rigoureux dans toutes. On traite mal les chevaux & les bêtes à corne dans toutes les colonies angloifes. Toutes ces caufes contribuent peut-être plus que la qualité du climat à faire dégénérer, dans ces provinces, la race des chevaux, des bœufs & des moutons. Note XXXVI, pag. 141. En 1518 l'ifle d'Hifpaniola fut défolée par ces infectes deflruéteurs. Herrera, qui rapporte toutes les particularités de ce fléau , nous donne un exemple fingulier de la fuperftition des colons Efpagnols. Après avoir effayé , dit - il tous les moyens poffibles de détruire les fourmis, ils réfolurent d'implorer la protection des faints; mais comme c'étoit une efpece de calamité toute nouvelle , ils furent embarraffés fur le choix du faint qui pourroit leur être le plus propice. Ils tirèrent au fort le patron qu'ils dévoient ehoifir. Le fort décida en faveur de Saint*Satur. nin. Ils célébrèrent fa fête avec une grande fo-lemnité , & le fléau, ajoute Thillorien, commença fur le champ à diminuer fes ravages. Hervé-n, dec. a, lib. III, c. 15, p. 107. Note XXXVil, pag. 145. L'auteur des Recherches philofophiques fur les Américains penfe que cette différence de chaleur eft égale à douze degrés; c'eft - à - dire, qu'il fait auffi chaud en Afrique, à trente degrés de l'é-quateur, qu'à dix-huit degrés feulement en A-mérique, tom. I, p. 2. Le Dr. Mitcheil, après trente ans d'obfeivarions, prétend que cette différence eft égale à quatorze ou quinze degrés de latitude. Preftnt ftate, &c. p. 257. Note XXXVIII, ibid. M. Bertram, qui le 3 Janvier 17(55 fe trouva à la fuurce de la rivière de faint-Jean dans la Floride orientale', y éprouva un froid fi violeut que dans une feule nuit la terre fut gelée de i'é-paiffeur d'un pouce fur les bords de la rivière. Les tilleuls, les citronniers & les bananiers pé« rirent tous à Saint - Auguftin. Bertram's jour, nal, p. 20. Le Dr. Mitchell nous fournit plu. fîeurs exemples des effets extraordinaires du froid dans les provinces du midi de l'Amérique feptentrionale. Prefent flate, p. 206, &c. Le 7 Février 1747 le froid fut fi violent à Charles» town, que deux bouteilles d'eau chaude qu'une perfonne avoit mifes en fe couchant dans fon lit, fe trouvèrent fendues le lendemain au ma. tin, & que l'eau n'étoit plus que deux morceaux folides de glace. Une jatte d'eau dans laquelle étoit une anguille vivante , fut gelée jufqu'au fond dans une cuifine où il y avoit du feu. Frefque tous les orangers & les oliviers furent détruits. Dejcript. of fouth Carolina , VIII t London, 1761. Note XXXIX, pag. 146. 1 Nous trouvons un exemple remarquable de cette fertilité dans la Guiane Hollandoife, pays fort plat, & fi bas que pendant les faifons plu-vieufes il eft ordinairement couvert de piès de deux pieds d'eau. Cela rend le fol fi riche, qu'il y a fur la furface , à douze pouces de profondeur , une couche d'engrais excellent , qu'on tranfporte pour cet ufage à la Barbade. On a fait fucceliivement trente coupes de cannes à fu-cre fur les bonis de l'Eflequebo , tandis qu'on n'en fait jamais plus de deux dans les ifles des Indes occidentales. Les colons fe fervent de plufieurs moyens pour diu inuer cette exceflive fertilité du fol. Bancroft, nat. hift. of Guiana, p. 10, &c* Note XL, pag. 163. Il paroît que c'eft fans la moindre preuve évidente que M. JMuller a fuppofé que le cap avoit été doublé : tom. I, p. 2, £fc. L'académie impériale de Saint - Pétersbourg paroît appuyer puyer ce fèntiment fur la manière dont Tfchukotf» noi - noff fe ' trouve placé fur fes cartes. Mats je fuis convaincu, d'après une autorité incontefc table , que jamais aucun vaifleau Ruûe n'a fait le tour de ce cap ; & l'on n'a que des notions très-imparfaites du pays des T/ehutki, qui no dépend pas de l'empire de Ruffie. Note XLI, pag. 167. Si c'étoit ici le lieu d'entrer dans une longtia & épineufe recherche de géographie, nous pour? rions faire plufieurs obfervations curieufes en comparant les relations des deux voyages Ruffes & les cartes de leurs navigations refpe&ives. Une remarque nous fervira pour tous les deux; on ne peut regarder comme abfolument exacts la pofition qu'ils donnent aux différens lieux qu'ils ont vifités. Le tems étoit fi nébuleux qu'ils ne virent que rarement le foleil ou les étoiles, & la pofition des ifles & des continens fuppofés fut déterminée par le feul calcul, & non par des obfervations. Beerings & Tfchirikow allèrent beaucoup plus loin vers l'eft que Krenitzin. Le pays découvert par Beerings, & qu'il regarda comme faifant partie du continent de l'Amérique, eft fitué au deux cent trente - fixteme degré de longitude , en comptant du premier méridien i l'ifle de Fer, & au cinquante-huitième degré vingt-huit minutes de latitude. Tfchirikow toucha à la même côte au deux cent quarante. unie-Tome II, X me degré de longitude & au cinquante.fixieme de latitude. Muller> /, 248, 249. il faut que le premier fe foit avancé à foixante degrés de Petropawlowska , d'où il mit à la voile , & le dernier à foixante-cinq degrés. Mais il paroît par la carte de Krenitzin qu'il ne pouffa fon Voyage qu'au deux cent quatre-vingtième degré à l'eft , & feulement à trente - deux degrés de Petropawlowska. En 1741 , Beerings & Tfchiri-kow, en allant & en revenant, dirigèrent principalement leur route au fud de la chaîne d'ifles qu'ils avoient découverte , & en obfervant les montagnes & le terrein inégal des caps qu'ils voyoient au nord , ils penferent que c'étoient des promontoires de quelque partie du continent de l'Amérique qui , à ce qu'ils s'imaginèrent, s'étendoit jufqu'au cinquante - fixieme degré de latitude au fud. C'eft ainfi qu'on les trouve placés dans la carte publiée par Muller, & fur une carte delîïnée à la main par un contre-maître du navire de Beerings, & qui m'a été communiquée par M. le profeffeur Robifon. Mais en T769, Krenitzin, après avoir hiverné dans l'ifle d'Alaxa, s'avança fi fort au nord en revenant, que fa route fe trouva couper par le milieu ce «ju'ils avoient fuppofé devoir être un continent, qu'il trouva n'être qu'une mer ouverte ; & il vit que ce qu'on avoit pris pour des caps du continent n'étoient que des ifles de roche. II eft à préfuroer que les pays découverts en 1741 à l'eft, n'appartiennent pas au continent de l'A-fnérique, & ne font qu'une continuation de cet» te chaîne d'ifles. Le froid extrême qui pendant l'été règne dans toutes ces ifles , nous porte i conjecturer qu'elles ne font dans le voifinage d'aucun continent. Le nombre des volcans qui fe trouvent dans ces régions du globe, eft extraordinaire. Il y en a plufieurs au Kamtfchatka, & il n'y pas une des ifles grandes ou petites que les RufTes ont vifitées, où l'on n'en trouve. Plufieurs de ces volcans font encore allumés, & toutes les montagnes confervent des marque» de leurs anciennes éruptions. Si je voulois admettre les conjectures qu'on a avancées en pariant de la population de l'Amérique, je pourrofs fuppofer que cette partie de la terre ayant fouf-fert de violentes fecouffes par des tremblemens de terre & des volcans, rifthme qui peut-être a uni autrefois l'Afie à l'Amérique, a été brifé & transformé par le choc en un grouppe d'ifles. II eft fingulier que dans le môme tems que les RufTes cherchoient à faire des découvertes au nord-oueft de l'Amérique, les Efpagnols étoient occupés du même projet dans une autre partie de ce continent. En 1769. deux petits navire» partirent de Lorettc en Californie pour décoti-vrir les côtes du pays qui elt au nord de cette péninfule, lis ne panèrent pas le port de Moa-T 2 te«Rey, fitué au trente-fixieme degré de latitude. Mais dans plufieurs autres expéditions faites du port de Saint Blas dans la Nouvelle Galice, les Efpagnols s'avancèrent jufqu'au cinquan» te «huitième degré de latitude. Gazetta de Madrid, des 19 Mars fc? M Mai 1776. Mais com-me les journaux de ces voyages n'ont pas enco. re été publiés, je ne puis comparer les progrès qu'ils ont faits avec ceux des Ruffes, ni faire voir à quel point les navigateurs des deux nations fe font approchés les uns des autres. Il faut efpérer que le miniftre éclairé , qui eft aujourd'hui à la tête des affaires d'Efpagne en A-mérique , ne privera pas le public de ces in-ftructions. Note XLII, pag. 189. Peu de voyageurs ont eu autant d'occafions que Don Antoine Ulloa d'obferver les habitans des différentes contrées de l'Amérique. Dans un ouvrage qu'il a publié dernièrement, il décrit de la manière fuivante les traits cara£térifi.i}ues de cette race d'hommes. Un front très petit, couvert de cheveux aux extrémités jufques vers le milieu des fourcils ; de petits yeux ; un nez mince, effilé & recourbé vers la lèvre fupérieu-re ; le vifage large, les oreilles grandes ; les cheveux très-noirs, liffes & rudes; les membres bien tournés; le pied petit; le corps d'une pro. portion exacte ; la peau unie & fans poil, ex- cepté dans la vieilleflè où il leur vient un peu de barbe , mais jamais aux joues ". Noticias Americanas, &c. p. 307. M. le chevalier Pin-to qui , pendant plufieurs années, a réfidé dans une pirtie de l'Amérique où Ulloa n'a jamais été, donne l'efquiiTe fuivante de l'afpect. général des Indiens de ces contrées. „ Us font tous d'une couleur de cuivre, avec quelque différence dans les teintes, non pas en proportion de leur diflance de l'équateur, mais félon le degré d'élévation du fol qu'ils habitent. Ceux qui vivent fur les hauteurs, font plus blancs que ceux qui occupent les terreins bas & marécageux de la côte. Leur vifage eft rond & plus éloigné peut-être de la forme ovale que celui d'aucun autre peuple. Leur front eft petit, l'extrémité de leurs oreilles fort éloignée du vifage , leurs lèvres épaifles, leur nez camus, les yeux noirs ou couleur de châtaigne, petits, mais diftinguant les objets à une grande diflance. Leurs cheveux font toujours épais, Ulîes & fans la moindre apparence de frifure. Ils n'ont de poil fur aucune partie du corps, excepté à la tête. Au premier regard un habitant de l'Amérique méridionale paroît un être doux & tranquille; mais en l'examinant de plus près on trouve dans fa figure quelque chofe de fauvage, de méfiant & de fombre". MS. entre les mains rie l'auteur. Ces deux portraits faits par des main» plus ha« T 3 biles que celles du commun des voyageurs, ont une grande reflemblance entre eux. Note XLiII, pag. 190. 1] y a des exemples étonnans de l'agilité fou tenue des Américains à la courfe. Adair rap. porte les aventures d'un guerrier de Chikkafab, qui en un jour & demi & deux nuits fit trois cents milles comptés, au travers des bois & des montagnes. Hift, of Amer. Indians, 396. Note XL1V, pag. 107. M. Godin le jeune , qui pendant quinze ans a réfidé parmi les Indiens du Pérou & de Quito, & pendant vingt ans dans la colonie Françoife de Cayenne, où il y a un commerce fuivi avec les Galibis & les autres peuplades de l'Oréno. que , obfervé que la vigueur de Ja conftitution des Américains eft exactement en raifon de leur habitude au travail. Les Indiens des climats chauds , tels que ceux des côtes de la mer du fud, de la rivière des Amazones Se de celle de l'Orénoque, ne peuvent pas être comparés pour la force à ceux des régions froides; cependant, dit-il, il part tous les jours des chaloupes de Para , établiffement Portugais fur la rivière des Amazones , pour remonter la rivière malgré- la rapidité de fon cours : ces chaloupes avec les mêmes rameurs fe rendent â San-Pablo, qui eft à huit cents lieues de-là. On ne trouvera aucun équipage de blancs ni même de nègres, en état ie rtfifler à une pareille fatigue, comme les Portugais en ont fait l'expérience ; cependant «'eft ce qu'on voit faire tous les jours aux Indiens , parce qu'ils y font habitués depuis leur. enfance. MS. entre les mains de l'auteur. Note XLV, pag. 206. Don Antoine Ulloa, qui a parcouru unegran. de partie du Pérou & du Chili, le royaume de la Nouvelle Grenade & plufieurs autres provinces qui bordant le golfe du Mexique, pendant les dix années qu'il a travaillé avec les mathématiciens François , & qui eut enfuite occafion de voir les habitans de l'Amérique feptentrionale, dit : 9 quand on a vu un feul Américain , on peut dire qu'on les a tous vus, tant ils fe réf. femblent, par le teint & par la figure". Notic. Amtricancis , p. 308. Un obfervatcur plus ancien , Pedro de Cieca de Léon, un des conqué-rans du Pérou, qui a traverfe aufîi plufieurs provinces de l'Amérique, affure que ces peuples, hommes & femmes , paroiiTent être tous enfans d'un même pere & d'une même mere , milgré le nombre infini de peuplades ou de nations & h diverfité des climats qu'ils habitent. Chronica del Peru, parte 1, c. 19. On ne peut pas douter qu'il n'y ait une certaine coinbinaifon de traits & un certain air particulier qui forment ce qu'on peut appeller une figure Europécme o'i Afu:i:]ue. Il doit donc y en avoir une auffi T 4 qu'on peut nommer figure Américaine & qui doit être propre à la race entière. Ce caractère général peut frapper les voyageurs au premier conp-d'œil, tandis que les nuances qui diftinguent les peuples de différentes régions échappent à leura obfervations. Mais lorfque des perfonnes qui ont fi longtems réfidé parmi les Américains, attcftent toutes cette refTemblance de figure dans les difFérens climats, nous pouvons en conclure qu'elle eft plus remarquable que celle d'aucune autre race d'hommes. Voyez au fil Garcia origen. de los Indios, p. 54.242. Torquemada, Monanh* Ind, II, 571. Note XLVI, pag. 208. M. le chevalier Pinto dit, qu'on lui a allure que dans les parties intérieures du Bréfil on trouve quelques individus qui reflemblent aux Blaffards du Darien , mais que la race ne s'en propage point & que leurs enfans font femblables aux autres Américains. Cette efpece d'hommes Cft cependant peu connue. MS. entre les mains de l'auteur. Note XLVII, pag. 214. L'auteur des Recherches philofophiques >&c. tome 1, p. 281 , &c. a raflemblé & conftaté avec beaucoup d'exactitude les témoignagnes de plu-iieurs voyageurs touchant les Patagons. Depuis la publication de cet ouvrage, plufieurs navigateurs ont vifité les terres Magellaniques, & dif- fe- ferent beaucoup , ainfi que leurs prédécefTeurs ,v dans les relations qu'ils ont données des habitans de ce pays. Suivant le Commodore Byron & fon équipée , qui paflerent le détroit en 1764, la grandeur ordinaire des Patagons eft de huit pieds ; plufieurs même font beaucoup plus grands: Phil. tranfaSt. vol. LVll, p. 78. Les capitaines Wailis & Carteret qui les ont réelle-ment mefurés en 1766, difent qu'ils ont fix pieds & jufqu'à fix pieds cinq & fept pouces : l'hil. tratifaft. vol. LX, p. 22. Ces derniers paroiffmt cependant avoir été le même peuple dont on a fi fort exagéré la grandeur en 1764. , puifque plufieurs avoient encore des colliers & de la flanelle rouge de la même efpece que celle qu'on avoit mife à bord du vaiffeau du capitaine Wailis ; d'où il conclut fort naturellement qu'ils avoient reçu ces préfens de M. Eyron : Voy. rédigés par Ilawkefivorth , tom. I. M. de Bougainville le^ mefura de nouveau en 1767» & fon rapport s'approche beaucoup de celui du capitaine Wallis. Voy. tom. I, p. 242. Aux témoignages que je viens de citer, j'en ajouterai encore un autre d'un grand poids. En 1762, Don Bernard Ibignez d'Echavarri accompagna le marquis de Valdelirios à Buenos-Ayres, où il réfï. da pendant plufieurs années. C'eft un auteur fort judicieux & qui parmi fes compatriotes paffe pour ne s'être pas écarté de la vérité. En par-T S lant des contrées qui fe trouvent à l'extrémité méridionale de l'Amérique, il dit : >, par quels Indiens font-elles habitées? Ce n'eft certainement pas par les fabuleux Patagons, qui, à ce qu'on prétend, occupent ce diftrift. Plufieurs témoins oculaires qui ont vécu & commercé avec ces Indiens, m'en ont donné une defcription exacte. Ils font de la même taille que les Efpagnols;. je n'en ai jamais vu qui eût plus de deux vares & deux ou trois, pouces " ; c'eft • à - dire, environ 80 ou 81, 332 pouces Anglois, fi M. Echavarri a calculé d'après la vare de Madrid ; ce qui s'accorde beaucoup avec la mefure donnée par le capitaine Wallis. Reyno Jêfuit , p. 238. M. Palkener , qui a demeuré pendant quarante ans comme miffionnaire dans les parties méridionales de l'Amérique, dit que „ les Patagons ou Vue L thes font un peuple d'une grande taille,- mais je n'ai jamais entendu parler de cette race de géants dont quelques voyageurs ont fait mention, quoique j'aie vu les individus de différentes peuplades des Indiens méridionaux". Introd. p. 26. Note XLVIII, pag. 220. Antoine Sanchès Ribeiro, favant & ingénieux médecin, a publié en 1765 une diiTertation, par laquelle il cherche â prouver que cette maladie n'a pas été apportée de l'Amérique, mais qu'elle a pris naiffance en Europe, où elle a été la fuite d'une maladie épidémique & maligne. Si je ET ECLATRCiSSEM-ENs S* 443 voulois entrer ici dans une difcuiïion fur ce fu. jet, dont je n'aurois pas parié s'il n'avoit pas été intimement lié avec mes recherches , il ne feroit pas difficile de faire voir Quelques mépri. fes dans les faits fur lefquels il fe fonde , & quelques erreurs dans les conféquences qu'il en tire. La communication rapide de ce mal, de l'Efpagne fur toute l'Europe, reffemble plus au progrès d'une épidémie qu'à une maladie tranfmi-fe par contagion. On en a parlé pour la première fois en Europe en 1493, & avant l'année 1497 ce mal s'étoit déclaré dans prefque toutes les contrées de l'Europe avec des fymptô-mes fi alarmans, qu'on jugea néceuaire d'interpo-fer l'autorité civile pour en arrêter le progrès. Depuis que cet ouvrage a paru , on m'a communiqué la differtation du Docteur Sanchès. Elle contient plufieurs autres faits tendans â confirmer foa opinion. Elle eft étayée de preuves affez plaufibles pour mériter l'attention & les recherches de quelques médecins favans-. Note XLIX, pag. 226. Le peuple d'Otahiti n'a point de terme pour lignifier un plus grand nombre que celui de deux cents, qui fuffit pour fes calculs. Relat. des voyages tj'c. par Hawktfworth, trad. Franc, in - 4. Paris 1774, t. //, p. 502. Note L, pag. 235, Comme la peinture que j'ai faite des natta» T 6 fauvages, diffère beaucoup de celle que nous en ont donnée des auteurs très-eftimables , il efl peut-être nécelTaire de produire ici quelques-unes des autorités fur lefque'Ies j'ai fondé ma defcrip* tîon. Jamais les mœurs des fauvages n'ont été décrites par des perfonnes plus en état de les ob-ferver avec difcernement que les philofophes employés en 1735 par la France & par l'Efpagne pour déterminer la figure de la terre. M. Bou-guer, Don Antonio Ulloa & Don George Juan ont vécu longtems parmi les nations les moins civilifées du Pérou. M. de la Condamine a eu non-feulement auffi cette occafion de les obfer-ver, mais en defcendant le Maragnon il a été à portée de voir les différentes peuplades qui habitent fur les bords de cette rivière dans fon long cours au travers du contùent de l'Amérique méridionale. U y a un rapport frappant entre les defcriptions qu'ils nous ont données du caractère des Américains. Us font tous d'une pareffe extrême, dit M. Bonguer; ils pafferont des journées entie. les dans la même place, aflis fur leurs talons , fans remuer ni fans rien dire... On ne peut affez dire combien ils montrent d'indifférence pour les richeffes & même pour toutes leurs commodités. ... On ne fait fouvent quelle efpece de motif leur propofer lorfqu'on veut en exiger quelque fer vice.....On leur offre inutilement quel- ques pièces d'argent, ils répondent qu'ifs n'ont pas Lim. Voy. au Pérou, in-40. paTis I?40> h 102. Si on les regarde comme des hommes , le» bornes de leur intelligence femblent incompati, bles avec l'excellence de l'aine, & leur imbécil-lité eft fî vifiblc qu'à peine en certains cas peut-on fe faire d'eux une autre idée que celle qu'on a des botes. Rien n'akere la tranquillité de leur ame, également infenfibie aux revers & aux prof-pérités. Quoiqu'ù demî-nuds, ils font auflî con-tcns que ie roi le plus fomptueux dans fes habil-lemens. Les richcires n'ont pas le moindre attrait pour eux, & l'autorité & les dignités où iis peuvent prétendre, leur paroiiTont fî peu des objets d'ambition , qu'un Indien recevra avec la môme indifférence l'emploi d'alcade & celui de bourreau, fi on lui ôte l'un pour lui donner l'autre. Rien ne peut les émouvoir ni les faire changer; l'intérêt n'a aucun pouvoir fur eux, ôi fouvent ils refufent de rendre un petit fervice, quoique fur» de recevoir une groffe récompenfe. La crainte ne fait aucun effet fur eux ; le refpeft n'en produit pas davantage: difpofîrion d'autant plus fîngulicre qu'on ne peut la changer par au. cun moyen : on ne peut ni les tirer de cette in* diffÇrtiot qui eft a l'épreuve des efforts des hommes les plus habiles, ni leur faire renoncer à cette groflïcre ignorance, ni â cette négligence in-Î7 foucîante, qui déconcertent la prudence de ceux qui s'occupent de leur bien-être. Voy. de Uiloa, t. i, p. 335 336. II cite des traits extraordinaires de ces qualités finguliercs, p. 336 347. „ L'in-fenfibilité, dit M. de la Condamine, fait la bafe du caractère des Américains. Je laiffe à décider fi on la doit honorer du nom d'apathie, ou l'avilir par celui de ftupidité. Elle naît fans doute du petit nombre de leurs idées, qui ne s'étend pas au-delà de leurs befoins. Gloutons jufqu'à la voracité quand ils ont de quoi la fatisfaire ; fo« bres quand la néceffité les y oblige, jufqu'à fe paffer de tout fans paroître rien defirer; pufilla-nimes & poltrons à l'excès, fi l'ivreffe ne les tranfporte pas ; ennemis du travail ; indifFérens à tous motifs de gloire, d'honneur & de recon-noiffance; uniquement occupés de l'objet pré-fent, & toujours déterminés par lui, fans inquiétude pour l'avenir ; incapables de prévoyance & de réflexion ; fe livrant quand rien ne les gêne à une joie puérile, qu'ils manifeftent par des fauts & des éclats de rire immodérés, fans obje» & fans deffein; ils pafiènt leur vie fans penfer, & ils vieilliffent fans fortir de l'enfance dont ils confervent tous les défauts. Si ces reproches ne regardoient que les Indiens de quelques provinces du Pérou, auxquels il ne manque que le nom d'efclaves, on pourroit croire que cette efpece d'abrutiffement naît de la fervile dépendance où ils vivent ; l'exemple des Grecs modernes prou, vant affez combien l'efclavage eft propre à dé» grader les hommes; mais les Indiens des millions & les fauvages qui jouiffent de leur liberté, étant pour le moins auffi bornés, pour ne pas dire auftT ftupides que les autres, on ne peut voir fans humiliation combien l'homme abandonné à la fimple nature, privé d'éducation & de fociété, diffère peu de la bête". Ret&t. abrégée d'un voyage,. &c. p. 52, 53. M. de Chanvalon, obfervateur intelligent & philofophe, qui fe rendit à la Martinique en 1751, & qui y réfida pendant fix ans, a fait des Caraïbes le portrait fuivant. „ Ce n'eft pas la couleur rougeâtre de leur teint, ce ne font pas leurs traits différens des nôtres , qui mettent une fi grande différence entr'eux & nous: c'eft leur exceflîve fimplicité, ce font les bornes de leur conception. Leur raifon n'eft pas plus prévoyante que l'inftincT: des bêtes. Celle des gens de la campagne les plus grofllers, celle-même des nègres élevés dans les parties de l'Afrique les plus éloignées du commerce, IailTe entrevoir quelque» fois une intelligence encore enveloppée, mais car-pable d'accroiffement. Celle des Caraïbes ne paroît prefque pas en être fufceptible. SI la faine philofopbîe & la religion ne nous prêtoient pas leurs lumières; fi l'on fe décidoit par les premières impulfions de l'efprit, on feroit porté d'at bord à croire que ces peuples n'appartiennent paj $4$ - Notes à la même efpece humaine que nous. Leurs yeux limpides font le vrai miroir de leur ame; elle paroît fans fonctions ; leur indolence eft extrême. Jamais de foucis pour le moment qui doit fuccé-der au moment préfent. Foyige à la Martinique, p. 44, 45-51. M. de la Borde, Dutertre & Ro-chefort confirment cette defcription. Les marques caraélériftiques des Californiens, dit le Pere Ve* negas, de même que de tous les autres Indiens, font la flupidité & l'infenlibiiité; le défaut de con-noiffance & de réflexion; l'inconftance, l'impé-tuofité & un appétit aveugle ; une parefle excef-five qui leur fait abhorrer la fatigue & le travail ; l'amour du plaifir & des amufemens, quelqu'infi-pides àgroùiers qu'ils foient; la puffilianiinité & le découragement; en un mot, le défaut total & abfolu de tout ce qui conftitue l'homme, & le rend raifonnable, inventif, trailable, utile à lui-même & à la fociété. Il n'eft pas ailé aux Européens qui/ ne font pas fortis de leur pays, de fe former une jufte idée des peupfes dont je parle. On auroit de la peine à trouver dans le recoin le moins fréquenté du globe, une nation auffi ftupi. de, auffi bornée, auffi foible d'efprit & de corps que les malheureux Californiens. Leur intelligence ne va pas au-delà de ce qu'ils voient: les idées abftraites» les raifonnemens les moins compliqués font hors de leur portée, de manière qu'ils ne perfectionnent prefque jamais, leurs pre- mieres idées; encore font-elles fauffes & imparfaite?. On a beau leur faire fentir les avantages qu'ils peuvent fe procurer en agiffant de telle ou telle façon, ou en s'abilenant de ce qui les flatte : on ne gagne rien fur eux; ils ne peuvent comprendre le rapport qu'il y a entre les moyens & les fins ; ils ne favent ce que c'eft que de s'occuper â fe procurer un bien ou à fe garantir d'un niai dont ils font menacés. Leur volonté eft proportionnée à leurs facultés, & toutes leurs paf-flons n'agiffent que dans une fphere très-bornée. Us n'ont absolument point d'ambition, & ils font infiniment plus jaloux de pafler pour robuftes que pour vaillans. Ils ne connoiflent ni l'honneur, ni la réputation, ni les titres, ni les poftes, ni les diftinclions de fupériorité ; de manière que l'ambition, ce puiiTant reflbrt des actions humaines , qui caufe tant de biens apparens & tant de maux réels dans le monde, n'a aucun pouvoir fur eux. Cette difpofition d'efprit les rend non. feulement parefleux, indolens, inactifs & ennemis du travail, mais leur fait encore faifir avec empreflëment le premier objet qui fe préfente de* vant eux pour peu qu'il leur plaife. Ils regardent avec indifférence les fervices qu'on leur rend, & n'en confervent aucune reconnoiiTance. En un mot, on peut les comparer à d-*s enfans en qui la raifon n'eft pas encore développée. C'eft proprement une nation, chez gui aucun indiYid» '450 N O T £ • ne parvient à l'âge viril. Hift, nat. & civil, de ia Califor. t. 1, p. 85-90. M. Ellis parle de même de l'indolence & du caractère inconféquent du peuple qu'on trouve près de la baie de Hudfon. Voy. p. 194. «S» Les Américains font fi ftupides que tous les nègres en général ont une aptitude beaucoup plus çrande qu'eux à apprendre les différentes chofes qu'on veut leur'enfeigner, & dont il leur eft im-poffible de faifir l'idée; c'tft pourquoi les nègres, quoiqu'efclaves, fe croient des êtres d'une nature Supérieure aux Américains, qu'ils ne regardent qu'avec mépris, comme incapables de difeernement & de raifon. Ulloa, Notic. Americ. p. 3™, 3*3- Note LI, pag. 244. J'ai remarqué , page 202 , que c'eft pour la même raifon qu'ils ne cherchent jamais à élever les enfans foibles ou mal-faits. Ces deux idées? font fi profondément imprimées dans l'efprit des Américains, que les Péruviens, qui font très-ci-vilifés fi on les compare avec les peuples fauvages dont je dépeins les mœurs, les ont retenues , malgré leur commerce journalier avec les Efpagnols. Ce peuple regarde encore la naiffance des jumeaux comme un événement de mauvais augure, & les parens ont recours à des actes de la plus rigoureufe mortification pour écarter les malheurs dont ils font menacés. Lorfqu'un en- fant eft né avec quelque difformité, ils cherchent à éviter de le faire baptifer, & ce n'eft pas fans • peine qu'on les engage à le nourrir. Ariaga, ex-tirpzc, de la Idolat. dd Piru, p. 32> 33. Note LU, pag. 250. La quantité de poiffon, qu'on trouve dans les rivières de l'Amérique méridionale eft fi confidérable qu'elle mérite quelqu'attention. Le P. Acu-gna dit, „ qu'il y a une fi grande quantité de poiffon dans le Maragnon, qu'on peut le prendre avec la main fans employer aucun artifice : P> 138 ". L'Orénoque, dit le P. Gumilla, produit une fi grande quantité de tortues que je ne îaurois trouver des ternies pour l'exprimer. Je ne doute même pas que ceux qui lîronc ce qus-je vais dire, ne m'accufent d'exagérer la chofe; mais je puis les affurer qu'il eft aufîi difficile de les compter que de compter le fable des rivages de l'Orénoque. On peut juger de leur quantité par la confommation extraordinaire qu'il s'en fait; car toutes les nations & tous les peuples voifins de ce fleuve, & même ceux qui en font éloignés, s'y rendent avec leurs familles pour en faire la récolte; & non - feulement ils s'en nour-riffent tout le tems qu'il dure, mais ils en font même fécher pour les emporter chez eux, y joignant une multitude de corbeilles pleines d'œufs qu'ils ont fait cuire au feu, &c. Hifl. de i'Ori-r. que,to;ne II, ch. 22, p. 59, 00. M. de la Condamne confirma ces récits; p, 159. Note LUI, pag. 251. Pifo a décrit deux de ces plantes, la cururtiape & la guajana-timbo. Il efl fingulier que, quoiqu'elles opèrent ce fatal effet fur les poiffons, bien loin d'être nuifibîes à l'homme , on s'en fert avec fuccés dans la médecine. Pifo, m. ly, c. 88. Bancroft parle d'une autre plante, nommée hiarrée, dont une petite quantité fuffit pour eni. vrer les poiffon3 à une diflance confidérable; de forte qu'en peu de minutes ils flottent fans mou. vement fur la furface de l'eau, où il eft facile de les prendre. Nat. hift. 0/ Guiana, p. io<5. Note LIV, pag. 255- Nous avons des exemples remarquables des malheurs auxquels des nations fauvages ont été expofées par la famine. Alvar Nugnès Cabeca de Vaca, l'un des plus braves & des plus vertueux avanturiers Efpagnols, a demeuré pendant neuf ans parmi les fauvages de la Floride qui ignoroient toute efpece d'agriculture, & dont la nourriture étoit auffi mauvaife que précaire ". Ils vivent principalement, dit-il, des racines desplantes, qu'ils ne fe procurent qu'avec beaucoup de peine, en errant de tous côtés pour les chercher. Ils tuent quelquefois un peu de gibier ou prennent du poiffon, mais en fi petite quantité, que la faim les oblige â manger des araignées, des œufs de fourmis, des vers, des lézards, des fcrpens & une efpece de terre onftueufej je fuis. même perfuadé que s'il fe trouvoit dans ce pM quelques pierres, ils les avaleroient. ijs gardent les arêtes de poiffon & de ferpent, qu'ils rédui-fent en poudre pour les manger. La feule faifoa pendant laquelle ils ne fouffrent point de la fa. mine,eft celle où fe mûrit un certain fruit, qu'ils nomment tunas. C'eft le même que Vopuntia; ou poire piquante, dont la couleur eft rougeâtre & d'un acabit doux & infipide. Ils font fouvent obligés de s'éloigner beaucoup de leurs demeures pour en trouver. Nanfragias, c. 18 , p. 20, 2J, 22. Il remarque dans un autre endroit qu'ils font fouvent réduits à paffer deux ou trois jours fans manger. C. 24, p. 27. Note LV, pag. 258. M. Fermin a donné une defcription exacte des deux efpeces de manioc, avec un détail fur la manière de les cultiver ; à quoi il a joint quelques expériences qu'il a faites pour fe convaincre des qualités veneneufes du fuc, extrait de l'efpece qu'il appelle cajjave amere, connue parmi les Efpagnols fous le nom de Tuca-brava. Dejcript, de Surinam, t. I, p. 66. Note LVI, ibid. On trouve le plantain en A fie & en Afrique, auffi bien qu'en Amérique. Oviedo prétend que ce n'eft point une plante indigène du nouveau monde, mais qu'elle a été portée â Hifpaniola en 1510", par le P. Thomas de Berlanga, qui pa. voit prife aux Ifles Canaries, où les boutures où-ginaires en avoient été apportées des Indes orien. taies. Oviedo, lib. VIII, c. i: cependant l'opinion d'Acofta & d'autres Naturalistes qui la re-gardent comme une plante de l'Amérique paroît mieux fondée, Acofta, hift. nat. lib. IF, 21. Elle étoit cultivée par des peuples fauvages de l'Amérique, qui avoient peu de communication avec les Efpagnols, & qui étoient privés de cette intelligence qui porte l'homme à imiter des nations étrangères ce qui peut lui être utile. Cutftil. III» p. 186. Voy. de Wafer, p. 87. Note LVII, pag. 161. 11 eft Surprenant qu'Acofta , l'un des écrivains les plus exaéts & les plus instruits fur les affaires d'Amérique, affirme que le maïz, quoique culti. vé fur le continent, n'étoit pas connu dans les ifles, où l'on ne mangeoit que du pain de caffa-ve: hift. nat. lib. IV, c. 16. Mais P. Martyr, dans le premier livre de fes Décades, qu'il écrivit en 1493» après le retour du premier voyage de Coiomb, cite exprefTément le maïz comme une plante cultivée par les infulaires, & dont ils faifoient du pain, p. 7. Gomera allure auffi qu'ils connoifibient la culture du maïz : hift, génér. c. 28. Oviedo décrit le maïz, fan? dire que ce fût une plante qui n'étoit pas naturelle à Hifpaniola. Lib. VU, c. 1. ' (*) Note LVIII, pag. 270. La Nouvelle Hoflande, pays qu'on ne connoif. foit autrefois que de nom , mais qui depuis peu a été vifitée par des obfervateurs intelligens, eft fituée dans une région du globe où l'on doit jouir d'un climat très-heureux, puifqu'elle s'étend depuis le dixième jufqu'au trente-huitième degré de Intitude feptentrionale. Sa furface quarrée doit être plus grande que celle de toute l'Europe. Le peuple qui en habite les différentes parties, paroît ne former qu'u^ feule race. Il eft évidemment moins civilifé que la plupart des Américains & a fait moins de progrès dans les arts de la vie. On n'apperçoit pas la moindre trace de culture dans toute cette vafte étendue de ter-re. Les habitans font en fi petit nombre que le pays paroît prefque défert. Leurs tribus font beaucoup moins confidérables que celles de l'Amérique. Ils ne vivent pour ainfi dire que de poiffon ; ils n'ont point de demeure fixe, mais errent de côté & d^autre pour chercher leur nourriture. Les deux fèves vont entièrement nuds. Leurs habitations, leurs uftenfiles, &c. font plus fimples & plus grofîîers que ceux des Américains. Voyages, &c par Htivkefvoorth, tome III, p, 104, &c m-40. La Nouvelle Hollande eft peut-être (•} Le renvoi de cette Note & des deux fuivantes a iti oublie" dans le Texte. Les deux premières fc rapportent à la page 370, & la troificinc i 1a page 27t. 45(5 N o t e 5 le pays cù l'on trouve l'homme dans l'état de U plus grande ignorance, & où il nous offre le plus trifte exemple de fa condition & de fes moyens dans cet état de nature brute. Si dans la fuite de nouveaux voyageurs y font des recherches plus exactes, la comparaifon des mœurs de fes habitans avec celles des Américains ne pourra manquer de former un article intéreffant & inftruftif pour l'hiftoire de l'efpece humaine. Note LIX, pag. 270. Le P. Gabriel Mareft, que les affaires de fa miflïon obligèrent de fe rendre de Cafcaskias , village des Ilinois, à Machillimakinac, c'eft>*-dire â plus de trois cents lieues de-là,nous donne de ce pays la defcription fuivante: „ nous avens marché pendant douze jours fans rencontrer une feule ame. Tantôt nous nous trouvions dans des prairies à perte de vue, coupées de ruiffeaux & de rivière?, fans trouver aucun fentier qui nous guidât; tantôt il falloit nous ouvrir un paffage à travers des forêts épaiffes, au milieu de brolTail-les remplies de ronces & d'épines ; d'autres fois nous avions à paffer des marais, pleins de fange, où nous enfoncions quelquefois jufqu'à la ceinture. Après avoir bien fatigué pendant le jour, il nous falloit prendre le repos de la nuit fur l'herbe ou fur quelques feuillages , exposés au vent, à la pluie & aux injures de l'air. Lettres Edifiantes, p. 360, 301, Le Dr. Crickeli, dans une une courfe qu'il fie en 1730 de la Caroline fep. tentrionaie vers les montagnes, marcha quinze jours fans rencontrer une feule créature humaine: Nat. hift. of Nonh Carolina , p. 389. Diego de Ordas, qui vou ut former un étab iffemenc dans l'Amérique méridionale en 1532, parcourut de même ce pays pendant quinze jours fans y trouver un feul habitant. Herrera, decad. 5, lib. I, c. u. Note LX, pag. 271. Je fuis fort porté à croire que la communauté de biens & la jouiffance commune des vivres ne font connues que des peuples chaffeurs les plus fauvages, & que l'idée du droit exclufif de propriété fur les fruits de la terre naît chez une na» tion au moment qu'elle connolt quelqu't fpece d'agriculture ou d'indufirie réglée. Les détails que j'ai reçus fur l'état de la propriété chez les Indiens de différentes parties de l'Amérique me confirment dans cette opinion. „ L'idée de* naturels du Bréfil touchant la propriété, eft que, fi quelqu'un a cultivé un champ, lut feul doit jouir de fon produit, fins qu'un autre puiffe y prétendre. Tout ce qu'un individu ou une famille prend à la chaffe ou à la pèche, appartient de droit à cet individu ou à cette famille, fans qu'on foit obligé d'en faire part à qui que ce foit, excepté aux caciques ou à quelque parent malade. Si quelqu'un du village entrejians leurs cabanes, il Tome //. V peut s'y affeoir & manger fans en demander la: permifïion; mais ce n'eft qu'une conféquence de leur principe général d'hofpitalité; car je ne me fuis jamais apperçu qu'ils partageaffent la récolte de leurs champs ou le produit de leur chaffe, ce qu'on auroit pu regarder comme le rêfultat de quelqu'idée de communauté de biens. Ils font, au contraire , fi attachés à ce qu'ils regardent comme leur bien propre, qu'il feroit très-dangereux de vouloir les en priver. Je n'ai jamais vu ni entendu parler d'aucune nation Indienne de l'Amérique méridionale, parmi laquelle cette communauté de biens qu'on vante tant foit connue. Ce qui coûta le plus aux Jéfuites à faire goûter aux Indiens du Paraguay, fut la jouhTance commune de biens , qu'ils introduifirent dans leurs miffions, & qui étoit contraire aux idées antérieures de ces Indiens. Ils connoiffoient lés droits d'une propriété privée & exclufive, & ne fe fournirent qu'avec répugnance à des lcix qui y étoient oppofées. MS. de M. le Chev. de Pinto, entre les mains de l'auteur. „ La poffeffîon actuelle, dit un millionnaire qui pendant plufieurs an-rées a réfidé parmi les Indiens des cinq nations, donne un droit fur un terrein; mais lorfque le poffeffeur le quitte, un autre a le même droit de s'en rendre maître qu'avoit eu celui qui vient de le quitter. CeLte loi, ou cette coutume, ne regarde pas feulement le terrein fur lequel eft bâtie une maifon, mais encore un champ cultivé. Si quel, qu'un a préparé une pièce de terre pour y bâtir ou planter, perfonne n'a le droit de l'en priver, & moins encore de lui enlever le fruit de fes travaux, â moins qu'il ne renonce lui - même à fa pofllflion ; mais je n'ai jamais entendu parler d'un afte formel de cefïïon d'un Indien à un autre dans leur état naturel. Les limites de chaque canton font marquées, c'eft-à-dire, qu'il leur eft permis de chaiîer jufqu'à telle rivière d'un côté & telle montagne de l'autre. Cet efpace eft occupé & cultivé par un certain nombre de familles qui jouiftent en particulier du fruit de leur travail & du produit de leur chafle, fans qu'il foit permis à la communauté d'y prétendre. MS. dt M. Hawley Gideon, entre les mains de l'auteur. Note LXI, pag. 274. Cette différence entre le caractère des Américains & celui des nègres eft fi frappante, qu'il eft paffé en proverbe dans les ifles Fracçoifes : „ que regarder un fauvage de travers, c'eft de battre ; le battre, c'efl le tuer: battre un nègre, c'eft le nourrir". Dutertre, tome IIV'p. 490. Note LXII, pag. 276. La defcription de l'état politique du peuple de Cinaloa reffemble parfaitement à celui des habi. tans de l'Amérique flptentrionale. » Us n'ont ni loix ni fouverains pour punir leurs crimes, dit un millionnaire qui a vécu longtems puruii eux. V a 46"0 N" 0 T B ■ Ils n'ont auffi aucune efpece d'autorité ou de. gouvernement politique, qui les contienne dans de certaines bornes. Us ont, à la vérité, des ca> ciques qui font les chefs des familles ou des villages ; mais leur autorité fe borne à les commander pendant la guerre ou lorfqu'ils font quelques expéditions contre leurs ennemis. Cette autorité des caciques n'eft pas héréditaire, & ils ne la doivent qu'à leur valeur pendant la guerre, ou au pouvoir & au nombre de leurs parens & de leurs amis. Quelquefois même ils obtiennent cette prééminence par leur éloquence à faire valoir leurs propres exploits ". Ribas, hift. de los tiiumph. &c p. iï. L'état des Chiquitos dans l'Amérique méridionale eft â peu près le même. wIls n'ont aucune forme régulière de gouvernement ou de fociété civile ; mais fur "les objets d'intérêt public ils écoutent les confeils de leurs vieillards, qu'ils fuivent ordinairement. La dignité de capique n'eft pas héréditaire, & n'eft accordée qu'au mérite ou k la valeur. Il ne règne parmi eux qu'une efpece d'union imparfaite. Leur fociété reffemble à une république fans chef, où chacun eft le maître de fa perfonne, & peut , fur le moindre dégoût, fe féparer de ceux avec qui il paroiffoit le plus lié ". Relacion hifîorieal de las miftiones de los Chiquitos, for P. Juan Patr. Femandez, p. 32, 33. Ainfi il paroît que les nations qui font dans un même état de fociété, quoiqu'habitant de* climats fort différens , ont les mêmes inftitutions civiles ôt la même forme de gouvernement. Note LXIII, pag. 297. »J'ai connu des Indiens , dit un auteur fort inftruit de leurs m &rV. De Lery, qui accompagna M. de Villegagnon dans fon expédition au Bréfil en 1555 , & qui demeura longtems dans ce pays, fe trouve d'accord avec Stadius dans toutes les circonftances. Il fut fouvent le témoin oculaire de la manière dont les peuples du Bréfil traitent leurs prifonniers. De Bry, t. III, p. 210. Un auteur Portugais en rapporte plufieurs particularités remarquables , que Stadius & de Lery ont pafTées fous iilence. Purch. Pilgr. t. IV, p. 129-34, &c. Note LXXII, pag. 319. Quoique j'aie fuivi touchant cette apathie des Américains l'opinion qui paroît être la plus rai* fonnable, & qui fe trouve appuyée par l'autorité des auteurs les plus refpeclables , il y a cependant des écrivains d'un mérite reconnu qui ont donné des théories fort différentes fur ce fiijct. Don Antonio Ulloa, dans un ouvrage qui a paru depuis peu , prétend que la contexture de la peau & la conftitution phyfïque des Américains les rend moins fenfibles à la douleur que le refte des hommes. Il en trouve pluGeurs preuves dans la tranquillité avec laquelle lls foufFrent les plus crueiles opérations de chirur. gie, &c. Noiicias A.nerkanas, p. 3*3» 314. Des chirurgiens ont fait les mêmes obfervations dans le lîréfil. Un Indiea , difent-ils, ne fe plaint; jamais de la douleur, & foufFre l'amputation d'un bras ou d'une jambe fans poufcr le moindre foupir. MS. entre les miins de l'auteur. Note LXXIII, pag. 322. Cette idée eft naturelle à tout peuple groiïïer. Dans les premiers tems de la république, c'étoit une maxinr» parmi les Romains qu'un prifonnier, „tum decejjijje videtur cuni captus eft". Digefh lib. XLIX, tit. 15. c. 18. Dans la fuite, lorfque le progrès du luxe les eut rendus plus inr dulgens fur cet article , ils furent obligés d'ein« ployer deux fiftions de jurifprud^nce pour affûter la propriété, & pour permettre à un prifonnier de retourner chez lui, l'une par la loi Cornelia. & l'autre parle Jus poflliminii. Heinecii, juris civ, fec. ord. Pani. t. II, p. 294. Les mêmes idées fe trouvent chez les nègres. Jamais on n'y a reçu la rançon d'un prifonnier. Dès qu'on «n prend un à la guerre, il eft regardé co.:,me V 6 Notes un homme mort, & on peut en effet le regar* dér comme perdu pour fa patrie & pour fa famille. Voy. duChev. de Marchais, t. I, p. 3 69. Note LXXIV, pag. 324. Les naturels du Chili, les plus braves & les plus fiers de tous les peuples Américains, font les feuls exceptés de cette obfervation. Ils combattent leurs ennemis en plaine campagne; leurs troupes s'avancent & attaquent non - feulement avec courage, mais avec ordre. Quoique les peuples de l'Amérique feptentrionale puiffent pour la plupart changer leurs arcs & leurs fie-ches pour des armes à feu d'Europe, ils fuivent toujours leur ancienne manière de faire la guerre & ne s'écartent point de leur fyfiême particulier; mais les opérations militaires des peuples du Chili reffemblent beaucoup à celles des nations de l'Europe & de l'Afie. Ovalles, relation tf Chili. Churchilïs coll. t. III, p. 71. Lozano, hijt. del Parag. t. III, p. 144, 145. Note LXXV, pag. 329. Herrera nous en a donné un exemple fîngu-lier. A Yucatan les hommes font 13 foigneux de leur parure, qu'ils portent partout avec eux de miroirs, qui fans doute font faits de pierre, comme ceux des Mexicains, {dec. 4, lib. III, c. 8)» & dans Iefquels ils aiment beaucoup à fe regarder; mais les femmes n'en font jamais ufa-ge : dicad. 4, lia. X, c. 3. il remarque que parmi les Tanches, peuple féroce de la Nouvelle Grenade, il n'y a que les guerriers dirtingués à qui il foit permis de percer leurs lèvres & d'y porter des pierres ou d'orner leurs têtes de plumes : decad. 7 , lib. IX, c. 4. Quoique le royaume du Pérou fût très - civilité, il y avoit cependant des provinces où la condition des femmes étoit déplorable. Elles étoient chargées du foin de la culture & des travaux domeitiques. Il ne leur étoit pas permis de porter des bracelets ou d'autres ornemens dont les hommes fe pa-roient avec complaifance. Zarate, hiji. de s?eru, t. J * P» 15, 10". Note LXXVI, pag. 33c*. J'ai hafardé d'appeller cette méthode d'oindre & de peindre leurs corps, l'habillement des Amé« ricnins; ce qui s'accorde même avec leur propre idiome. Us ne fortent jamais de leurs maifons s'ils ne font oints depuis les pieds jufqu'à la tê» te, & ils s'excufent de fortir en difant qu'ils ne peuvent point paroître parce qu'ils font nuds. Gumilla, hift. de l'Orénoque, t. I. p. 101. Note LXXVII, pag. 331. On trouve dans la province de Cinaloa, dans le golfe de Californie, des peuplades qui parois-fent vivre dans un état de fociété, quoiqu'on puiife les compter parmi les nations les plus .grofliercs de l'Amérique. Ils ne cultivent ni ne femeut jamais; ils n'ont même aucune habitation» V 7 Ceux de l'intérieur du pays ne vivent que de la chafle, & ceux des côtes que de la pêche ; les uns & les autres fuppléent au refte par les fruits, plantes, racines & autres différentes produftions fpontanées de la terre. Comme ils n'ont aucun abri pendant les tems pluvieux, ils raffernblent des rofeaux ou des herbes fortes , qu'ils lient par un bout & qu'ils ouvrent de l'autre pour leur fervir d'efpcce de capuchon, qui femblabie à un auvent reçoit la pluie & les en garantit pendant plufieurs heures. Dans les tems chauds ils fe forment avec des branches d'arbres un abri contre les rayons brâlans du foleil. Pour fe préferver du froid ils font de grands feux, autour defquels ils dorment en plein air. Hiftoria de los triumphos de Nuefira Santa-Fé, entre gentes las mas barbaras, &c. por P. And. Ferez de Ri- las, p. 7> fcfr- Note LXXVIII, pag. 333. Ces maifons reiTemblent à des granges. Nous en avons mefuré qui avoient cent cinquante pas de long fur vingt pas de large. Il y en à oh plus de cent perfonnes habitent enfemble. Wil-fon's account of Guiana. Purch. Fi/g. voL lyt p. 1263, ibii. i2qi. Les maifons des Indiens, dit M. Barrere, ont l'air d'une extrême pauvreté &font une image parfaite de la groflîere fimplicité des premiers tems..... Toutes ces cafés ou huttes » qui font ordinairement bâties ou fur une hauteur , ou au bord de quelque rivière , pèle* mêle & fans aucun ordre, forment un arpecl: des plus triflef & des plus défagréables. On n'y voit rien que de hideux & de fauvage. Le pay. fage n'a rien de riant. Le fijence même qui règne dans tous ces endroits, & qui n'eft interrompu quelquefois que par le bruit défagréable des oifeaux ou des bêtes fauves, n'eft capable d'infpirer que de la frayeur. Nouvelle relat. de la France Equin. p. 146, 147. Note LXXIX, pag. 336. On trouve dans l'Amérique méridionale des peuples, qui ont l'art de lancer des flèches à une grande diflance & avec une force extraordinaire fans fe fervir d'arcs. „ Us font ufage d'une farbacane, par le moyen de laquelle ils fouillent une flèche à plus de cent vingt pas. Cet in-flrument efl: fait d'un rofeau naturel & creux, long de neuf à dix pieds, de la groffeur d'un bon pouce ; & pour que la flèche puiûe atteindre à un fi grand éloignement, â caufe de fa grande légèreté , ils en enveloppent le gros bout d3 coton non filé, qui la fait entrer avec un peu de difficulté dans la farbacane ; ce qui comprimant l'air la fait fortir avec une rapidité furprcnante, fans quoi il ne feroit'pas poffible de la faire traverfer un fi grand efpace. Ces petite? flèches font toujours empoifonnées". Fermin, ïefcripti de Surinam, t. /, p. 55. Bancrofîs. hift. 47» Note» ofGuiana* p. 281, Les peuples des Indes orientales font un grand ufage de cette farbacane. Note LXXX, pag. 336". Je pourrois en produire plufieurs exemples, mais je me bornerai à en citer un feul pris chez les EfquimaJx. Leurs arcs font d'une conftruc-tion fort ingénieufe, dit M. Ellis. Ils font ordinairement compofés de trois morceaux de bois, qu'ils favent joindre très- proprement & avec un art admirable. C'eft du fapin ou du melefe, que les Angtois nomment en ce pays genévrier,-qu'ils emploient communément pour cet ufage, & comme ces bois ne font ni forts ni élaftiques, ils fuppléent à l'un & à l'autre en renforçant leur arc par derrière, avec une efpece de bande faite de neifs ou tendons de leurs bêtes fauves. Us ont foin de mettre fouvent leurs arcs dans l'eau ; ce qui faifant rétrécir les cordes leur donne par - là plus d'élafticité & les fait porter plus loin qu'ils ne feroîent autrement. Ils font habitués à cet exercice depuis leur jeuneflè, & ils tirent avec une dextérité inconcevable. Voyage de la laie de Hudfon, t. H, p. 27, 28. Note LXXXI, pag. 337. Le befoin eft le grand mobile qui excite & guide l'homme dans les inventions nouvelles. 11 y a cependant une inégalité fi grande dans les progrès des découvertes, & quelques nations ont fi fort devancé les autres, quoique dan. des circonftances prefque fe.ublablss , qu'il fa(K attrf_ buer cette différence à quelqu'événernent de leur hiftoire ou à quelque caufe particulière de leur fituation phyfique que nous ignorons. Les habitans de l'ifle d'Otabiti, découverte depuis peu dans la mer du fud, furpaffent de beaucoup la plupart des Américains dans la connoiflance des arts d'induftrie ; cependant ils ignoroient la méthode de faire bouillir l'eau, & n'avoient aucun vafe dans lequel ils puffent la contenir ■& la foumeitre à l'action du feu : ils ne concevoient pas plus qu'on pût l'échaufFer que la rendre fo-lide. Voy. autour du monde, rédigés par Hawkef-worth, t. II, p. 132-155, in -4*. Note LXXXII, pag. 338. Une de ces chaloupes, qui pouvoit contenir neuf hommes , ne pefoit que foixante livres. Cofnol, relat. des voy. à la Virgin. Rec. de voy, au nord, t. V, p. AQ1- ,, ,„ , ■■-— Note LXXXIII, p. 34*. Ulloa nous en donne une preuve remarquable. „ Dans leurs fabriques de tapis, de rideaux, de couvertures de lit , & autres femblables étoffes, toute leur induftrie confifte à prendre chaque fil l'un après l'autre, à les compter chaque fois, & à y faire enfuite paffer la trame; de forte que pour fabriquer une pièce de quelqu'une île ces étoffes, ils emploient jufqu'à deux ans ou môme davantage. Voy. au Pérou, t. I, p. 335. Bancroft donne la môme defcription des naturels de la Guiane: p. 255. Suivant Adair les Indiens de l'Amérique feptentrionale n'ont pas pins d'ef-prit ni do dextérité: p. 422. Les planches qu'on trouve dans Purchas, t. III, p. 110S, des pein-tures des Mexicains, me font croire que ce peuple ne pofTédoit pas une méthode plus parfaite ni plus prompte d'ourdir la toile. L'inven-tion d'un métier étoit au-deffus de la portée de 1'efpfit des Américains les plus civilifés. Ils font -fi lents dans tous leurs ouvrages, qu'un de leurs ouvriers demeure plus de deux mois à faire avec fon couteau une pipe à fumer. Ibiil. p. 423. Note LXXXIV, pag. 344. Le P. Lafitau , dans fes mœurs des Sauvages, emploie 347 pages faftidieufes in-4*. pour le> -feul article de la religion. Note LXXXV, pag. 347. J'ai renvoyé le le&eur aux difFérens auteurs qui ont parlé des peuples les moins civilifés de l'Amérique. Leur témoignage efl uniforme. Celui du P. Ribas touchant les peuples de Cinaloa s'accorde avec tous les autres : „ Pendant plufieurs années, dit-il, que je réfidai parmi ces peuples, je fus très - attentif à obferver fî l'on devoit les regarder comme idolâtres, & je puis affurer avec vérité , que, quoiqu'on trouve chez quelques - uns des traces d'idolâtrie, les autres n'ont pas la moindre connoilTance de Dieu, ni même de quelque fauffe divinité, & qU»ijs ne rendent aucun hommage formel a l'être fuprême qui gouverne le monde. Ils ne peuvent (e for-mer aucune idée de la providence d'un créateur de qui ils doivent attendre dans la vie future la récompenfc de leurs vertus & la punition de leurs crimes. Ils ne s'aiTemblent jamais en public pour exercer aucun afte de religion. Ribas, triumphos, &c. p. iô". Note LXXXVI, pag. 349. Le peuple du Bréfil étoit fi effrayé du tonnerre, qui eft fréquent & terrible dans ce pays, ainfi que dans d'autres parties de la zone torride, que c'étoit non-feulement pour eux un objet de culte religieux, mais que le mot le plus exprefïïf de leur langue pour défigner la divinité étoit celui de toupan, dont ils fe fervent aufîi pour défigner le tonnerre. Pifo de Medec. Brafil. p. 8. Nieuhoff. ChUrch. coll. t. II, p. 133- Note LXXXVTI, pag. 359. Suivant le rapport de M. Dmnont, témoin oculaire des funérailles du grand chef des Natchez, il paroît que les fentimens de ceux qui fe facri-fioient à cette occafîon étoient fort difFérens. Il y en avoit qui briguoient cet honneur avec ardeur; d'autres cherchoient à éviter leur fort, & plufieurs même conferverent la vie en fe faisant dans les bois. Les bramines donnent aux femme* qu'on doit brûler avec les corps de leurs maris une liqueur enivrante, qui les rend infenfibles à leur malheureux fort: les Natchez obligent de même leurs victimes d'avaler plufieurs morceaux de tabac, ce qui produit un femblable effet. Mèm. de la Louifiane, tom. I, pag. 217. Note I.XXXVIII, pag 370. Ils font très-licentieux en plufieurs occafions, furtout dans les danfes inftituées pour le rétablif-fement de la fanté de quelque perfonne malade. De la Potherie. hift. 6?c. t. II, p. 42. Charte* voix, hift. de la Nouv France, t. III, p. 319. Mais leurs danfes font ordinairement telles qu« je les ai décrites. Note LXXXIX, pag. 373. Les Othomaques, qui habitent les bords de l'Orénoque, emploient pour ce même effet une pou^ dre faite de grains d'Tuapa & de coquilles de certains gros collimaçons calcinés au feu & pulvéri-fés. Les effets en font fi violens quand on la prend par le nez, qu'elle infpire plutôt la fréné-fie que l'ivreffe. Hift. de l'Orénoque par Gumilla, t. I, p. 286. Note XC, pag. 377. Quoique cette obfervation foit vraie à l'égard de la plupart des nations méridionales, il y en a cependant quelques-unes où l'intempérance des femmes n'eft pas moins excefllve que celle des hommes. Bancroft's, nat. hift. of Guiana, p, 275. Note XCI, pag. 3S4. On trouve de ces circonftances contradictoire» & inexplicables dans les auteurs Ils pius judicieux qui ont parlé des mœurs des Américains. Le P. Charlevoix, que la difpute de fon ordre avec celui des Francifcains fur l'efprit & les con-noiffances des peuples de l'Amérique feptentrionale , intéreffoit â expofer leurs qualirés morales & intellectuelles dans le jour le plus favorable, affine qu'ils font continuellement occupés h né» goder avec leurs voifins, & qu'ils font paroitre dans leurs négociations autant d'habileté que de noblcffe de fentimens. Il ajoute cependant,, qu'il y va de tout pour un plénipotentiaire d'employer tout ce qu'il a d'efprit &. d'éloquence; car fi les propofitioni ne font pas agréées, il faut qu'il fe tienne bien fur fes gardes, il n'eft pas rare qu'un coup de hache foit l'unique réponfe qu'on lui faffe. Il n'eft pas même hors de danger quand il a évité la première furprife; il «doit s'attendre à être pourfuivf, & à être brûlé s'il elt pris. Hijî, de la Ntuv. Fr. t. III, p. 257. Des hommes capables de fe porter à de pareils actes de violence, p.iroiffent ignorer les premiers principes fur lefquels eft fondé le commerce réciproquî entre les nations, & au lieu des négociations perpétuelles dont parle Charlevoix, il paroît imposable qu'il y ait même la moindre communication entre ces peuples. Note XCII, pag. 387. Tacite dit des Germains : „ gnudtnt muneri. lus, jed tiec data imputant, nec acceplis obiigan-tur". De mer. Geim. c. 21. Un auteur qui s'eft trouvé à portée d'obferver le principe qui porte les Sauvages à ne montrer aucune reconnoiflance des dons qu'ils ont reçus, & à n'attendre aucun retour de ceux qu'ils ont faits, explique ainfi leur idée à ce fi-jct: „ Si vous m'avez donné ceci, difent-ils, c'eft que vous n'en aviez pas befoin vous-même; quant à moi, je ne donne jamais ce que je crois pouvoir m'être néceflaire". Mém. Jur les Galibis. Hiji. des plantes de la Guiane Françoife, par M. Aublct, t. II, p. 110. Note XC1II, pag. 407. And. Bernaldes, contemporain 6c ami de Colomb, a cité quelques exemples du courage des Caraïbes, dont Ferdinand Colomb & les autres hiftoriers de ce tems n'ont pas parlé. Un canot Caraïbe, où ihy avoit quatre hommes, deux femmes & un enfant, fe trouva un jour, fans le fa-voir, au milieu de la flotte de Colomb, lorfqu'à fon fécond voyage il paffoit entre leurs ifles. Ils refleient d'abord dans un étonnement ftupide i la vue d'un pareil fpeclacle, ci: ne fortirent prefque pas de la même place pendant plus d'une heure. Une barque Efpagnole, armée de vingt-cinq hommes, s'avança vers eux & la flotte même les entoura peu à peu jufqu'à leur couper toute communication avec la côte, „ Lorfru'ils s'apperçurent, dit l'hiftorien, qu'il leur étoit im-poffible de s'échapper, ils laifirent leurs armes avec un courage intrépide, & commencèrent l'attaque. Je dis avec un courage intrépide , parce qu'ils n'étoient qu'en petit nombre, & qu'ils voyoient une grande multitude prête à les affaillir. Ils blef-ferent plufieurs Efpagnols, quoique ceux-ci euf-fent des boucliers & d'autres armes défenfives. Lors même que le canot eut chaviré , ce ne fut qu'avec beaucoup de peine & de danger qu'on en prit quelques-uns, parce qu'ils ne ceffoient de fe défendre & de faire ufage de leurs arcs avec beaucoup d'adreffe, quoique nageant en pleins mer. FUJI, de D. Fem. y D. Tjab. MS. c. no. Note XC1V, pag. 408. On peut former une conjecture fort probable fur la caufe qui diflingue le caractère des Caraïbes d'avec celui des habitans des plus grandes ifles. II paroît clairement que les premiers font d'une race particulière. Leur langue efl totalement différente de celle de leurs voifins, habitans des grandes ifles. Il y a même parmi eux' une tradition qui porte que leurs ancêtres fo: t originairement venus- de quelque partie du grand continent, & qu'après avoir conquis & exterminé les anciens habitans des ifles, ils ont pris poflef-flon de leurs terres & de leurs femmes. Rockefort, 4«o N 0 T B s. pag. 384; Dutertre, pag. 360. C'eft pour cela qu'ils ont pris le nom de Banarée, qui flgnifie un homme venu d'au-delà de la mer: Labat, tom. VI', P' I3I* Les Caraïbes ont même encore deux langues différentes , dont l'une eft particulière aux hommes & l'autre aux femmes: Dutertre, pag. 361. La langue des hommes n'a rien de commun avec celle qu'on parle dans les grandes ifles; ma;s l'idiome des femmes y reffemble beaucoup: Labat, pag. 129; ce qui confirme encore la tradition dont j'ai parlé. Les Caraïbes eux-mêmes penfent qu'ils font une colonie de Galù bis, nation puiffanre de la Guiane dans l'Amérique méridionale. Dutertre, pag. 361. Rochefort , pgg 348. Mais comme leurs mœurs féroces ont plus de rapport avec celles des nations qui habitent le nord du continent,qu'avec celles des peuples de l'Amérique méridionale ; que d'ailleurs leur langue a quelqu'analogie avec celle qu'on parle dans la Floride, il eft à croire qu'ils def-cendent pîntôt des premiers que des autres; La-bat, p. 128, cjfc. Herrera, decad. 1, lib. IX, c. 4. Dans leurs guerres ils confervent encore l'ancien ufage de détruire tous les mâles & de ne laiffer la vie qu'aux perfonnes de l*autre fexe pour leur fervir d'efclaves ou de femmes. des Notes du fécond volume. TABLE TABLE DES MATIERES Contenues dam le premier & le fécond volume de fllifîoire de f Amérique. A. Abyssinie, ambafTade envoyée dans ce pays par Jean' II, Roi de Portugal ; T. I, p. 90. Açorts, découverte de ces ifles par les Portugais; T. I; p. -63. Acofta, fh méthode de calculer les difFérens degrés de chaleur dans l'ancien & dans le nouveau continent % T. II, p. 4i<5- Adair, peinture qu'il fait du caractère vindicatif des na* turels de l'Amérique î T. II, p. 461. Adcufon confirme le récit d'IIannou fur les mers d'Afrique; T. I, p. 279. Afrique, (côtes occidentales de 1') découvertes pour la première fois par ordre de Jean I, Roi de Portugal} T. I, p. 67, Découvertes depuis le cap Non jufqu'à 13o-jador, p. 70. On double le cap Bojador, p. 76. Découverte des contrées fitiiées au fud de la rivière du Sénégal, p. 86. Le cîp de Bonne-Efpérance découvert par Bartlielemi Diaz, p. 91. Ignorance des anciens af-tronomes fur cette partie du monde, p. 27p. Caufe de l'extrfme chaleur de ce climat; T. II, p. 129. Agriculture Çétat de 1') parmi les naturels de l'Amérique % T. II, 256. Les deux caufes principales de fon imperfection , p. 261. % Aguado eft envoyé a Hifpaniola en qualité de commifTaire pour examiner la conduite de Colomb; T. J. p, ioS. tom 11. X Annan. Les anciens ont connu Ta propriété d'attirer le fer, mais non pas fa direction vers les pôles-, T. I, p. 7. Avantages confidérablcs qui ont réfulté de cette découverte, p. 64. Albuquerque, (Rodrigue) manière barbare dont il traite les Indiens d'Hifpaniola j T. II, p. 65. Alexandre le Grand, caraélcre de ce prince ; T. I, p. 22. Pourquoi- il a fondé la ville d'Alexandrie , p. 23. Ses découvertes dans l'Inde, p. 24, &c. Alexandre VI, (le pape) accorde à Ferdinand & a Ifa-belle de Caftille la pofTeiïion des pays découverts à l'ouefi: des ifles Açores ; T. I, p. 1G0. Fait partir des millionnaires avec Colomb à fon fécond voyage, p. i8r. Aine , idées des Américains touchant fon immortalité» T. H , p. 35<î. Américains de l'Amérique Efpagnofe. Leur conftitution phyfique j T. II, p. 188. Leur teint & leur figure, p. 189. Leur force & leur adreffe, p. 190. Leur infenfibilité pour les femmes , p. 192. Ils n'ont aucune difformité •du corps, p. 201. Réflexions fur ce fujet, ibid. Uniformité de leur couleur, p. 204. Defcription d'une race particulière, p. 208. Les lifquimaux, p. 2ti. Doutes qui fubfiftent encore fur les géans Patagons, p. 212, Leur famé, p. 215. I-curs mnladies, p. La mala- die vénérienne leur eft particulière, p. 219. Leurs qualités morales, p. 220. Ne penfent qu'au befoin pré-fent, p. 221. L'art de compter à peine connu chez ce peuple,p. 224. Ils n'ont aucune idée abftraite,p. 226. Les habitans du nord de l'Amérique font beaucoup plus intelligens'que ceux du midi, p. 229. Leur répugnance pour le travail, p. 231. Leur état focial, p. 235. Leur union domeflique, ibid. Leurs femmes, p. 237, Elles font peu fécondes, p. 242. De l'affection paternelle & du devoir filial, p. 245- Manière de pourvoir à leur fubfiftance 4 p. 248, Leur pCche, p, 250. Leur chafle, p. 252. Leur agriculture, p. 256. Fruits divers de leur culture ibid. Les deux principales caufcs de l'imperfection* de leur agriculture, p. i6r. Ils manquent d'animaux doraeftiques, ibid. & de métaux utiles, p. 20-5# Leurs mititutious politiques, p. 268. Us étoient divifés en petites communautés indépendantes, ibid. Ils n'ont tu. cune idée de propriété, p. 270. Leur amour pour l'égalité & l'indépendance, p. 273. Us n'ont qu'une idée imparfaite de la fubordination, p. 274. A quels peuples conviennent ces defcriptions, p. 277. Quelques • exceptions, p. 278. La Floride, p. 2IÎ1. Les Natchez, ibid. Les ifles, p. 283. A Bogota, p. 284. Recherches fur les caufes de ces variétés, p 286. Leur art de la guerre. p. 290. Leurs motifs pour faire la guerre, p. 292. Caufes de leur férocité, p. 293. Perpétuité des guerres, p. 396". Leur manière de faire la guerre, p. 298. Ils ne manquent ni de courage ni de fermeté, p. 301. Incapables de difeipline militaire, p. 303. Manière dont ils traitent leurs prifonniers, p. 305. Leur fermeté dans les tourmens, p. 307. Ils ne mangent de la chair humaine que par efprit de vengeance, p. 310. Manière dont les peuples de l'Amérique méridionale traitent leuis prifonniers, p. 3t2. Leur éducation militaire, p. 314. Méthode finguliere de choifir un capitaine panni les Indiens fur les bords de l'Orénoque, p. 316. Leur nombre diminué par les guerres continuelles, p. 320. Ils adoptent leurs prifonniers pour repeupler leur pays, p. 321. Sont inférieurs dans la guerre aux nations policées, p. 324. Leurs arts, liabillemens & pamres, p. 325. Lturs habitations, p. 330. Leurs armes, p. 334. Leurs uften-files dcMneiIiques, p. 336- Conltruélion des canots, p. 337. Leur indolence pour le travail, p. 339. Leur religion , p. 342. Plufieurs de ces peuples n'en ont aucu-ne, p. 346. Diverfîté remarquable dans leurs opinions religieufes, p. 352. Leurs idées fur l'immortalité de l'a. X 2 me, p. 356% Leurs enterremens, p. 358. Pourquoi leurs médecins prétendent eue forciers, p. 361. Leur amour de la danfe, p. 3#h Leur paflion extraordinaire pour le jeu, p. 37i« Sont fort enclins h l'ivrognerie, p. 372. Tuent les vieillards & les malades incurables, p. 378. Idée générale de-leur caractère, p. 380. Leurs qualités intellectuelles, p. 381. Leurs talens politiques, p. 382. - Incapables d'anitié, p. 385. Dureté de leur cœur, p. • J87. Leur in fenfibilité, p. 388. Leur taciturnité, p. 391. Leurs rufes, p. 392. Leurs vertus, p. 394. Leur efprit d'indépendance, p. 395. Leur fenueté dans le danger, " ibid. Leur attachement à leur communauté, p. 396. Satisfaits de leur état, p. 397. Avis général fur ces recherches , p. 402. Deux claffes diftinct.es de ce peuple, p. 404. Exceptions quant à leur caractère, p. 406. Def- ■ cription de leurs traits caraclétïfliques, p. 436- Exem- ■ pies de leur agilité foutemte à la courfe, p. 438. Amérique, (le continent de F) découvert par Colomb j T. I, p. 217. Origine de ce nom, p. 235. Ferdinand de Caflille y établit deux gouvernemens i T. II, p. 26. PropofitioRS faites aux naturels du pays, p. 27. Ojeda & NicuefTa font mal reçus par ce peuple, p. 28. Découverte de la mer du fud par Balboa, p. 47. La rivière de la Plata découverte, p. 63. Les habitans en font fort maltraités par les Efpcgnols, ibid. Vafte étendue du nouveau monde, p. 119. Grandeur des objets qu'il préfente à la vue , ibid. Sa forme favorable au commerce, p. 122. Température du climat, p. 125. Différentes caufes du climat qui y règne p. 127. Son état inculte & fauvage lorfqu'on le découvrit, p. 133. Animaux qu'on y trouve, p. 137. Infectes & reptiles, p. 140. Oifeaux, p. 142. Sol, p. 144. Recherches fur fa première population, p. 147. N'a pas été peuplé par une nation civilifée, p. 156. Son extrémité feptentrionale touche à l'Afie, p, 15c. Peuplé probablement par Icî AGatiques, p. 171. Etat & caractère des Américains., p. 174. Us étoient plus fauvages qu'aucun autre peuple connu de la terre, p. 176. Excepté les Péruviens i5ç les Mexicains, p. I77« Incapacité des premiers voyageurs , p. 180. Différens iyftêmes des philofophes concernant ces peuples, p. . 183. Mérhode obfervée dans cette recherche de leur conftitution phyfique, Sec, p. 186. La maladie vénérienne vient de cette partie du monde, p. 21g. Qualité morale des Américains, p. 220. Pourquoi l'Amérique eft fi peu peuplée, p. 268. Dépeuplée par des guerres continuelles, p. 290. Caufe du froid extrême vers la partie méridionale de l'Amérique, p. 421. Defcription de l'état inculte & naturel du pays, p. 426. Os de grands animaux dont la race ne fublilte plus, trouvés fous terre près des rives de l'Ohio, p. 427. Pourquoi les animaux d'Iiurope y dégénèrent, p. 429. Suppofé avoir été féparée de l'Afie par quelque violente fecoufiê, p. 435* Am4ric Vcfpuce, publie fon premier récit du nouveau monde & lui donne fon nom ; T. I, p. 235. Sa prétention d'avoir le premier découvert 1*Amérique examinée, p. 311. Anacoana, indignement & cruellement traitée par les Efpagnols i T. II, p. Ô". Anciens, caufe de leur ignorance dans l'art de la naviga tion j T. I, p. 6. Imperfection de leurs connoiifances géographiques, p. 35. Andes, étendue & hauteur furprenantes de cette chaîne de montagnes j T. II, p. 120. Leur hauteur comparé» avec celle d'autres montagnes, p. 414. Animaux, ( grands ~) on en trouva fort peu en Arnériqu» lors de la découverte ; T. II, p. 137. Arabes, fe font particulièrement appliquai à l'étude de U géographie j T. I, p. 45. X 3 Argonautes, (l'expédition des) pourquoi fi fameufe parmi les Grecs j T. I, p. i3. ■Arithmétique,ou l'art de compter, à peine connu par les Américains» T. II, p. E24. ■Aftolino, (le pere) fil million extraordinaire auprès du Kan des Tartaresi T. I, p. 52. •^fe, découvertes faites dans cette partie du inonde par les Rufies i T. II, p. 160. &c. B. 'Balboa. (Vafco Nugnès de) établit une colonie à Sainte-Marie dans le golfe de Darien ,* T. II, p. 30- Reçoit avis de i'exiflence & des riclieiTes du Pérou, p. 40* Son caractère, p. 44. Il traverfe l'ifthme p. 4<î. Découvre la mer du fud, p. 48. Revient à Sainte-Marie ,p. 50. Eft remplacé dahs fon gouvernement- par Pedrarias Da-vila, p. SU Condamné à l'amende par Pedrarias pour fes sérions pafi'ées, p. 55* Rft nommé vice - gouverneur . des pays découverts dans la mer du fud, & époufe la fille de Pediarias, p. 58. Eft arrêté & mis à mort par l'ordre de Pedrprias, p. 60. Barrcre, fa defcription de la conftruction des maifons des Indiens i T. II, p- 47°> Behring & Trchirikow, navigateurs Rufies , croient avoir découvert l'extrémité nord-oueft de l'Amérique du côté de l'eft i. T. II, p. 165. Incertitude de leurs réetes, P- 433* Benjamin , juif de Tudéla, fes voyages extraordinaires. 5 T. I, p- Sfe Bernaldcs, exemple qu'il donne de la bravoure des Caraïbes; T. II, p. 478. Bethencourt, (Jean de) Baron Normand, prend poûelïïoiï des ifles Canaries ; T. I, p. 62. Bogota en Amérique, defcription de fes habitans ; T. II, p. 2841 Caufe de leur fu.miiQIon aux Efpagnols, p. 286, Leur doctrine & leurs cérémonies religieufes, p. 355# Boyador, (te cap) quand découvert; T. I, p. 7o. Eft doublé par les Portugais, p. 76. Bonite- Efpérance, (te cap de) découvert par B. Diazj T. I, p. 91. Bofu, l'on récit de la chanfon de guerre des Américains ; T. II, p. 4Ô4» Boyadilla, (François de) envoyé à Hifpaniola pour examiner la conduite de Colomb j T. I, p. 243. Envoie Colomb tes fers aux pitds en Efpagne, p. 244. Elt dif-gracié & rappeiié, p. 248. Bougainville, fa défenfe du Périple d'Uannoii ; T. I,p. 277, Bouguer, parle du caractère des Péruviens ; T. II, p. 4^4. BouJf^U; (invention de lai T. I, p. 58. Par qui, p. 59. Bréfil, (la côte du) découverte par Alvarès Cabrais T. I, p. 256. Remarque fur te climat de ce pays 1 T. H, p. 420, C. Cabrai, (Alvarès) capitaine Portugais, découvre la cote du Bréfil; T. I» P- 25*5. Californiens, leur caractère fuivant te P. Vcne^as; T. II, p. 448. Campicht, découverte par Cordova, qui ed repoulE par les naturels du pays; T. II, p. io5. Canaries, 0« >ncO érigées en royaume par le pape Clément VI ; T. I, P* 02. Soumîtes par Jean de Bethen-court, ibid. Cannibales: on n'a trouvé aucun peuple qui mangeât la chair humaine pour nourriture ordinaire, quoique ùa. vent par efprit de vengeance; T. II, p. 312. Canots Américains, leur conftruction 1 T. II, p. 337. Caraïbes, (tes ifles) découvertes par .Colomb dans fon fécond voyage; T. I, p. 183. Caraïbes, leur caractère féroce i T. II, p* 407. Dicrit par M. de Ciianvalon, p. 447. Conjecture probublc fur U X4 différence du caractère de ce peuple avec celui des ha ' bitans des grandes ifles, p. 479. Carpinï, fa million extraordinaire auprès du Kau des Tar-1 tares; T. I, P- BÎ* Carthaginois, état du commerce & de la navigation de 1 ce peuple; T. I, p. 12. Les fameux voyages d'IIan- non & de Himilcon, p. 14. Chaleur, caufes des différens degrés de chaleur dans Tan. cien & le nouveau continens jT. Il, p. 416. Calculée, 431. Chanfon de guerre des Américains j T. II, p. 4<54-Chanyalon, (M. de) portrait qu'il fait du caractère des • Caraïbes ; T. II. p. 447. Char'es - Qitint, (l'Empereur) envoie Rodrigue de Figue-roa à Hifpaniola, en qualité de juge fuprême, pour régler la manière de traiter les Indiens ; T. II, p. 83. Fait délibérer en fa préfence fur ce fujet, p. 93. Chhjuitos , état de politique de ce peuple fuivant Fes-nandez ; T. II, p. 46b. Ciceron, preuve de fon ignorance dans la géographie j T. I, p. 2ÏS4. Cinaloa, (Etat politique du peuple de) T. II p. 459. Sa manière de vivre, ibid. Ne profeûent aucun culte religieux, p. 474. Clément VI, (le pape) érige les ifles Canaries en royaume ; T. I, p. 62. Climats, caufes de leur variété; T. II, p.- 125. Leurs effets fur le corps humain , p. 402. Reclierchcs fur les différens degrés de chaleur des climats, p. 416. Colomb, (Chriftophe) fa naiflànce & fon éducation i T. I, p. 97. Ses premiers voyages, p. 98. Il fe marie & s'établit à Lisbonne, p. 100. Ses réflexions géographiques , p. 101. 11 forme le projet d'ouvrir une nouvelle route aux Indes, 102. 11 propofe fon projet au • Sénat de Gênes, p. 110. Pourquoi fes propofitions font re- DES'MATIERE S. ^ rejettées en Portugal, p. m. jj s'adretTe à la cour d'Efpagne & à celle d'Angleterre, p. n3. Son projet examiné par des juges ignorans, p. Iao. Eft protégé par Juan Pérès, p. 124. Il eft de nouveau découraaé, p. 122. H eft rrppellé par Ifabelle & engagé au fer' vice de l'Efpagne, p. 129. Préparatifs pour fon voyage , p. 129. En quoi confifloit fa flotte, p. 130. Son . départ d'Efpagne, p. 132. Sa vigilance & Ton attention pendant fon voyage, p. 135. Craintes & alarmes de fon équipage, p. 136. Son adreffe à les calmer, p. 137. Apparences flattetifes de fuccès, p. 143. On découvre la terre, p. 145; Première entrevue avec les naturels du pays, p. 146". Prend les titres d'amiral & de vice-roi, p. 149. Donne à. rifle le. nom de San-Salvador, ibid. S'avance vers le Sud, p. 150. Découvre Cuba, p. 151. Ainfi que rifle d'Hifpaniola, p.. 154. Perd un de fes vaifTeaux, p. 156. Bâtit un fort, p. 163. Retourne en Europe , p. 167. Expédient dont il fe fert pendant une tempête pour fauver la mémoire de lis découvertes, p. 169. Il relâche aux Açores, p. 170. Arrive à Lisbonne, p. 17t. Sa réception en Efpagne r p. 172. Son audience de Ferdinand & Ifabelle, p. 173» Préparatifs pour un fécond voyage, p. 178. Découvre les ifles Caraïbes, p. 183. Trouve la colonie d'Hifpnv niola détruite, p. 1S4* Hatft une ville qu'il nomme Ifabelle, p. 187. Examine l'état du pays, p. 189. Situation ficheule & mécontentement de la colonie, p, 192, 11 découvre rifle de Jamaïque, p. 194. A fon retour à irabelle il y trouve fon frere Bardielemi, p. 195. L« Indiens prennent les armes contre les Efpagnols, p. 196. Guerre avec les Indiens, p. 199. Taxe impofée iur les Indiens, p. 202. Il retourne en BJpagne pour initi-fier fa conduite, p. 20G. O» fait im plan plus régulier ^pour rétaWiflLmenc d'une colonie, p» ara. Son tr;iiic-me voyage , p. 215. Découvre l'ilk de la Taufo| 9 X5 p. 217. Découvre le continent de l'Amérique, IbiJ. Etat d'Hifpaniola à fon arrivée , p. 220. Il appaife la révolte'^caufée par Roldan, p. 224. Intrigues contre Colomb, p. 240. Succès de fes ennemis auprès de Ferdinand & Ifabelle, p. 242. Il efl; envoyé en Efpa-gne les fers aux pieds, 244. Mis en liberté, niais dépouillé de toute autorité, p. 247. Dégoûts qu'il éprouve, p. 254. 11 forme de nouveaux projets de découvertes , p. 255. Entreprend un quatrième voyage , p. 257. Traitement qu'il efluie à Hifpaniola, p. 258. Cherche un paflnge à l'océan Indien, p. 261. Fait naufrage fur la côte de la Jamaïque, p. 263. Recherche l'amitié des Indiens , p. 264. Sa détrtfle & fes fouffrances, p. a66.- Il quitte l'ifle & arrive à Hifpaniola, p. 272. Retourne en Elpagne, p. 273. Sa mort, p. 275. Ses droits à la première découverte de l'Amérique défendus, p. 299. Colomb, (Don Diegue; réc'ame les droits accordés à fon pere;T. II, p. 20. Se marie,p. 21,& pane à Hifpaniola, p. 22. Etablit une pêcherie de perles à Cubagua, p. 23. Il forme le projet de conquérir Cuba, p. 32, Ses mefures traverfées par Ferdinand, p. 64. Il retourne en Efpagnc, p. 05. Commerce, à quciie époque il faut rapporter fon origine; T. I, p. 3. Sert à faciliter la communication entre les peuples, p. 5* Fleurit dans l'empire d'orient après la ruine' de l'empire d'occident, p. 33. Renaît dans l'Europe, p. 46. Condamlne, (M. de !a) fon récit du pays qui fe trouve au pied des Andes dans l'Amérique méridionale; T. II, p. 425. Ses remarques fur le caractère des Américains, p. 445. Congo, (le royaume de) découvert par les Portugais ; T. I, p. 87. Confîautinoplcj fuites fJclieufes de l'établifTement du fiege de l'empire dans cette ville j T. I, p. 40. Continue à être une ville commerçante après la chute de l'empire d'occident, p. 43. Devient le principal marché de l'Italie , p. 4*5 • Cordova , ( François Hernandes ) découvre le Yucatan ; T. II, p. 105. Eft rcpoulK à Campêche & retourne a Cuba, p. 107. CrogFan, (le colonel George), parle des os de grands animaux, d'une race éteinte depuis longtems , trouvés dans l'Amérique feptentrionale ; T. II, p. 427. Croifades, (les) favorifetit les progrès du commerce & de la navigation, T. I, p. 49» Cuba, (l'ifle de) découverte par Chr. Colomb» T. I, p. 151. Defcription magnifique que fait Colomb d'un port de cette ifle, 293. Ocampo en fait le tourj T. II, p» 20. Diego Velafquès en entreprend la conquête ■ p. 32. Traitement cruel f^it au Cacique Hatuey, & fa réponfe à un moine, p. 35. Cubagua, établiflement d'une pêcherie de perles; T. II, p. 23. Çûmawt, (les habitans de) fe vengent du mauvais traitement qu'ils ont reçu des Efpagnols ,* T. II, p. 97. Le pays efl dévafté par Diego Ocampo, p. 100. D. Danfe. PafTion violente des Américains pour ce plaifir ; T. II, p. 7,66. Darien » (defcription de l'ifthme de) T. II, p. 46". Diaz, (Barthelemi) découvre le cap de Bonne Efpérancej T. I, pl. Découvertes, différence entre les découvertes faites pat terre & celles faites par mer ,• T. I, p. 233. Dodwe'l, fes objections contre le Périple d'IIannon réfutées j T. I, 275. X 6 Domrngtu , (Saint) «ans rifle d'Hifpaniola, fondée par Bar. thclemi Colomb ; T. I, p. 220. Dominicains, ceux d'Hilpaniola s'oppofent publiquement au traitement cruel qu'on fait efluyer aux Indiens ; T. II, P' °7» v°yez £*f Cafas. E. égyptiens, ancien état du commerce & de la navigation de ce peuple ; T. I, p. 8. Eléphant, animal particulier à la zone terride ; II, p. 429. Enterrement des Américains ; T. II, p. 358' Efpagnols, manière fingttliere dont ils prennent pofleffiou des pays nouvellement découverts j T. II, p. 4»> Efprit humain, fes efforts proportionnés aux befoins phyfiques de l'homme ; T. II, p. 23°- Efquimcux, (Indiens)- reflemblance entre ce peuple & les Groenlandois, leurs voifins; T. II, p. 170. Defcription de leur pays, 416. -, Eugène IV, (le pape) accorde aux Portugais un droit esclufif fur tous les pays qu'ils découvriraient depuis le cap Non jufqu'au continent de l'Inde; T. I, p. 80. Europe, ce qu'elle a foufferte par le démembrement de l'empire Romain par les peuples barbares; T. I, p. 41» Renaiûance du commerce & de la navigation en Eu-I tope, p. 46. Avantage qu'elle retire des croifades-, p. 49* F. "Femmes, leur condition parmi les Américains ; T. IT, p. 237. Ne font pas fécondes, p. 242. Il ne leur efl: pas permis d'affilier aux fûtes, p. 377, ni de porter .' des ornemers, p. 468. fer, pourquoi les nations fimvagcs n'avofeut aucune couiiuiûence de ce nattai ; T. il, p. 263, ftrdHmd de Caftilte- donne enfin fon attention an règlement des affaires de l'Amérique » T. Il, p. j2. Don - Diego Colomb lui demande les prérogatives accordéeà à fon pere, p. =o. Etablit deux gotivemcmcjis dans le continent de l'Amérique, p. 2f>» Envoie une flotte aa Darien & rappelle Balboa, p. 51. Nomme Balboa vice - gouverneur des pays découverts dans la mer du fud, p. 5S. Fait partir Diaz de Solis pour découvrit un paffage à l'oueft des Moluques, p. 62. Traverfe les mefurcs de Diego Colomb, p. 64. Sou ordonnance fur la manière de traiter les Indiens, p. 6y. Voyez C> !<:::"■< & Ifabelle. Fernandez, Qe pere) fa defcription de l'état politique dea Chiquitos; T. II, p. 463. Figueroa. (Rodrigue de) eft nommé juge fupréme d'Hifpaniola, avec ordre d'examiner le traitement fait au» Indiens; T. H, p. 83. Fait une expérience pour juger de l'intelligence ât de la docilité des Indiens, p. 99. Floride, découverte par Jean Ponce de Léon; T. Il, p. 36. L'autorité des chefs y eft héréditaire, p. 281. Fonfcca, archidiacre de Seville, enfuite évéque de Bada-joz, miniflre pour les afT.iires de l'Inde, traverfe Co« lomb dans les plans qu'il forme pour faire des décou> Vertes & établir d«» colonie*; T. i, i>. 20.5, 2J5. Protège l'expédition d'Atonzo de Ojeda, p. 234. °* XJama, (V.if. de) fon voyage pour faire des découver. tesj T. I, p. Double le cap de Bonne - Eipàtflfi ce, p. 230. Mouille devant la ville de Mclindc, ibid. Arrive ît Calic.it au Malabar, p. 231. Gange, (le) idées erponnées des anciens fur la pcfitioi\ de cette rivière» T. I, p. 2C2. Gé'iuc , re qu'en difent les premiers voyageurs n'eft pas couiiiiué par ks dciuUces découvrîtes j T. I, p. 57, Geminus, preuve de fon ignorance en géographie j T. I, p. 285. Géographie, étoit fort bornée chez les anciens; T* I, p. 41. Devient l'étude favorite des Arabes, p. 45, Gioia, (Flavio) inventeur de la bouffole ; T. I, p. 59, Globe , fa divifion en zones par les anciens j T. I , p. 37 & 284. Gouvernement, on n'en a trouvé aucune forme vifible parmi les Américains; T. II, p. 275* Exceptions à cet: égard, p. 279. Grand Chaco, récit de Lozano fur la manière de faire la guerre par le peuple de ce pays; T. Il, p. 462. Grecs, (anciens) leurs progrès dans la navigation & les découvertes; T. I, p. 14. Leur commerce avec les autres nations étoit fort borné, p. 17. Grijalya , (Juan de) part de Cuba pour aller faire des découvertes, T. II, p. 108. Découvre & donne le nom à la Nouvelle Efpagne, p. 110. Ses raifons pour ne pas établir une colonie dans les ten'es qu'il venoit de découvrir, p. 114. Groenland, fa proximité avec l'Amérique feptentrionale i T. II, p. 169. Gulane Hollandoife, caufe de l'extrême fertilité de fon fol» T. II, p. 432. II. liannon, apologie de fon périple, avec un récit de fon voyage; T. I, p. 276. Hatuey , Cacique de Cuba, traitement cruel qu'on lui fait fubir & fii réponfe remarquable à un, moine Fran-eifeain ; T. II , p. 35. Henri, (ie Prince) do Portugal, fon caractère & fes études ; T. I, p. 70, Expéditions faites par fon ordre, p. 73. Demande au pape la poffeflîoii de fes nouvelles découvertes, p. 80, Sa mort, p. 84. Htjpanlota, (rifle d*) découverte par Chriftophe Colomb-j T. I, p. I54« Minière dont il fe comporte avec le» naturels du pays, p. 155. Colomb y lailTe une colonie, p. 161. La colonie eft détraite,p. 184. Colomb bâtit une ville nommée Ifabelle, p. 187. Les Indiens maltraités prennent les armes contre les Espagnols, p. 196. 119 font défaits, p. 199. On leur irapofe une taxe, p. 202, Leur deffeiii d'affamer les Efpagnols, p. 204. Saint-Domingue fondée par Barthelemi Colomb , p. 210, Colomb envoyé en Efpagne les fers aux pieds par Bo-vadilla, p, 244. Nicolas de Ovando efl nommé gouverneur, p. 250. Récit de Colomb de la manière humaine dont il y efl reçu, p. 294. Conduite des EP-pagnols avec les naturels de l'ifle; T. II, p. 4. Etat malheureux d'Anacoana , p. 8. Produit confidérable des mines de l'ifle , p. 10. Diminution rapide du nombre des Indiens, p. 14. Les Efpagnols y fuppléent en trompant les habitans des ifles Lucayes , p. 17» Arrivée de Diegue Colomb, p. 22. L'eftlavage y fait périr prefque tous les habitans , p. 65. Difpute fur la manière de traiter les efclaves , p. 66. Exemple curieux de la fuperîtition des planteurs Efpagnols de l'ifle, p. 430. Homère, fon récit de la navigation «les «meiena Grecs i T. I, p. 19- Homme, la difpofîtion de fon corps & fes mœurs dépendent de fa fituation» T. II, p. 152. lteflemblance qui réfultc de-Ià entre les peuples éloignés les uns des autres & qui n'ont aucune communication entre eux , ibid. L'homme a généralement atteint le plus haut degré de perfection dans les régions tempérées, p, 371. I. Jamaïque, découverte par Chr. Colomb, T. I j p. 194. Jérômet («ois moines de l'ordre de Saint) envoyés,pac le cardinal Ximenès à Hifpaniola pour y régïetj la ma. niere de traiter les Indiens ; T. II, p. 76. Conduite qu'ils ont tenue, p. 77* Sont rappelles , p. 83. Jeu, amour des Américains pour le jeu ; T. II, p. 371. Jean /, roi de Portugal, efl: le premier qui envoie quelques vaiffeaux pour découvrir les côtes occidentales de l'Afrique , T. I, p. 67. Le prince Henri, fon fils, prend part ii fes entreprifes, p. 70. Jean II, roi de Portugal, protège les entreprifes pour des découvertes, T. I, p. 26. Envoie une ambafiade en Abyflinie, p. 93. Manière peu géuéreufc dont il traite Colomb, p. m. Info, (1') motifs des expéditions qu'Alexandre le Grand y a faites i T. I, p* 24. Comment les anciens y faifoient le commerce, p. 30, & lorfque les arts commencèrent à refleurir en Europe , p. 46. Premier voyage autour du cap de Bonne - Efpérance ,. p. 228. Indiens de l'Amérique Efpagnoîe. Voyez Américains. Innocent IV, (le pape) envoie une million extraordinaire . au Kan des Tartarcs j T. I, p. 52. Inquifition, quand & par qui introduite en Portugal 1 T. I, p. 289. Ifabelle, reine de Cafîiïle, follicitée par Juan Pérès en faveur tle Clir. Colomb ; T. I, p. 120. Efl de nouveau follicitée par Quïntanilla & Santangel, p. iau £[ie fe laiflê gagner & permet d'équiper une flotte, p. iM. Elle meurt, p.. 273. Ifabelle, (la ville d') à Hifpaniola, bâtie par Clir, Colomb ; T. I, p. 187. Italie, efl le premier pays en Europe où les arts & la civilifation reparoiflent après l'invafion des barbares» T. I, p. 46. L'efprit de commerce y efl: actif & entreprenant, p. 47. Juifs, ancien état du commerce & de la navigation dfï . ce peuple, T. J j g. u» * L. Lacs, d'une étendue extraordinaire dans l'Amérique fep- tentrionale,- T. II, p. iar. Las Cafas, (Barthéiemi) retourne d'Hifpaniola en Efpagne pour plaider la caufe des Indiens ; T. II * p. 7Zm Efl renvoyé avec des inftructions par le cardinal Ximenès, p. 74. Son mécontentement, p. 80» Il obtient l'envoi d'une nouvelle commiflion, p. 83. Propofe le projet de fournir les colonies de Noirs, p. 84. Entreprend une nouvelle'colonie, p. 87-. Son entretien avec l'évoque de Darien en préfence de Charles - Quint, p. 92. Part pour l'Amérique pour y mettre fes projets en exécution, p. 65. Obltacles qu'il rencontre, p. 9^ Son projet échoue entièrement, p. 100. Lery, fon récit du courage & de la férocité des Topi- nauibous ; T. II, p. 4^3' Louis, (Saint) roi de France, envoie une ambaffade au Kaïi des Tartares ; T. I, P- 54* Lozano, fon récit fur la rrianiere de faire la guerre parmi les habitans du Grand Chaco; T. il, p. 462. £ ' : m. "' ;r;'r:^l TS/Lden, (l'iAe de) découverte; T. I, p. 74._ Madoc, prince du pays de Galles, liiftolre de fon voyage & de fa découverte de l'Amérique feptentrionale examinée ; T. I, p. 303. Magellui, (Ferdinand) Dn rérit de la taille gigantelquc des Patagons; T. U» P- *13- L'exittence de cette ra-- ce de géans n'ell pas encore prouvée, p. 214 & 215. Manicytlle, (Jean) fes voyages en orient, (Se manière dont il a écrit 1 T. I, p. 57' Marc-Paul, Vénitien, fes voyages extraordinaires dans l'occident, T. ï, p. 55. , Marefl, (Gabriel) fon récit du pays qui fe trouve entre les Illinois & les MachillirnakinacsiT. II, p. 4515. Marinas de Tyr, fauffe pofition qu'il a donnée h la Chi-ne ; T. I, p. 29°' Martyr, (P«j fon fèntiment fur la première découverte de P Amérique; T. I, p. 308. Médecine, pourquoi jointe en Amérique à la forcellerie ; T. H » p- 36'» Métaux utiles, é:oient inconnus aux peuples de l'Amérique ; T. II, p. 265. Mexicains, récit qu'ils font de leur origine comparé avec les découvertes poftJricures ; T. II, p« 173- Michel, (le golfe de Saint) dans la mer du fud, découvert par Balboa ; T. Il, p. 48. Montefmo, Dominicain à Saint - Domingue , fait des remontrances publiques contre la manière cruelle dont on y traitoit les Indiens ; T. II, p. 67. Jtiontczumc, première nouvelle que les Esfpâgnols reçoivent de ce prince; T. II, p. 112. Mourons, leur cours périodique, quand découvert par les navigateurs ; T. 1, p. 31. peuple de l'Amérique, leurs inftitutions politiques; T. II, p. 281. Caufe de leur obéilVance paffi-vc pour 1penguin, le nom de cet oifeau ne dérive point du Cal-lois i T. I, p. Pérès, (Juan) protège Colomb à la cour de Caftille ; T. I, . p. 120. 11 invoque publiquement le ciel pour le fuccea . du voyage de Colomb, p. 132. Périple d'iîannon, authenticité de cet ouvrage juftifiéc} T. I, P- 276. Pérou, Vafques Nugnès de Balboa reçoit le premier «via fur ce royaume} T. II, p. 41. Tierre le Grand, vafles plans de ce prince pour continuer les découvertes en Afie; T. II, p. 161. .Phéniciens, (anciens) état du commerce & de la navigation parmi ce peuple; T. I, p. 9. Route qu'ils pre- ( noient pour faire leur commerce, p. 276. /Pinto, (le chevalier) fa defcription des traits caraftérifti- ques des Américains j T. II, 437 & 440. Pinfon, (Martin & Yanez) commandent chacun un vaif- i feair Ibus Colomb à fon premier voyage 1 T. I, p, 130, DES MATIE RTE S. *}cj. Le dernier découvre Yucatan j T. Il, p. ï0. /fctf/r,?, (François) accompagne Balboa dans fon établifie* mène de riflbme de Darien ; T. II, p. 3I. le jj,^ ftu travers de l'ifthme où ils trouvent la mer du fud, p. 43. Plata. C la rivière de la) découverte par Diaz de Solis ; T. II, p. 63. Sa largeur exnaordinaire, p. 414. Pline, ( le naturalise ) preuve de fon ignorance dans la géographie; T. I, p. 285. Ponce de Léon , (Juan) découvre la Floride ; T. II, p. 3$. Motif rotnanefque de fon voyage, p. 37. Population de la terre s'eil faite lentement., T. I, p. r«. Porto-Bello découvert & nommé ainfi par Chriftophe Colomb ; T. I. p. 25a. Porto-Rico ,(ifle de) foumife par Juan Pouce de Léon ,qui y forme un établifiement j T. II, p. 18. . Porto - Santo, première découverte de cette ifle; T. I. P- 73- Portugal, quand & par qui l'Inquifition fut introduite dans ce royaume; T. I, p. 280. Portugais, motifs qui les ont engagés à tenter la découverte des pays inconnus ; T. I, p. 64, 67. Leurs premières découvertes en Afrique, p. 70. Découverte de Madère , p. 74. Ils doublent le cap Bojador, p. 76. Obtiennent une conceffion du pan*» pom wus les pays qu'ils poiirrorenc découvrir, p. 80. Découverte des ifles du Cap-verd & des Açores, p. 83. Voyage de Vafco de Gama aux Indes orientales, p. 228. Prifonniers de guerre, comment traités par les Américains; T. II, p. 305* Propriété. Les Américains n'en ont aucune idée; T. Il, p. 270. Notions qu'en ont les Bréilliens, p. 457. Ptolomée, (le philofophe) Tes defcriptions géographiques font plus circouftanciées & plus exactes que celles de fes prédécéffeucs; 'f. I, p. 40. Sa géographie traduite par les Arabes, p. 45. Faune pofition qu'il donne au Gan^e, p. 282. Qcmvfo, évoque du Darien, fa conférence avec Las Cafas en préfence de l'empereur Cliailes- Quint, fur la manière de traiter les Indiens ; T. II, p. 92. R. Jkatwfio, fa défenfe du récit qu'IIannon fait de la côte d'AfriqueT. I, p. m* Religion, recherches fur celle des Américains; T. II, P« 342- Ribas, fon rcctt de l'état politique du peuple de Cinaloa ; T. II, p. 459* Rivières, grandeur extraordinaire de celles d'Amérique; T. II. p. 121- Robifon, Çle profeflèur) fes remarques fur la température de différens climats ; T. II, p. 417. Roldan, (François"; eft nommé juge fuprôme d'Hifpaniola par Chrift. Colomb ; T. I, p. 208. Se fait chef d'une révolte, p. 221. Se foumet, p. 224. Romains ; leurs progrès dans la navigation & les décou-vertes ; T. I. p. 28. Leur efprit militaire s'oppofe aux progrès des arts méchaniques & du commerce, p. 29. Ils protègent Je commerce & la navigation dans les province , p. So. Leur» grandes découvertes par terre, p. 33. Leur empire & les feiences péruTent en même tems, p. 40. Rubruquis, (Je pere) fon ambaffade de France auprès du Kan des Tartares ; T. I, p. 54. Rufes, leurs découvertes en Afie ; T. II, p. 161. Incertitude h cet égard, p. 432. S. ^an-Salvador, découverte & ainfi nommée par Chr. Colomb ; T. I, p. 149. Sauvages, idée générale de leur caractère ; T. II, p. 380» Strabon , citation de cet auteur qui prouve la grande ignorance des anciens dans la géographie ; T. I, p. 280. II étoit lui-même peu verfé dans cette fcience, p. 287. Sud, fja mer du>découverte par Vafquès Nugnès deDal- boa, T. II, p. 48. Superftition, portée à percer dans les fecrets de l'avenir ; T. II, p. 360. ... T. , j -, *1 *artares, poffibilité de leur émigration en Amérique; T. II, p. 167. Terre-Neuve, defcription de fa fituation; 1. 11, p. 416", Topinambous, récit de leur courage féroce par Lery, T. II, p. 463. Trinité, (ifle de la) découverte par Chrift. Colomb à fon troificme voyage; T. I, p. 217. Tyr, commerce de cette ville, comment conduit; T. I, p. 276. V. Vafer, (Lionel) fon récit d'une race particulière d'Américains j T. II, p. 2o3. Comparée avec une lembla-ble race de l'Afrique, p. 210. Végétaux, fertilifent naturellement le fol où ils croiflent ; T. Il, 146. Velafquès, (Dieflo d» &am« rifle ne cuoaj T. II, p. 34 &.103. Vei/e^as, (P.) fon récit du caractère des Californiens; T. II, p. 443. Vénérienne, (maladie) vient originairement de l'Amérique ; T. IL p. 219. Paroît diminuer,p. 220. Ses premiers progrès rapides, p- 442- Venife, fon origine comme état maritime ;^T. I, p. 49. Voyages de Marc - Paul, p. 55. Vents alifés, leurs cours périodiques : quand découverts par 'les navigateurs; T. I, p. lu 5o4 TABLE, &c, Verd(les ifles du cap) découvertes par les Portugais; T. II, p. 83. Ulloa, (Don Antoine de) fa defcription des traits carac-tériftiques des Américains ; T. H, p. 436. Raifons qu'il donne pourquoi les Américains ne ibnt pas fi fenfibles à la douleur que les autres hommes, p. 467. Volcans, grand nombre que les Rudes en ont découvert dans la partie feptentrionale du plobc ; t. u, p. 435. Voyageurs, (anciens) leur manière d'écrire; T. I, p. 57. X. Xfc«M<)*, ( le cardinal ) fes réglcmens fur la manière de traiter les Indiens dans les colonies Efpaguoles ; T. II, P. 74- y ^ttcatan, (la province de) découverte par Pinfon iS: Diaz de Solis; T. II, p. 19. Defcription de ce pays, p. 413' Xvrejfc. Les Américains y font fort enclins ; T. II, p. 372, Z. *2Loncs (la terre divifée en) par les anciens géographes; T. I, p. 37» Par qui en premier lieu, p. 284. Fin de la Table 'des Matières du premier & du fécond Volume. ^^^^^^^ ) 896498 ^^:+.:.A